Les variations des glaciers des Alpes suisses en 1952

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Avec 2 illustrations ( 110-111Par P.L. Mercanton et A. Renaud

L' enneigement alpin 1951/52 Les observations sur l' enneigement dans les régions basses des Alpes revêtent une importance primordiale pour l' étude des avalanches, et, depuis la création de l' Institut fédéral pour l' étude de la neige et des avalanches au Weissfluhjoch sur Davos, ces observations ont été systématiquement organisées. Mais elles portent essentiellement sur l' enneigement temporaire et ne nous renseignent presque pas sur l' alimentation des bassins glaciaires. Or, ce qui nous intéresse ici, est Y enneigement alpin persistant, et le lecteur qui voudra bien con- suiter les tableaux annexes constatera que les observations qui s' y rapportent sont encore très peu nombreuses.

La rareté de ces mesures provient tout d' abord des difficultés inhérentes aux observations suivies en haute montagne; elle s' explique d' autre part par l' intérêt limité à la science pure qu' elles eurent longtemps. Mais, avec le développement croissant de l' hydrologie et de ses applications à l' économie, la nivométrie alpine est sans doute appelée à se développer. Il faut s' en réjouir, car elle apporte des éléments indispensables à l' étude des variations des glaciers.

Ce qui nous intéresse dans ce domaine est le résidu d' accumulation sur les névés à la fin de l' année nivométrique ( ler octobre 1951 au 30 septembre 1952 ), c'est-à-dire le bilan établi entre l' apport net des précipitations solides et leur fonte estivale.

Au cours de l' hiver 1951/52, la neige fut extrêmement abondante sur le Plateau et les Préalpes. Dans les régions supérieures, par contre, la quantité resta normale ou même inférieure à la moyenne. D' autre part, la température des mois de janvier et de février resta très basse et contribua à diminuer le nombre des avalanches.

Le printemps et fete qui suivirent furent, d' avril à fin août, plus chauds que la moyenne 1. En juillet, la température atteignit des valeurs particulièrement élevées. Au Säntis, on releva la plus grande durée d' insolation depuis la création de l' observatoire. Aussi, à la fin d' août, le bilan nivométrique était-il sensiblement moins favorable que celui de l' année précédente. Au Jungfraufirn, p. ex., M. Kasser a mesuré à l' altitude de 3350 m. ( balise 3 ) un résidu d' accumulation de 2,67 m ., inférieur de 0,6 m. à la moyenne.

Les résultats détaillés publiés dans les tableaux annexes sont dus aux observations de MM. Kasser ( Aletsch ), Kuhn ( Clarides ) 2, Reber ( Diablerets ), au personnel de la Section d' Hydrologie de l' EPF et du chemin de fer de la Jungfrau, que nous remercions.

A. Renaud Aires englaciées des Alpes suisses d' après la récente Carte Nationale En 1901 paraissait à Berne sous le titre « Die Schneegrenze in den Gletschergebieten der Schweiz » ( La limite des neiges dans les bassins glaciaires des Alpes suisses ) par J. Jegerlehner, un mémoire très fouillé sur la répartition des neiges et glaces pérennelles de nos Alpes, base sur Y Atlas topographique de la Suisse ( Atlas Siegfried ) établi autour de 1877 ( 1868 à 1890 ). L' actuelle Carte Nationale de la Suisse réalisée autour de 1932 ( 1918 à 1944 ), après un bon demi-siècle au cours duquel l' ensemble de nos glaciers n' a cessé de décroître, sauf quelques faibles récurrences partielles de crue, réclamait impérieusement qu' on établit de nouveau l' état de notre glaciation suisse. Sur l' initiative du soussigné et avec le concours obligeant et indispensable du Service topographique fédéral, la Commission helvétique des Glaciers a fait planimétrer toutes les aires englaciées figurées sur la nouvelle carte. Ce minutieux travail a été exécuté par M. W. Buia avec beaucoup de soin.

Ces aires sont au nombre de 72, distribuées sur 34 feuilles de la carte. Leurs levés s' éten sur une longue suite d' années, sont par conséquent d' époques différentes; mais la plupart sont centres sur une douzaine d' années, de 1927 à 1940. Il va sans dire que pour juger de la variation totale d' une aire déterminée au cours du temps, il faudrait tenir compte des époques exactes des levés initiaux et finaux. Pour l' ensemble de la glaciation suisse et 1 Septembre fut au contraire plus froid que la moyenne.

