Quelques escalades en Grande-Bretagne

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C. et r.Remy, J. Vallorbe

Aucun grand sommet, mais un réseau d' esca absolument extraordinaire ( des terrains pour écoles d' alpinismeOn comprend pourquoi tant de conquérants des Alpes, tant de pionniers sont venus de ce pays: Whymper, Ryan, Young, puis J. Brown, D. Whillans et C. Bonington, D. Haston pour ne citer que les plus connus.

La Grande-Bretagne a vu naître aussi l' ancêtre de nos associations d' alpinisme, Y Alpine Club, et le sport alpin continue d' être très pratiqué dans le pays. Chaque rocher a reçu la visite de grimpeurs, d' autant plus qu' en général la marche d' approche est courte, tout comme l' escalade. Le varappeur, aide par un matériel moderne de plus en plus perfectionné, peut donc facilement améliorer ses performances.

Plus de cent topos-guides sont nécessaires pour l' ensemble de l' île! On voit que le choix est vaste. Heureusement, il existe aussi des sélections d' iti, par exemple le beau livre de Ken Wilson intitulé Hard Rock, ou, plus détaillés, les deux ouvrages de H. Mac Innés pour l' ensemble de l' Ecosse. Les alpinistes ont d' ailleurs à leur disposition une littérature de plus en plus abondante, due au développement rapide des revues spécialisées, dont la plus connue est Mountain.

On peut d' emblée recommander plusieurs régions qui se prêtent fort bien à l' escalade:

- le centre de Snowdonia, vaste parc national au nord du Pays de Galles, lieu cher aux varappeurs par ses parois, certaines hautes de 300 mètresle Lake District, au nord de la zone industrielle de Manchester, est aussi un parc national. D' accès facile et riche de « terrains » intéressants, c' est une région très visitée, parcourue surtout le week-end. L' alpiniste y trouve son bonheur autour de Great Gable et de Scabell Pike, 3206 pieds, le point culminant de l' Angleterre; -le Derbyshire aux modestes collines, au sud de Sheffield, offre de multiples et belles possibilités aux randonneurs et aux spéléologues. Quelques rochers disséminés et beaucoup d' anciennes carrières ont permis de tracer nombre d' itinéraires, très recherchés pour leur haut niveau technique.

Situé au bord de la mer et isolé au nord de file, dans le centre de l' Ecosse, s' élève le Ben Nevis, 4406 pieds ( 1343 m ), le sommet le plus haut et le plus renommé de la Grande-Bretagne. C' est là que se déroulent les fameuses escalades hivernales ( notamment sur la glace ), dans des conditions .atmosphériques souvent redoutables. Dans cette région, la montagne présente un versant facile, débonnaire, et un autre abrupt, vertical, ayant jusqu' à 300 mètres de paroi.

Il ne faut pas négliger les nombreux « terrains » d' escalade tels que les falaises du Devon et de la Cornouailles, au sud de l' Angleterre; le Yorkshire, près de la ville d' York; le nouveau terrain de Gogarth, sur l' île d' Anglesey, au Pays de Galles; et, en Ecosse, les Cairgorms, les Cuillin de file de Skye, ainsi que quantité de sommets au bord de la mer, pareils à des tours, dont le plus fameux est l' Old Man of Hoy, rendu célèbre par un reportage télévisé.

Ayant passé l' hiver en Ecosse, à l' approche du printemps je fixe à mon frère Yves — encore en Suisse - rendez-vous à Liverpool, on je le rejoins par auto-stop, moyen de locomotion très efficace. Yves y est déjà, porteur d' un peu de matériel et surtout de mes chaussures d' escalade.

Nous gagnons Chester, une des plus belles villes d' Angleterre. La visite en vaut la peine: les remparts romains offrent une agréable promenade, tandis que la cité elle-même allie harmonieusement vieilles maisons et constructions modernes.

Une rencontre est prévue avec des amis, soldats de carrière dans la Division de la reine, le lieutenant John Rogerson et son sergent Jim Juhel. Tous deux, au bénéfice de permissions, vont pou- voir passer deux semaines « en montagne » avec nous.

