Chronique himalayenne 1962

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PAR G. O. DYHRENFURTH, RINGGENBERG, BE

et compléments des années précédentes Avec 10 illustrations ( 56-65 ) Les expéditions se multiplient. Dans l' ensemble nous irons, comme précédemment, du sud-est au nord-est, en décrivant dans chaque massif les expéditions par ordre chronologique.

Région du Kangchendzò' nga 1. En octobre 1961 une expédition indienne dirigée par Sonam Gyatso réussit la seconde ascension du Kangchengyao ( 6889 m = 22 600 ft ). Ce sommet-frontière au nord du Sikkim avait déjà été gravi par le Dr A. M. Kellas.

Référence: HJ ( Himalayan Journal ) XXIII, 1961 ( paru en 1963 seulement !), p. 169/170.

2. Au printemps 1962 les Français conquirent le célèbre Jannu ( 7710 m = 25 296 ft ), une des montagnes les plus belles et les plus sauvages de tout l' Himalaya. Comme au Makalu en 1955, l' équipe entière des grimpeurs atteignit ce sommet aérien: P. Keller, R. Desmaisons, R. Paragot et le Sherpa Gyaltsen Mikchung le 27avril; et J. Bouvier- P. Leroux, Y.Pollet-Villard-A. Bertrand, Lionel Terray ( chef d' expédition. !. Ravier-Sirdar Wangdhi le lendemain. Seul M. Lenoir, malade, dût rester au camp de base.

On avait apporté près de 3000 m de cordes fixes pour « dompter le monstre ». La conquête du Jannu est sûrement ce qui a été fait de plus difficile dans l' Himalaya - un exploit de l' alpinisme français et un exemple d' organisation et de travail en équipe.

Référence: La Montagne, 1962, p. 231 et 267-287.

3. Une petite expédition de l' armée indienne commandée par le major K. S. Rana, fit le 26 avril 1962 la première ascension du Koktang, au sud-ouest du Kabru. Ce sommet est coté 6147 m = 20 165 ft, mais il est peut être un peu plus haut.

Référence: AAJ ( American Alpine Journal ) 1963, p.528.

A 27 km environ au nord-ouest du Kangchendzönga se dresse le sommet assez isolé du Nupchu ( 7028 m = 23 059 ft ). L' expédition suisse de 1949, qui explora ce massif alors inconnu, atteignit approximativement 6800 m sur son arête SW. Dirigée par le professeur Sasuke Nakao, l' expédition du Club des anciens de l' Université d' Osaka réussit l' escalade de ce sommet imposant par son versant sud, depuis le glacier du Nupchu. T. Tsubaki et le Sherpa Chotale touchèrent la cime le 20 mai, et cinq autres Japonais et deux Sherpa le lendemain, sur quoi l' expédition se divisa en trois groupes de travail scientifique: botanique, entomologie et géologie.

Référence: BdW ( Berge der Welt ), V, 1950, p. 1-80. AAJ 1962, p.519.

Région de l' Everest 5. ( Complément. ) Une expédition-yéti japonaise parcourut le Khumbu entre 1959 et 1960, mais sans succès. Cet hiver-là fut si pauvre en neige qu' on n' eut même pas la consolation d' une seule trace de yèti.

Référence: Sangaku ( Journal du Club alpin japonais ) LV, 1960, p. 15/16.

6. ( Complément. ) L' expédition chinoise de 1960 à l' Everest et sa fameuse photo « prise à 8700 m » n' ont pas fini de faire des remous. S' appuyant sur des croquis et des calculs extrêmement soigneux, Hugh Merrick a pu démontrer que cette vue a été prise à une altitude de seulement 8500 m environ, avec une marge de 50 m, donc des abords de la « Première marche ». Ce n' est pas une photo « fixe », mais elle a été extraite du film cinématographique de 8 mm que les Chinois ont projeté le 9 octobre 1962 à l' Alpine Club à Londres. On put s' en convaincre en arrêtant le film au bon endroit et en le comparant avec la fameuse photo... La suite du film montre que l' appa et son porteur ne sont pas montés plus haut, mais sont redescendus au camp de base. Il est donc très probable que les grimpeurs chinois n' aient pas dépassé la « Première marche », ou au plus l' arête menant à la « Seconde marche ». Cela explique qu' il n' y ait aucune photo de la « Seconde marche », qui est pourtant très photogénique, ni du sommet. Du coup s' expliquent les autres difficultés déjà signalées: absence d' un premier plan, inexactitude de l' heure indiquée pour la prise de vue, contradiction entre les conditions atmosphériques décrites par les Indiens et les Chinois, absence de détails topographiques dans la description chinoise de l' itinéraire, etc. Il faut pourtant reconnaître que ce sont seulement des indices. On ne peut pas prouver de façon rigoureuse que les Chinois n' ont pas atteint le sommet de l' Everest.

Références: Hugh Merrick: Everest: The Chinese Photograph. AJ ( Alpine Journal ), n° 305, novembre 1962, p.310-312; AJ 306, mai 1963, p.48-51.

Le major John Dias dirigeait la Deuxième expédition indienne à l' Everest en 1962. Durant l' éta des camps d' altitude, le malheur voulut qu' un des Sherpa - Nawang Tsering - fut tué par une chute de pierres. Le camp 8 fut installé vers 8500 m, soit à l' altitude du Lhotse. Composé de M. S. Kohli, Sonam Gyatso et Hari Dang, le groupe de pointe resta dans ce camp du 28 au 30 mai par une tempête continuelle. Une tentative vers le sommet dut être abandonnée vers 8710 m, soit à une cinquantaine de mètres sous le sommet sud - à peine plus haut qu' en 1960. L' expédition réussit à redescendre avant l' arrivée en force de la mousson.

Références: AJ 306, mai 1963, p. 1-10. Second Indian Expedition to Mount Everest, Delhi 1963.

8. La « montagne de la fille », le Pumo Ri ( 7145 m = 23 442 ft ) a eu son tour en 1962. Bien des gens avaient déjà courtisé cette belle montagne, mais sans insister comme le fit l'« Expédition ger- mano-suisse en Himalaya ». Dirigée par Gerhard Lenser ( Fribourg en Brisgau ), l' équipe comprenait l' Allemand Hans Rützel et les deux Suisses Ernst Forrer et Ueli Hürlimann.

Le col ( 6150 m = 20 177 ft ) entre le Pumo Ri et le massif du Lingtren peut être atteint très facilement, à ski, par le côté tibétain, mais il fallut des semaines de travail pénible pour le vaincre par le versant SSE. La paroi rocheuse haute d' environ 600 m comprend des passages du cinquième degré; il fallut y fixer de nombreuses cordes pour les Sherpa et pour dresser enfin un camp 3 vers 6200 m sur l' arête frontière. Une tentative échoua sur la nervure de la face nord. Malgré sa longueur et ses corniches rebutantes, il fallut se résigner à l' arête ENE, qui fut forcée en deux jours. Enfin l' escalade de la pyramide sommitale proprement dite fut plus facile que prévu, et elle fut menée à chef le 17 mai par Lenser, Forrer et Hürlimann. Un tout bel exploit!

