Monts Karawanken - Alpes Juliennes

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PAR ERNEST FREIMANN, ZOUG

Avec 6 illustrations ( 43-48 ) 5 août 1967 Samedi matin, sept heures. Nous sept de la section Rossberg sommes assis à la table du petit déjeuner, au premier étage d' un hôtel de Rattenberg. Le café fleure bon, le lait chaud réconforte, les petits pains frais et appétissants craquent sous la dent. Cette collation nous fait du bien, car nous nous sommes levés tôt, et c' est en pleine nuit, à une heure et demie, que nous avons quitté Zoug. La pluie, le brouillard et l' humidité nous ont tenu compagnie le long du lac de Walen, à Sargans, à la frontière près de Feldkirch. Nous y avons fait le plein d' essence et en route pour l' Arlberg, toujours dans l' obscurité, mais au moins sans pluie. De Stuben au col, nous avons rampé dans un épais brouillard, mais, à Sankt Christoph, soudain le brouillard disparaît, et il commence à faire jour. Innsbruck et Schwaaz sont vite derrière nous et, affamés, nous nous arrêtons pour le petit déjeuner à Rattenberg, petite ville pittoresque à la rue étroite qui s' étire entre ses hautes maisons médiévales.

Le voyage continue, sous un ciel modérément nuageux, par Wörgl et le pied sud du Kaisergebirge jusqu' à Sankt Johann en Tyrol. Là, nous bifurquons au sud et bientôt la pluie reprend. Après Kitzbühel, c' est la rampe du Col de Thurn la circulation devient plus intense. Pour atteindre le domaine de nos vacances, nous avons choisi la route septentrionale qui implique la traversée du massif central des Alpes par le tunnel tout neuf des Felbertauern. Ce samedi matin, nous ne sommes pas les seuls à vouloir utiliser ce nouveau passage: du Col de Thurn au nord, du Col de Gerlos à l' ouest, de Brück et de Zell à l' est des colonnes sans fin de tôle, de caoutchouc et de gaz d' échappement serpentent vers le petit village de Mittersill qui garde l' entrée du tunnel. En sens unique, les nombreux véhicules se faufilent alternativement entre deux maisons, mais, pour finir, c' est quand même notre tour et, moyennant un péage de 130 schillings par voiture, nous pouvons rouler dans ce beau souterrain, à 2000 mètres sous les sommets du Grossvenediger à droite, du Wiesbachhorn et du Grossglockner à gauche.

Nous avions espéré que la traversée des Alpes nous vaudrait le brusque changement de temps qui surprend si souvent entre Göschenen et Airolo. Mais, dans la belle Vallée de l' Isel aussi, les nuages traînent bas. A midi, nous sommes à l' entrée de Lienz, au Tyrol oriental, refaisons le plein et découvrons, en face, un écriteau indiquant la direction d' une brasserie. C' est juste ce qu' il nous faut et bientôt un copieux dîner nous est servi.

Nous poursuivons notre route en longeant la Drave jusqu' à Oberdrauberg puis, traversant la selle du Gailberg, nous descendons dans la Vallée de la Gail. Nous y sommes accueillis par de nouvelles cataractes, les éclairs étincellent et le tonnerre gronde, les roues font gicler l' eau à hauteur d' homme. Juste avant Arnoldstein, c' est de nouveau le sec, et bientôt nous sommes à Faak, au lac. Il est quatre heures et demie, et nous avons roulé quelque 600 kilomètres. A l' Hôtel « Fürst », sur la rive même du lac, nous prenons possession des chambres qui nous sont réservées, apprécions une brève sieste, puis l' apéritif. Il est évident que, la salle à manger étant archicomble, il faudra attendre quelque peu notre souper, et les cartes de jass apparaissent déjà. Le truc, comme toujours, s' avère efficace et, à la seconde partie déjà, c' est le cri d' alarme: « Nous sommes servis! » 6 août A notre arrivée à l' hôtel hier, les gens se plaignaient de la chaleur suffocante, mais bientôt, ici aussi, l' orage a éclaté. Ce matin, le soleil luit de nouveau, mais, vu les précipitations de la veille, nous renonçons à gravir le point de vue tout proche et décidons de visiter Klagenfurt, la capitale de la Carinthie. La matinée commence par une promenade au bord du lac, quelques-uns font même trempette et, après le petit déjeuner, nous partons, d' abord en contournant le Lac de Faak qui est vraiment un bijou, ensuite un tour de ville à Villach, et c' est la grande Nationale qui, par la rive nord du lac de Worth, conduit à Klagenfurt. De Villach à Klagenfurt il y a quarante kilomètres, une auto a cinq mètres de long, il y a donc de la place, sur chaque bande de roulement, pour 8000 voitures. C' est exactement le nombre de véhicules qui s' y trouvent. Le parcours dure deux heures!