En jeep, nous gagnons le Pays de Galles, au parler si particulier. La région devient accidentée, la route sinueuse, les villages pittoresques, tel Betws-y-Coed ou encore cette « horrible maison » ( ugly house ) qui dément si bien son nom.

Au centre alpin de Capei Curig, nous nous trouvons dans un milieu de grimpeurs qui fréquentent ce qu' il y a de plus traditionnel et de plus réputé dans le pays: les pubs! La raison? Comme il pleut souvent et beaucoup au Pays de Galles, les bistrots y sont d' excellents abris!

Malgré un temps très humide, nous tâtons de plusieurs groupes montagneux secondaires et escaladons quelques courtes voies, toutes sur un excellent rocher. Une particularité saute aux yeux, c' est qu' on ne trouve aucun piton dans les itinéraires. On sait en effet que les Britanniques et les Américains n' utilisent pour grimper que les fameux bicoins de toutes formes et de toutes dimensions. Très efficaces, rapides, discrets, ces bicoins permettent de conserver le rocher propre et, très en vogue, ils n' ont pas fini de faire parler d' eux.

La journée étant décidément trop pourrie, nous gagnons le col de Llandberis, où nous laissons la jeep. Par une arête facile - de mauvais rocher -nous parvenons au sommet de Snowdon ( 3560 pieds ). Un train touristique y arrive aussi... De cet endroit, la vue est extraordinaire... quand on l' a. On y découvre même la mer. Malheureusement, aujourd'hui, la neige nous aveugle. Nous nous consolons à la pensée que Young, à son époque, était monté ici plus de dix fois sans rien voir.

Les jours passent. Nous escaladons une jolie petite dalle, connue surtout des débutants: Little Tryfan, en varappe extérieure. C' est aussi dans les Tryfans que se trouve le Milestone Buttress. Ici, les ascensions se révèlent athlétiques, mais sur du très bon rocher. Après plusieurs voies classiques, nous gravissons un beau dièdre, nommé Soagut, qui s' avère délicat, surtout par la pluie. A nos pieds, un lac; et, sur la petite route, beaucoup de monde qui observe les évolutions de nombreux grimpeurs, malgré le temps peu propice.

On n' est pas surpris de voir des gens faire ici des marches d' approche en bottes de pêcheur, tant le terrain peut être spongieux!

Dans cette région se dresse une des plus hautes parois du pays: Idwal slab. La journée s' annonce bien: il fait froid, mais enfin beau. Nous abandonnons la jeep sur la route A5, qui continue sur Bangor. Quarante-cinq minutes de marche, et nous sommes au pied d' une dalle de deux cents mètres. Peu inclinée, elle semble facile, mais se révèle bientôt assez malaisée. Les relais, peu évidents, ne favorisent pas la pose des bicoins; et la partie supérieure, couverte d' une pellicule de glace, nous incite à la prudence. L' ascension est tout de même réalisée, et, au retour, nous jetons un regard au Mur du Suicide: très peu engageant, il mérite bien son nom!

Dans le topo-guide des Trois Falaises, nous découvrons la description de Cenotaph Corner. C' est un dièdre très connu, « ouvert » par Jo Brown en 1952, et c' est certainement la plus fameuse longueur de corde de tout le pays! En effet, quarante mètres entre cinq supérieur et six. De la route, nous découvrons le carré massif de Dinas Cromlech, avec ses nombreux dièdres. Cenotaph, le plus marqué, se situe au milieu de la face. Quelques minutes sur un pierrier raide, et nous arrivons au pied du dièdre. Nous laissons là nos deux amis, en spectateurs.

De l' eau suinte dans la fissure du fond, mais le rocher se présente sec. Yves, très léger, est parti. Malgré la difficulté sérieuse et l' absence de matériel, mon frère sort rapidement de cette longueur, qu' il juge tout de suite des plus impressionnantes. A mon tour, j' escalade ce dièdre légèrement surplombant, qui requiert une ascension plutôt athlétique. Quelques mètres avant la sortie, les deux seuls pitons de la voie m' offrent un peu de répit. Passages « fantastiques », sur un rocher sans défaut. Plus tard, reposés, nous grimpons encore quelques voies d' un niveau très élevé. Le retour, comme souvent, s' effectue par un côté pourvu d' un chemin, dans des pentes herbeuses.

