Chirurgie en Géorgie

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Pour notre groupe d' alpinistes partant vers un massif extra-alpin, le travail de préparation à effectuer avant le départ était en bien des choses égal à celui d' une véritable expédition, notamment pour la partie administrative: accord sur les modalités de l' échange d' alpinistes, sur les dates de notre séjour dans les montagnes du Caucase, obtention de visas, etc.. Le nombre élevé des participants ( 15 personnes ) augmentait encore la tâche de notre comité directeur. L' accueil des alpinistes géorgiens en Suisse demanda également un gros effort d' organisation.

En revanche, par rapport à une expédition de type himalayen, le matériel à emporter était beaucoup moins volumineux et surtout le ravitaillement devait être assuré sur place par nos hôtes.

Sur le plan de la préparation physique, chaque participant fit en sorte d' être bien entraîné et en parfaite forme au départ. On peut se demander - et la mésaventure qui m' est arrivée est un bel exemple de ce qui peut se passer - jusqu' où doit aller la préparation de chacun dans le domaine prophylactique. Ayant été victime d' une péritonite au beau milieu de notre séjour dans les montagnes du Caucase, j' aurais dû peut-être par mesure de précaution ( et mes camarades également ) me faire ôter l' appendice avant de partir.

Dans le cas d' une expédition himalayenne où les risques dus au froid et à l' altitude sont très grands, il est recommandé de le faire. Mais pour notre projet d' une durée assez faible, un mois en tout ( dont quinze jours en haute montagne ), les risques ou plutôt la malchance d' être victime d' une crise qui pourrait être fatale pendant ce temps paraissent assez faibles. Il serait sage de se faire opérer préventivement, mais on peut hésiter à quitter ses occupations professionnelles pendant deux à trois semaines supplémentaires, pour préparer une période d' un mois de vacances.

Cette mésaventure s' est bien terminée pour moi, malheureusement elle a contribué, à côté d' autres facteurs imprévus, à réduire à la portion congrue les résultats que nous pouvions attendre sur le plan alpin de notre voyage au Caucase.

Pour soigner les populations montagnardes, le pouvoir soviétique a édifié des hôpitaux dans les vallées les plus reculées. Fort heureusement pour moi, l' un de ces hôpitaux existe à Mestia, chef-lieu de la Haute-Svanétie, distant seulement d' une vingtaine de kilomètres de notre camp d' alpinisme de Ouchkvanari. Vingt kilomètres de pistes fort bosselées que nous effectuâmes en jeep à faible allure, ce qui me permit d' apprécier un à un les innombrables cahots de ces « montagnes russes ».

Tout le ventre me fait mal et les médecins sont perplexes: faut-il ouvrir en haut ou en bas? Ils se décident pour le haut, du côté de l' estomac. Après une anesthésie locale, on tend un petit drap devant mon nez afin de m' épargner une vue directe sur les opérations. Je sens le bistouri qui coupe, qui coupe. En levant les yeux mon regard croise celui, consterné, de mon fidèle ami Mario qui assiste à l' opération, la première de sa vie. Un bon masque d' éther me fait perdre connaissance... Et c' est le réveil où l'on m' apprend que l' estomac est en très bon état, qu' on a recousu le haut, qu' on a ouvert en bas et enfin qu' on m' a enlevé l' appendice.

Mes camarades sont venus me rendre visite et plusieurs d' entre eux me veillent à tour de rôle pendant les premiers jours. Bientôt hélas! ils doivent partir, happés par la suite du programme, et je me sens bien abandonné dans ma petite chambre. Seule, en dehors du personnel de l' hôpital et des curieux de Mestia venus contempler le « Schveizari » ( le Suisse ), une petite souris me tient compagnie, elle grignote tout ce qui n' est pas sous clé, n' a peur de rien et grimpe même sur mon lit.

Un beau matin débarque un curieux personnage, un interprète envoyé par le Comité des Sports de Géorgie pour s' occuper de moi. Long nez, grosse moustache, petit ventre, il a une allure générale tartarinesque. Il se prénomme Alexis et fait preuve pour moi d' une sollicitude de mère poule, il a même pensé à m' apporter de la lecture en français.

Notre crainte à tous deux, c' est le mauvais temps. La piste en terre battue qui relie Mestia à la plaine le long de la vallée de l' Inguri est tellement mauvaise que mon abdomen fraîchement recousu ne résisterait pas aux secousses d' un voyage en voiture. Il nous faut donc partir en avion et, pour cela, il est nécessaire qu' il fasse beau temps. Si les conditions atmosphériques défavorables subsistent, ça peut être pire qu' à Chamonix, et nous pourrions passer l' automne, voire l' hiver à Mestia. Cette perspective effraie encore plus Alexis que moi. Visiblement il n' est pas fait pour vivre dans les hautes vallées, et il ne cesse de me vanter la douceur de vivre à Tbilisi, capitale de la Géorgie.

Enfin le médecin chef m' autorise à quitter l' hôpital. Alexis, solennel, déclare: - Demain, pour toi, il y aura un avion spécial.

Le lendemain de bonne heure, nous attendons la voiture qui doit nous emmener au terrain gazonné qui tient lieu d' aérodrome. Ne voyant rien venir, nous pensons d' abord qu' elle est à « l' heure géorgienne », c'est-à-dire en retard. L' heure de l' avion régulier pour lequel nous avions des places, à défaut d' avion particulier, est bientôt passée. Alexis se démène et trouve enfin un véhicule pour nous emmener à l' aéroport. En faisant du chantage au sujet du grand malade à transporter sans tarder, il obtient deux places dans l' avion suivant. Entre-temps le vent s' est levé et nous ne pourrons voler que jusqu' à Zugdidi, petite ville située au débouché de l' Inguri dans la plaine. Au passage je revois l' Ushba dans toute sa splendeur et aussi l' Elbrouz et beaucoup d' autres sommets. Le regret me prend au cœur de ne pas avoir pu en gravir quelques-uns.

Lorsque nous arrivons à Zugdidi, l' avion quotidien pour Tbilisi vient de partir, il ne nous reste plus qu' à prendre le train de nuit, dix heures de voyage supplémentaires, une vraie gâterie pour le deuxième jour où je suis sur pied. Nous faisons vite une petite visite à l' hôpital de Zugdidi pour refaire un pansement et histoire d' en connaître un de plus, et en route pour Tbilisi que nous atteindrons le lendemain au petit jour.

Après dix jours passés dans un des sept hôpitaux que compte la capitale, alors que mon départ est déjà fixé et mon billet d' avion retenu, de graves complications surgissent et m' obligent encore à une longue immobilisation. Je ferai grâce au lecteur de la suite de mes pérégrinations chirurgico-géorgiennes; pourtant, ayant eu ainsi l' occasion d' avoir un contact très direct avec la population, je dois dire en terminant que l' hospitalité est vraiment en Géorgie une vertu nationale. Jamais nulle part je n' ai rencontre autant de sollicitude, de gentillesse et de chaleur humaine. Cela restera, malgré mes ennuis de santé, un lumineux souvenir de mon séjour dans ce beau pays.Italo Gamboni

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