Après une rapide visite de la ville, nous nous dirigeons au sud, dans le Rosental, la Vallée des Roses. Par ce temps splendide, il n' est pas facile de trouver de la place dans une salle à manger, mais pour finir nous tombons sur un restaurant tout neuf où il y a même une grande table libre. A nous la limonade, la bière! Werner commande un verre de vermouth. Celui-ci contient presque un demi-litre! Werner d' abord se sous-estime mais, pour finir, gorgée après gorgée, il en vient à bout. Le repas, lui aussi, est bon: les poulets rôtis le sont à tel point qu' Alfred en commande un second qui se trouve avoir un format double du premier, mais avec un peu de vin et le précieux concours des camarades il en fait façon.

Et voilà! Il est trois heures et les aventures peuvent commencer. A Feistritz, une vallée latérale s' ouvre vers le sud. La petite route, d' abord goudronnée, se transforme bientôt en route forestière qui serpente au flanc d' un vallon étroit et profond. Les pentes escarpées sont couvertes de sapins, pas trace de maison ou de mazot, et la solitude sauvage des lieux semble justifier le nom de Bärental, la Vallée des Ours. Après environ dix kilomètres de montées raides, de descentes et de remontées, nous voyons deux huttes minables, mais la route continue. Elle devient encore plus misérable, plus raide, les virages masqués sont encore plus surprenants. Au-dessus de nous, les flancs du vallon disparaissent dans le brouillard, bientôt nous y plongeons nous-mêmes et, enfin, nous nous arrêtons à une modeste clairière. C' est la Johannsen-Ruhe, le terminus pour les voitures. Nous nous changeons et nous mettons en route pour la cabane de Klagenfurt. Sans hâte, nous gravissons les lacets du chemin, d' abord sous bois, puis dans les pâturages. Il est tout juste cinq heures. Les derniers touristes du dimanche s' en vont et bientôt nous sommes seuls avec le gardien, sa famille et son grand chien noir. Ce sont des gens fort aimables et leur souper aussi ne nous déçoit pas!

7 août Chaque demi-heure, l' un d' entre nous se dirige vers la fenêtre; les nouvelles ne sont pas encourageantes. C' est tantôt: « semble s' éclaircir! », tantôt: « C' est le brouillard! ». En fin de compte, à neuf heures et quart, nous sommes rassemblés, équipés, devant la cabane. Pour quelques instants, il y a de la vue: à l' ouest, les 1955 mètres de la Bielschitza se dressent au-dessus des pentes d' éboulis; au sud, les tours des Edelweissspitzen se détachent sur le ciel bleu et, à notre droite, nous voyons la plus belle montagne de la région, la Klagenfurter Spitze ( 2116 m ). C' est elle qui figure au programme de la journée.

Très vite, le brouillard nous rejoint, et c' est dans une épaisse purée de pois que nous foulons la caillasse. Après avoir cherché de-ci delà, nous croyons avoir trouvé le bon couloir et, entre blocs et éboulis, nous gagnons de l' altitude. Soudain le brouillard disparaît et nous découvrons, à notre droite, la jolie arête qui doit conduire au sommet. Quatre d' entre nous se décident pour l' arête et s' encordent, tandis que les trois autres continueront dans le couloir d' éboulis jusqu' à une brèche sur l' arête. Après quelques longueurs de corde sur des rochers instables, nous trouvons du solide, et en général nous pouvons avancer ensemble, sans assurage. Une petite bosse couverte de broussailles interrompt l' arête, une brève halte permet d' y apprécier et le plaisant coup d' œil et une cigarette. Nous continuons: c' est une varappe facile qui suffit cependant à faire transpirer et souffler les anciens juniors que nous sommes. A midi, nous atteignons le sommet où nos camarades, venus de la brèche de l' arête est, nous ont précédés de quelques minutes. Poignées de main, joie d' avoir fait notre premier sommet, nous sommes heureux qu' il fasse maintenant grand beau et que la vue soit belle.