Rencontre d' un ami, surnommé Barny, qui connaît fort bien la région. Il nous emmène tous chez lui et nous propose de nous faire découvrir sa petite école d' escalade, située tout près du lac de Padarn. On y découvre, dans un endroit charmant, de petits blocs qui ne nécessitent aucun équipement, mais qui donnent des crampes!

Le soir, chez lui, on parle beaucoup, surtout de Chamonix. Puis il nous signale qu' il a essayé, près d' ici, d' escalader un immense toit par un nouvel itinéraire, mais sans succès. D' un commun accord, nous décidons de pousser une tentative du côté de ce projet, qui semble audacieux.

Nous déjeunons d' ceufs au lard, dont se compose tout véritable « english breakfast ». Puis tous les cinq, partis en jeep, nous passons sur l' île d' An et faisons un arrêt à ce village dont le nom est difficile à prononcer, et pour cause: il ne compte pas moins de 56 lettres et commence par « Llanfairpur », etc. pour finir par « gogogoch »! Plus tard, nous arrivons à Holyhead, à la pointe nord-ouest du Pays de Galles, au bord de la mer. Là se dressent les falaises où s' effectuent les ascensions de haute difficulté du Gogarth.

Cette école d' escalade étant récente - c' est même la dernière-née - on va retrouver souvent, dans le topo-guide, les noms des mêmes grimpeurs qui y réalisèrent les premières ascensions: P. Crew, M. Boysen, ainsi que l' infatigable et légendaire J. Brown. C' est un peu les Calanques, dont les hauteurs sont d' ailleurs comparables. On peut y faire aussi des traversées de 350 mètres. A noter que les voies de degré quatre et au-dessous peuvent être comptées sur les doigts d' une seule main!

A pied, en quelques minutes, nous gagnons le phare du Nord Stack, face à la mer d' Irlande. De l' éminence où il se situe, Barny se prépare, descend en rappel, puis disparaît. Les quatre, nous le rejoignons par ¢o mètres verticaux au-dessus de la mer. Atterrissage sur une petite vire qui nous conduit vers une berge sous un gigantesque toit, 39 très impressionnant, et qui présente surtout un aspect très délité. Nous sommes dans la « Cave de la maison du Parlement ». Dans ce toit, D. Scott, le grimpeur bien connu, a déjà ouvert un itinéraire, qu' il effectua en 22 heures réparties sur plusieurs jours. Cet itinéraire franchit ce qui est considéré comme un des plus grands - et certainement des plus difficiles - surplombs de Grande-Bretagne. Barny nous signale sa tentative à droite, dont il reste trois gollots. Il était monté presque jusque sous le toit, qu' il désirait visiblement passer en plein milieu, là où il présente le plus de difficultés et où son avancée est longue de plus de trente mètres.

Nous nous consul tons; nous rassemblons le matériel de Barny; nous écartons les accroche-ciel, mais à part les cinquante pitons en acier dur, c' est pauvre. Nous nous confectionnons des baudriers et nous décidons de faire une tentative.

Mon frère s' élève facilement, de deux mètres, sur une pierre « redressée ». La suite... déjà angoissante! Le bruit du pitonnage est couvert par celui de la mer et les cris d' oiseaux gueulards, particuliers à l' endroit. Yves a passé les gollots. Il progresse lentement, mais efficacement, dans ces vingt-cinq premiers mètres, fortement surplombants. C' est déjà une varappe artificielle de grande difficulté; en effet, dans ce rocher très délité, la pose des pitons est un véritable problème: à moitié enfoncés, ils représentent la sécurité, mais le plus souvent on n' arrive à les planter qu' au tiers, voire moins! La marée, inlassablement, monte jusqu' à nous, on s' inquiète un peu... Mais à cette saison, sans mauvais temps, c' est sans danger.