2 Der Firnzuwachs pro 1951/52 in einigen schweizerischen Firngebieten. XXXIX. Bericht. Vierteljahrschrift der Naturforschenden Gesellschaft in Zürich, XCVII ( 1952 ).

le long intervalle ( 1877 à 1932 ) entre l' établissement des deux cartes, cette précision n' est pas impérieusement nécessaire et la comparaison des aires anciennes et présentes constitue pour la glaciologie et la climatologie mondiales un élément d' information de grande valeur déjà. C' est pourquoi nous croyons opportun de donner ici sans plus attendre la valeur globale de la variation ainsi mesurée. Jegerlehner indiquait pour l' aire englaciée totale des Alpes suisses 1853 km2. En 1932, elle était réduite à 1384 km2, soit de 469 km2 ( 25 % ), un peu moins de la surface du Léman.P.L. Mercanton Chronique des glaciers suisses en 1952 Le fâcheux automne de 1952, en entravant et retardant l' activité professionnelle des agents forestiers cantonaux, a regrettablement restreint le nombre des glaciers contrôlés cette année-là. Il n' est plus que de 49, au lieu des quelque 80 des années précédentes. Cette diminution est surtout le fait de la Suisse centrale et orientale. D convient toutefois d' adresser un éloge spécial au canton d' Uri qui a réussi à maintenir presque intact son nombre ordinaire de glaciers mesurés; en revanche la contribution du canton des Grisons a été inopinément faible. Nos autres collaborateurs ordinaires, membres ou non de la Commission des Glaciers, ont heureusement pu maintenir une collaboration efficace. Comme l' an passé, nous devons encore aujourd'hui réserver le détail des chiffres de variation à un tirage à part des Alpes, lequel sera mis libéralement à la disposition des intéressés, par l' entremise de la Commission des Glaciers \ Ils y trouveront également les précieuses mesures que les Forces Motrices de FOberhasli ( ÖKW ) exécutent année après année aux deux glaciers de l' Aar par les soins de leur géomètre M. Flotron. Le présent texte se bornera donc à signaler et à décrire sommairement les particularités les plus frappantes du comportement de nos glaciers de 1951 à 1952.

Par fortune, la campagne annuelle du chroniqueur au Glacier du Rhône a eu lieu dans les derniers jours d' août, encore ensoleillés, de sorte que le contrôle a pu s' en faire dans de bonnes conditions, comme en témoigne la vue d' ensemble de la cataracte prise le 29 août 1952 du repère du Sentier de l' Eau à 1875 m. environ, au flanc gauche de la vallée. La confrontation de cette photographie avec celle prise en 1951 du même point, nous réservait une nouvelle surprise: la langue du glacier était devenue stationnaire, si même dans son ensemble elle n' avait pas très légèrement augmenté ( 460 m2 ?). Au Belvédère, les creuseurs de la grotte de glace avaient au début de l' été remarqué avec étonnement un élargissement du glacier sur ce flanc gauche. Le délabrement ultérieur de la paroi de glace a empêché le 30 août le rapporteur d' effectuer utilement la mesure classique de la distance de ce flanc au repère plombé. Le Rhône continuait de couler du bord droit du glacier sous l' Obersaas.

( Mercanton ) Au Gratschlucht ( 30 août ) la déglaciation a été intense, particulièrement sur la croupe morainique à l' altitude de 2590 m. environ où le recul a été de 41 m. Des deux petites langues du liseré glaciaire qui descendent de part et d' autre du repère placé en 1949 ( ait. 2583 m .), l' orientale se terminait à son niveau, l' occidentale un peu plus bas. Il ne subsistait que d' in restes du grand enneigement de 1951 sur la terrasse du chemin militaire.

( Mercanton ) Les contrôles un peu discutables des glaciers de Gorner et du Bas Arolla appellent une remarque d' ordre général: en effet des lambeaux de glacier mort devant les fronts actifs 1 S' adresser à A. Renaud, Av. Dapples 17, Lausanne.

créent des ambiguïtés; selon la direction admise pour le contrôle les mensurations aboutissent aux vrais fronts ou aux glaciers morts; or ces derniers reculent en effet plus ou moins vite selon qu' ils sont protégés de l' ablation par de la moraine ou au contraire exposés aux ardeurs du soleil.

Cette remarque serait un complément à une autre du rapport précédent ( bas de la page 4 ) relative au surenneigement local des fronts glaciaires.

L' étude du Grand Glacier d' Aletsch a continué activement par les soins de M. Kasser; elle embrasse actuellement tout le glacier et fera l' objet d' une publication de grande envergure. Notons seulement pour 1952 la grandeur exceptionnelle de l' ablation près de l' ex du glacier: à 1620 m., 15 m. pour l' année et Kasser ) Depuis nombre d' années les glaciers de Ferpècle et du Mont Miné qui conjuguaient leurs glaces en une seule langue sous le premier nom en amont des Haudères ( Val d' Hérens ) tendent à se séparer en deux cours distincts. Cette séparation n' est pas encore complète et les eaux de l' affluent de Ferpècle doivent encore se frayer un passage sous les glaces de l' autre affluent. L' effondrement massif de ces glaces a produit, en 1943 déjà, mais plus redoutables encore en 1952, des embâcles retenant l' eau en de dangereux lacs temporaires. Un tel lac s' est vidé brusquement le 4 août 1952 dans la matinée, provoquant une crue violente de la Borgne de Ferpècle avec de sérieux dégâts en aval, destructions de ponts et de digues jusque dans la plaine évolenarde. On a pu lire dans Les Alpes de janvier 1953 la description détaillée qu' a donne notre collègue M. Jacques Martin, de l' état des fronts glaciaires en cause; une étude publiée par le Service Fédéral des Eaux et signée Walser a apporté les lumières nécessaires sur le déroulement de la crue \ Nous devons nous borner sur ce sujet à quelques chiffres: volume total d' eau de la débâcle: 255 000 m3; maximum de débit au limnimètre de la Tour, entre les Haudères et Evolène: 230 m3/sec. A La Luette, en aval d' Evolène, le débit maximum n' était déjà plus que de 150 m3. La violence du flot allant en décroissant graduellement à mesure qu' on s' éloigne du lieu de débâcle, ceci suppose en contrepartie, à cet endroit-là, des débits bien supérieurs à ceux mesurés plus bas. La crue, évidemment, très atténuée, s' est fait sentir jusque sur le Rhône à Sion. Dès le 3 août, les Evolénards avaient remarqué une baisse sensible du débit général de la Borgne, occasionnée sans nul doute par l' accumulation des eaux en amont du point de rupture des glaces. De telles constatations peuvent se faire occasionnellement ailleurs dans nos régions englaciées, et les alpinistes doivent y prêter une sérieuse attention: ils s' éloigneront des abords du torrent et gagneront des points plus élevés.

