Une semaine dans le massif du Toubkal | Schweizer Alpen-Club SAC

Une semaine dans le massif du Toubkal

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Par Colin Wyatt

Haut Atlas marocainAvec 1 croquis topographique et 2 illustrations ( 33, 34Jaman ) Je songeais depuis longtemps à faire une expédition aux montagnes de l' Afrique du Nord, cette chaîne mystérieuse, dessinée sur les cartes avec quelques taches blanches, qui sépare la fertile plaine marocaine des sables du Sahara. Inutile de chercher des renseignements à Londres —même l' Alpine Club n' en sait rien —, j' écris donc à ma section du CAS qui me donne aussitôt le nom de M. Robert Baur de Casablanca. M. Baur avait eu la même idée que moi; étant sur place, il se charge désormais de toute l' organisation avec une compétence qui dépasse de loin celle de la fameuse agence Cook. Ainsi, au début d' avril, neuf alpinistes s' assemblent derrière les remparts rouges de Marrakech: six Suisses, Mlle Alschwang, MM. Baur, Bodmer, Frutiger, ïieffenbach et Wolf, deux Français du CAF, MM. Arcamone et Borgolz, et un Ecossais, M. Colin Wyatt.

L' avant, composée d' Arcamone, Tieffenbach et Wyatt, part le 3 avril pour s' occuper du transport des vivres et de la préparation du camp de base. Un soleil brûlant, presque tropical, éclaire la grande place Djemâa-el-Fna; autour de nous la foule grouille, Arabes au nez d' aigle dans leurs longs burnous blancs et bruns, un grand poignard d' argent sur la hanche, et de mystérieuses femmes voilées aux yeux ensorcelants. De temps à autre une caravane de chameaux passe, venue des sables du Sud en passant par les cols de l' Atlas. Ils fendent la foule comme des navires sur une mer agitée. Un Arabe basané charge la dernière caisse sur le camion et entasse par-dessus skis, sacs et pioletsun coup prolongé du klaxon et on roule... derrière nous le tambourinage des charmeurs de serpents s' éteint et cinq minutes plus tard nous sortons de la ville sous la grande voûte de la porte du Sud. Au delà de la plaine multicolore, tout le long de l' horizon, se dresse la chaîne étincelante de l' Atlas. Pendant quarante minutes la route traverse des champs roses de glaïeuls sauvages, lavés de l' or des adonis et du blanc des marguerites; de temps en temps on traverse un village dont les maisons en terrasses, aux murs de pisé rouge, se cachent derrière une haie épaisse de cactus d' un vert bleuâtre. Les collines s' approchent rapidement, et bientôt la route monte en lacets, souvent longeant à mi-hauteur les falaises de gorges profondes. On est bientôt à 1200 m ., parmi les oliviers et les champs d' orge d' Asni; ses maisons rouges, dominées par la grande kasbah ( forteresse ) du Caïd, s' étagent sur le flanc ouest d' une vallée sauvage dont les pentes, couvertes de lavande, encadrent les neiges du majestueux Toubkal, 4165 m ., la cime la plus haute de l' Afrique du Nord.

Le chef du village vient à notre rencontre et nous emmène chez lui pour boire du thé à la menthe et manger un ragoût de mouton ( bien entendu avec les doigts !), assis les jambes croisées sur des nattes. Le repas terminé, on exprime bruyamment, selon la politesse arabe, sa plénitude et satisfaction, et on entame les questions financières de porteurs et mulets. Grâce aux talents linguistiques de Tieffenbach on est bientôt d' accord et prêt à partir à l' aube le lendemain.

Avec l' assistance intéressée de tous les habitants du village on charge nos 29 caisses sur les 10 mulets; le chef nous offre encore une tasse de thé, et la caravane se faufile parmi les ruelles étroites du village, les panières éraflant les murs des maisons. Le chemin serpente parmi d' innombrables groupes d' asphodèles géants dont les étoiles blanches se détachent contre le bleu profond de la vallée. Devant nous la grande paroi neigeuse du Toubkal éblouit les yeux.

Nous arrivons bientôt aux bords du torrent de l' Ait Mizane, que nous suivrons pendant quatre heures. De temps en temps nous passons sous des villages rouges agrippés à des pentes escarpées. Parfois la vallée s' élargit en un damier vert vif de carrés d' orge enclos de murs de pierres roulées; aux bords du torrent pâturent quelques vaches efflanquées sous la garde de femmes chleuhs vêtues de robes d' un orange vif. De temps à autre, sur la crête d' un promontoire, les murs farouches d' une kasbah à tourelles veillent sur le chemin comme une forteresse du moyen âge. Au-dessus, le flanc de la montagne est aride et rocailleux, parsemé de buissons épineux.