Enfin, Yves arrive sous le toit. Toujours suspendu aux cordes, il installe le relais. Huit pitons sont nécessaires. Puis il continue directement dans letoitenplantantquelquesclous;maisla nuit tombante et la fatigue l' obligent à redescendre. Pendant ce temps, John, Jim et Barny sont de retour avec de la nourriture et le matériel de bivouac. Barny est surpris de l' avance faite, lui qui déclairait impossible - ou presque — une telle tentative.

Tôt le lendemain, nous revoici dans « notre plafond ». Je profite du relais pour rajouter des pitons, puis, vivement impressionné, je m' engage sous ce toit surprenant. Tout est délité au maximum, et on se demande comment tiennent ces surplombs, striés en lames et en dents de scie. Que faireY aller, ne pas réfléchir, mais pitonner, continuer, progresser lentement. Piton-nage extrême et fragile, à la limite de ce qui peut tenir... Il arrive même que le rocher lâche avec le piton! L' ancrage est fait, pourrait-on dire, de « clous de cercueil ». La technique vient tout de même: elle consiste à frapper le mauvais rocher jusqu' à ce qu' il tombe et qu' on en trouve du meil-leurdessous. Onprocèdeunpeu comme « en glace ». Puis, près du bord du toit, après trente mètres à l' horizontale ( presque démuni de pitons, j' installe le relais ( sur étriers évidemment ), et je peux enfin planter des clous horizontalement dans un bloc qui est une grande dent. Barny me rejoint et poursuit directement, tandis que Yves décloute le toit.

Un grand bruit couvre un cri... C' est une partie de la dent qui tombe à la mer! Barny est suspendu, comme une araignée, à quelques mètres sous le relais. Il semble secoué. Silence... Puis la progression reprend, en anglais devant, et en français derrière pour Yves. Barny passe la lèvre du toit et aborde une dalle verticale de meilleur rocher en escalade libre, rendue très difficile à cause des mouvements précédents en artificielle. Enfin il sort sur le plateau herbeux de cette troisième et dernière longueur. Yves, surcharge de matériel, arrive le dernier, avant la nuit. Nos corps nous font mal, nos bras sont fatigués, mais il se forme en nous, déjà, un extraordinaire souvenir. Jim et John, qui n' ont pas pris part à l' ascension, nous rejoignent par un système de caves et de boyaux qu' on peut dire unique, et qui n' est d' ailleurs possible qu' à marée basse.

De retour à Capei, nous espérons encore rendre visite au fameux groupe rocheux de Clogwyn Du' r Arddu, situé au nord de Snowdon. Le mauvais temps et la fin du séjour prévu nous obligent à quitter nos amis et cette merveilleuse région.

Au pouce ( lisez: en auto-stop ), nous gagnons le Lake District. Là aussi, il pleut. Nous visitons la jolie ville de Keswick, située dans la partie nord de la « Terre des lacs ». A proximité, nous faisons de timides apparitions sur le rocher glissant et réalisons ainsi quelques escalades. Nous en mentionnerons une, intéressante, celle de Little Chamonix, que nous répétons plusieurs fois. Fait à peine croyable: en dépit de la relative facilité de la voie, un Anglais l' a réalisée en gants de boxe!

Nous poursuivons notre route en direction du nord, passons en Ecosse et arrivons à Aviemore, dans la jolie vallée de la Spey. C' est un fameux centre de sport et presque l' unique station de ski de la Grande-Bretagne. Il y a toujours de la neige, et nous profitons de dévaler à ski les pentes du Cairngorm, équipées de plusieurs remonte-pentes. Près du sommet, à environ 4000 pieds, se trouve le restaurant du Ptarmigan, le plus haut du pays. D' ici, la vue est extraordinairement étendue, surtout au printemps, et on y aperçoit aussi la mer. Mais rappelons que, souvent, les conditions atmosphériques difficiles ne rendent pas la région aisée à parcourir.