Références: Neue Zürcher Zeitung, n° 1347 du 5 avril, n° 2159 du 30 mai et n° 2700 du 8 juillet 1962. Les Alpes, bulletin mensuel n°S 8 et 9, 1962, p. 117/118 et p.208/209. Der Bergsteiger, février 1963, p.318-326. G. Lenser: Pumo Ri, Zurich 1963.

9. Une expédition de I' Université de Hokkaido dirigée par le professeur Seiki Nakano réussit l' escalade du redouté Chamlang ( 7317 m = 24 007 ft ) depuis la vallée de Hongu. Malgré 4 camps d' altitude, S. Anma et le Sherpa Pasang Phutar III durent encore bivouaquer dans une grotte de neige pendant l' assaut final; ils touchèrent le sommet le 31 mai 1962, à 14 heures.

Références: Correspondance personnelle de Y. Takamura. AAJ 1963, p.518/519.The Royal Geographic Society: The Mount Everest Region 1:100 000. London 1961.

10. Une autre entreprise de 1962 présente un cas particulier sur lequel nous devons nous arrêter plus en détail. Officiellement le but en était le Gyachung Kang ( 7922 m = 25 990 ft ). Cette petite expédition comprenait trois Américains et un Suisse: Woodrow Wilson Sayre, professeur de philosophie, chef de groupe, Norm Hansen, Roger Hart et Hans Peter Duttle de Bâle.

La demande présentée par W. W. Sayre au gouvernement népalais est une pure feinte. En réalité il n' a jamais eu l' intention d' aborder le beau Gyachung Kang. Il a nommé cette montagne seulement parce qu' elle est proche du Nup La ( 5915 m ), col par lequel on peut atteindre le glacier ouest de Rongphu. Son but est en fait une ascension secrète de Y Everest par le versant tibétain strictement fermé, le long de l' itinéraire classique par le glacier est de Rongphu et le Chang La ( ou Col Nord, 6985 m ).

C' est une aventure irréfléchie, semblable aux entreprises romantiques de Maurice Wilson en 1934, Earle Denman en 1947 et Klaus Becker Larsen en 1951, et comme elles vouée à l' échec. Elle ne comporte pas seulement le mépris des conditions auxquelles le gouvernement népalais a accordé sa permission à l' expédition, et une tromperie concertée à regard de l' officier de liaison népalais resté au camp de base, mais aussi une série de violations des règles les plus élémentaires de l' alpi, et l' ignorance de toutes les expériences himalayennes.

a ) Comme Sayre le reconnaît ouvertement, les trois Américains sont des débutants en alpinisme ( « our lack of experience » ), surtout sur la neige et la glace. Trois semaines en Suisse auraient dû leur permettre de s' initier à l' emploi du piolet, des pitons, etc., mais ils ont préféré faire du ski.

b ) Sayre ne considère les Sherpa que comme un sabot pour une expédition ( « a drag on a party » ). Il n' engage donc que deux Sherpa - et vingt-deux porteurs locaux jusqu' au camp de base.

c ) La distance entre le « camp de base », place dans le haut du glacier de Ngojumba, et le pied du Col Nord de l' Everest, est d' une vingtaine de kilomètres à vol d' oiseau, et presque le double en comptant tous les détours obligés. Quand, parvenus au Nup La sur la frontière népalo-tibé-taine, les deux Sherpa refusent à bon droit de descendre sur territoire chinois, il ne reste pas un seul porteur d' altitude pour toute « l' Expédition à l' Everest ». Les quatre Blancs ne peuvent donc emporter qu' un équipement absolument insuffisant pour une ascension à l' Everest, et qui pourtant pèse déjà 220 kilos environ. Le transport de ce matériel exige trois navettes, ce qui demande 19 jours pour le trajet complet. On arrive ainsi dans la cuvette neigeuse du glacier est de Rongphu, vers 6500 m au pied du Chang La, le 26 mai seulement: la mousson menace et c' est déjà trop tard pour une ascension à l' Everest.

d ) Le névé conduisant au Col Nord ( 6985 m ) est raide et connu comme relativement exposé aux avalanches, mais techniquement il n' est pas difficile, et la côte menant du col à l' Epaule NE offre un terrain facile dans sa partie inférieure, soit jusque vers 7600 m. C' est pourtant déjà trop pour le groupe de Sayre. Preuve en soient plusieurs - au moins cinqaccidents assez sérieux: emploi de la corde insuffisant et parfois inexistant; mise en danger mutuelle; glissade assise sur une forte pente sans contrôle du piolet, glissade involontaire de 150 m; chutes dans des crevasses; chutes dues à l' épuisement; nuits en plein air parfaitement imprévues et sans matériel de bivouac, etc. De vilaines éraflures, des côtes cassées et une commotion cérébrale sont après tout une bien petite punition pour de pareilles fautes. Un alpiniste ou un himalayiste expérimenté peut à peine comprendre que ces « héros » en soient sortis vivants. En lisant le récit étonnamment ingénu de Sayre, on ne peut que répéter: « Plus de chance que d' intelligence! » e ) W. W. Sayre croit arriver le 3 juin à environ 7700 m. Mais il aurait alors nettement dépassé le Chang Tse voisin ( 7537 m ), ce dont il ne dit rien. Pourtant qu' il atteigne 7500 ou 7700 m est égal: ce « commando » n' a pas la moindre chance d' arriver au sommet de l' Everest ( 8848 m ). Les difficultés techniques du versant nord sont concentrées sur les 500 derniers mètres de niveau, donc au-dessus de 8350 m. Là même un grimpeur de première classe a absolument besoin d' un appareil à oxygène. Or Sayre n' a de toute façon pas d' inhalateur, et il le juge parfaitement inutile. Qu' un débutant mal équipé et déjà éprouvé puisse forcer par exemple la « Seconde marche » qui est d' une difficulté technique extrême, est un espoir chimérique, le rêve d' un aventurier dépourvu d' esprit critique.