Le recul du Trient a été énorme: 45 m.Guex ) M. Jean-Louis Blanc a posé des repères devant le front du Breney dans le Val de Bagnes, dont Electro Watt S. A., réalisatrice du barrage du Mauvoisin, fait d' autre part lever une carte générale à grande échelle qui favorisera beaucoup notre connaissance de glaciers importants restés jusqu' ici hors de nos contrôles réguliers.

Le petit glacier du Sex Rouge aux Diablerets a fait une crue nette, la seule d' ailleurs que nous ayons à signaler dans ce rapport.

Au Grindelwald, le Glacier Supérieur a été contrôlé et photographié au cours de l' été par M. A. Renaud, puis en octobre, après la fin de la période de mauvais temps, par MM. Jost et Mercanton. L' extrémité du glacier, sous le Milchbach, profondément enfoncée dans son étroite gorge, est devenue impropre à la mensuration; mais son recul ne fait pas de doute.

1 La crue de la Borgne le 4 août 1952. « Cours d' eau et énergie », Zurich 1952.

Le Glacier Inférieur a reculé encore, selon les mesures du 10 octobre 1952, de 19 m. sur sa gorge. Le front trop déchiqueté en cet endroit ne se prêtait pas à notre épreuve rituelle du cryocinémètre.Jost et Mercanton ) Aux glaciers de l' Aar, il a fallu toute la sagacité et l' endurance de M. Flotron et de son équipe pour lin i.er le préjudice porté à leurs mensurations si précieuses par les intempéries de la mi-septembre et le réenneigement intempestif des chaînes de pierre mises à nu par l' été. Encore cette détection ne réussit-elle que sur les profils d' altitude basse ou moyenne des deux glaciers. Les repères demeurèrent introuvables plus haut et vraisemblablement n' ont pas été mis à nu de tout l' été, d' où les lacunes de nos tableaux pour 1952.

Le front de YUnteraar, gagné par l' ennoyage le 18 juillet 1952, ennoyé à plein durant 22 jours sur une longueur médiane de 290 m ., et de nouveau complètement exondé dès le 4 décembre, a reculé encore de 26 m. en moyenne, libérant 12 396 m2 de terrain. Le front a reculé plus ou moins partout et au maximum de 35 m .; quant au portail de l' Aar, en retrait lui aussi, il se présentait comme un soupirail large de 40 m. et haut de !/2 rn. au plus. Tous les profils transversaux qu' on a pu mensurer ont montré un abaissement moyen de la surface. Quant à la vitesse superficielle des glaces, elle a diminué également en moyenne, mais comme je l' ai signalé dans maints rapports précédents, des inégalités interviennent localement avec parfois même des augmentations nettes du flux glaciaire. Le profil Brandlamm Inférieure est extrêmement inégal et déchiqueté.

Le bloc Hugi a marché à la même vitesse que les glaces qui le supportent; il reposait le 17 septembre 1952 à 397 m. en aval du profil Brandlamm Supérieure. Sur le profil Pavillon Dollfus les glaces marginales de droite ont baissé notablement moins que celles du reste du profil, constatation déjà faite antérieurement.

Malheureusement, l' important profil du Mieselen n' a pu être mensuré à cause de l' en, non plus bien évidemment que les profils plus amont.

D en a été de même des profils élevés de YOberaar. Ce glacier a reculé de 35,5 m. en moyenne, libérant 16 156 m2 de terrain. Son front continue d' être très découpé avec des taux de retraits très variables. En un point, le recul a atteint 71 m .; l' amas morainique au milieu du front a perdu plusieurs mètres de largeur et quelque 5 m. de sa hauteur.

La langue du Tiatscha s' est beaucoup amincie et s' éboulait fortement sur une barre rocheuse.N. Luzzi ) Conclusion. En 1952, de 100 glaciers suisses, étaient en crue: 2. Stationnaires: 4.En décrue: 94. ( 12, 9 et 79 en 1951. ) D' autre part le recul moyen a été de 14 m. en 1952, soit 1 mètre de plus que l' année précédente.P.L. Mercanton

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