Nous sommes à la frontière de l' Autriche et de la Yougoslavie. Au sud, montagnes et vallées, dénudées, grises, s' étendent à l' infini. L'on ne voit guère de touristes; en revanche, entre les rochers bien secs, les edelweiss foisonnent. Après une longue sieste, nous descendons l' arête est jusqu' à la brèche, contournons l' Edelweissspitze par son flanc sud et, après avoir traverse la brèche de Bielschitza, nous rejoignons la cabane.

Il y a foule de promeneurs devant la bâtisse. Quelques jeunes gens, balançant apparemment entre le désir de l' aventure et la paresse, nous demandent immédiatement:

- Où êtes-vous allés? Combien de temps faut-il pour gagner le sommet?

Nous assouvissons notre soif, nous libérons des chaussures, des bas, des chemises qui tiennent trop chaud et nous étendons derrière la cabane, dans l' herbe drue, odorante et fleurie. Cette fois, nous sommes en nombreuse compagnie pour le souper; ce ne sont que rires et bavardages. Vers les dix heures, nous rejoignons nos chambres et grimpons sur nos étroites couchettes, haut perchées.

8 août Peu avant huit heures, nous partons, sans hâte, vers le sommet « classique » de la cabane. C' est le Geissberg, une bosse paisible et ronde, 400 mètres plus haut. La promenade conduit à la selle de Matschbach, puis, à gauche, dans un bois de pins, juste aussi hauts que nous-mêmes, ensuite sur un pâturage à l' herbe tendre et, au bout d' une heure, nous sommes au sommet à 2016 mètres. La brume gâche la vue qui, sans elle, serait très étendue: des lambeaux de brouillard traînent autour des flancs des sommets. Pourtant, loin au nord, nous apercevons des monts neigeux, sans doute les sommets des massifs du Venediger et du Grossglockner.

De retour à la cabane, c' est le décompte et nous faisons nos paquetages. Nous prenons congé et descendons à la Johannsen-Ruhe. Le voyage par la route cahoteuse du Bärental s' effectue sans incidents et, à midi, nous sommes de nouveau à Faak où un grand restaurant nous accueille. Un excellent repas - chez nous on dirait un plat bernois - est dévoré avec appétit, mais ensuite, dans la lourde chaleur de la vallée, la somnolence nous prend. Une baignade dans ce joli lac ne serait pas à dédaigner; cependant, dans tous les établissements de bains qui entourent le lac, la foule est telle qu' il y a plus de chair que d' eau. Nous renonçons à exposer nos anatomies, qui ne sont plus de toute première fraîcheur, à l' admiration de tous ces vacanciers, et décidons de partir immédiatement pour la Yougoslavie par le Col de Würzen.

Une bonne route goudronnée conduit à la frontière. Les formalités sont vite liquidées: un bref coup d' oeil et un coup de tampon sur les passeports. Pas question de contrôle des devises. Après quatre kilomètres, nous sommes au premier village, Podkoren, où nous faisons un peu de change et, par Kranjska Gora, nous roulons vers la Vallée de la Plisnica. Mais halte-là! voici l' occasion rêvée: nous nous arrêtons, nous dévêtons et barbotons à cœur joie dans les eaux fraîches de la Plisnica qui, divisée en bras nombreux, traverse entre aunes et prés un large replat de la vallée. Au sud, dans la brume bleu-gris, s' élèvent les parois et les tours des Alpes Juliennes.

Nous reprenons la route et, au bout de la vallée, de nombreux lacets nous conduisent au Col de Vric, à la cote 1611 mètres. Tout à côté du col, à dix mètres de la route, se dresse un refuge neuf, le Ticarjev-Dom, où nous sommes annoncés pour la nuit. Lorsque nous y pénétrons, nous trouvons la cohue, surtout au bar. Un groupe d' indigènes, grâce sans doute à de généreuses libations de sliwo-witz et de bière, a atteint ce stade bienheureux où tous parlent en même temps et où personne n' écoute. Il est évident que chacun doit parler un peu plus fort que son voisin, et cela fait pas mal de bruit, à quoi s' ajoute le haut-parleur qui débite de la musique populaire slovène, pas trop fort, mais tout de même assez pour dominer le brouhaha des voix. Malgré ce charivari, nous réussissons à nous entendre avec la patronne, et bientôt nous nous mettons à l' aise dans les deux chambres qui nous ont été réservées.

