La première ascension de la crête est du Schneestock, 3611 m.

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Par Alfred Amstad.

C' est à la cabane Salbit, le lendemain de notre première ascension de la difficile crête sud du Salbitschyn, que, par hasard, le gardien et moi parlâmes du massif du Damma, et je lui demandai s' il n' y avait plus là de problèmes alpins à résoudre. Le gardien, taciturne mais sympathique, me dit, sans hésiter, qu' on avait déjà essayé l' ascension de la crête est du Schneestock, mais sans succès. Dès ce moment-là, elle éveilla l' attention de mon ami Guido Masetto et la mienne, et lorsque, quelques jours plus tard, nous vîmes, de tout près, la crête presque à pic du Schneestock, nous Ames qu' une tâche digne et dure nous attendait.

Jusqu' à présent il n' y avait qu' un seul itinéraire direct pour monter en partant de l' est au Schneestock, trajet qui ne suit qu' un petit bout de la crête est et qui atteint le sommet par le flanc nord-est exposé à des chutes de pierres et de corniches.

Le matin du 23 août 1935, mon ami Guido et moi quittons le refuge du Damma ( 2447 m .) de la section Pilatus. Un croissant de lune jette une lumière pâle sur les glaciers. Il fait chaud, le fœhn souffle. De grandes masses de nuages s' approchent des montagnes du St-Gothard et même une sombre colonne nébuleuse s' avance vers nous. Malgré ces menaçantes prévisions atmosphériques, nous montons vers notre crête, déviant au point 2952 vers le sud, tandis que le soleil se lève avec une magnificence indescriptible.

Suivant une langue de neige, nous arrivons facilement à la première brèche de la crête est, où nous échangeons nos lourds souliers contre les espadrilles à semelle de gomme Durata. Nous ne faisons qu' une brève halte, parce que nous supposons qu' à midi le temps sera sans doute mauvais et qu' auparavant nous devrons avoir triomphé de la crête. Nous la suivons facilement jusqu' à ce qu' elle se redresse brusquement. Nous sommes alors forces de l' abandonner et de suivre une vire bien visible dans le flanc sud. Bientôt nous pouvons rejoindre la crête à travers des dalles ne présentant qu' une difficulté médiocre.

A 6 h. 30 nous nous trouvons au pied du grand ressaut qui s' élance d' un seul jet. Les rocs semblent offrir de bonnes prises et permettre, par conséquent, une montée rapide; mais nous nous trompons: déjà les premiers rochers assez lisses aux prises dirigées vers le bas nous obligent à avancer prudemment. Quoi qu' il en soit, nous escaladons environ la moitié du ressaut sans y trouver de très grandes difficultés jusqu' à ce qu' une saillie en surplomb nous ferme le chemin direct. Tandis que mon ami veille et laisse filer entre ses mains la corde qui nous unit, je grimpe difficilement à gauche de la saillie. Les pointes où je peux m' agripper solidement sont rares, si bien qu' après m' être élevé d' environ 5 mètres, des plaques très lisses m' empêchent de continuer ma route. J' enfonce donc un piton de sûreté dans une étroite fissure pour pouvoir étudier tranquillement la situation. Et je découvre qu' à deux ou trois mètres à gauche, au delà d' une dalle absolument lisse, je pourrais continuer la montée. Mais comment y arriver? Lentement, je passe la partie supérieure du corps par-dessus cette plaque, je m' étends de tout mon long et peux saisir une petite saillie de roc branlante. C' est la seule prise pour ce passage! Agrippé à elle, je me laisse glisser au delà de la dalle. Le clou enfoncé à la même hauteur éviterait, le cas échéant, des conséquences funestes. Quelques moments d' angoisse... et puis, j' ai de bonnes prises sous les mains. Bientôt sur une vire inclinée, je trouve un emplacement on je peux bien assurer mon ami, que j' appelle tout de suite pour qu' il me suive. Arrivé au piton, qu' il enlève, il commence la délicate traversée. Comme il veut se confier à la saillie de roc de tout à l' heure, unique prise pour quelques instants, celle-ci se détache et mon ami se balance à la corde sur la dalle presque verticale. J' entends son halètement, signe des efforts qu' il fait pour arriver à un terrain accessible. Enfin il réussit. De nouveau sur la crête, nous constatons que, malheureusement, nous ne pouvons la suivre directement. Nous devons changer de direction vers le flanc nord-est, où je fais une traversée de plus en plus délicate d' une quinzaine de mètres. De grandes difficultés m' obligent à planter un deuxième piton de sûreté. Puis, je tente de regagner la crête, ce qui ne me réussit pas à cause du rocher qui est ici assez friable et un peu en saillie. Pour avoir à ma disposition toute la longueur de la corde, je fais suivre mon compagnon. La partie la plus difficile de notre ascension nous attend. J' oblique très difficilement encore de quelques mètres à droite, monte ensuite verticalement en une escalade extraordinairement ardue et enfonce, vu la friabilité du rocher, un troisième piton à 6 ou 7 mètres au-dessous de la crête. La dalle abrupte qui m' en sépare est couverte de neige qui rend ce passage encore plus délicat. Maintenant nous sommes devant une partie escarpée ayant la forme d' une tête et que nous évitons tout en utilisant, pour peu de temps, le flanc nord-est à l' ombre et couvert de neige fraîche. Une vire inclinée et neigeuse nous ramène à l' arête. Là-haut, c' est le soleil qui nous accueille et qui ramène, non sans douleurs, la vie à nos doigts et à nos pieds engourdis, car nous portons toujours les légères espadrilles. Pourtant la cime doit être proche, et la conscience d' avoir triomphé de la partie la plus ardue de notre montée nous fait oublier ces souffrances passagères. Nous grimpons rapidement ensemble et, pour ne pas perdre de temps, nous évitons, dans le flanc sud-ouest, quelques gradins raides de la crête.A 11 h. 10, très heureux, nous nous serrons les mains sur le sommet.

Le temps — contre toute attente — est resté beau, de sorte qu' après un repos délicieux sur la cime solitaire nous visitons encore le sommet principal du groupe, le Dammastock, 3634 mètres, et descendons facilement, du moins à ce qu' il nous semble, par l' éperon est de la cime septentrionale.

Pendant la descente, nous ne nous lassons pas d' admirer les environs sauvages et, en particulier, la silhouette hardie du Schneestock dont la crête est nous a procuré des heures inoubliables.

Le lendemain, les montagnes s' enveloppaient de brouillard et une fine pluie tombait...

Il est certes recommandable de refaire notre ascension qui représente un très bel itinéraire exempt de chute de pierres comme de corniches, dangers auxquels sont plus ou moins exposés presque tous les autres trajets partant de l' est vers le groupe du Damma. Toutefois, pour surmonter avec la sûreté nécessaire les passages les plus difficiles qui consistent malheureusement en rocs assez friables, il est prudent de se prémunir contre les dangers en enfonçant quelques pitons. Cette très difficile varappe ne doit être faite que si les roches sont sèches.

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