Tout à coup nos muletiers entament un chant étrange et oriental — d' abord une seule voix, puis reprenant tous en chœur un refrain troublant répété à l' infini avec des modulations en mineur. A part cela rien ne se fait entendre que le grondement du torrent et le bruit de coups de bâton sur la croupe d' un mulet récalcitrant, accentués par des cris stridents d' « Irrhâ! Irrhâ! ».

A midi on arrive à Imelil, à la jonction de deux vallées latérales, entouré de noyers et de terrasses d' orge. L'«épicier » du village, Brahim ben Mahom-med, gardien du refuge Neltner, nous accueille avec du thé à la menthe; sa barbe noire et son sourire étincelant vont bientôt faire partie de notre vie journalière. Reposés et rafraîchis nous reprenons le chemin sous les noyers et longeons le flanc de la montagne au-dessus d' une gorge étroite jusqu' à la « Plaine d' Arround ». Cette plaine, longue d' un kilomètre, est recouverte de moraines et de roches pourpres, c' est un des rares vestiges des anciens glaciers. Nous sommes maintenant à 2000 m. A l' autre bout de la plaine le chemin gravit le flanc de la montagne, parsemé de genévriers thurifères, l' arbre caractéristique de la haute montagne marocaine et qui remplace l' arolle de chez nous.

Après avoir traversé un ravin encombré d' énormes blocs de rocher nous gravissons en lacets la pente abrupte, lorsque nous trouvons le sentier barré par une énorme congère. Alors commença la comédie; le mulet de tête refusant obstinément de mettre le pied sur la neige, et la forte pente n' admettant aucun autre passage, il fallut ouvrir et piétiner une trace bien battue, puis, à force de cajoleries et d' encouragements, persuader la bête récalcitrante à s' y engager, ce qu' elle fit non sans renâcler et s' ébrouer. La voilà enfin de l' autre côté, et nous poussons un soupir de soulagement. Au tour du second. Il débute bravement, mais tout d' un coup il enfonce... Terrifié, il se dresse sur ses jambes de derrière et commence à déraper; sa charge glisse de côté, et seule la réaction immédiate de quatre Chleuhs, qui bondissent dans la neige pour une bonne halte et un repas encore meilleur. Tieffenbach, d' un air sorcier, ouvre une caisse avec son piolet et en sort une bouteille de vin rouge. L' organisation a tout prévu!

Les muletiers reprennent le chemin d' Asni avec leurs bêtes. Il ne nous reste maintenant que quatre porteurs choisis, vrais montagnards hardis, que nous avons engagés à Imelil. Ils ne marchent pas, ces hommes-là, ils bondissent comme des chamois, sur la neige aussi bien que sur le rocher, même avec une lourde caisse sur les épaules. Pendant deux jours, ils vont faire la navette entre le dépôt et le refuge, une bonne heure plus haut, pour y transporter toutes nos caisses.

Quel plaisir de chausser les skis pour la première fois sur la neige africaine! Les peaux glissent sur une neige gros sel impeccable, à travers des pentes superbes, vers un beau col blanc sur qui dessine son arc l' horizon. A notre gauche s' élèvent les falaises de la vaste paroi nord du Toubkal, coupées d' un couloir sinistre haut de 800 m ., d' où émergent les débris d' une avalanche géante. A droite, les pics dentelés du massif de l' Ouanoukrim se détachent contre le ciel bleu. Malgré la fatigue c' est de très bonne humeur que nous franchissons le seuil du refuge Neltner.

Situé à 3207 m. au pied de la face ouest du Toubkal, le refuge Neltner de la section Haut-Atlas du CAF est une solide construction en pierre. L' étage supérieur est muni de couchettes de bois avec matelas de foin, mais pas de couvertures. Il faut apporter le bois ainsi que les ustensiles de cuisine; il y a un fourneau en très mauvais état, et nous fûmes obligés de faire la cuisine à feu ouvert dans le petit appentis extérieur. Il était impossible de chauffer suffisamment la pièce principale et nous passions la plus grande partie de la soirée, roulés dans nos sacs de couchage, à discuter les événements de la journée à la lumière des bougies.

