Eclairages

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Marcel Michelet, Vollèges

Les alpinistes, les vrais, les heureux, ils vous approchent, ils vous empoignent à bras le corps, ils vous mordent en pleine chair, ils connaissent votre goût, votre langage muet, votre minérale saveur.

Savent-ilsils en sourient - comment nous apparaissent de loin vos cortèges de vierges, entre les jeux de la terre et du ciel?

Nulle part autant que dans les Alpes un pas ou une minute ne changent à la fois le temps et l' espace.

Je suis à mon balcon des Bornes ( Haute-Nen-daz ) le t 13 octobre 1970, à six heures du matin.

L' aurore, celle qu' Homère appelle « aux doigts de rose ». Mais ce n' est pas les doigts qu' elle montre d' abord, pas encore les rayons écartelés sur les crénaux de l' arête ou de la chaîne valaisanne.

Non! Son visage d' abord, ou plutôt le reflet, le halo de son visage, qui se dilue imperceptiblement dans toute cette moitié du ciel, sans qu' on puisse déterminer un centre d' intensité.

L' or incandescent passe à un jaune mauve, se fonce et, à la hauteur des montagnes proches, retrouve le bleu noir du ciel nocturne avec ses étoiles majeures.

Cette aurore, les vallées profondes l' ignorent. Peu de villégiateurs ont surpris en Valais ce miracle: ni Zermatt, ni Zinal, ni Evolène, ni Verbier.

C' est que nulle part, à cause de l' orientation, le soleil n' apparaît dans son enfanse.

Il a eu le temps de grandir, de forcir, de varraper, d' escalader l' autre versant, et lorsqu' il se montre enfin sur la crête, c' est un robuste visage d' alpiniste échauffé par l' ascen d' un guerrier dont l' assaut a trop coûté, et qui vous incendie de ses flèches tout en vrac; on plie sous ses coups, on prend le bouclier des verres fumés.

Ici-même, il ne surgit vraiment qu' au milieu de la matinée sur les dômes de Combire, mais il en a longtemps suivi, de l' autre côté et à peine en dessous, la courbe surbaissée; c' est petit à petit que sa flamme grignotait, en l' embrasant, le ciel, qui passait du jaune citron au jaune orange, au rouge blanc, jusqu' au triomphe de la lumière, jusqu' à ce tutti fortissimo qui éveille les bois et les cuivres, le second mouvement de la symphonie de l' automne.

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