Le terrain d'escalade du Widerstein ou l'«alpinodrome» de mes rêves

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Alberi Schmidt. Claris

A une demi-heure au-dessus du lac de barrage de Garichti, à la Mettmenalp, au milieu du Freiberg Kärpf et de son abondante faune sauvage, on trouve dans une combe l'«alpinodrome » du Widerstein: une douzaine de rochers de la taille d' une maison et d' autres plus petits, tombés du Charenstock au cours de l' époque glaciaire. Ils proviennent du mur rocheux sous le Berglimattsee et se sont immobilisés au milieu de l' alpage. Si l'on arrive par la route du Wildmaad et que l'on contourne le dernier éperon du Charenstock, on découvre ces débris anguleux posés là, comme si autrefois un géant barbu les avait arrachés par colère ou par jeu à la crête rocheuse pour les précipiter dans l' abîme. Pensait-il créer de cette manière un terrain d' entraînement idéal pour les amoureux de la montagne? S' il revenait aujourd'hui, il aurait de bonnes raisons de culbuter pareillement une paroi sur les fâcheuses toiles d' araignée que les téléphériques tissent clans certaines régions de montagne. Moins toutefois dans les Alpes glaronnaiscs. Mais 74 Piz Russein, sommet du Tödi Photo Albert Schmidt 75 Coucher de soleil hivernal, près de la cabane Legier. Sous la mer de brouillard, l' arrière glaronnais. Au fond: Ortstock!Höch Turm, puis Grisset et Bös Fulen 76 Les Tschingelhoren, au-dessus d' Elm Photos Albert Schmidt Cet état de choses devrait pouvoir être maintenu, et le peuple glaronnais devrait reconnaître à temps la vraie valeur du Freiberg et en conserver les particularités essentielles, maintenues pendant quatre siècles. Un trait de caractère des Glaronnais consiste à étudier à fond tout projet politique, à en peser les avantages et les inconvénients. Aussi peut-on espérer que, dans le cas présent, on ne décidera pas à la légère le maintien ou non d' un district franc, vieux de 430 ans.

Traduit de l' allemand par E. Baumgartner et P. Vaney passons, car c' est l' alpinodrome du Widerstein qui nous intéresse pour le moment.

C' est d' abord la structure de la roche qui enthousiasme le grimpeur: un porphyre quartzeux aux couleurs variées, rugueux, compact, riche en prises, semblable au granite, auquel il est apparenté. Le professeur Rudolf Trümpy, doyen des géologues glaronnais d' aujourd, en fait la description suivante:

« Le s vulcanites du Freiberg appartiennent à deux types de roches tout à fait différents; cette espèce de vulcanisme est typique de la phase qui suit lajormation d' un massif montagneux. Les rhyolites ( porphyres quartzeux ) sont, comparés aux spilites ( « mélaphyres » ) des roches acides avec un pourcentage de 70-75% de SiOz. Dans une masse de base vert d' eau, quelquefois rose, on voit à l' œil nu les éclats de quartz ( gris, d' un brillant gras ) et de feldspath ( blanc mal ). Le vulcanisme rhyolitique est de nature explosive. Les roches ne sont pas à proprement parler des laves, mais des produits de nuages incandescents ( ignimbri-tes - roches de pluie de feu ). Ici, les tufs sont également répandus. D' énormes masses de rhyolithes constituent le Bützistock et le Chlichärpf. Au Charenstock, on les trouve également en quantité. De là proviennent les énormes blocs qui se sont abattus pour former l' alpinodrome du W' ider. Le mur du barrage de Garichti offre lui aussi un choix varié des diverses sortes de rhyoliles. » Du petit bloc facile pour enfants ou débutants jusqu' à la haute paroi surplombante, de la varappe libre à l' artificielle, presque tout le possible s' offre ici, et la bonne saison est la deuxième moitié de mai, quand la neige a fondu. Alors règne une grande animation: cent à cent cinquante grimpeurs y trouvent facilement place. Des sections du CAS, des Amis de la nature, des écoles d' alpi y organisent des cours de varappe. Des pères de famille viennent initier leurs enfants aux secrets de l' escalade. Mais pendant les vacances d' été, le calme revient: à cette saison, c' est le tour des grandes ascensions. Enfin, pendant les belles journées d' automne, sous le ciel d' un bleu sombre, on ne rencontre plus guère de touristes; parfois une cordée, « elle et lui », profitant d' un jour libre en semaine.

