Le bouquetin en Suisse

Hinweis: Dieser Artikel ist nur in einer Sprache verfügbar. In der Vergangenheit wurden die Jahresbücher nicht übersetzt.

Par F.A. de Luze

Avec 3 illustrations ( 105—107 ) Chigny s/Morges /. Un peu d' histoire naturelle Le bouquetin est un parent des chèvres, des mouflons et des moutons; c' est donc un cavicorne ( portant des cornes creuses, permanentes ).

On connaît différentes espèces de bouquetins: Sibérie, Sinaï, Abyssinie, Espagne, Caucase, Pallas, Alpes; ces derniers nous intéressent plus spécialement.

Le bouquetin est caractérisé par ses cornes, son corps trapu et son pelage fauve. Ses sabots de devant sont plus larges que ceux de derrière, car ils ont à supporter le poids des cornes et de l' avant. Le mâle peut peser jusqu' à 100 kg., la femelle étant plus petite et ne dépassant guère 50 kg. Il a dû y avoir jadis des bouquetins plus gros encore puisque l'on possède des cornes mesurant 23,5 cm. de pourtour à la base.

Le bouquetin peut vivre 18 à 20 ans; il procrée un jeune à la fois, au début de l' été. Surpris, il siffle comme le chamois; on l' entend même, dans certains cas de détresse, faire un bruit assez semblable à un éternuement. Il vit en petites colonies sur les rochers où il rumine; il descend le soir en forêt pour pâturer, contrairement au chamois qui pâture le matin.

Comparé à ce dernier, il est beaucoup plus lourd et plus trapu, mais il n' est pas moins agile; Tschudi affirme qu' il « se tiendrait en équilibre sur le bord étroit d' une porte ouverte ».

L' auteur exprime ici sa reconnaissance, pour tous les renseignements qu' ils ont bien voulu lui fournir, à MM. Zimmerli, inspecteur fédéral des forêts, Grivaz, ancien chef de service des forêts du canton de Vaud, Perrig, inspecteur cantonal des forêts du Valais, et Tenger, délégué de la LSPN pour la région du glacier d' Aletsch et du Bietschhorn; il remercie aussi les gardes Rauch, à Pontresina, et Fellay, à Conthey, pour les remarquables clichés qu' ils lui ont prêtés.

Le garde Fellay dit à ce propos:

« Le chamois, bien que plus léger, plus petit et apparemment plus souple que le bouquetin, lui est pourtant, aussi étonnant que cela paraisse, bien inférieur à la varappe. Le chamois saute sur la pointe des sabots d' une aspérité à l' autre; le bouquetin prend pour ainsi dire pied sur les dalles et les rochers les plus abrupts. Le chamois est presque un oiseau, et le bouquetin un reptile. Il appuie la partie postérieure de ses pieds sur les rocs, faisant ventouse, et ainsi avance là où le chamois ne saurait s' aventurer. » Les jeunes, notamment, se livrent volontiers à des jeux. Voici ce qu' écrit encore le garde Fellay dans un des fascicules de la Murithienne:

« Le 17 avril, à Severeu, j' ai pu observer, à environ 20 m ., les jeux de deux jeunes bouquetins mâles, d' environ 4 ans. Par moments, ils se dressaient sur leurs membres postérieurs et se laissaient retomber en se heurtant de leurs cornes. Chaque fois, le choc produisait un claquement qu' on peut entendre d' assez loin. Le plus souvent, ils se contentaient de croiser leurs cornes et de se presser réciproquement. Ils baissaient la tête, et le museau se trouvait presque entre les jambes antérieures. Parfois, l' un d' eux s' éloignait pour revenir bientôt reprendre la lutte. » Il a la vie moins dure que le chamois, supportant plus mal toute blessure provenant d' un coup de feu; comme lui, en revanche, il est également très sensible à diverses maladies. On dit que sa chair est dure, mais savoureuse et sauvage; je dois avouer que, bien qu' étant chasseur, je ne le sais pas par expérience personnelle!