Le bon Brahim et son frère Aomar vont rester toute la semaine au refuge, le premier dans son rôle de gardien et tous les deux en qualité de cuisiniers auxiliaires sous les ordres du maître queux Arcamone. Ils servent aussi de bouchers quand on nous monte un mouton vivant d' Imelil. Ces Chleuhs sont de braves gens, toujours gais et pleins d' esprit, très honnêtes et prêts à tout entreprendre, malgré les difficultés.

Le lendemain il fait encore grand beau. Au printemps le temps est presque toujours beau dans l' Atlas; s' il survient du mauvais temps, ça ne dure en général que 24 heures, 48 au plus. Arcamone reste au refuge pour surveiller les porteurs, mais Tieffenbach et moi partons à l' assaut de l' Afella n' Ouanou, 4043 m. Quittant le refuge à 7.40 heures, nous montons doucement la vallée. Bien que la pente ne soit pas raide, la neige est si bien gelée que les carres ne mordent guère; nous traversons vers le lit du ruisseau caché, où l'on peut marcher à plat sur les peaux. Deux cents mètres plus haut la vallée s' élargit; nous tournons à droite pour monter un défilé enneigé et débouchons dans un immense amphithéâtre, vrai paradis des skieurs, qui porte le nom mélodieux d' Amrharhas n' Iglioua. Cette belle vallée latérale nous amène facilement à un petit col rocheux à 3842 m. où nous déposons les skis et nous encordons pour traverser les pentes extrêmement raides du versant ouest et gagner les rochers de granit rouge de la face sud-ouest de l' Afella. Au début tout va bien, mais bientôt nous arrivons au pied d' un couloir où les rochers sont tout couverts de verglas. Il faut déblayer chaque prise à coups de piolet et puis tailler des marches dans la neige glacée. Après 200 m. de travail pénible nous retrouvons le soleil sur l' arête. D' un moment à l' autre la neige mollit et la chaleur devient presqu' insupportable; il est 11 heures passées. Mais nous ne sommes pas les premiers: voici les traces d' un mouflon, venant de Dieu sait où, qui a passé ici ce matin même. Ce guide inattendu nous amène vite au sommet, formé d' un grand plateau neigeux. L' air y est tempéré et la vue inoubliable. Juste devant nous, à l' est, se dresse la masse puissante du Toubkal, qui nous domine encore. Au sud, comme une mer rouge au pied de falaises blanches, se déploie un labyrinthe de vallées arides et d' escarpements rocheux qui se perdent dans la lueur des sables lointains. Une seule montagne se détache comme une perle sur ce fond de cuivre, le massif anti-atlasien du Siroua, 3300 m. Au nord, l' arête dentelée de l' Ouanoukrim s' incline vers la nappe bleu-violet de la plaine marocaine. A l' ouest se succèdent les longues vagues du plateau isolé du Tazarhart, dont l' altitude moindre nous permet d' entrevoir, au delà d' une brume bleue, les sommets blancs du massif de l' Erdouz.

Mais il faut se hâter si nous voulons jouir de la descente en ski. Par cette chaleur, la neige dans le couloir exige les plus grandes précautions, car en dessous il n' y a que l' abîme. Aussitôt sur les rochers, ça va plus vite, et nous retrouvons bientôt nos skis; quelques instants de repos, un morceau de chocolat, et nous nous lançons vers la vallée. Quelle neige superbe! On n' en guère plus de 6 cm. et bientôt les christianias s' entrelacent du haut en bas de l' amphithéâtre, les traces se réunissant dans un long « schuss » qui nous amène à l' entrée du défilé. Quelques minutes de slalom, et nous voici sur les pentes dominant le refuge. Arcamone est au guet et nous accueille avec du thé bouillant; de la « cuisine » sortent des odeurs exquises et appétissantes. Il est 13 h. 30. Après le repas nous prenons un bain de soleil devant la cabane, bercés par les cris des choucas; un morceau de neige tombe du haut d' un rocher avec un bruit mat... Sommes-nous bien en Afrique?

A 15 heures le ciel se couvre soudain. Des nuages épais enveloppent les sommets et un petit vent froid commence à souffler. Il neige doucement. Tout d' un coup un yodel rompt le silence — ce sont nos camarades qui arrivent! On se lance à leur rencontre pour leur enlever leurs fardeaux, et Brahim se hâte de préparer un bouillon.