f ) La descente au Col Nord et au glacier, puis le retour jusqu' au Nup La par les glaciers est, central et ouest de Rongphu, deviennent un calvaire pour les hommes affamés et durement secoués. Le « chef d' expédition » est chancelant, la perte de ses lunettes l' a rendu presque aveugle, il tombe à tout instant et se met à haïr la montagne ( « I hate mountains » )! Sur le glacier ouest de Rongphu il ne leur reste entre les quatre qu' un seul piolet et point de corde. Enfin au Nup La ils atteignent un dépôt et trouvent quelques provisions et au moins une corde. Ils ont onze jours de retard sur le programme qu' ils ont donne aux deux Sherpa. Le « camp de base » du glacier de Ngojumba est déjà évacué, car on les croit morts ou aux mains des Chinois. A bout, littéralement à moitié morts, ils se traînent vers la vallée jusqu' à Khumdzung. Le Suisse H. P. Duttle se joint alors au « Plan de recherche dans l' Himalaya népalais » des Allemands et Autrichiens. L' évacuation des trois Américains en hélicoptère est organisée par mon fils Norman G. Dyhrenfurth, qui se trouve déjà à Kathmandu pour préparer la grande « Expédition américaine 1963 à l' Everest ».

g ) L' entreprise de W. W. Sayre, qui finit encore relativement bien, ne mérite pas de félicitations. C' est bien plutôt un parfait exemple de ce qu' il ne faut^as faire. On doit malheureusement craindre que l' attitude déloyale de Sayre envers le gouvernement de Kathmandu rende plus difficiles les expéditions futures dans la zone frontière entre le Népal et le Tibet. C' est pourquoi il fut expressément convenu de faire le silence sur toute cette aventure stérile. Mais W. W. Sayre n' a même pas respecté cette entente-là. Maintenant qu' il a sonné la trompette pour son « exploit », je n' ai moi non plus aucune raison de garder le silence.

Références: O. Dyhrenfurth: Der Dritte Pol, p.39, 49, 54-56. Les Alpes, bulletin mensuel 3, 1963, W. Sayre: Commando Raid on Everest ( Life International, 25 mars 1963, p.74-86 ).

A la mi-juillet 1962 nous parvint une nouvelle d' importance politique, aussi regrettable que sensationnelle: le géologue suisse Toni Hagen qui avait dirige au Népal la campagne du Comité international de la Croix Rouge pour l' aide aux réfugiés tibétains fut expulsé du Népal et accuse d' avoir fourni à des agitateurs tibétains des armes contre l' occupation communiste chinoise, d' avoir organisé militairement ces agitateurs et d' avoir fait de l' espionnage contre la Chine. On devine facilement l' origine de ces accusations risibles. Pékin voit d' un très mauvais œil toute aide aux réfugiés tibétains, et a fait pression sur le gouvernement népalais. Le roi Mahendra avait, peu de mois auparavant, donne une haute distinction à l' homme qui avait dressé la première carte géologique du Népal et s' était en outre mis de façon désintéressée à la disposition du CICR.M.ainte-nant il devait soudain expulser cet excellent ami et ce connaisseur de son pays! Au départ de Hagen des centaines de réfugiés tibétains se réunirent sur l' aérodrome de Kathmandu et, les larmes aux yeux, prirent congé de « Père Hagen »!

Référence: Neue Zürcher Zeitung, 17 juillet 1962.

12. Il faut être reconnaissant à la fondation Fritz Thyssen de Cologne d' avoir généreusement pris à sa charge tout le financement du Plan de recherche dans l' Himalaya du Népal qui se déroule depuis 1960. Les Clubs alpins allemand et autrichien en sont les patrons et aident à l' organisation. Le professeur Dr W. Hellmich ( musée zoologique de Munich ) dirige l' ensemble de ce travail qui devient de plus en plus important.

Le quatrième groupe, au travail en 1962, comprenait le Dr G. Diesselhorst ( chef de groupe, ornithologue ) avec E. Popp ( préparateur ), G. Ebert et H. Falkner ( entomologistes ), le Dr B. Altmayer ( médecin ) et le Dr J. Pelt ( botaniste ). L' accent portait donc sur le domaine biologique. En même temps Hellmich visita les délégations allemandes en Inde et les bureaux gouvernementaux du Népal, et il réussit à obtenir d' une part l' autorisation d' exporter ses collections, et d' autre part la permission d' amener d' autres groupes de travail.

Sur le terrain, le travail débuta en mars 1962 dans le Terai, zone de forêt vierge humide et chaude du sud du pays, pour s' étendre peu à peu vers le Khumbu jusqu' à des altitudes de 5000 à 6000 mètres. Les collections constituées comprennent: 1700 cris d' oiseaux, une trentaine de mammifères, 40 000 insectes, 800 phanérogames et environ 1500 cryptogames. Les derniers membres de ce quatrième groupe de travail rentrèrent en Europe en novembre.

Le cinquième groupe de travail quitta l' Europe à la fin de septembre 1962 déjà, pour aller boucher par photogrammétrie terrestre tous les trous des relevés topographiques. Le chef en était à nouveau l' ingénieur Erwin Schneider, de Lech am Arlberg. Les autres participants étaient: les Tyroliens Siegfried Aeberli, Gustav Lantschner et Hubert Schriebl, l' Allemand Friedrich Bitterle et le Suisse Franz Elmiger. Enfin se joignit à eux le Tyrolien Fritz Ebster ( Innsbruck ) qui s' était déjà occupé de la représentation des roches et des terrains sur la carte de l' Everest au 1:25 000 ( 1957 ).

Ce groupe travailla du début d' octobre 1962 au début de janvier 1963. Les conditions atmosphériques furent nettement meilleures qu' en 1960 et même qu' en 1961, la température nocturne aussi ne descendit jamais au-dessous de —20° C. De Kathmandu l' équipe gagna tout d' abord le Rolwaling Himal, qui fut mesuré jusqu' à la frontière tibétaine. Elle prit un relevé complet du fond du Ripimu et du glacier de Tolam-Bau, en travaillant parfois jusqu' à des altitudes de 6300 m. Puis elle fit dans le Khumbu des mesures de triangulation à joindre au relevé de 1955 et compléta les mesures de 1960 et 1961. Lantschner, qui avait jusqu' alors filmé le déroulement des travaux ( en 16 mm ) rentra en Europe dans la dernière semaine de novembre.

Deux groupes se formèrent alors: Aeberli et Bitterle se rendirent dans la région du Barun où ils établirent des bases photogrammétriques jusqu' au niveau du Pethangtse ( 6724 m ). Puis ils firent le relevé des « Vallées du Sud » - Iswa Khola, Chhoyang Khola et Sangkhua Khola. Le manque de ravitaillement les obligea finalement à prendre le chemin du retour. Pendant ce temps-là Schneider et Elmiger mesurèrent par triangulation la vallée de la Dudh-Kosi jusqu' aux points les plus avancés des mensurations indiennes. Puis ils travaillèrent dans l' Inukhu Khola et l' Hongu Khola. Les deux groupes se rencontrèrent à Junbesi et de là, de nouveau séparément, continuèrent leurs relevés en direction de l' ouest jusqu' à la gorge de Rongshar et à la Tamba Kosi. Ainsi la topographie de cette région entière est pratiquement établie selon le plan original. Naturellement la mise en place de la grande carte ( avec l' autographe stéréoscopique du Club alpin autrichien à Innsbruck ) et la représentation du terrain demanderont encore à Schneider et Ebster un gros travail et beaucoup de temps. L' échelle choisie est le 1:50 000.

