Le Col du Tour dans l'histoire

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W. A. B. Coolidge ( section de Berne ).

Par Avant la découverte du Col d' Argentière en 1860, il n' y avait que trois ou quatre cols de glacier qui fussent connus dans la chaîne du Mont Blanc. En tête de la liste se trouve le Col du Géant, dont j' ai raconté l' histoire dans le XXXVIIme volume du Jahrbuch ( p. 266-276 ), tandis que le Col de Miage, bien que traverse par des gens du pays vers 1798, ne fut visité par aucun touriste avant le passage de M. Coleman en 1858. Mais entre ces deux cols prennent place, d' abord, le Col du Tour, avec ses annexes ( comme on pourrait les appeler ), la Fenêtre de Saleina et le Col Blanc, puis, le Col de la Grande Luis, de l' histoire duquel nous ne savons rien que le fait probable de son passage en 1838. Or, les quartre cols que je viens de nommer se trouvent tous entièrement en Suisse, et dans le champ d' excursions actuel du S.A.C., de sorte que l' histoire de leur découverte pourrait intéresser les lecteurs du Jahrbuch.

1. 1694-. P. A. Arnod. Relation des passages de tout le circuit du duché d' Aoste venant des provinces circonvoisines.

M. Vaccarone n' a pas publié les phrases suivantes de l' infatigable explorateur que fut Arnod, mais son manuscrit complet figure, comme la pièce annexe n° 18, dans mon édition du „ De Alpibus Commentarius " par Josias Simler, à présent sous presse à Grenoble. Nous y lisons ( p. 293* ) les phrases suivantes: „ Au village d' Orcière se prennent les deux plus grands passages depuis Valleys au pays d' Aoste. Le premier, à main droitte, l' autre est le Grand St-Bernard, à main gauche] monte par une heure de chemin au village du Cerf, qui est un village de trente ou quarante familles, et plus habitable toute l' année. Un peu plus bas que le dit village du Cerf [c. à. d. la Ville d' Issert, nom écrit peut-être phonétiquement Cert] il si [sic] rencontre un chemin qui vient de l' haut Chablais et de l' haut Faussigni, par des rochers, par des lieux fort estroits, et par des précipices appelles Sallaiynia, dont je n' ay pas entière connoissance. "

Or, la Ville d' Issert est un peu en amont de l' embouchure de la Combe d' Orny, donnant accès au Col du Tour par le glacier d' Orny, et un peu en aval de celle de la Combe de Saleina, par laquelle ou le Col des Plines on a aussi accès au Col du Tour. J' ai naturellement consulté à ce sujet mon ami, M. Louis Kurz, qui connaît si bien ces lieux. Il m' écrit que Arnod fait certainement allusion au Col du Tour, approché du glacier de Saleina soit par la Fenêtre de ce nom, soit par le Col des Plines. Il n' a pas pu cependant découvrir que les habitants de ce village ou des environs aient conservé aujourd'hui une tradition d' un passage quelconque pratiqué autrefois vers le glacier du Tour.

2. 1803. M. T. Bourrit. Description des cols on passages des Alpes. Genève.

A la page 190 du tornei de cet ouvrage, Bourrit écrit: „ une troisième observation non moins essentielle à rapporter, que je tiens encore du curial Paccard, c' est que, depuis que le passage par la vallée du Montanvert est devenu impraticable, on pénétrait à la vallée d' Aoste par l' une des gorges du glacier du Tour qui conduisait sur le Col Ferret: ce qui ne prenait que douze heures de marche; mais que depuis cinquante années ce chemin se trouve entièrement fermé ".

Le „ curial Paccard " fut le greffier de Chamonix, qui avait déjà fourni à Bourrit plusieurs renseignements relatifs à l' histoire du passage du Col du Géant, et aux relations historiques de Chamonix avec Courmayeur ( voir Description des Glacières, 1785, t. III, p. 57 et 72 ): nous avons ici la tradition conservée sur le versant de Chamonix, car Arnod représente le versant d' Aoste. Ce col aurait remplacé celui du Géant, devenu impraticable. On comprend fort bien que Paccard n' ait pas eu connaissance détaillée de l' autre versant du col, car depuis le glacier du Tour on ne peut passer directement au pays d' Aoste, mais seulement gagner le chemin du Col Ferrex, qui y mène depuis Orsières.

3. 1838. En 1850, le guide du professeur Forbes, Michel Charlet ( le tenancier de l' auberge du Col de Balme ), lui dit que vers 1838 il avait déjà fait le même trajet ( c. à. d. par le Col Blanc et la Fenêtre de Saleina ). ( Voir Forbes, nouv. éd., p. 462. ) 4. 1842. J. D. Forbes. Travels through the Alps of Savoy. Edimbourg.

