Un quatre mille pour tous

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Karl-Wilhelm Specht, CAS Grindelwald, Mühleim a.d. Ruhr Le Breithorn valaisan de Zermatt est souvent cité comme le « 4000 le plus facile » des Alpes. En fait, plus d' une haute montagne est « facile » lorsque les conditions de la météo, l' enneigement et la forme physique du candidat au sommet sont bonnes. Mais malheur à celui qui sous-estime les caprices du temps ou la difficulté de la voie, et qui, en revanche, surestime ses propres capacités! C' est alors que plus d' un sommet réputé facile se révèle carrément scabreux. Moi aussi, j' en sais quelque chose. Mais au Breithorn, ce fut effectivement facile, malgré une neige molle et mouillée, du fait de la relative brièveté de l' ascension. Car on a, du rifugio Teodulo ( 3317 m ), une base de départ bien située et dotée d' une vue étendue. Ce sont du reste les seuls avantages de ce refuge par rapport à la cabane Gandegg. La saleté, le désordre, l' affluence et les bavardages ininterrompus jusque tard le soir firent que notre séjour n' y fut pas parti-culièrementagréable. Quand le téléphérique montera au Petit Cervin - dans un proche avenir -, ces à-côtés de l' ascension du Breithorn seront évités. On se fera alors transporter par la première benne en complet-cravate à 3883 mètres, on se glissera pour trois ou quatre heures dans l' uni d' usage pour se retrouver, à midi, à l' Hôtel Seiler à Zermatt devant un plat d'«émincé à la crème et à la mode bernoise ». Quand on en sera là, la voie de montée au Breithorn sera sûrement balisée et même équipée de téléphones SOS!

Mais trêve de méchancetés - que le lecteur bienveillant me pardonne! Il faut reconnaître que les téléphériques suisses sont des installations techniques qu' on peut non seulement utiliser, mais également admirer. Quand je pense à certaines installations minables que j' ai vues ailleurs, plantées au milieu de merveilleux paysages... et puis non, j' aime mieux ne pas y penser!

J' ai la chair de poule quand je repense à notre montée à Trockener Steg. Le téléphérique n' était pas tout à fait achevé, et nous avons donc dû nous contenter d' une caisse pour le matériel attachée par deux perches à un câble et qui s' élançait d' un bond au-dessus du ravin du Furggbach. Cela signifie que nous penchions vers le bas ou vers le haut dans la même mesure que la caisse ouverte qui s' adaptait à l' inclinaison du câble. Mais cela nous a épargné une partie de la longue montée.

Comme nous avons pour principe de n' entre une course et une montée en cabane que par temps sûr, le coucher de soleil sur les Mischabel ne pouvait nous surprendre. Nous en avons joui tout de même longuement, ainsi que de la vue impressionnante qu' on a de la cabane du Théodule, et cette vue nous confirma que nous n' avions pas à craindre que saint Pierre fasse obstacle à notre ascension du Breithorn.

Tandis que la nuit très fraîche faisait place peu à peu à l' une de ces aubes claires de haute montagne, nos crampons faisaient déjà crisser la neige sous la Testa Grigia. Il faut dire, à l' intention du lecteur non initié, qu' on s' approche du Breithorn pour ainsi dire par-derrière, à moins qu' on ne veuille se mesurer avec les flancs nord très ardus. Vus du Riffelhorn, ceux-ci parlent un langage très clair: on ne s' y risque pas à moins de compter au nombre des très bons alpinistes. Pour la voie normale, je crois que ça ira. Cette voie suit de longues pentes de neige d' une faible inclinaison. On ne voit pas qu' on avance. C' est le propre de ces versants neigeux qui n' en finissent plus. Et quand on le voit, on est déjà au milieu de la montée vers l' arête sommitale du Breithorn, et on constate avec étonnement que le chemin jusqu' au point culminant n' est qu' une affaire de quelques minutes. Dans notre cas, le pic était entouré d' une masse assez molle, semblable à du pouding, qu' on ne pouvait qualifier ni de névé, ni de neige, ni de glace. C' était plutôt une sorte de bouillie glaciaire de la variété humide. Le lecteur qui fréquente la montagne connaît certainement cet effet de « che-wing-gum » qu' on peut trouver en haute mon- 73 tagne l' après, mais qui se manifestait pour nous déjà tôt le matin. Nos poumons et nos jambes furent soumis à plus rude épreuve que nous ne le pensions, avant même l' attaque des derniers mètres. A ce moment, une cordée nous rejoignit -nous faisions à nouveau une pause-photo -et nous fournit un premier plan idéal pour une vue du Cervin. On ne pouvait estimer rage de ces silhouettes emmitouflées. Ce n' est que plus tard que nous avons appris que c' était un professeur de Munich qui escaladait le Breithorn avec sa mère, à l' occasion du 70e anniversaire de celle-ci. Heureusement que nous n' avons pas eu connaissance de ce fait sur le moment: nous aurions rougi de honte d' être à ce point hors d' haleine. A l' ap du sommet, un petit air vif se leva, nous incitant à nous glisser dans nos sacs de bivouac. Ceux-ci se révèlent tout à fait utilisables comme « abris de sommet ». De cette façon agréable, nous avons pu tenir un long moment juste au-dessous du point culminant ( 4165 m ), non sans jouir de la vue splendide grâce à une petite lucarne. Ce jour-là, on pouvait voir outre les Alpes valaisannes éternellement bleues — nous ne les connaissons presque qu' en habits du dimanche - la région du Gran Paradiso et de ses vassaux, au-delà de la vallée d' Aoste. Il n' y a donc rien d' étonnant à ce que nous soyons restés près d' une heure au sommet du Breithorn.

Pleins de respect pour cet observatoire aérien, nous avons commencé une descente qui n' était pas sans rappeler une glissade à ski. Car nous pensions qu' il valait mieux éviter d' enfoncer dans la neige à chaque pas et nous laisser glisser avec une petite avalanche de neige mouillée — en synchro-nisant bien nos mouvements, cela va de soi. Mais on ne pouvait éviter de faire une glissade plus rapide que l' autre ou de se planter trop brusquement dans la neige profonde. L' effet provoqué était chaque fois le même: une vive secousse sur la corde - et nous pataugions tous deux dans le Plateau du Breithorn. Bien que trempés jusqu' aux os, nous nous sommes accordé un détour par le Petit Cervin. Il vaut la peine de rendre visite à cette copie en format réduit de la grande vedette. Après une jolie varappe par-derrière, on est gratifié d' une belle vue sur le versant ouest du Breithorn sans avoir trop transpiré. Les collègues qui arrivaient du nord, du glacier du Théodule, en escaladant l' arête, avaient la tâche plus ardue - même si ce n' était là qu' une course d' entraînement, à quoi cette montagne se prête très bien.

Il n' y a rien à raconter sur notre retour à la cabane du Théodule et à Trockener Steg, qui fut sans problème, comme l' ascension. Mais comme celle-ci présente de nombreux attraits, surtout pour ceux qui n' osent pas encore s' aventurer sur des sommets plus exigeants, cette ascension devait être décrite ici plus longuement que dans les descriptions d' itinéraires habituelles. Celui qui n' est jamais allé au Breithorn devrait le prendre une fois pour but. La célèbre Jungfrau elle-même sera alors à ses pieds!

Traduit de l' allemand par A. Rigo

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