Références: Der Bergsteiger, juin 1962, p. 597-600. Rapport de W. Hellmich, Munich, 30 novembre 1962. Rapport de travail du 5e groupe, Kathmandu, 31 décembre 1962.

Jugal et Langtrang Himal 13. En été 1962, la « Fédération des Unions montagnardes japonaises » organisa une expédition qui devait enfin gravir le « Big White Peak » ou ( selon Aufschnaiter ) Lönpo Gang ( 7083 m = 23 240 ft ), essayé en vain en 1960 et 1961. Les participants étaient: A. Takahashi, chef d' expédi, M. Nakano, second, Dr Y. Ishida, médecin, et les grimpeurs M. Akiyama, Y. Kato, T. Morita, M. Takashima et K. Yasuhisa, plus le Sirdar Ang Tsering I et huit Sherpa.

Le dernier camp, le VII, est place à 6850 m22 474 ft ). Le 3 mai Morita et Yasuhisa se mettent en route pour l' escalade finale, par beau temps, mais avec un fort vent. Des parois de glace et des arêtes effilées leur donnent tant de travail qu' ils mettent huit heures pour gravir les derniers 230 mètres. A 14 heures ils sont au sommet et à 18 h. 30 de retour au camp VII. Le 5 mai le temps est de nouveau beau et c' est le tour de Kato-Takashima et Akiyama-Ishida-Nakano de gravir ce fier sommet, point culminant du Jugal Himal.

Référence: Correspondance de A. Takashima. AAJ 1963, p. 520.

14. ( Complément. ) On avait annoncé en son temps la première ascension du « Schalbachum » ( environ 6700 m = environ 22 000 ft ) par une expédition japonaise 1959, au Langtrang que dirigeait T. Yamada. Il se trouve maintenant que ce sommet n' est pas ( comme je l' avais alors supposé ) le Tsangbu Ri d' Aufschnaiter, mais bien le Phrul Rangjen Ri. Aufschnaiter a fixé de façon précise son altitude à 6918 m, tandis que les Japonais, d' après leurs observations au sommet, ne lui donnent que 6700 m environ.

Références: O. Dyhrenfurth, Der Dritte Pol,p. 107.Der Bergsteiger, avril 1962, p.410. Sangaku LV, 1960, p. 12/13, panorama et esquisse cartographique entre les pages 92 et 95, photographies entre les pages 76 et 77.

15. En 1962 le vicomte Glentworth conduisit une expédition britannique dans la région du Langtrang. Outre l' ascension d' un petit six mille, elle fit des recherches botaniques.

Référence: The Himalayan Club Newsletter, No. 19, octobre 1962, p. 2.

Massif de l' Annapurna 16. Une expédition hollandaise, dont les objectifs étaient surtout scientifiques, travailla en 1962 dans la région de l' Annapurna. Elle était conduite par le professeur de géologie à l' Université d' Amsterdam, le Dr K. G. Egeler, qui formait le groupe scientifique avec quatre autres géologues et un médecin. Les 1800 spécimens de pierres qu' ils ont recueillis sont maintenant examinés à Amsterdam du point de vue pétrographique et paléontologique.

L' équipe des cinq grimpeurs était conduite par le meilleur des chefs, Lionel Terray! Ils réussirent un bel exploit: la première ascension du sommet nord du Nilgiri ( 7032 m = 23 072 ft ) le 19 octobre par Terray, Holger, Paul et Peter van Lookeren Campagne et le Sirdar Wangdhi. L' itinéraire par le flanc nord et l' arête NW se révéla plus difficile que prévu. On dut poser trois camps d' altitude, le plus haut à 6500 m.

Références: Neue Zürcher Zeitung, 8 mai et 27 décembre 1962. La Montagne, décembre 1962, p. 340. AAJ 1963, p. 522/523.

Massif du Dhaulagiri 17. L' expédition Yomiuri-Shimbum, de l' Université de Nihon, conduite par S. Ishizaka, escalada le 8 mai 1962 le Hongde ( aussi écrit Hangde ), dont l' altitude est cotée à 6956 m, mais qui, selon les mesures japonaises, n' est que de 6600 m environ = 21 655 ft. Cette équipe gravit aussi trois petits six mille dans le même groupe du Mukut Himal. Puis elle se dirigea vers le Churen Himal ( 7364 m = 24 162 ft ), mais le mauvais temps la contraignit au retour. Seul le Kantokal ( environ 6500 m = 21 325 ft ), au nord du Putha Hiunchuli, put être gravi.

Référence: AAJ 1963, p. 520/521.

18. Une expédition sud-coréenne, qui visait en septembre 1962 le Dhaula lì ( 7750 m = 25 427 ft ), ne semble pas être allée très loin.

Référence: AAJ 1963, p. 522.

19. C' est aussi en automne 1962 que J. O. M. Roberts et quatre Sherpa ( et l' officier de liaison obligatoire ) firent une intéressante exploration du versant sud du Dhaulagiri Himal, pour reconnaître le Dhaula IV ( 7640 m = 25 064 ft ) depuis le Gurjakhani ( 2590 m = 8500 ft ). Ils escaladèrent le Ghustung Himal ( 6462 m = 21 200 ft ) pour obtenir une bonne vue du flanc SW de cette grande montagne. Il semble qu' il y ait là une voie possible bien que menacée par les avalanches. Le gouvernement népalais a autorisé une expédition britannique à y faire une tentative en automne 1964.

Référence: AAJ 1963, p. 521/522.

Népal occidental 20. Le Kanjiroba devrait plutôt s' écrire Khan Jerowa Himal. Nous avons déjà parlé dans notre dernière chronique de la petite expédition 1961 de B. Tyson. Au printemps 1962 une expédition britannique féminine dirigée par la comtesse Dorothy Gravina se rendit dans cette région encore trop peu connue. Deux équipes gravirent les 14 et 15 mai un sommet sans nom d' environ 21 500 ft = 6553 m, qu' elles baptisèrent « Pinnacle Peak », d' après le nom de leur Club. Chacune des cordées comprenait deux dames et deux Sherpa.

Références: AJ 304, mai 1962, p. 210-129. AJ 306, mai 1963, p. 65-77.

