La grande période de retraite des glaciers des Alpes de 1850 à 1880

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le Prof. Dr. F. A. Forel, de Morges.

La grande période de retraite des glaciers des Alpes de 1850 à 1880 Par Depuis quelques dizaines d' années tous les naturalistes et les alpinistes sont frappés du raccourcissement étrange et considérable des glaciers des Alpes. En Autriche, Richter, Schwalbe, Suda, en Italie, A. Stoppani, en France, L. Grüner, Ch. Grad, Schrader, Trutat, en Suisse, Alph. Favre, H. de Saussure, Ch. Dufour, Fritz, A. Heim, et bien d' autres, ont attiré l' attention du public sur le phénomène et ont cherché à l' expliquer ).

* ) Voyez en particulier: H. Fritz, Die periodischen Längenänderungen der Gletscher, Petermann's Mitth., 1878, X, 381. B. Schwalbe, Ueber die Gletscher des Kaukasus und über den temporären Rückgang der Gletscher, Zeitschr. d. deutsch, u. österr. Alpenvereins, X, 46,1879. A. Stoppani, Süll' attuale regresso dei ghiacciai nelle Alpi, E. Acad. dei Lincei, anno CCLXXIX. L. Grüner, Sur les causes qui ont amené le retrait des glaciers, Comptes-rendus acad. se, Paris, LXXII, 632. A. Favre, Description géologique du canton de Genève, I, 105. Ch. Dufour, Retrait des glaciers européens, Bull. Soc. vaud. se. nat., XVII, 422. F. A. Forel, Les variations périodiques des glaciers des Alpes, Echo des Alpes, XVII, 20. Essai sur les variations périodiques des glaciers, Arch, des se. ph. et nat, VI, 6 à 448, Genève 1881.

21 Cette décroissance des glaciers est en effet extraordinaire, soit par sa généralité, soit par ses proportions fort grandes; c' est par centaines et centaines de mètres que l'on mesure la diminution de longueur des. grands glaciers des Alpes.

C' est ainsi que le glacier du Rhône était en 1880 éloigné de la moraine de 1856 de 850 m des Bois „, 18801854 „ 1050 m des Bossons18741854 „ 530 » delaBrenva18781846 „ 1000"* d' Obersulzbach „ 18801850 „ 411™ de même les glaciers de Grindelwald, d' Aletsch, du. Gorner, du Morteratsch, de Macugnaga, etc.

Ce ne sont pas seulement les grands glaciers, ou glaciers de premier ordre, qui ont subi cette énorme diminution; les glaciers de second ordre, perchés sur les croupes des hautes montagnes, diminuent aussi et disparaissent. Tous les récits d' alpinistes mentionnent les différences considérables qu' ont subies à ce point de vue les cols et les cimes élevées; A. Heim en particulier cite plusieurs de ces disparitions de glaciers, dans sa belle description du groupe du Tödi.

En même temps qu' ils se sont raccourcis, les glaciers ont diminué d' épaisseur; l'on voit les moraines latérales abandonnées sur les flancs de la vallée, comme les moraines frontales le sont à l' extrémité terminale. Dans sa région inférieure, le glacier du Rhône a perdu plus de 120 ou 140™ d' épaisseur depuis 1856.

Ce phénomène de décroissance des glaciers est donc considérable; il mérite d' être étudié. Je me suis donné la tâche de rechercher quelles sont ses limites dans le temps et dans l' espace, de retrouver dans le passé quand cette période de déclin a commencé, de noter dans l' avenir quand elle finira; de déterminer enfin si ce fait est localisé aux Alpes qui nous avoisinent, ou s' il a une plus grande extension.

Tout d' abord j' ai constaté que ce n' est pas à la même époque que le mouvement de retraite a commencé pour les divers glaciers; tandis que le glacier du Rhône s' est raccourci dès 1856 ou 1857, le glacier de l' Unteraar, son voisin, refoulait encore en 1870 sa moraine frontale. Ce fait, conforme aux enseignements de l' histoire générale des glaciers, nous invite à rechercher pour chaque glacier l' époque du début de la période actuelle de retraite.