II. Aperçu historique Le bouquetin était très répandu en Europe à l' âge du mammouth, preuve en est les nombreux ossements retrouvés un peu partout dans les cavernes. On peut aussi citer, provenant de cette époque, les restes découverts aux glaciers Durand, d' Otemma et à la Dixence.

Les Romains connaissaient bien les bouquetins et les faisaient paraître au cirque. Pline l' Ancien ( 23 à 79 après J.C. ) en parle dans son Histoire Natu-relle.Voici ce qu' il dit:

« Les chèvres sont de formes variées: il y a des chèvres proprement dites; il y a des chamois et des bouquetins d' extraordinaire légèreté; quoique la tête de ces derniers soit alourdie d' énormes cornes ressemblant à des fourreaux de sabre, ils s' en servent cependant de la façon la plus libre pour se laisser glisser au bas des rochers. Lorsqu' ils veulent passer d' un sommet à l' autre, pour s' échapper de leurs retraites, ils fuient par bonds prodigieux avec une agilité et une légèreté étonnantes. » Plus tard, le moine dominicain Albert-le-Grand ( 1193-1280 ) parle à son tour du bouquetin avec quelques détails et dit « qu' il se protège avec les cornes contre les chutes de pierres »!

Puis c' est au tour de Conrad Gessner, le célèbre naturaliste zurichois ( 1516-1565 ), de donner certains renseignements plus ou moins fantaisistes:

« Le bouquetin habite les plus hautes régions alémaniques, les rochers et les escarpements, de même que les lieux où tout est gelé, neiges et glaces, que l'on appelle névés et glaciers, car sa nature exige les frimas, sans lesquels il deviendrait aveugle.

« Si un chasseur accule le bouquetin jusque sur les plus hauts rochers d' où il ne peut plus ni sauter ni s' enfuir, il l' attend tranquillement en observant s' il n' aperçoit quelque passage entre la roche et son poursuivant. Si tel est le cas, il s' élance avec furie entre le rocher et le chasseur, et précipite ce dernier dans l' abîme.

« Certains chasseurs racontent que lorsque le bouquetin sent venir la mort, il monte sur la plus haute sommité de la montagne, et que, s' appuyant du bout de sa corne sur une pointe de rocher, il tourne en cercle autour de celui-ci, jusqu' à ce que, sa corne étant complètement usée, il tombe dans l' abîme et se tue. » Citons encore les auteurs Brehm et Tschudi qui s' étendent assez longuement sur le bouquetin.

Ce qui précède montre à quel point le bouquetin était un animal bien connu en Europe.

Pour un certain nombre de raisons, au nombre desquelles il faut citer une intrépidité naturelle qui le pousse à ne pas fuir l' homme ni les avalanches, diverses maladies, le défrichement des forêts en montagne, et aussi la chasse, le nombre des bouquetins ne cessa de diminuer jusqu' au moment où les derniers survivants de cette race presque disparue se trouvèrent réfugiés dans la région du Piémont.

Dès 1856, le roi Victor-Emmanuel II y avait loué les territoires de Valsavaranche, Cogne et Courmayeur pour en faire ses chasses royales et ses réserves; à la fin de la guerre de 1914 - 1918, don fut fait de ces régions à la nation italienne qui les érigea en parc national d' une superficie de 560 km2; cette réserve a compté jusqu' à 3000 bouquetins ( actuellement il y en a un peu moins à cause de la dernière guerre et du braconnage ).

En Suisse, où le bouquetin était également bien connu puisqu' on le trouve notamment dans les armoiries du canton des Grisons et du Val d' Entremont, le bouquetin n' a aussi fait que de diminuer.

Une très ancienne loi du canton de Schwytz tente de protéger les chamois « afin que l'on puisse au moins présenter un bon morceau de gibier aux Confédérés lors de leurs visites »; il n' est nulle part question de bouquetins, ce qui donne à entendre qu' ils n' existaient plus.