59 Tsolatse ( 6440 m ) et Taboche ( 6542 m ), vus du nord-ouest ( vallée du Dudh-Kosi ), et quatrième lac de barrage Photo Erwin Schneider Garhwal 21. « La plus importante conquête de l' année 1961 au Garhwal » ( voir Les Alpes 1962, p. 119 ), celle de la belle Nilkanta, a été récemment fortement mise en doute. Il semble bien que cette montagne, qui a déjà été souvent convoitée, est encore vierge! Son altitude est de 6596 m = 21 641 ft.

Référence: AJ 306, 1963, p. 139-141.

22. Une expédition indienne conduite par P. Chaudhuri annonce la première ascension du Nandakhat ( 6611 m = 21 690 ft ) le 20 octobre 1961.

23. Une autre équipe indienne, avec le capitaine Jagjit Singh pour chef, dut renoncer au Mana Peak ( 7272 m = 23 862 ft ). En revanche, un groupe de VHimalayan Association of Calcutta réussit la seconde ascension du Nilgiri Parbat ( 6474 m = 21 240 ft ) qu' avait déjà escalade Frank S. Smythe en 1937.

Référence: AAJ 1963, p. 524.

Himalaya du Panjab 24. ( Complément. ) Le Deo Tibba ( 6001 m = 19 689 ft ), déjà souvent gravi, fut visité par des membres du Club japonais des femmes alpinistes en automne 1960.

Référence: Sanganku LVI, 1961, p. 9/10.

25. ( Complément. ) La Derbyshire Himalayan Expedition de Robert Pettigrew ne gravit pas seulement le Deo Tibba, comme annoncé dans notre dernière chronique, mais aussi le White Sail Peak ( 6416 m = 21 148 ft ). En août de la même année, l' expédition de F. Lynam gravit le Shigri Parbat ( 6645 m = 21 800 ft ). En octobre 1961 une expédition féminine britannique se rendit dans la région du glacier de Bara Shigri. La moisson de Joséphine Scarr et Barbara Spark fut vraiment splendide: P.21 760 ft6633 m ), Central Peak ( 20 620 ft = 6284 m ), P.20 495 ft6246 m ) et d' autres petits six mille.

Références: AJ 305, 1962, p.323-331; AJ 306, 1963, p.52-60. HJ XXIII, 1961 ( paru en 1963 ), p.56-61, 62-70, 110-132.

26. Lors d' une expédition indienne au Leo Pargiyal ( 6790 m = 22 280 ft ) conduite par le capitaine S. Bakshi, se produisit un grave accident: Bakshi et le capitaine Wadhwa, avec le Sirdar Gyaltsen Mikchung ( qui venait de rentrer du Jannu ) et le jeune Sherpa Karma Wangchu avaient reconnu le 20 juin 1962 la place du camp d' altitude II ( 6462 m = 21 200 ft ) et commencèrent la descente tôt dans l' après. Par un épais brouillard, Bakshi glissa dans une traversée de glace et entraîna Karma avec lui; Wadhwa et Gyaltsen essayèrent d' assurer, mais furent arrachés, et tous les quatre tombèrent de 300 mètres environ. Seul Wadhwa - blessé au visage - revint à lui et descendit en chancelant jusqu' au camp I. Les trois autres étaient morts sur le coup et furent déposés dans une crevasse.

Références: The Himalayan Club, Newsletter, n° 19, octobre 1962, p.4. AAJ 1963, p. 524.

27. En automne 1962 se mit en route une expédition du Club alpin de l' Université de Kyoto. Elle comprenait le professeur K. Onodera, docteur-agronome, et six étudiants: T. Sakai, Y. Omori, K. Tornita, J. Tanaka, Y. Miyaki et T. Iwase, et trois Sherpa: Dawa Thondup, Lhakpa Tsering et Gyndin.

12 Les Alpes - 1963 - Die Alpen177 Le voyage d' aller les mena par Pathankot jusqu' à Bhuntar, plus loin en bus jusqu' à Kulu, à cheval jusqu' à Jari et puis à pied en remontant la vallée de Malana, avec 40 porteurs locaux. Après trois jours de marche on établit le camp de base à environ 3800 m12 467 ft ), sur la rive droite de la rivière, à 3 km environ en aval de la langue du glacier de Malana.

Là-dessus, on monta les camps d' altitude: Le I ( environ 4500 m = 14 764 ft ) au-dessus de la langue très crevassée du glacier, le II ( environ 5300 m = 17 389 ft ) au-dessus d' une grande chute de séracs, et le III ( 5500 m = 18 045 ft ) sur le glacier de Malana, au pied du fameux Indrasan ( 6221 m = 20 410 ft ), bien souvent convoité et photographié, et essayé déjà plusieurs fois. Cette fois-ci, cela réussit: le 13 octobre Tornita et Miyaki s' engagent dans la paroi SW, et après 12 heures de travail pénible, sur le rocher et sur la glace, ils foulent le sommet à 16 h. 30. Ils doivent bivouaquer à la descente et n' arrivent au camp III que le lendemain à midi.

Entre-temps Iwase, Omori et Tanaka, accompagnés du Sherpa Gyndin, ont refait l' ascension favorite du Deo Tibba, le voisin bonasse du fier Indrasan.

Références: Correspondance privée avec The Academic Alpine Club of Kyoto. AJ 306, 1963, p. 123.

Massif du Nanga Parbat 28. L' expédition que le Dr méd. Karl Herrligkoffer et son Institut allemand de recherche à l' étranger ont organisée en 1962 au Nanga Parbat, a enfin réussi l' ascension de ce géant par l' abrupt versant du Diamir et en tracer ainsi la « direttissima ». L' équipe se composait de M. Anderl, T. Kinshofer, S. Loew, A. Mannhardt, R.M.arck, H. Schmidbauer et M. Sturm.

Le 28 mai Herrligkoffer et son équipe établissaient le camp de base au haut de la vallée de Diamir ( 4050 m = 13 288 ft ) et le 22 juin 1962 à 17 heures déjà Kinshofer, Loew et Mannhardt foulaient le sommet ( 8125 mneuf ans après la dramatique ascension d' Hermann Buhl -. Pour garder une grande mobilité dans l' assaut final, ils n' avaient emporté du camp IV aucune protection particulière contre le froid - pas de tente, pas de sac de bivouac. Mais une tempête se leva avec un froid glacial, l' ascension difficile du sommet prit du temps, et ils durent bivouaquer à la descente!

Le lendemain, ils commencèrent par marcher encordés, puis, quand la pente devint moins raide, ils décidèrent de descendre chacun pour soi. Le vent soufflait encore avec force et, dans les nuages de neige, les trois hommes se voyaient à peine. Soudain Mannhardt et Kinshofer entendirent des cris derrière eux, Loew glissa sur le dos et bascula par-dessus un banc de rochers. Les deux autres le trouvèrent sans connaissance, avec une grave blessure à la tête. Il était hors de question de le porter. Mannhardt continua donc seul à descendre, pour chercher de l' aide au camp III, le camp IV étant vide. Kinshofer resta auprès de Loew qui mourut vers 20 heures. Rassemblant ses dernières forces, Kinshofer se traîna toute la nuit, pour atteindre le camp III au petit matin.