" Voici le résumé des notes que j' ai recueillies qu' à présent, soit dans la littérature, soit dans la correspondance de mes amis et collègues de la Suisse et de l' étranger, et en particulier dans les communications obligeantes des membres du Club alpin suisse* ). Ces notes sont encore bien incomplètes; il y a encore trop de lacunes se rapportant à des glaciers trop importants; espérons que les amis de la nature alpine voudront bien rechercher dans leurs notes et leurs souvenirs, et combler ce qu' il est encore possible de combler dans ces lacunes regrettables.

F. A.

Forel.

Début de la grande période de retraite.

Année.

Glacier. ( Sroupe. < Observateur.

1830 Geissbtttzifirn Tödi Heim 1830 Limmerngletscher Tödi Heim 1837 Tumbifgletscher Tödi Heim 1845 Trient Mönt-Blanc J. Guex 1346 Zinal Weisshorn Monnier 1847 Brenva Mont-Blanc Marengo 1848 Schlaten Hohe Tauern E. Richter 1850 Vorderröthigletsch.

Tödi Heim 1850 Obersulzbach Hohe Tauern E. Richter 1850 Tschingelgletscher Tödi Heim 1850 Hüfigletscher Tödi Heim 1852 Bifertengletscher Tödi Heim 1854 Bossons Mont-Blanc V. Payot 1854 Glacier des Bois Mont-Blanc V. Payot 1855 Ob. Grindelwaldgl.

Finsteraarhorn Fritz 1855 Hallstatt Dachstein Fr. Simony 1856 Viltragen Tauern Richter 1856 Maurer Tauern Sonklar 1856 Umbal Tauern Sonklar 1856 Langtaufers Oetzthal Sonklar 1857 Rhône Galenstock F. A. Forel 1857 Sulden Ortler Sonklar I860 Aletsch Jungfrau Tyndall 1860 Unt. Grindelwaldgl.

Finsteraarhorn Fritz 1860 Brunnigletscher Tödi Heim 1860 Sandgletscher Tödi Heim 1867 Gorner Monte Rosa Ch. Grad 1871 Unteraar Finsteraarhorn F. A. Forel D' après ce tableau, la grande période de retraite des glaciers ne s' est -développée que lentement. Quelques glaciers ont commencé déjà à diminuer vers 1830 et 1840; la grande majorité a commencé à décroître vers 1850 et 1860; la diminution de longueur ne s' est faite sentir pour quelques-uns que plus tard, après 1870, pour le glacier de l' Aar inférieur* ).

Ce ne sont pas seulement les glaciers dont nous avons donné les noms, qui se sont mis ainsi en décroissance. Il résulte des notes, observations et descriptions que nous avons reçues de divers côtés que, dans toutes les Alpes françaises, italiennes, suisses et autrichiennes, tous les glaciers ont été en diminution pendant les années qui ont succédé à 1870. Je n' ai pas su trouver aucune exception à ce fait général. Nous pouvons donc, jusqu' à nouvel avis, admettre qu' après 1870 il y a eu une période dans laquelle tous les glaciers des Alpes ont été en décroissance, et, en prenant des dates moyennes pour les époques du début et de la fin du phénomène, nous la désignerons sous le nom de grande période de retraite de Ì850 à Ì880.

Cette période de retraite continuera-t-elle indéfiniment? Sa généralité est-elle l' indice d' une modification du climat de notre Europe centrale? Sommes-nous menacés de voir disparaître les glaciers des Alpes? Nous n' en sommes pas encore là. Le nombre des glaciers qui sont entièrement fondus est peu considérable, et ce ne sont que des glaciers fort petits. Mais cependant il faut avouer que la plupart des glaciers sont actuellement fort amaigris, et qu' ils ont perdu de leur sauvage puissance et de leur beauté. Avons-nous à craindre de les voir rester dans cet état? Ce serait fâcheux pour nos Alpes dont ils sont le principal attrait; hâtons-nous d' ajouter que cela n' est pas probable. L' histoire nous apprend que de tous temps les glaciers ont été soumis à des alternatives analogues de croissance et de décroissance, à des variations périodiques, qu' à une période de raccourcissement succède pour chaque glacier une période d' allongement. Jamais l' histoire n' a, il est vrai, enregistré une telle unanimité dans la variation de tous les glaciers; jamais on n' a vu tous les glaciers des Alpes décroître en même temps. Depuis que l'on fait des observations, on avait toujours des exceptions dans le sens de la variation; dans le cas actuel, il n' y a point d' exception; pendant quelques années, il y a eu unanimité dans la variation. Il ne s' en suit pas cependant que les lois générales soient changées; tout nous dit que bientôt les glaciers vont se mettre à croître de nouveau.