Choisissons une journée d' avril, où le soleil est déjà chaud, la roche abrupte bien sèche, alors qu' une neige épaisse couvre encore les hauteurs. Tot le matin nous prenons le téléphérique de la Mettmenalp et montons au Widerstein. Nous y déposons notre matériel d' escalade et, le sac allégé, nous gagnons la Berglimatt, puis le Hohberg, surplombant le Sernftal. Ou bien, de l' autre côté, le Gandstock dont la crête sommitale se dresse au-dessus des champs de neige étincelants. Vers midi, quand le soleil commence à ramollir les pentes, nous rallions l' alpinodrome après une allègre descente. Une telle journée, la montagne et l' alpi peuvent seuls l' offrir. On passe sans transition de la vive allure des skis sur de vastes pentes à la lente progression dans le rocher. Mais ici comme là, c' est un jeu d' équilibre, qui allie la force à l' élégance. Neige et rocher s' unissent pour notre joie. Il y a peu d' activités aujourd'hui qui puissent nous combler pareillement dans la libre nature.

Nous prolongeons un peu le repos de midi, adossés à la paroi couverte de lichen; puis, encordés, nous attaquons le rocher chauffé par le soleil.

Il faut d' abord se familiariser lentement et en tâtonnant; s' habituer à la verticale, au vide sous les semelles. Mais la confiance revient, prise après prise, pas après pas, dans la roche rugueuse. Le soleil printanier brûle clair dans la combe. Les étendues neigeuses ont un éclat presque irréel, tandis que les nuages voguent dans le bleu tendre du ciel.

Grimper, c' est se donner entièrement, sans réserve, à une forme particulière de la nature. Se concentrer sur quelques mètres carrés de roche à portée des mains et des pieds. Et lorsqu' on est en forme, il n' y a plus défense contre la chute, mais escalade sans souci, comme en se jouant, jusqu' à oublier par moments et vaincre les lois de la pesanteur et l' enracinement à la terre.

Le temps passe vite en cet après-midi de fin d' hiver. Sans que nous y ayons pris garde, le ciel s' est couvert de traînées nuageuses gris-blanc. De menus.flocons d' argent se mettent soudain à danser devant la roche sombre. Etonnés, nous levons les yeux. Le soleil se montre encore au-dessus du Glärnisch, jaunâtre dans le ciel embué de nuages. Mais sur le Kärpf un mur sombre commence à couvrir les sommets du Freiberg. L' hiver veut rappeler qu' il est encore le maître. Il fait froid, l' air sent la neige. Parmi les flocons tourbillonnants, nous grimpons vivement l' arête acérée, exposée, dite Badilekanle, ( arête du Badilepuis nous roulons la corde et pataugeons pour retrouver les skis sous le grand surplomb. Ramassant notre matériel, nous avançons péniblement dans la neige lourde et mouillée pour gagner le Garichti-see. La neige tourbillonne. Nos mains sont rugueuses, nos bras fatigués, mais nos cœurs pleins d' une joie sereine. Nous laissons là-haut les rochers du Freiberg, maintenant solitaires, qui nous ont procure une fois de plus des heures merveilleuses.

Avec un peu d'«esprit de clocher » peut-être, on peut prétendre que l' alpinodrome du Widerstein est l' un des plus beaux à la ronde. Sur les libres hauteurs des alpages, il se pelotonne bien audessus du lac indigo. Nul bruit de voitures ou de trains ne trouble son silence. Au début de l' été, les rhododendrons y sèment leurs bouquets. Une source de cristal jaillit sous les blocs et dégringole vivement vers les profondeurs. Au temps de l' esti, un troupeau de la Niderenalp vient paître aux alentours et les remplir d' un carillon à mille voix. Par moments, on interrompt l' escalade pour contempler le va-et-vient des marmottes sur le pierrier d' en face. Les chamois s' aventurent sur l' arête du Charenstock, franchissent les pentes abruptes. Parfois, haut dans le ciel, des aigles décrivent de vastes cercles. Un site que je n' ose qualifier d' idyllique, au cœur des Alpes glaronnaises, car le temps du romantisme alpestre est bien révolu. Mais dans le vaste monde des montagnes, c' est un endroit que l'on porte dans son cœur. Quel vide, s' il n' y était plus!

Trad. E. Baumgartner et E. Pidoux

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