Sur les cimes

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Par Gustave Meylan.

A Ernest Beyeler.

Calme, calme dans l' air, sereine plénitude Des océans d' azur où respire le ciel, Où vibrent les splendeurs des fières altitudes, Où planent les clartés de musique et de miel!

Les gouffres sont vêtus de robes idéales, Légères comme un vent qui passe sur les fleurs, L' abîme s' est voilé d' une écharpe d' opale Où l' aube fait jouer ses ors et ses pâleurs.

Pure élévation des cimes dans l' espace! L' ombre s' est dispersée et le corps ébloui Des vierges de cristal ruisselle et se prélasse Dans les champs éternels des lys épanouis.

Calme, calme est mon cœur oublieux des obscures Trahisons de la ville et de ses cris amers, De la fatigue vaine et des vaines dorures, Des agitations et des rires pervers.

Mes pas ont parcouru la grand' route poudreuse. Sonné sur le pavé du village au réveil, Franchi les ponts bossus des rivières heureuses, Buté dans les sentiers de pierre et de soleil.

J' ai caressé du doigt la vigne aux feuilles bleues, Sans hâte, j' ai cueilli le rose liseron, Mes regards ont suivi le vol du hochequeue Happant à la fontaine un bal de moucherons.

Je me suis reposé, les yeux fixés sur l' âtre, Dans la nuit du chalet; j' ai mangé le pain bis, Le pain du mendiant, de la messe et du pare, Le pain d' un an, trempé dans le lait des brebis.

Calme, calme est ma joie en présence du rêve Conquis par mon effort sur le granit brutal: Poings agrippant le roc, pieds tâtonnant sans trêve, Reins dressés, nerfs tendus contre l' appel fatal.

Ici la récompense étale ses richesses: Horizons de saphir, lacs de brûlants joyaux, Chutes d' ors et de feux sur le sein des déesses, Avalanches d' azur, jeux des vents et des eaux.

Les croupes d' émeraude entrent dans la lumière Tandis que la vallée est encor dans l' oubli. Les rochers de rubis, dans leur ardeur première, Dressent leur geste rude à jamais accompli.

Les couloirs de vertige et les escaliers d' ombre Creusent les flancs mordus et sans fin torturés, A leur base s' écroule un désert de décombres, Temple silencieux, vide et désespéré.

Calme, calme du ciel où plongent, sans limite, Les montagnes sans nombre aux visages sans fin, Les glaciers suspendus, les hautes stalagmites, Les doigts pointés vers quel mystérieux destin?

Et toute l' harmonie éternelle s' épanche, Un vent d' espoir se lève et, dans l' air attiédi, Sur les parois de flamme et les aiguilles blanches, S' élargit lentement le soleil de midi.

Non, non, les souvenirs impurs, les odeurs louches, Ne m' accompagnent point sur le seuil de splendeur, Un cantique est en moi, des orgues aux cent bouches Chantent le lumineux azur des profondeurs.

Terre céleste, adieu, je connais l' amertume Des retours vers la plaine, hélas! je suis hanté Par l' humaine misère et son fardeau de brume, Mais mon cœur a cueilli tes rosés de clarté,

Terre céleste, autel de vivante beauté! Août 1935.

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