Personne n' avait plus la force de remonter dans le cirque de Bazhin on repose Siegfried Loew -un des meilleurs jeunes alpinistes allemands, formé à l' escalade sur les falaises de grès de l' Elbe. Kinshofer et Mannhardt souffraient de gelures aux talons et aux orteils, mais ils purent descendre au camp de base par leurs propres moyens, et de là furent portés dans des hamacs jusqu' au pont de Bunar, dans la vallée de FIndus, en trois jours de marche forcée. Suivit un trajet en jeep jusqu' à Gilgit et en avion par Karachi-le Caire-Francfort jusqu' à Munich et l' hôpital.

Références: Süddeutsche Zeitung. n° 154 du 28 juin, n° 155 du 29 juin, n° 160 du 5 juillet 1962. La Montagne, octobre 1962, p. 308.

Karakorum Correction à la Chronique himalayenne 1959, Batura Mustagh: Jamil Sherjan, l' aide des glaciologues, n' était pas un Népalais, mais un officier pakistanais.

Complément de références: Kanjut Sar: P. Meciani, Carte Ghiacciaio Hispar I :250 000; G. Monzino: Kanjut Sar, Milan 1961.Trivor: W. Noyce: To the Unknown Mountain, Londres 1962. Mount Ghent: Alpenvereinszeitschrift, vol.87, 1962, p. 153-166. K6: AJ 304, 1962, p.73-84. HJ XXIII, 1961, p.80-83. K' 2: HJ XXIII, p.71-79.

29. ( Complément. ) En 1961 une expédition de Cambrige se rendit à Nagar et poursuivit des recherches glaciologiques et botaniques dans la région du glacier de Minapin, sans toutefois tenter d' escalades.

Référence: HJ XXIII, 1961, p. 16-20.

30. ( Complément. ) Durant l' été 1961 deux Japonais - S. Shima et M. Takeuchi - firent en partant de Gilgit une excursion dans la région des glaciers de Daintar, Baltar, Swat Marao et Kukuar sur le flanc sud du Mur de Batura.

Référence: Sangaku LVII, 1962, p. 20-22.

31. Le plus haut des 7000 encore vierges de l' Hispar Mustagh est le P. 25 762 ft = 7852 m, que la plupart des cartes nomment Khinyang Chhish. Cette graphie n' est pas seulement compliquée, mais vraisemblablement fausse. Mieux vaudrait utiliser le terme de Khiangyang Kish ( comparer avec le glacier de Khiang et le Pumari Kish ).

C' est sur cette montagne que deux Anglais, le major E. J. E. Mills et le capitaine M. R. F. Jones -chef et secrétaire de la British Pakistani Karakoram Expedition 1962 - furent tués par une avalanche le 18 juin, à une altitude d' environ 6100 m = 20 000 ft. Ils avaient déjà surmonté deux obstacles, et la route du sommet semblait ouverte; mais le temps se gâta et augmenta le danger d' avalanches. Cet accident provoqua l' abandon de cette expédition à laquelle participait aussi le géologue Karl Stauffer.

Références: Alpine Journal, n° 305, novembre 1962, p. 342. AJ 306, mai 1963, p. 100-107.

32. De septembre 1961 à avril 1962 une expédition internationale, à laquelle participait Eugen Reiser de Zurich, effectua des mesures climatologiques et hydrologiques dans la région de Biafo. Un petit groupe de Suisses - Dr G. Furrer et Dr Hartmann - prit la relève au début de mai: Reiser se joignit à eux. Cette Expédition suisse au Biafo-Gyang 1962 n' avait aucun but montagnard, mais elle étudia les conditions de végétation et des questions morphologiques particulières.

Références: Neue Zürcher Zeitung 1962, n°2563, 2851, et 3586.Himalayan Club, Newsletter, n°19, octobre 1962.

33. L' expédition au Karakorum 1962 que dirigeait le professeur Ardito Desio avait aussi un objectif purement scientifique. Elle produira assurément des résultats géologiques et géographiques de valeur.

Référence: AJ 306, p. 123.

34. Le cadre montagneux entourant le glacier géant du Siachen culmine en un sommet double, le Saltoro Kangri ( 7742 m = 25 400 ft et 7706 m = 25 282 ft ) qu' en 1935 déjà l' expédition J. Hunt-J. Waller gravit jusqu' à 300 m environ du sommet. Depuis lors, la montagne a été courtisée bien des fois, mais sans grand résultat. Il s' avérait surtout difficile d' obtenir la permission du gouvernement pakistanais. Les Japonais, qui se sont taillé la part du lion en Himalaya ces dernières années, ont résolu ce problème aussi: par leur Pakistan-Japan Joint Karakoram Expedition 1962. Ce fut une entreprise considérable, avec dix Japonais et cinq Pakistanais. Le chef d' expédition était le Dr T. Shidei, professeur de physique à l' Université de Kyoto, son adjoint T. Kato, qui avait fait ses preuves au Manaslu et au Chogolisa, puis deux médecins, les Dr K. Hayashi et A. Saito, enfin les grimpeurs ( groupés ici d' après leur âge de 30 à 24 ans ) K. Hirai, G. Iwatsubo, Y. Tani, Y. Takamura, T. Maegoya et S. Ideo. Le groupe pakistanais comprenait H. A. Beg, professeur de physique à l' Université du Panjab, A. Khan, R. Bashir, A. Khan, et le capitaine A. Bashir, de l' armée pakistanaise, qui servait d' officier de liaison.

L' expédition quitta Skardu à la fin mai. On établit un quartier général près de Ali Brangsa, et on envoya au col de Bilafond ( 5547 m = 18 200 ft ) dix porteurs d' altitude qui y placèrent le camp de base avancé près de la jonction du Peak 36 Glacier avec le glacier du Siachen. Puis commença l' établissement des camps d' altitude proprement dits: le I à peu près au milieu du Peak 36 Glacier; le II au pied du versant NE du Saltoro Kangri, plus loin sur l' itinéraire de 1935 le III vers 20 000 ft = 6096 m, le IV vers 21 500 ft = 6553 met le V à 23 650 ft = 7209 m. C' est là qu' arriva le groupe de pointe - A. Saito, Y. Takamura, R. Bashir - le 23 juillet pour l' assaut. Ils durent bivouaquer vers 24 500 ft = 7467 m, et c' est le 24 juillet à 10 h. 45 qu' ils atteignirent le sommet principal ( 25 400 ft = 7742 m ).