Nous allons explorer un groupe rocheux situé à proximité des pistes de ski et, en moins d' une heure de marche à plat, nous sommes à pied d' oeuvre, dans le Coire an t-Sneachda. Les parois, d' environ cent cinquante mètres, sont de roche granitique un peu cassante. Après deux escalades, nous passons à Coire an Lochan et rentrons dans la direction d' Aviemore. Nous arrivons bientôt aux rudimentaires et petites cabanes Jeans et Sinclair, puis nous traversons la forêt du Parc de Glen More et longeons le Lochlac ) Morlich, qui nous offre un admirable reflet des Cairngorms.

Nous prenons,goût à la vie d' Aviemore, laquelle est fort plaisante, et nous y rencontrons des gens très sympathiques et ouverts, comme d' ailleurs tout au long de notre voyage. Un jour, R. Baillie nous parle de l' Old Man of Hoy avec une grande précision, puisqu' il en a fait la première ascension en 1966, en compagnie de Bonington et de Patey. Il nous recommande vivement de laisser une corde fixe à la deuxième longueur: les surplombs lors des rappels de retour empêchent de prendre pied. Nous ne possédons que notre corde, outre quelques mousquetons et bicoins trouvés lors des précédentes escalades. Heureusement, on nous prête ce qui nous manque. En fait, le vrai problème, c' est l' approche: la lecture d' un topo indique qu' il est plus aisé pour les Britanniques de se rendre aux Dolomites qu' au pied de l' Old Man of Hoy, situé dans les les Orcades, près du 59e degré de latitude nord.

En stop, nous remontons au nord de l' Ecosse. Peut-être que nos gros sacs facilitent pour nous l' arrêt des voitures et des camions... Nous passons rapidement le Loch Ness sans voir son monstre, mais nous admirons quelques manoirs hantés. Nous apercevons aussi les plates-formes flottantes qui prouvent que les recherches de pétrole dans la mer du Nord se sont révélées intéressantes. Malheureusement, elles se déroulent dans les conditions d' extraction les plus difficiles du monde.

De Wick, nous gagnons Thurso et le petit port de Scrabster. Le prochain départ du bateau pour les îles Orcades aura lieu peut-être demain à r heures. Le temps et les dangers de la mer du Nord laissent toujours planer une grande incertitude sur l' horaire des déplacements. Confortablement, nous nous installons dans un « Bed and Breakfast » avantageux.

Onze heures trente, nous partons en ferry-boat. La mer est peu agitée. Nous passons à proximité de file de Hoy et nous pouvons distinguer une tour caractéristique, notre prochain but.

Arrivée au port de Stromness, sur file principale des Orcades. Après quelques difficultés, nous trouvons un bateau de pêcheurs qui se rend à file de Hoy.

Plus tard, nous prenons pied sur file convoitée, mais plus au sud que ne l' avait prévu notre capitaine de bord. Heureusement, un aimable paysan nous transporte en jeep quelques kilomètres et, à pied, nous traversons l' île, presque déserte. Le soir, fatigués, nous arrivons à la baie de Rackwick où un imposant panneau signale: « Alpinistes!

l' ascension de l' Old Man of Hoy est entièrement à vos risques. Très difficile. Sans aucun moyen de secours! » Voilà qui est net et nous fait croire que notre venue ici est encore plus justifiée. Nous nous installons pour la nuit dans une des seules maisons de la baie.

Cinq heures du matin: vent froid, mais la journée s' annonce claire.

Nous suivons un chemin à travers champs et arrivons au bord des falaises. Et nous découvrons, entourée aux trois quarts par la mer, cette incroyable tour, rigoureusement verticale, de cent cinquante mètres, qui porte bien son nom « le Vieil homme de Hoy ». De nombreux oiseaux, que l'on dit un peu dangereux, tournoient et piaillent de façon étrange. Dans cette région retirée et désolée, ils contribuent à nous impressionner quelque peu.