Voici, d' après ce que l'on a pu établir avec une assez grande certitude, la date de la disparition des bouquetins dans certains de nos cantons:

Glaris: 1550 Uri: 1583 Grisons: milieu du XVIIIe siècle Berne: 1770 Vaud: aux environs de 1800 C' est au canton du Valais qu' ils se maintinrent le plus longtemps: le massif du Mont Rose en compte environ 50 vers 1770. Les derniers furent vus à Anniviers en 1806, à la Dent Blanche en 1830, et à Arolla un troupeau entier périt victime d' une avalanche en 1840.

On peut donc dire qu' au début de ce siècle, à part quelques bouquetins se trouvant dans divers parcs d' acclimatation, il n' y avait plus en Suisse de bouquetins à l' état sauvage, et que les seuls à subsister en liberté se trouvaient au Piémont.

III. Premiers essais en Suisse Dès 1869 la section Rhätia du CAS s' intéressa à la question du bouquetin.

Le roi d' Italie ne voulant ni vendre ni donner aucun de ses bouquetins, on fit venir d' Autriche 13 bâtards ( croisés avec des chèvres ); le lâcher eut lieu en 1879 sur les contreforts du Rothorn d' Arosa.

Cette première colonie ne connut que des déboires, car les mâles étaient méchants et tous les animaux trop familiers; 5 ans plus tard, il n' y avait plus de bouquetins à cet endroit. Il faut aussi mentionner que les femelles n' étant pas de pure race eurent 2 jeunes par an, ce qui était trop et nuisit à leur état de santé.

Un second essai fut à nouveau tenté par la section Rhätia en 1886. Trois femelles de race pure, dont l' une était portante, furent achetées fr. 900 pièce au Zoo de Bâle; on les lâcha au Piz d' Aela sur Filisur, et un mâle, acheté fr. 1600, leur fut donné.

Ces bouquetins, lâchés trop jeunes, connurent la maladie et cet essai ne fut lui aussi qu' un échec.

IV. La réussite Si les deux premiers essais rappelés ci-dessus échouèrent, l' idée d' une réacclimatation était née et devait faire son chemin.

Mais où se procurer des bouquetins si ce n' était dans la fameuse région où ils subsistaient encore? Puisque le roi d' Italie ne voulait ni en vendre ni en donner, et bien... on irait les prendre!

Le colonel Ruffieux, de St-Légier sur Vevey, inspecteur fédéral de la chasse, eut l' occasion de se rendre dans ce pays lors de manœuvres de l' armée italienne; il prit contact avec un certain nombre de jeunes gens de la région, notamment avec Jean Buschino d' Ayamaville, au Val d' Aoste, et leur fit part de son idée.

Il s' agissait de suivre d' une façon ininterrompue les troupeaux dont on connaissait l' emplacement, pour capturer les jeunes dès leur mise au monde; en effet, un bouquetin âgé de plus de 24 heures est déjà suffisamment agile dans le rocher pour échapper à l' homme qui le poursuit. Après avoir passé environ 3 mois dans un chalet de haute montagne, nourris au lait de chèvre, les jeunes bouquetins étaient descendus à dos d' homme dans le Val d' Aoste, puis remontés au Col de Fenêtre ( Bagnes ) ou au haut du val Ferret, où des Valaisans les attendaient; le garde forestier Rouiller rendit là notamment de très grands services.

A titre d' indication, citons que l'on payait pour un jeune bouquetin rendu à Lourtier, Orsières ou Martigny, fr. 800 à fr. 1200.