Références: Correspondance de Y. Takamura et Y. Yakushi ( The Academic Alpine Club of Kyoto ). AJ 306, 1963, p. 122/123. AAJ 1963, p. 525/526.

Hindukush Le nombre des expéditions dans cette région s' est considérablement accru ces dernières années:

35. ( Complément. ) La section de Brème du Club alpin allemand a patronné un groupe de cinq grimpeurs allemands qui, sous la conduite de Joseph Ruf, se rendit de Kabul au Koh-i-Chrebek ( environ 6250 m ) via Charikar—Chrunju ( fin de la route carrossable)-le col d' Anjuman vallée de Munjon et la vallée de Reco. Le sommet fut conquis de haute lutte le 17 août 1961. Une vraie exploration bien réussie.

Référence: Les Alpes, 3e trimestre 1962, p. 168-170.

36. ( Complément. ) \J Exploration Traunstein à VHindukush 1961, dirigée par Otto Huber, alla -plus au sud que les Brêmois - dans la région des vallées de Darrah-i-Gharan et Darrah-i-Deh-Ambi. Là, elle escalada sept cinq mille et deux six mille, les Koh-i-Marchech ( environ 6060 m ) et le Shakh-i-Kabud ( environ 6015 m ).

Référence: Alpenvereinszeitschrift, vol. 87, 1962, p. 167-174.

37. L' Allemand Fr. Stammberger s' est attaqué en solitaire au Tirich Mir ( 7690 m = 25 227 ft ). A 6550 m environ ( 21 500 ft environ ) il fut emporté par une avalanche et gravement blessé. Par bonheur une expédition américaine conduite par F. Knauth se trouvait à ce moment sur cette montagne: son médecin, le Dr Bartlett, s' occupa de Stammberger et organisa son évacuation. Par la"suite le mauvais temps empêcha les Américains de réussir l' escalade du Tirich Mir.

Référence: The Himalayan Club, Newsletter, n°19, octobre 1962, p. 3.

38. Une équipe de la section Bamberg du Club alpin allemand gravit en 1962 - au sud de la région de travail du groupe de Traunstein - 5 cinq mille, le sommet double du Koh-i-Mondi ( P. 6248 de la carte internationale ), le Koh-i-Jumi ( P. 6040 ) et encore trois cinq mille dans la région du Col de Weran.

39. Pendant ce temps l' équipe Rosenheim escaladait plusieurs cinq mille entre les cols Anjuman et Ramgul.

40. Une expédition autrichienne conduite par Sepp Kutschera explora en automne 1962 le Kishmi Khan ( environ 7100 m ).

Référence: ÖAZ ( Österreichische Alpenzeitung ) 1326, novembre/décembre 1962, p. 130.

41. L' Expédition polonaise à VHindukush 1962 a remporté de beaux succès dans la région du Wakhan, le coin que l' Afghanistan pousse entre le Pamir soviétique et le Chitral pakistanais NW. Cette importante entreprise polonaise se partagea en deux parties indépendantes:

a ) le groupe de la section Cracovie du Club polonais de Haute Montagne, conduit par St. Biel; b ) le groupe de la section Poznan, du même club, auquel se joignirent quatre grimpeurs français du Groupe Universitaire de Montagne et de Ski, conduit par St. Zierhoffer.

Le groupe a plaça son camp de base dans la vallée Urgund-i-Bala. Les 28, 29 et 30 août les neufs grimpeurs gravirent le Koh-i-Tez ( « Sommet escarpé », 7015 m = 23 016 ft ). Le camp III avait été avancé jusqu' à une petite heure sous le sommet.

Le groupe b avait son camp principal à environ 4100 m, sur le palier médian de la vallée de Mandara, et gravit d' abord trois petits six mille. Puis il attaqua l' objectif principal, le sommet-frontière M 4 ( 7125 m = 23 376 ft ) qui fut nommé plus tard le Koh-i-Nadir-Shah. Là aussi, ce furent neuf grimpeurs qui réussirent l' ascension, par l' arête NW les 27 et 29 août. Pour finir ils conquirent aussi le Koh-i-Mandaras ( 6631 m = 21 756 ft ) par un itinéraire de glace beau et difficile.

Les deux groupes n' ont pas fait qu' escalader des montagnes, ils ont aussi poursuivi des recherches scientifiques: topographiques, géologiques, météorologiques et physiologiques. Un grand pas en avant dans la connaissance de l' Hindukush! Mais dans cette aile NE de l' Hindukush, sur la frontière afghane, il reste encore bien des tâches profitables... même des sept mille vierges!

Références: Correspondance personnelle avec D. F.O. Dangar et Dr Jerzy Hajdukiewicz. Esquisse cartographique de St. Biel. Fosco Maraini: Parompàmiso, avec des esquisses face aux pages 256 et 268. Bari 1963. AJ 306, 1963, p. 121/122. Taternik 38, n°s 2-4, Zakopane 1962.

Pamir 42. Un grave accident endeuilla VExpédition anglo-soviétique au Pamir 1962. Le 24 juillet Wilfrid Noyce et Robin Smith avaient, avec deux grimpeurs russes, atteint le sommet du Garmo ( 6595 m = 21 638 ft ) par la difficile arête W qui avait déjà été parcourue une fois auparavant. A la descente, dans l' après, la cordée anglaise tomba d' un mur de glace et trouva la mort. Noyce était un grimpeur et un himalayiste de premier plan; ses dons d' écrivain étaient aussi bien connus. Sa dernière œuvre fut They survived - a study of the will to live. Une coïncidence étrange!

Les huit mille et les sept mille gravis Situation au 31. 12. 1962. Liste chronologique de G.O. Dyhrenfurth Huit mille ( au-dessus de 8000 m = 26 248 ft ) 1.

3.

6. 1950 Annapurna I 2.

29.

5. 1953 Mount Everest 3.

3.

7. 1953 Nanga Parbat 4.

31.

7. 1954 K2 ( Chogori ) 5.

19.

10. 1954 Cho Oyu 6.

15.

5. 1955 Makalu 7.

25.

5. 1955 Kangchendzönga 8.

9.

5. 1956 Manaslu 9.

18.

5. 1956 Lhotse 10.

7.

7. 1956 Gasherbrum II 11.

9.

6. 1957 Broad Peak 12.

5.

7. 1958 Hidden Peak 13.

13.

5. 1960 Dhaulagiri 8078 m = 26 504 ft 8848 m = 29 028 ft 8125 m - 26 658 ft 8611 m = 28 253 ft 8153 m = 26 750 ft 8481 m = 27 824 ft 8597 m = 28 207 ft 8125 m = 26 658 ft 8501 m = 27 890 ft 8035 m = 26 350 ft 8047 m = 26 400 ft 8068 m = 26 470 ft 8172 m = 26 811 ft Sept mille ( entre 7000 m et 8000 m, soit entre 22 967 ft et 26 248 ft ) Les répétitions et les sommets sur lesquels plane un doute ne sont pas comptés ici 1.