Le refuge a été construit en 1965/1966. Tout est neuf et propre, même si douches et chasses d' eau ne fonctionnent pas. La salle à manger n' est pas vilaine, quoique un peu chargée: bois sculpté, ustensiles en fer forgé et même un arc en granit. Bien en vue, un grand portrait du maréchal Tito est fixé à la paroi.

9 août Le temps est incertain. Un épais brouillard cache les sommets des montagnes environnantes. A huit heures, nous quittons le Ticarjev-Dom et attaquons, au sud-ouest, le flanc est de la Moistrovka. De longues pentes d' éboulis nous conduisent à une selle où nous faisons halte. De l' autre cté, le brouillard monte à l' assaut et, dans notre brèche, un courant d' air froid nous glace. Nous suivons maintenant, dans le flanc ouest de l' arête, par bancs de rochers et éboulis, un sentier mal trace. De temps en temps, le soleil semble vouloir percer le brouillard, mais chaque fois le vent ramène de nouvelles masses humides. Une voix sort de l' invisible, et soudain, comme par enchantement, le brouillard disparaît. Dans un soleil resplendissant, nous nous retrouvons au pied du piton sommital de la grande Moistrovka. Nous varappons, chacun pour soi, par des cheminements différents - à chacun sa première! La voix issue du brouillard, elle aussi, s' est matérialisée: c' est un jeune homme, citoyen suisse, étudiant à Ljubljana. Il nous désigne quelques-uns des sommets qui ferment l' horizon. Nous passons environ une heure là-haut, traversons encore le sommet de la petite Moistrovka avant d' en enfin, pour de bon, la descente. C' est d' abord, dans le flanc nord, un éperon, bien marqué au minium et muni de chevilles de fer. De là, nous voyons les sauvages parois nord du Jalovec et du Travnik, au fond la Vallée de la Plisnica dont les montagnes de la rive gauche forment la frontière entre la Yougoslavie et l' Autriche et, à nos pieds, le haut plateau de Sleme avec son joli lac. Nous prenons ensuite vers l' est et cherchons notre chemin dans les champs d' éboulis et les pâturages, jusqu' au moment où nous rejoignons notre trace du matin. A une heure et demie, nous sommes de retour au Col de Vraie.

A l' intérieur du refuge, le haut-parleur diffuse sa musique populaire slovène; nous pourrions bientôt en chanter nous-mêmes les paroles. Nous partons donc en excursion vers un autre refuge, à une demi-heure seulement au-dessus du Ticarjev-Dom. Que la Postar ska Koca ( cabane des postiers ), pour une fois, puisse, elle aussi, voir comment les Zougois tapent le carton!

10 août Diane au petit matin. A sept heures et quart, nous quittons le refuge en direction du sud-est et, après avoir traverse une épaisse forêt, nous atteignons le pied de la paroi nord du Prijosnik. Pendant une demi-heure, nous nous escrimons à travers rocailles et racines et nous voici bientôt, quelque peu abasourdis, devant les immenses bastions de ce mur puissant, avec ses gorges, ses piliers et ses brèches. Un petit frisson nous saisit à la vue de tant de grandeur et de hardiesse. Les cordes sont déroulées. Voici venue l' heure de vérité! Deux de nos aînés se décident à l' abandon et préfèrent passer la journée aux alentours du col. Les cinq autres, en revanche, attaquent les parois grises. Dès le départ se succèdent des dalles et des traversées qui, sans les câbles, seraient assez délicates. Mais les passages quelque peu difficiles sont équipés de chevilles, de câbles et d' échelles de bois, et nous pouvons ainsi gravir, en toute sécurité, cette face tourmentée, même si notre souffle est devenu un peu haletant. De temps en temps on regarde vers le haut, pour se demander, tout étonné, par où on pourra s' échapper, car, dans ce dédale de tours, de fissures, de replats couverts de névés, il serait facile de se perdre. Les heures s' écoulent. Depuis combien de temps sommes-nous en route? Une, deux ou trois heures? Pour finir, nous arrivons à une immense brèche dans les rochers, où souffle un vent aigre. Bien raide, une cheminée lui succède: rocher, caillasse, neige. Péniblement, nous poursuivons l' ascension et enfin le toit apparaît juste au-dessus de nous. Encore cent mètres et nous parvenons à l' issue supérieure où nous pouvons nous asseoir au soleil.