Sur notre droite, une pente d' herbe raide nous conduit au pied du géant. Nous contournons de gros blocs qui sont là depuis deux cents ans environ et qui proviennent de l' écroulement de l' arche reliant primitivement le sommet de la tour au plateau de file. Encordés, nous montons la première longueur, facile. Des gollots s' élèvent verticalement dans des toits: ils indiquent la voie téméraire suivie par D. Haston. Nous resterons, nous, sur l' itinéraire de la face est. Yves passe à droite et fait une traversée de quelques mètres pour accéder à une large fissure-cheminée, continuellement surplombante. Cette longueur fut ouverte en artificielle, c' est le passage clé de l' as. Outre les difficultés qu' elle présente en elle-même, il faut noter que le rocher de grès couvert de sable offre une escalade très délicate. Yves franchit cette zone en surplomb sans aide artificielle, et il arrive à un relais confortable. Je démarre à mon tour. Les cordes pendent dans le vide. La longueur peut s' effectuer par des coincements, ce que je préfère. Arrivé au relais, je pose la corde fixe, visiblement indispensable. La suite se déroule logiquement. Nous passons de nombreuses et larges fissures horizontales, abris d' oi couveurs. Ces goélands possèdent un bec redoutable, qui a failli être fatal aux yeux de plus d' un grimpeur. Donc prudence et tactique: il faut d' abord dégager la voie de ces volatiles. Ceux-ci protestent avec des cris perçants, et l' inlassable mouvement de la mer fait le bruit de fond. En arrière-plan, nous pouvons observer les falaises de John' s Head: trois cents mètres de paroi verticale, une des plus hautes de la Grande-Bretagne, composée malheureusement de mauvais rocher. Nous reprenons notre escalade et arrivons au dièdre terminal, plus facile que prévu. C' est la plus belle longueur de l' ascension. Le sommet aérien, « sympathique », couvert d' herbe, se présente plat comme une table de billard. Nous avons bien marche: moins de deux heures. Retour en magnifiques rappels. Nous passons celui de la corde laissée en place —que nous récupérons: il est impressionnant. Le soleil nous réchauffe; nous enlevons nos pantalons-duvet.

Le lendemain, avec une idée derrière la tête, nous longeons les falaises, en général très délitées. Tout près de Rora Head, nous découvrons un beau pilier, où apparemment personne encore n' est venu... Nous descendons un étroit couloir. Plus bas, une barre rocheuse nous oblige à un court rappel. Nous nous retrouvons au bord de la mer, dans une petite crique perdue et sans autre moyen d' accès sinon par la mer. Le pilier juste en face de nous se présente vertical, mais certainement escaladable. Nous commençons par un dièdre ferme, passage athlétique, mais surtout glissant à cause des traces de marée haute. Une cheminée y fait suite. « Ça pue l' oiseau » que nous dérangeons. Une arête facile nous mène buter contre le pilier lui-même. Puis un court dièdre nous oblige à nous employer à fond, le rocher, toujours sablonneux, ne facilitant pas l' escalade. Après deux rétablissements, nous parvenons sur une étroite terrasse. De notre perchoir, la suite n' est possible qu' au prix d' une petite traversée sur le versant droit du pilier, qui donne accès à une fissure pourvue de légers surplombs. Sans moyens artificiels, nous escaladons la dernière longueur, délicate et très exposée. Heureux, nous atteignons le plateau, après avoir varappe sur plus de cent mètres. Nous baptisons notre pilier le Pilier de la fin du monde. Nous volons quelques œufs d' oiseaux qui constitueront notre souper. Dans la baie de Rack-wick, seuls sur la plage, nous faisons le soir un grand feu. La nuit arrive tard dans cette région: à 23 heures, on peut encore lire sans lumière... Et voici déjà le petit matin.

Nous retournons à pied, puis en bateau, sur file principale des Orcades. Nous gagnons Kirkwall, petite ville de pêcheurs qui, comme chaque agglomération écossaise qui se respecte, possède sa distillerie de whisky. Nous la visitons et nous nous voyons gratifiés chacun d' une bouteille « maison ». Le lendemain, nous traversons le Pentland Firth et regagnons notre port de départ.

En stop, nous suivons l' unique route, étroite et bien renommée, de la côte nord, puis ouest, de l' Ecosse ( route partiellement goudronnée !). Contraste frappant: après une « montée » par la côte est « plutôt plate », ici le paysage est vraiment magnifique. Le décor est sans cesse nouveau; lochs et collines se succèdent dans les couleurs du printemps.