12.

6. 1907 Trisul 7120 m = 23 360 ft 2.

16.

6. 1911 Pauhunri 7128 m = 23 285 ft 3.

3.

8. 1913 Kun ( Mer ) 7077 m = 23 219 ft 4.

25.

9. 1928 Pic Lénine 7134 m = 23 407 ft 5.

24.

5. 1930 Nepal Peak-SW 7145 m = 23 443 ft 6.

3.

6. 1930 Jongsang Peak 7470 m = 24 510 ft 7.

21.

6. 1931 Kämet 7755 m = 25 443 ft 8.

16.

7. 1932 Rakhiot Peak 7070 m = 23 196 ft 9.

28.

10. 1932 Minyag Kangkar ( ou Gongkar ) 7587 m = 24 891 ft 10.

3.

9. 1933 Pic Staline ( maintenant « Pic du communisme » ) 7495 m = 24 590 ft 11.

3.

8. 1934 Baltoro Peak-E 7260 m = 23 820 ft 12.

12.

8. 1934 Sia Kangri 7422 m = 24 350 ft 13.

18.

7. 1935 Khartaphu 7230 m = 23 720 ft 14.

23.

7. 1935 « Rock Peak » 7071 m = 23 200 ft 15.

29.

8. 1935 Kharta Changri 7056 m = 23 150 ft 16.

18.

11. 1935 Kabru-NE 7338 m = 24 076 ft 17.

29.

8. 1936 Nanda Devi 7816 m = 25 645 ft 18.

21.

5. 1937 Chomo Lhari 7315 m = 24 000 ft 19.

12.

8. 1937 Mana Peak 7272 m = 23 862 ft 20.

29.

5. 1939 Tent Peak 7365 m = 24 162 ft 21.

2.

7. 1939 Nanda Devi-E 7434 m = 24 391 ft 22.

5.

7. 1939 Dunagiri 7066 m = 23 183 ft 23.

1.

8. 1947 Satopanth 24.

6.

6. 1949 Pyramid-NE 25.

21.

7. 1950 Tirich Mir 26.

22.

8. 1950 Abi Gamin 27.

11.

7. 1951 Mukut Parbat 28.

13.

6. 1952 Chaukhamba 29.

6.

6. 1953 Chamar 30.

22.

8. 1953 Korzenewskaja 31.

28.

8. 1953 Nun ( Ser ) 32.

30.

5. 1954 Baruntse 33.

22.

10. 1954 Kangchungtse 34.

30.

10. 1954 Chomolönzö 35.

11.

11. 1954 Putha Hiunchuli 36.

30.

5. 1955 Annapurna IV 37.

8.

6. 1955 Istor-o-nal 38.

2.

7. 1955 Kang Guru 39.

5.

7. 1955 Spantik 40.

24.

10. 1955 Ganesh Peak 41a.

6.

7. 1956 Mustagh Tower 41 b.

12.

7. 1956 Mustagh Tower 42.

31.

7. 1956 Mustagh Ata 43.

16.

8. 1956 Kongur-tjube-tagh ( Kungur I ) 44.

30.

8. 1956 Pic Pobeda 45.

19.

6. 1957 Skil Brum 46.

25.

6. 1958 Rakaposhi 47.

19.

7. 1958 Kanjut Sar 48.

4.

8. 1958 Haramosh 49.

4.

8. 1958 Chogolisa NE 50.

6.

8. 1958 Gasherbrum IV 51.

24.

8. 1959 Saraghrar 52.

10.

5. 1960 Api 53.

17.

5. 1960 Annapurna II 54.

24.

5. 1960 Himal Chuli 55.

2.

6. 1960 Amne Machin 56.

9.

6. 1960 Distaghil Sar 57.

6.

7. 1960 Masherbrum 58.

13.

8. 1960 Mount Depak 59.

17.

8. 1960 Trivor 60.

17.

8. 1960 Noshaq 61.

6.

5. 1961 Annapurna III 62.

16.

5. 1961 Nuptse 63.

4.

6. 1961 Mount Ghent 64.

27.

4. 1962 Jannu 65.

3.

5. 1962 Lönpo Gang 66.

17.

5. 1962 Pumo Ri 7075 m: 7100 m 7690 m: 7355 m: 7242 m: 7138 m: 7177 m: 7105 m 7135 m 7220 m 7656 m 7815 m 7239 m 7524 m 7389 m 7009 m 7027 m 7406 m 7273 m 7273 m 7546 m 7595 m 7439 m 7360 m 7788 m 7760 m 7406 m 7654 m 7925 m 7349 m 7132 m 7937 m 7864 m 7160 m 7885 m 7821 m ca. 7150 m 7720 m 7492 m 7577 m 7879 m 7400 m 7710 m 7083 m 7145 m 23 213 ft 23 295 ft 25 227 ft 24 130 ft 23 820 ft 23 412 ft 23 545 ft 23 311 ft 23 410 ft 23 688 ft 25 120 ft 25 640 ft 23 750 ft 24 688 ft 24 242 ft 22 997 ft 23 056 ft 24 299 ft 23 863 ft 23 863 ft 24 758 ft 24 919 ft 24 406 ft 24 149 ft 25 550 ft 25 460 ft 24 299 ft 25 110 ft 26 000 ft 24 110 ft 23 399 ft 26 041 ft: 25 801 ft 23 491 ft: 25 870 ft: 25 660 ft: 23 457 ft: 25 329 ft 24 581 ft: 24 860 ft 25 850 ft: 24 280 ft 25 296 ft: 23 240 ft: 23 442 ft 67.

20.

5. 1962 Nupchu 68.

31.

5. 1962 Chamlang 69.

24.

7. 1962 Saltoro Kangri 70.

27.

8. 1962 Koh-i-Nadir-Shah 71.

28.

8. 1962 Koh-i-Tez 72.

19.

10. 1962 Nilgiri N 7028 m = 23 059 ft 7317 m = 24 007 ft 7742 m = 25 400 ft 7125 m = 23 376 ft 7015 m = 23 016 ft 7032 m = 23 072 ft Si de nouvelles mesures donnent 7000 m au Dodang Nyima Peak ( 6927 m ), au Khan Tengri ( 6995 m ), au Sakhang Peak ( 6943 m selon K. Mason ) ou au Malubiting E. ( environ 6970 m ), il faudra les ajouter. Les 72 sept mille mentionnés ici représentent donc un minimum au 31 décembre 1962.Traduit de l' allemand par Catherine Vittoz )

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