Le professeur Forbes franchit en 1841 le Col Ferrex et en 1842 le Col du Géant. En décrivant ce dernier passage, il fait mention ( p. 217 — réimprimé à la page 213 de mon édition de ses écrits alpins, „ Travels through the Alps " 1900 ) du Col du Tour ainsi ( je traduis ces phrases aussi fidèlement que possible ): „ La chaîne a été traversée à un autre endroit [il vient de parler du Col de Miage]. Cet itinéraire passe par le glacier du Tour, près du Col de Balme, et descend par le glacier de Saleina dans le Val Ferret. Cette route fut découverte il y a quelques années par un guide de Chamonix, nommé Meunier. Elle ne peut pas être très longue, et elle n' est probablement pas très dangereuse ". M. Kurz m' apprend que cet homme s' appelait „ Jean Munier " et qu' il était meunier de son état.

5. 1853. J. D. Forbes. Norway and its Glaciers visited in Ì85Ì. Londres.

Dans l' appendice à ce livre, le professeur Forbes a imprimé le récit de son passage de la Fenêtre de Saleina et du Col Blanc le 20 juillet 1850: je l' ai réimprimé dans ses „ Travels through the Alps " en 1900, et mes renvois se rapportent à cette édition, qui est plus accessible que le livre de 1853, le texte étant absolument le même. ( Voir aussi Kurz, La partie suisse de la chaîne du Mont Blanc, p. 50—53. ) Il semble que l' idée de traverser le col menant au glacier du Tour lui trottait dans la tête depuis 1842. A la page 457 de mon édition, il dit: „ avant appris quelques années avant 1846 l' existence d' un col qui n' avait pas été encore décrit, qui n' était connu qu' à un ou deux des habitants de la vallée de Chamonix, et qui fait communiquer le glacier du Tour avec le Val Ferret suisse, je tentai cette course en 1846, mais le mauvais temps me força de battre en retraite. " 11 ajoute, à la page 464, un renseignement très intéressant: „ d' après le récit que m' a fait Meunier ( le guide de Chamonix que j' avais engagé en 1846 pour faire cette course ), il paraît certain qu' il n' avait pas essayé de descendre c' est de la Fenêtre de Saleina sur le glacier de ce nomses mots, je me les rappelle bien, furent „ nous n' avons pas osé descendremais qu' il préféra traverser cette chaîne élevée à un point rapproché de celui marqué F. sur ma carte, gagnant ainsi le glacier de la Neuvaz, qu' il descendit jusqu' auprès du Col Ferret. " Or, la lettre F. sur la carte de Forbes ( reproduite à la page 460, comparer celle de la page 458 ) indique rem placement du Col de la Grande Luis actuel ( entre le haut glacier de Saleina et le glacier de la Neuva ), de sorte que M. Kurz croit que c' est bien là le col de Munier.

En 1850 enfin, Forbes passa le Col Blanc ( entre le glacier du Tour et le plateau du Trient ), puis gagna le haut glacier de Saleina par la Fenêtre de ce nom.

M. Forbes croyait que l'on pourrait peut-être passer directement du haut glacier de Saleina à celui du Tour par l' échancrure aujourd'hui appelée la „ Fenêtre du Tour ": mais Charlet l' assura ( p. 463-464 ) qu' il avait autrefois exploré le haut glacier du Tour, et qu' il n' y avait pas moyen d' en sortir dans la direction indiquée. Cependant on sait jourd' hui que cette traversée est des plus faciles.

6. 1857-1858. Sir Alfred Wills.

Le 25 août 1857 la caravane de M. Wills, ayant gagné le Col Blanc depuis le glacier du Tour, monta sur la Tête Blanche au nord-ouest, et en descendit l' arête nord-est jusqu' au plateau de Trient ( voir „ Peaks, Passes, and Glaciers ", lr0 série, 1859, p. 10—15 de l' éd augi. et aussi de la traduction française par Müe Dufour ).

Enfin, en 1858, MM. Wills et Heath réussirent à effectuer le premier passage connu du véritable Col du Tour ( loc. cit. p. 4 — 5, „ Eagle' s Nest ", p. 250, et Kurz, La partie siuVse de la chaîne du Mont Blanc, p. 82 ).

Ainsi fut ouverte la bonne route, et aujourd'hui on a de la peine à comprendre comment on a pu la manquer tant de fois, surtout en partant du glacier du Tour.

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