Printemps montagnard

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Avec 1 illustration ( 79Par R.P. Bille

Peu de régions connaissent un départ de végétation aussi brusque, aussi mouvementé que la montagne. La neige, le froid, le fœhn et le soleil se disputent âprement d' immenses étendues. Sur les versants bien exposés, près des derniers villages, les pentes à peine déblayées de leur neige commencent à reverdir et se poudrent de crocus, alors qu' un peu plus haut le soleil gagne encore pouce par pouce du terrain. Rien n' est plus émouvant que ces bandes de neige qui s' étirent, ces barrières et ces mottes qui apparaissent, ces pâturages qui peu à peu se découvrent et cette petite herbe affalée vers le sol qui se défripe lentement sous les caresses du soleil.

Si les chants d' oiseaux sont moins variés et moins nombreux qu' en plaine, maints appels glissent pourtant dans l' air calme et pur, près des derniers mazots. La grive draine est l' une des premières à lancer ses modulations sonores au-dessus des aroUes et des mélèzes. Quelques semaines plus tard, le merle à collier revenu tout droit de l' Espagne rompt à son tour le silence de l' aube par ses cris stridents et ses deux ou trois notes cent fois répétées, cependant qu' en lisière de forêt, les coqs de bruyère à queue fourchue chuintent à qui mieux mieux, ailes pendantes, plumes gonflées avant de se livrer à leurs danses guerrières et leurs fameuses roucoulades. Au crépuscule, dans les gorges retirées, retentit l' appel de la hulotte ou les sons flutés et mélancoliques de la chevêchette. Mais plus haut encore, tout près des vastes champs de neige fondante, des coulées d' avalanche, des roches rongées par les lichens et les saxifrages, la vie animale trouve encore, grâce à l' intense réverbération solaire, de quoi s' épanouir par on ne sait trop quel miracle! Ce sont d' abord des quantités de petits oiseaux grisâtres aux longues pattes fines, au bec d' insectivores, aux allures de bergeronnette. Ils se pourchassent sur les névés sans souci du froid il semble et s' élancent à tour de rôle vers le ciel en égrenant des notes acides, pour redescendre en parachute vers leurs rochers de base. On les reconnaît de loin à leur façon de voler, à leurs cris d' alarme, à cette espèce de grâce qui accompagne tous leurs mouvements. On les appelle des pipits spioncelles et ces oiseaux sont des reliques glaciaires qui ont trouvé dans nos Alpes de quoi satisfaire largement leur amour des neiges. D' autres oiseaux brunâtres et plus gros leur font escorte, volant avec moins d' élégance, mais variant davantage leur chant. Aux stries couleur de rouille de leur poitrine et de leurs flancs, à leur gorge claire pointillée de noir, on reconnaîtra sans peine des accenteurs. Quelques rouges-queues noirs fraîchement revenus d' Afrique et toujours prêts à se faire des courbettes animent eux aussi la grande solitude de l' alpe, tandis que plus haut encore, le vol blanc et noir des pinsons des neiges rase les crêtes étincelantes ou tournoie au-dessus du gouffre comme des paillettes de givre!

Cependant le skieur n' est pas encore à bout de compte. Soudain un chant infiniment mélodieux éclate quelque part dans l' espace. A l' ouïr ainsi au milieu de cette grande solitude, parmi ces déserts d' airelle et de neige, dans l' haleine pure et froide de la montagne, une telle mélodie poigne aussitôt le cœur! Alors, haut dans le ciel, vos yeux découvrent enfin un petit feu de braise, une silhouette sanglante et inconnue qui monte et redescend pour remonter encore, et tantôt l' oiseau ouvre largement ses ailes, étale sa poitrine, esquisse alors de courtes pauses en plein vol sans cesser son chant, tantôt il bat des ailes et gagne de l' altitude avant de rejoindre par une courbe harmonieuse ses chères rocailles. Et telle est la beauté de son vol, la fraîcheur et la suavité de son chant qu' il n' est pas de cœur cruel qui n' en soit attendri! L' oiseau une fois posé continue sa mélodie, mais très sauvage et farouche, il garde ses distances, et ce n' est qu' à l' aide de jumelles que vous pourrez admirer la magnifique poitrine orange, la tête et le col bleu d' azur, le croupion blanc de neige du merle des roches. Espèce rare et méridionale, localisée en Valais, au Tessin et dans les Grisons, ce remarquable oiseau dont la taille se rapproche de notre merle de plaine est essentiellement migrateur et ne prend possession de son royaume alpin qu' au début de mai pour nous quitter déjà en septembre. La femelle porte une livrée beaucoup plus sobre que le mâle, d' un brun grisâtre strié de noir. Mais la queue reste orangée et l' oiseau fait penser à distance au rouge-queue si commun en montagne.

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