Lochinver, petit village, nous accueille pour la nuit. Nous y apprenons une information importante pour notre prochaine escalade: cinq heures du soir, c' est le moment de la marée la plus basse.

A l' aide d' une carte qui nous inquiète ( elle représente plus de surface en eau qu' en terre, tant il y a de petits lacs ), nous gagnons la falaise de la côte ouest de la pointe de Stoer. Nous découvrons l' Old Man of Stoer, qui est aussi une extraordinaire tour verticale, mais séparée de la terre par un étroit chenal de huit mètres, dont la mer furieuse défend l' accès. La première ascension en a été accomplie par le célèbre grimpeur de falaises, Tom Patey. En 1966, il avait du nager afin de prendre pied sur le rocher et poser une corde fixe pour le retour! Parfois, par marée très basse, il est possible d' éviter la courageuse opération du bain glacé. Le sort de notre prochaine escalade dépend beaucoup de ce passage. Nous descendons des rochers et, arrivés au bord de la mer, nous remarquons sur notre droite, sortant des vagues mugissantes, un bloc qui semble nous offrir la solution. Encordé pour ce périlleux passage, je profite d' un creux de vague et, d' un grand bond, j' atteins le rocher, les pieds mouillés et dans un équilibre instable. D' un autre saut je suis sur la plate-forme, au pied du « Vieil homme de Stoer ». Une fissure en traversée exposée conduit à un autre versant de la tour. La mer me lèche les semelles. La suite s' escalade en montant sur la droite. La première longueur est peu inclinée, puis un surplomb difficile à négocier donne accès au relais dans une niche d' oiseaux. Problème avec les premiers occupants... œufs cassés... Une délicate fissure horizontale conduit au magnifique dièdre terminal. L' étroit sommet est balayé par un vent violent, qui ajoute un peu de mérite à cette modeste mais « sympathique » ascension de soixante-dix mètres sur bon rocher. Retour en rappels verticaux. La mer aussi a fait sa montée: il ne reste plus que trois mètres sous la tyrolienne au moment où on effectue le retour. La plate-forme a disparu sous la marée. Le chenal s' est rempli. On remonte au plateau. La nuit s' installe, avec le mauvais temps.

Notre voyage se poursuit par la visite de file de Skye, la plus grande des Hébrides. En son centre, une pittoresque cité, Portree. Nous allons à Glen-brittle, point de départ pour les sommets de Cuillin Hills, en face de file de Rhum. Nous logeons à la cabane du Club alpin, pourvue de toutes les commodités, pour le prix modique de moins de deux francs la nuit... Hélas! la réputation de file ne ment pas: il pleut! Sans espoir, nous essayons le granit du Cioch et d' autres escalades, mais nous préférons quitter par ferry « file du Ciel ».

En stop toujours, nous gagnons Fort William, ville de pêcheurs qui accède à la mer par Loch Linnhe. C' est aussi la base pour les escalades du fameux Ben Nevis. Le matin, au réveil, surprise: la neige est là! elle blanchit la mer... Quatre jours de mauvais temps, qui ne laissent entrevoir le beau que d' après les gens du pays. Las d' attendre, nous retournons à Aviemore pour restituer le matériel, et nous quittons l' Ecosse par Edimbourg.

Sur le chemin du retour en Angleterre, nous visitons quelques terrains d' escalade dans d' an carrières, par un temps redevenu clément. Nous découvrons, à la sortie de Bolton nord, des voies sur un très bon rocher, intéressantes surtout pour le grimpeur local. Dans le Derbyshire aussi, près de Buxton, nous escaladons quelques magnifiques voies. Evidemment, elles sont courtes, mais elles nous procurent beaucoup de plaisir. C' est ainsi que nous gravissons l' une des plus difficiles et des plus belles du Millstone Edge, soit Great North Road. Nous observons quelques autres itinéraires qui nous laissent songeurs, l' œil lui-même n' y trouvant rien où s' accrocher, aucun point d' appui...

Ainsi finit ce beau voyage, qui nous laisse un excellent souvenir d' un pays où le grimpeur trouvera en fait des escalades nombreuses, magnifiques et très variées.

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