L'accenteur alpin

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Avec Y illustration ( 78Par R.P. Bille

Là où les oiseaux mêmes ne font que passer, où il n' y a plus d' hommes, ni d' arbres, à peine une dernière mousse ou quelques maigres herbages, au cœur de ces royaumes de pierre et de silence, vibre parfois une voix claire et mélodieuse, un peu enrouée cependant: c' est le chant de l' accenteurl Vous cherchez des yeux l' oiseau et n' apercevez d' abord qu' une petite motte en mouvement, d' apparence insignifiante et guère plus grosse qu' un moineau. L' accenteur se plaît dans ces déserts comme d' autres parmi la foule, il lui faut ces chaotiques entassements de roches, ces lèpres couleur de rouille ou de lézard, ces lichens obstinés qui tètent le suc des pierres et lentement les décomposent, il lui faut cette belle lumière solaire répandue sur le genièvre ou le caillou, déjà hors du monde et du temps. C' est là, dans l' immense solitude, seulement interrompue par la chute des granits touchés par une main invisible que notre oiseau lance ses strophes joyeuses, entrecoupées d' appels et de silences. C' est là, au contact des étendues rocheuses et des vents frais de la montagne, que sa passion le soulève dans le ciel à la façon des alouettes, là encore qu' il frémit des ailes, étale sa queue, offre sa poitrine à la lumière et revient se poser sur son roc après quelques courbes aériennes... Puis longtemps immobile, tel un point gris dans le paysage, il semble suivre des yeux le tendre jeu des nuages, les bonds d' une araignée, le mouvement des herbes, tandis qu' autour de lui grésille la sauterelle des Alpes. Mais l' oiseau s' est tu; de nouveau sur la montagne s' étend le grand silence et il n' y a plus rien d' autre maintenant que la tache d' or d' une fleur au milieu des pierrailles et les heures qui s' écoulent, sereines et lumineuses, comme si toutes choses à ces hauteurs touchaient déjà l' Eternité!

Cependant, près des gros rocs épars, une ombre remue, une petite boule de plumes couleur du terrain. Elle sautille, s' agite, bat de la queue, se coule parmi les touffes et l' éboulis. Soudain le chant éclate, vif et sonore, puis dans le ciel deux silhouettes s' éloignent, se poursuivent d' un vol rapide et onduleux, lançant dans le silence leurs appels enroués: « Drui! drui! diriwi! durie! diriwie! » Chant un peu fruste que celui de l' accenteur! chant un peu naïf, mais combien émouvant au milieu du sévère décor montagnard. Nul autre ne saurait mieux en rendre la sauvage atmosphère, nul autre n' exprime mieux l' âpreté des rocailles, le calme des hautes pâtures troublées seulement par l' appel rauque du charognard, le sifflement de la marmote ou des corneilles, le cri d' orgueil de l' aigle, nul autre n' évoque pareillement en vous les parfums alpestres, mêlés au bruit des sources, au bourdonnement des syrphes, et ce royal apaisement de l' âme en face du grand spectacle!

L' accenteur est si bien adapté à son existence rocheuse qu' il a fini par prendre les teintes du milieu où il vit: couleur de terre et de lichen, avec, 1 L' accenteur est encore connu sous les noms de pégot, alouette des Alpes, ortolan, etc.

aux flancs, les reflets roux de certaines roches, il garde sur ses ailes des traces de neige, et sa gorge striée d' ombre a la blancheur de l' edelweiss. Mais à distance, on le prendrait volontiers pour un moineau égaré dans ces déserts.

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