Les renseignements qui précèdent sont contenus dans une lettre écrite à M. le Dr Coaz, inspecteur fédéral en chef des forêts, le 17 juin 1914, par l' ins des forêts Darbellay, dont M. Perrig a bien voulu me donner une copie; M. Darbellay ajoute: « J' ai rencontré hier M. Jean Buschino qui arrivait du Col de Fenêtre, et avait subi une longue et pénible traversée de nuit dans les montagnes. Il portait dans une caisse un jeune cabri de 5 jours à l' adresse de M. le colonel Ruffieux, à Vevey. Il était au bénéfice d' un sauf-conduit du chef de la gendarmerie valaisanne qui lui permettait de rentrer sa bête franco à la douane de Lourtier. Il m' a alors expliqué qu' il était obligé d' avoir cette déclaration pour la douane suisse, car autrement celle-ci lui réclamait fr. 300 par pièce de droit d' entrée. Je l' ai immédiatement questionné sur les détails, et voici ce qu' il m' a dit: il tient à disposition de qui voudra bien les lui acheter prochainement 12 à 15 jeunes cabris de bouquetin, à fr. 900 la pièce. » C' est par cette voie que sont rentrés en Suisse les premiers bouquetins qui devaient être à l' origine de notre troupeau actuel.

Il ressort du rapport annuel paru dans le bulletin de février 1949 de la Ligue Suisse pour la Protection de la Nature que cet organisme a remis une somme de fr. 5000 au Ministère de l' Agriculture et de la Sylviculture, à Rome, en faveur du Parc National du Gran Paradiso, en reconnaissance à l' Italie... à qui nous devons la réacclimatation du bouquetin...

Personnellement, je me suis rendu à Valsavaranche, au Val d' Aoste, en 1930, avec mon père qui était un ami du colonel Ruffieux; nous avions simplement l' idée de voir le lieu d' origine de ces bouquetins qui avaient si bien réussi en Suisse. Ayant demandé au garde qui nous accompagnait si le trafic relaté ci-dessus continuait, je reçus pour réponse que tout cela était bel et bien terminé: amende dépassant 100 000 lires, 5 années de prison. C' était plus qu' il n' en fallait pour décourager de très intrépides braconniers.

Quant aux trois jeunes bouquetins dont j' ai pris des photographies dans un alpage situé en dessus de Valsavaranche, ils étaient destinés, me dit-on, à une chasse royale dans une autre partie de l' Italie; ce que je voulus bien croire... mais quel ne fut pas mon étonnement, et aussi un peu ma joie, lorsqu' un mois plus tard on me montra une autre photographie, celle-ci prise à Morges, où figuraient trois jeunes bouquetins qu' on venait de livrer à un Allemand pour le prix de frs. 1000 chacunEtait-ce les mêmes? L' histoire ne le dira jamais, mais j' ai vu là une fois de plus « qu' il ne fallait jurer de rien ».

Enfin, j' ai trouvé, dans le dossier mis à ma disposition par M. Grivaz, une lettre écrite par le consul d' Italie, à Lausanne, à M. le conseiller d' Etat Porchet, le 9 janvier 1931, dont j' extrais le passage suivant:

« Me référant à votre lettre du 25 octobre écoulé, j' ai le plaisir de vous donner la nouvelle officielle, en confirmation de celle qu' en voie privée vous a donnée le professeur Boninsegni, que son Excellence le Chef du gouvernement ( Mussolini ) a accepté la demande qui lui a été faite et a disposé que, envoi tout a fait exceptionnel, soit donné au canton de Vaud, et par lui au Département de l' Agriculture, deux bouquetins. » Ainsi donc, tous les bouquetins suisses n' étaient pas parvenus dans notre pays clandestinement!

Au début, les jeunes bouquetins amenés ainsi d' Italie furent lâchés à Pierre et Paul, à St-Gall. Il s' agit d' un parc de 3,36 ha. créé en 1892, où l'on mit pour la première fois en 1902 des métis de bouquetins.

C' est en 1906 qu' y entrèrent les premiers bouquetins pur sang ( 1 mâle et 2 femelles ); des jeunes naquirent par la suite et, en 1911, il y avait 11 bouquetins.