De là, par une varappe facile - qui, petit à petit, nous éprouve tout de même, car chaque « sommet » cache le sommet suivant - nous poursuivons le long de l' arête ouest. A midi moins un quart, enfin, le point culminant est atteint. Nous sommes presque seuls là-haut. Le temps se gâte; aussi, après un bref casse-croûte, nous entamons la descente. Celle-ci est très facile. C' est un sentier bien marqué qui, par la nervure sud-ouest, entre blocs et éboulis, nous ramène à la forêt et nous fait ensuite traverser horizontalement, jusqu' au Col de Vrsic, la grande pente de caillasse. Nous sommes dans les éboulis, lorsque nous surprennent pluie et vent, puis la tempête. Nous nous hâtons vers notre auberge où nous sommes de retour à une heure et demie.

11 août Le soir précédent et durant la nuit, le temps ne s' est pas amélioré. Ce furent alternativement le silence ou les hurlements du vent, l' apparition fugitive d' un ciel étoile, puis, de nouveau, le crépitement de la pluie sur le toit de notre refuge. Au matin, il pleut à verse et nous n' avons pas à nous hâter pour partir.

A neuf heures, par la route du col, nous quittons le Ticarjev-Dom vers Kranjska Gora, puis, le long de la Save, gagnons Mojstrana. C' est là qu' aboutit la première vallée latérale de quelque importance. Assez hésitants, nous nous arrêtons au milieu de ce petit village: brouillard et pluie sur nos têtes et tout autour de nous. Est-ce vraiment raisonnable, par un temps pareil, de nous imposer les cinq heures de montée du fond de la Vallée de Vrata jusqu' au refuge du Triglav? L' optimisme l' emporte, les voitures roulent sur l' étroite route qui s' enfonce dans la vallée jusqu' au refuge Aljazev. Tout est grisaille et terne: l' eau qui dégouline des sapins, le sol détrempé, le brouillard qui colle au flanc des montagnes et s' appesantit sur le refuge. Derrière celui-ci, un grand panneau de bois sur lequel est peinte, en couleurs vives, la face nord du Triglav, avec les diverses voies d' ascension. Un modeste repas nous réconforte et, à midi et demi, nous décidons de risquer la longue montée.

Derrière la cabane Aljazev, à 1015 mètres d' altitude, s' étend un vaste plateau d' alluvions. De là, nous pouvons voir au moins la partie inférieure de l' immense nord du Triglav, tandis que la partie supérieure et le sommet sont cachés par les nuages. La face nord du Triglav est une des plus grandes parois des Alpes orientales, large d' environ trois kilomètres et haute en moyenne de 1000 mètres. Sur ce puissant soubassement, un peu en retrait, et ceinturé par une couche de rocher moins raide, s' élève, trois cents mètres plus haut, le sommet. Le refuge du Triglav est situé sur cette large épaule, à la cote 2515. Et nous voici à 1015 mètres, exactement 1500 mètres trop bas, un jour de pluie et de brouillard, lorsque nous nous attaquons à ces 1500 mètres de dénivellation. Dès le départ, le chemin Tominsek grimpe raide dans la paroi, en d' innombrables et brefs lacets, marqué de beaucoup de taches de couleur. La différence d' altitude parcourue est indiquée sur les rochers: 1100 mètres, 1200 mètres; seulement il y a loin de l' une de ces marques à la suivante!

Une heure passe; nous posons le pied sur de petits tas de neige soufflée, accumulée dans les creux. Encore une heure, puis brève halte. Nous dominons maintenant la forêt et sommes dans la paroi ouest du Cmir qui, à droite, rejoint la face nord du Triglav. Le chemin continue, par des nervures et des gorges, ici et là assuré par des câbles et des chevilles. Enfin, après quatre heures d' efforts, nous parvenons au sommet de la paroi.

C' est comme un autre monde. Plus de pente raide, mais des champs de lapiaz qui constituent une agréable diversion après la dure et monotone grimpée. Soudain, nous aussi sommes enveloppés de brouillard; on entend des voix, parfois des ombres semblent nous croiser en faisant de grands sauts. Nous n' avons plus aucune notion des quatre points cardinaux, mais, compte tenu des heures de route, nous devrions être bientôt au but Enfin une perche se montre, c' est un poteau indicateur: Triglav, Krma, Planika. Mais où donc est la cabane du Triglav? Aucune flèche n' en indique la direction puisque, d' ici, on doit la distinguer fort bien. Mais pas maintenant, dans le brouillard. Quelques pas dans le coton, là où aucune flèche n' indique un cheminement, et bientôt surgit dans la grisaille une ombre trop régulière pour n' être qu' un rocher. Deux minutes après, nous atteignons la bâtisse. Il est six heures moins un quart.

