Au Mont Gond

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Avec 2 illustrations.Par L. Seylaz.

( Une « première » sans le savoir. ) Le touriste qui fait la promenade classique d' Anzeindaz à Sion voit surgir devant lui, une fois passé le Col de Cheville, par delà la profonde cuvette où dort au milieu des éboulis le petit lac mélancolique de Derborence, une cime aux flancs abrupts qui tient fièrement son rang en face des Diablerets. A la première halte, il consulte la carte: « Mont Gond! Tiens, jamais entendu parler de ça! » Le souvenir de cette montagne ne laisse pas de le hanter, et rentré en ville il consulte les amis, les alpinistes: « Mont Gond! où est-ce? » Ils n' y sont jamais montés, ni eux-mêmes, ni leurs amis, ni personne. C' était agaçant.

Lors d' une première tentative, en octobre 1939, la neige et le brouillard nous chassèrent vers la vallée du Rhône par le plus court. Au mois de juin de l' année suivante, une forte colonne de clubistes quittait Anzeindaz à l' aube d' une splendide journée. Le but était de gagner Sion par Derborence, le Porteur de Bois, la Croix des Trente Pas et le chemin du Sanetsch. En passant on gravirait le Mont Gond dont le vieux guide Dübi, 1e seul qui existe pour la région, dit laconiquement: « Du col, suivre l' arête NE jusqu' au pied de la montagne, puis monter obliquement vers le sommet, 45 min. » Mais pour pittoresque qu' elle soit, la marche d' approche par Cheville, les pierriers de Derborence, les Mayens de 1a Tour et des Luys, puis enfin le Porteur de Bois et l' Alpe de Miet est longue infiniment. Il ne fallut pas moins de six heures pour atteindre le*Col de la Croix des Trente Pas. Arrivés là vers 11 heures, les jeunes aussi bien que les vétérans sont heureux de s' étendre au soleil pour une longue halte.

Vu d' ici, le Mont Gond n' a pas l' air plus accueillant que par son versant NO. « Suivre l' arête NE puis monter obliquement vers le sommet » dit le guide.Voire! Cette arête s' élève brusquement en trois ressauts d' une cinquantaine de mètres, correspondant à des parois verticales qui ceinturent la montagne. Il doit y avoir quelque couloir ou quelque vire invisible d' ici. Allons y voir de plus près. De près ce n' est pas plus encourageant; les parois se dressent plus abruptes et inhospitalières que jamais. Nous escaladons sans trop de peine la première barrière, mais nous ne sommes plus qu' une demi-douzaine sur la terrasse qu' elle défend. Et maintenant? Une pointe poussée sur la face NO montre qu' il n' y a rien à tenter de ce côté-là. Nous continuons à avancer en ordre dispersé, cherchant le point faible de cette paroi. La situation est telle qu' on souhaite bientôt avoir une corde autour des reins. Le filin est donc déroulé et trois grimpeurs s' y attachent pour essayer un semblant de vire qui s' amorce à gauche. Elle se trouve moins difficile et moins exposée qu' elle ne le paraissait; un bloc détaché forme vers son milieu un ancrage de toute sécurité. Une dizaine de mètres encore, toujours vers la gauche, puis la vire s' efface au beau milieu de la paroi. Juste à ce point, AU MONT GOND.

celle-ci se trouve munie de petites saillies si bien disposées et si solides que l' escalade de ce mur de six à huit mètres est possible, et nous prenons pied tout haletants, mais tout joyeux sur la terrasse supérieure. La première manche est gagnée. Encouragés par ce succès, nous gravissons le talus pour aller attaquer le bastion final. Mètre après mètre, tantôt facilement, tantôt péniblement, nous nous élevons vers la crête sommitale qui se recourbe sur nos têtes comme un auvent. Une tentative de forcer l' obstacle par la gauche échoue; la cordée fait alors volte-face et le dernier essaye par la droite. Finalement une sorte de tunnel nous livre passage et nous débouchons à deux pas du sommet nord, qu' une arête effilochée relie au sommet principal ( sud ). Aucune trace du passage des humains, et nous sommes bien convaincus d' avoir été les premiers à suivre cet itinéraire vers lequel le hasard ou plutôt les indications insuffisantes du guide nous ont aiguillés.

Nous pourrions d' ici gagner le sommet principal; mais il est déjà 13 h. 30, et nous ne voulons pas faire attendre davantage nos camarades qui se sont installés sur les rives du petit lac sous le col. Longeant la crête d' un contrefort au sud-est, nous descendons par des plaques fissurées pour atteindre la pointe extrême du névé qui vient affleurer au bord de la falaise, d' où de longues glissades nous amènent rapidement au fond du vallon.

Quinze jours plus tard, je repartais avec deux camarades pour chercher le chemin du Mont Gond et toucher le vrai sommet Ce fut une jolie promenade. Nous l' abordâmes cette fois par le sud, Ardon, Erde, Mayens de Conthey où nous fûmes assaillis par un formidable orage, et eûmes la chance de tomber sur l' unique chalet qui fût ouvert à cette saison. Le lendemain nous étions à 8 heures au lac de Gond d' où, remontant la tombe à l' ouest, nous gagnâmes l' arête de Prarodze au point 2489. De là il faut descendre sur la selle qui sépare Prarodze du Mont Gond, et remonter par des plaques inclinées mouchetées de gazon pour atteindre la calotte herbeuse du sommet. Au retour nous suivîmes la crête de Prarodze avant de rejoindre le Chemin Neuf ( Val Triquent ) par Fontenelles et les Mayens de Tsanperron.

Après toutes ces pérégrinations autour de notre montagne, je fis ce par quoi j' aurais da commencer: consulter les livres de Julien Gallet. Effectivement cet infatigable explorateur des coins perdus des Alpes avait été au Mont Gond. Mais lui aussi avait da s' y reprendre à deux fois avant de trouver le chemin du sommet 1 ). Nous étions en bonne compagnie.

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