Mais, pour couronner l' œuvre si bien commencée, il s' agissait maintenant de mettre ces bouquetins en liberté. Le 8 mai 1911, on transporta à dos d' homme 2 mâles et 3 femelles de Pierre et Paul dans un parc aménagé aux Graue Hörner; peu à peu les bouquetins ainsi transplantés s' habituèrent au pays, devinrent plus sauvages et finirent par ne plus rentrer au parc; un mâle trop méchant fut ramené à Pierre et Paul. Le 2 juin 1911 est une grande date dans notre histoire: elle vit, après une disparition totale de nombreuses années, la première naissance en liberté d' un bouquetin suisse. Dès lors, la colonie des Graue Hörner était assurée; on amena du parc de l' Interlaken Harder du sang nouveau et, après diverses naissances et 30 bouquetins lâchés au total, cette colonie en compte actuellement 16.

Voici encore ce que disait le Dr Théobald Musy, au sujet de la colonie des Graue Hörner, dans une conférence qu' il donna au groupement de Monthey du CAS:

« A l' occasion de ce nouveau lâcher, les gardes trouvèrent le cadavre d' un vieux bouc de 6 ans qui avait péri victime d' une avalanche descendue du Hühnerspitz. Ils rapportèrent le crâne de l' animal orné de ses cornes. Ce bouc ne fut pas regretté, car, comme son prédécesseur Peter, il avait une conduite déplorable: non content de séduire les chèvres domestiques, il les entraînait la nuit dans des sarabandes effrénées dignes des dancings les plus éhontés, jusque sur le toit des chalets, empêchant bergers et touristes de dormir par ses sauts de carpe et ses bonds dévergondés. Après avoir fait la noce avec des étrangères, il était incapable de remplir ses devoirs conjugaux, car la saison des amours de la femelle du bouquetin ne coïncide pas avec celle de la chèvre domestique qui est plus précoce. Lorsqu' enfin les légitimes sentaient l' aiguillon de la chair les tenailler, leur seigneur et maître, fourbu et éreinté par sa vie de bâton de chaise, n' éprouvait plus aucune envie de les contenter. » Par la suite, d' autres tentatives furent faites un peu partout en Suisse: Au Piz d' Aela, divers essais, outre celui relaté plus haut, furent tentés dès 1914 avec 15 bouquetins, mais ils échouèrent complètement.

Au Parc National, 7 bouquetins furent lâchés en 1920, au Piz Terza, puis 5 autres de 1921 à 1924; en 1932, on en lâcha 9 au Val Tantermozza, en dessus de Zernetz; l' année passée encore, 3 bouquetins provenant de l' Albris y furent mis en liberté. 39 bouquetins y furent lâchés au total; on en comptait 170 en 1949.

A l' Albris, près de Berninahäuser sur Pontresina, 2 animaux curieux apparurent en 1921 et se joignirent à un troupeau de chèvres; le père du garde Rauch actuel, qui était garde lui aussi et mourut en 1942, les reconnut et détermina qu' il s' agissait de 2 femelles de bouquetins; elles venaient du Piz Terza, tandis que 2 mâles, qui y avait également été lâchés, passèrent dans le Val Livigno où ils furent tués par un braconnier. Le garde Rauch raconte dans un livre très intéressant l' odyssée de ces 2 femelles et la peine qu' il eut à y intéresser les gens de la région; néanmoins, ses démarches ne furent pas vaines, puisque l' Albris ( en dehors du Parc National ) fut mis à ban et que 11 lâchers subséquents eurent lieu. En 1949, on y comptait environ 480 bouquetins ( et même 600 si l'on comprend tous ceux des environs immédiats ).

Le canton de Berne ne voulut pas rester en arrière. 22 bouquetins furent lâchés au Schwarzer Mönch, dont 10 provenant en 1949 de l' Augstmatthorn et portant le total actuel à 30; quant à la colonie des Engelhörner-Wetterhorn, qui vit 12 bouquetins lâchés, elle en comptait une cinquantaine en 1949.

De son côté, l' essai tenté à l' Augstmatthorn réussit au mieux, puisque, après y avoir lâché 15 bouquetins, on en compte aujourd'hui plus de 140. Enfin, dernière venue, la réserve du Justistal connaît depuis 1949 les 3 bouquetins, provenant de l' Augstmatthorn, qui y furent mis en liberté.