La vaste maison, malgré le temps peu favorable, est déjà comble. Nous trouvons toutefois encore de la place; il y aura aussi, pour nous, de quoi boire et un honnête souper. Le repos nocturne dans le dortoir occupé jusqu' à la dernière place, sous une mince couverture de laine fut, à vrai dire, loin d' être parfait!

12 août Nous sommes encore enveloppés de brouillard, mais, à huit heures, nous nous mettons quand même en route, descendons jusqu' au poteau indicateur d' où commence immédiatement la montée vers le sommet du Triglav. Ce serait une varappe facile dans le calcaire, mais elle est suréquipée de chevilles de fer et de câbles, à tel point que le beau Triglav a reçu le surnom de « porc-épic ». L' anté, Mali Triglav, est vite atteinte et, par l' arête faîtière effilée, nous montons au sommet principal. A neuf heures, ce sont les poignées de main sur le dernier et plus haut sommet ( 2683 m ) de notre semaine clubistique. Tout autour de nous règne un brouillard opaque, mais une petite tour de tôle se dresse sur le sommet. Elle offre à quatre personnes un abri contre les intempéries et, sur sesparois, des croquis donnent des détails sur le splendide panorama. Cette maisonnette fut construite par le curé de Dovje, Jakob Aljaz, un montagnard enthousiaste, qui a donné son nom à I' Aljazev dans la Vallée de la Vrata.

Le brouillard et le froid ont vite fait de nous chasser de ces lieux. La descente se fait en direction du sud, tout d' abord par un sentier raide en zigzag, puis c' est une longue promenade dans un paysage vallonné qui, en deux heures, nous conduit à la cabane Dolic. Autour de nous s' étend un splendide paysage de montagnes: de profondes vallées, encaissées entre des parois verticales et parcourues par des sentiers qui vous donnent le frisson. Après une collation à la cabane Dolic, nous reprenons la descente. Le brouillard s' est dissipé, et nous marchons de nouveau au soleil. Nous cherchons avec empressement, dans le flanc, un passage horizontal vers le Col de Luknja, mais n' en trouvons pas. En fin de compte, nous devons remonter durant une demi-heure, mais cela ne fait rien. C' est midi, et, comme nous allons droit au nord, le soleil tape dur sur nos nuques.

A midi et demi, la montée est finie, et c' est la halte dans l' herbe odorante. De l' autre côté surviennent deux montagnards Slovènes, on se salue aimablement, et ils partagent avec nous leur vin, un schnick épouvantable et le cognac de Gottfried. Ce sont de joyeux lurons, et lorsque, au bout d' une demi-heure, tous les sujets de conversation et les liquides sont épuisés, nous prenons congé à regret. Le retour à la cabane Aljazev n' est pas une affaire. Un bref couloir d' éboulis - de quoi remplir nos souliersune promenade sous bois et des pâturages avec de beaux et grands cyclamens odorifé- rants. Pour finir, un concours de vitesse sur les cent derniers virolets du chemin, et nous sommes de nouveau sur le plateau d' alluvions de la Bistritza d' où nous avions regardé la veille, le doute dans nos cœurs, vers la face nord du Triglav.

Dans la soirée, nous rejoignons la plaine, puis roulons dans la Vallée de la Save en direction du sud-est. A Hruica, un hameau avant Jesenice, nous trouvons bon gîte et un bain bienfaisant chez des particuliers. Un royal souper à l' Hôtel de la Poste, à Jesenice, met le point final à notre semaine d' ascensions.

13 au 15 août Le lendemain matin, par un ciel couvert, nous commençons le voyage de retour. Nous donnons un bref coup d' œil à Ljubljana, et nous dirigeons vers Trieste où nous arrivons à midi par un soleil éclatant. Nous y restons jusqu' au lendemain matin et poursuivons, le long de la côte, par un temps splendide, vers Mestre. Nous passons la soirée à Bergame et, le jour suivant, c' est le retour le long du Lac de Còme, par le Col du Splügen et le dîner d' adieu à Zollhaus.

Une belle semaine clubistique, bien réussie, vécue dans un excellent esprit de camaraderie, a pris fin. Puisse-t-elle ne pas être la dernièreTraduit de V allemand par G. Solyom )

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