Et en effet, depuis quelques années, un certain nombre de glaciers ont cessé de diminuer, sont devenus stationnaires, ou ont repris une marche progressive; pour eux, la période de retraite est terminée et une nouvelle période d' allongement a commencé.

Voici le tableau des glaciers dont nous avons appris le changement de période et qui sont actuellement en croissance.

Début d' une nouvelle période de progression.

Année.Glacier.Groupe.Observateur.

1875BossonsMont-BlancV. Payot 1878BrenvaMont-BlancMarengo 1878SchalihornWeisshornde Biedmatten 1879Glacier des Bois Mont-BlancV. Payot 1879Trient Mont-BlancJ. Guex 1879Zigiorenove Mont-Colon Anzévuy 1880Giétroz. Mont-Colon Troillet 1881Grindelwald sup. Finsteraarhorn G. Strasser 1881ArgentièreMont-Blanc V. Payot 1881Glacier du Tour Mont-Blanc V. Payot II est probable que les uns après les autres, tous les glaciers, qui sont encore actuellement en décroissance, vont reprendre leurs dimensions anciennes en «'allongeant de nouveau. Il serait fort intéressant de suivre attentivement ce changement dans le sens de la variation, et de noter, dans chaque vallée, l' année où l'on verra chaque glacier devenir d' abord stationnaire, puis changer son mouvement de retraite en une marche en avant. Nous recommandons en particulier ce sujet à l' attention des membres et des sections du Club alpin suisse.

Nous avons vu que tous les glaciers des Alpes suisses, autrichiennes, italiennes et françaises, ont participé à cette grande période de retraite de 1870; cette diminution des glaciers n' est donc point un fait localisé à quelques vallées et à quelques groupes de montagnes, mais* il s' étend à l' ensemble de la chaîne des Alpes sur un espace de plus de huit degrés de longitude. Il semble même que ce phénomène a été plus étendu encore.

D' après les notes publiées dans l' Annuaire du Club alpin français par MM. Trutat, Schrader et autres, tous les glaciers des Pyrénées seraient en état de réduction manifeste.

Pour les glaciers du Caucase, cela semble aussi le cas, d' après le mémoire de M. B. Schwalbe et d' après les communications obligeantes de MM. Wild et de Woeikoff, de St-Pétersbourg. Mais ces observations, qui se rapportent à des régions peu fréquentées, ne sont pas encore assez précises pour que nous puissions établir la généralité du fait.

Il semblerait aussi, d' après les notes collectées par M. Ch. Dufour, qu' il y aurait de même décroissance générale des glaciers de la Norwège* ), du Grönland et du Spitzberg.

Je n' ai rien appris sur les glaciers de l' Himalaya.

Les notes que nous avons sur ces contrées lointaines sont beaucoup trop vagues pour que nous puissions rien affirmer sur la généralité du phénomène; nous pouvons seulement poser le problème. Quand des observations précises pourront être obtenues sur La période de retraite des glaciers des Alpes. 32& les variations périodiques des glaciers des Pyrénées,, du Caucase, de la Norwège, de l' Himalaya, des régions polaires, etc., on verra s' il y a des relations de simultanéité dans ces variations de grandeur; on verra si des variations, aussi générales et aussi unanimes que celles que nous venons de constater dans nos Alpes pendant les dernières décades d' années, sont un fait local, ou si elles sont un fait général, si elles sont restreintes à un petit coin de l' Europe centrale, ou bien si elles s' étendent simultanément sur tout ou partie de notre hémisphère.

Nous osons réclamer pour cette étude générale le concours de nos collègues des Clubs alpins et des naturalistes des autres contrées de l' Europe et du monde.

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