Au Valais, outre un essai tenté dans un parc à Zermatt avec des métis et qui se termina par un échec, on compte deux réussites: en 1928, 5 bouquetins furent lâchés en face de Mauvoisin, dans le massif du Mont Pleureur. Après quelques déboires, cette colonie, dont on augmenta le nombre par 10 bouquetins lâchés ultérieurement, en a actuellement 200. C' est la meilleure réussite avec celles de l' Augstmatthorn et de l' Albris.

J' ai déjà cité un passage de l' article écrit par le garde Fellay dans le bulletin de la Murithienne; notons encore qu' il estime que les bouquetins ont mieux réussi au Pleureur que les chamois, vu leur constitution plus robuste et le fait qu' ils vivent à une altitude plus élevée en hiver, ce qui les préserve des avalanches.

M. l' avocat Tenger, délégué fédéral à la réserve d' Aletsch, a bien voulu me donner un certain nombre de renseignements sur la colonie dont il s' occupe plus particulièrement; celle-ci, créée en 1938 par un lâcher de 3 bouquetins, connut un développement difficile; on dut renouveler le sang par des bouquetins amenés de l' Augstmatthorn; au total, 46 bouquetins furent lâchés, et l'on en trouve encore 40.

Quant au canton de Vaud, il fut malheureusement le plus prétérité. Un essai tenté aux Diablerets, par un lâcher de 6 bouquetins au Plan de Châtillon en 1936, connut un échec total; les bouquetins y furent notamment braconnés par des chasseurs venus des Ormonts et de la région du Sanetsch.

Toutefois, on y trouve quelques bouquetins dans le parc de Bretaye, créé en 1931 sur l' initiative du professeur Wilczek; la Confédération, le canton de Vaud, la Diana, la Ligue Suisse pour la Protection de la Nature, et la Com- pagnie du Chemin de fer de Villars-Bretaye se sont intéressés à ce parc; par des subsides, par une surveillance soutenue, et par une attention de tous les instants, on est arrivé à y avoir actuellement 7 bouquetins. Toutefois, l' exis de ce parc est compromise, par manque d' argent. On n' y a enregistré aucune nouvelle naissance en 1949.

Le tableau ci-dessous, établi très aimablement à mon intention par M. le Dr Zimmerli, montre clairement l' histoire des bouquetins dans notre pays.

Bouquetins en Suisse Colonies Dates des lâchers Total des bouquetins lâchés Effectif à fin 1949 Graue Hörner ( St-Gall ) 1911, 1912, 1917, 1924, 1927, 1938, 1939, 1944, 1947 30 16 Piz d' Aela ( Grisons ) 1914, 1915, 1918, 1919, 1926 15 0 Parc National ( Grisons ) 1920, 1923, 1924, 1926, 1933, 1934, 1947, 1949 39 170 Augstmatthorn ( Berne ) 1921, 1922, 1924 15 140 Piz Albris ( Grisons ) 1922, 1925, 1927, 1928 11 480 Schwarzer Mönch ( Berne ) 1924, 1926, 1930, 1949 22 30 Engelhörner-Wetterhorn ( Berne ) 1926, 1929 12 50 Mont Pleureur ( Valais ) 1928, 1929, 1935 15 200 Diablerets ( Vaud ) 1936 6 0 Aletsch-Bietschhorn ( Valais ) 1938, 1939, 1940, 1941, 1942, 1943, 1944, 1945, 1946, 1948 46 40 Justistal ( Berne ) 1949 3 3 En résumé, à la suite des efforts entrepris de 1911 à 1949, 11 colonies ( abstraction faite des parcs d' acclimatation ) furent créées dans notre pays, dont 9 marchent bien.

214 bouquetins furent lâchés, portant notre cheptel national en liberté de 0 à plus de 1100.

Cette œuvre demanda bien des efforts et de l' argent, puisque son coût dépassa fr. 250 000, mais je crois pouvoir dire, en voyant la belle réussite obtenue, qu' elle en valait la peine.

Feedback