Un petit problème au Mont Collon

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Mavrice Roud-Mayoud, Lyon

Au fond du Val d' Hérens, entre les noirs rochers de Vuibé et les Douves Blanches audessus du bas Glacier d' Arolla, s' élève, majestueux, avec ses 1200 mètres de face nord, le Mont Collon ( 3637 m)- A l' Hotel du Pigne, sur la place d' Arolla, devant trois décis de fendant, les anciens du Val d' Hérens vous racontaient parfois des histoires formidables sur le Mont Collon. Avec simplicité, ils vous parlaient de leurs exploits ou de ceux de leurs pères.

Mais, à la fin de chacun de leurs récits, à regret, ils avouaient que personne encore n' avait osé descendre l' arête médiane et franchir l' impression mur de glace de 140 mètres qui surplombe l' arête.

Il restait donc une première à faire.

Oh! bien sûr, ce n' était pas un « grand problème des Alpes », c' était le « petit problème d' Arolla », mais il fallait le faire. Le Collon sem- 1 Histoire d' un première, faite le 2y juillet igyo, par deux guides valaisans et leurs clients.

blait vouloir le garder jalousement. Quand, parfois, il avait connaissance de certaines ébauches de projet, vite il sortait une de ses avalanches de rochers « maison », ou faisait basculer dans ses couloirs nord un « monstre sérac »... et le « petit problème » restait encore sans solution.

A la fin de juillet 1970, quatre grimpeurs -deux guides et leurs clients - reviennent à Arolla, après une semaine passée dans le Bergell. Ils sont en pleine « forme »; le Mont Collon est, lui, en bonnes conditions; le baromètre n' est pas trop capricieux.

Le dimanche après-midi, sans rien dire à personne, ils sont allés passer une nuit courte au pied de la paroi, dans un petit bivouac privé.

A 4 heures du matin, le ciel est couvert, mais le vent est bon. Ils partent pour l' ascension de Parke Jenkins. Le rocher mouillé rend le début de la progression difficile. Le Mont Collon se défend comme il peut. Il a l' impression qu' aujourd ces quatre gaillards sonneront le glas de son dernier mystère. Le vent a chassé les nuages, et le soleil a rejoint les grimpeurs après le premier grand ressaut.

Une halte très courte. Le temps presse. Il est 7 heures. L' ascension continue, rapide. Ils ne perdent pas de temps. Ils se connaissent bien. Ils arrivent au sommet de la pente de glace ( 650 ) à 1 o h 30. Ils traversent la calotte sommitale à grands pas et reviennent en face de l' arête centrale.

La minute de vérité commence.

Mille six cents mètres plus bas, au village, c' est le branle-bas de combat. Certains suivaient les ascensionnistes dans leur montée, pensant qu' ils allaient descendre par la voie normale. Stupeur! ils reviennent vers le bord de la calotte de glace...

Alors les anciens, les guides, les vrais montagnards ont compris et, d' un seul coup, tout Arolla, avec toutes les jumelles disponibles, a commencé avec les « quatre de là-haut » à descendre Parke médiane.

Deux heures pour passer le mur, trois rappels, des banquettes relais taillées dans des positions invraisemblables, cinquante à soixante coups de piolet pour trouver une bonne prise aux broches...

Le rocher est enfin atteint. Tous ceux d' Arolla sont soulagés. Seuls, deux ou trois guides ou anciens restent encore inquiets. Ils savent que tout n' est pas fini et que « les quatre » ont encore beaucoup à faire pour arriver au bas, au Glacier d' Arolla. Il leur reste les dalles, le petit couloir du haut, le passage sur le bord droit du grand couloir, et le grand cône de sortie où il ne se passe pas une minute sans l' arrivée de pierres ou de glace.

Il est 18 h 30 quand, dans une dernière colère, le Mont Collon, avec un bruit de tonnerre, déclenche une avalanche de glace. Il a mal calculé son coup. Les quatre sont sortis du grand couloir. Il n' a réussi qu' à leur donner quelques frissons.

Il y a seize heures qu' ils sont partis quand ils parviennent au bas Glacier d' Arolla.

Vite, le fendant au frais!

Sortons les accueillir!

La « bise » aux vainqueurs!

Et, pourquoi le cacher?... la larme à l' œil aussi, pour les Anzévui, les Pralong, les Trovaz, les Follonier, les Godin, ceux qui savaient que le « petit problème » n' était pas aussi petit que cela.

C' est un récit bizarre: on n' y trouve pas des degrés de difficulté, le nombre de broches, de pitons... Pourquoi? Parce que, pour faire une ascension comme celle-là, il faut des conditions physiques excellentes, une volonté inébranlable, une possession exceptionnelle des techniques d' al, d' accord mais il faut aussi un cœur grand comme une montagne.

« Les quatre », soudés par une amitié à toute épreuve, avaient un cœur grand comme cela. Ils ont osé... Ils ont réussi. Il ne manque plus que de citer leurs noms: deux guides valaisans, Louis Favre et Candide Pralong; deux clients, celui de Louis, un Français, Maurice Roux-Mayoud; celui de Candide, un Belge, Didier Demeter.

Arolla, le Ier août 1970

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