Le lendemain, comme d' habitude, il fait encore grand beau. Il y a un centimètre de neige fraîche; comme ça la surface se renouvelle chaque nuit. Divisée en deux groupes, la bande remonte l' Amrharhas n' Iglioua et puis se lance à l' assaut du Tadaft ( 3900 m .) et de l' Akhioud n' bou Imrhaz ( 4030 m .) respectivement. Notre groupe achève la conquête de l' Akhioud sans peine, creusant d' abord des marches à coups de pied dans un raide couloir de neige et escaladant ensuite de belles dalles ensoleillées jusqu' au sommet, entouré des trois cimes les plus hautes de l' Atlas. Il n' y a pas un souffle de vent, et nous prenons nos aises pendant une demi-heure sur le petit sommet blanc, pour descendre ensuite la facile pente nord-ouest, couverte de neige poudreuse, d' où nous regagnons nos skis par une belle glissade sur neige de printemps. Les autres ont dû rebrousser chemin peu avant le sommet, où la neige fraîche et des dalles complètement verglassées leur barraient la route. Mais ils oublient vite cet échec aux plaisirs de la belle descente, et une fois rentrés au refuge, le savoureux gigot de mouton que le chef Arcamone nous a préparé nous ôte tous les soucis.

Le 7 avril est marqué par l' ascension, à ski jusqu' au bout, par toute la compagnie y compris Arcamone, du Ras n' Ouanoukrim ( 4083 m .) et de son sommet jumeau le Timesguida ( 4089 m. ). Nous remontons d' abord la vallée jusqu' au Tizi ( col ) n' Ouagane, 3750 m ., ligne de partage des eaux de l' Atlas. D' ici une arête, assez aiguë, s' élève à l' ouest vers les belles pentes sommitales du Ras. Après une centaine de mètres il faut enlever les skis et escalader pendant dix minutes des roches faciles; au delà ce n' est plus qu' une agréable promenade à ski jusqu' au sommet. Ensuite un beau « schuss » suivi d' un quart d' heure de montée nous amène au Timesguida, dernier bastion de l' Atlas, d' où nous contemplons la mer rouge et houleuse des collines pré-désertiques étalée à nos pieds. On aurait pu y rester pendant des heures, mais il faut songer au soleil brûlant et ne pas retarder la descente. Un énorme « schuss » de près d' un kilomètre nous porte à la tête de l' arête — cent mètres de portage des skis et puis un slalom de 300 m. sur des pentes très raides, suivi de près de 3 km. de traversées faciles nous ramènent au refuge. L' in Arcamone s' occupe immédiatement à préparer un repas pantagruélique, que nous arrosons d' un beau vin rouge du Maroc.

Le 8 avril, jour culminant de l' expédition, nous montons tous au Toubkal, 4165 m .; je songe à mon Piz Bernina bien-aimé que je domine aujourd'hui de 80 m. La vue est indescriptible; il semble que tout le Haut Atlas et tout le Maroc sont déployés autour de nous — Tieffenbach prétend même voir les Iles Canaries dans l' Atlantique! Nous sommes perchés sur un pic rocheux surplombant l' immense paroi sud du Toubkal, encore vierge, qui tombe à pic à nos pieds. En face s' étale toute la chaîne enneigée de l' Ouanoukrim.

Traversée hivernale de la chaîne d' Ouanoukrim, de l' Afella, 4043 m ., au Biguinoussene, 4002 m.

9 avril. Un nouveau jour magnifique est en train de naître et les contours de neuf alpinistes, bien emmitoufflés dans leurs sacs de couchage, se distinguent de mieux en mieux dans le dortoir pauvre et nu de la cabane Neltner. Personne ne bouge; la fatigue des dernières courses pèse lourdement sur eux. Dans la cuisine, Brahim, le fidèle gardien chleuh, commence son remue-ménage; il connaît l' appétit de ses clients et le bruit familier de vaisselle fait bientôt apparaître les premières têtes ébouriffées.

Vers 7 heures tout est prêt et, un sac léger au dos, nous quittons la cabane. Par la fameuse gorge nous gagnons le cirque de l' Amrharhaz n' Niglioua. La neige dure brille comme des diamants aux premiers rayons du soleil. A notre droite, l' écrasante face sud de l' Afella commence déjà à cracher ses projectiles de neige et de pierre.

Les premiers vallonnements sont agréables, mais bientôt notre ami Max s' empresse de nous donner un échantillon de son sens de la « ligne droite ». Le corps suspendu aux bras en équerre appuyés sur les bâtons, nous nous hissons, pas à pas et soufflant comme des phoques! Heureusement que cela ne dure pas; vers 9 heures nous débouchons au Tizi n' Ouanoukrim, 3860 m ., où un vent violent nous assaille. Nous déposons les skis derrière un rempart de neige et picotons quelque nourriture. Max s' encorde avec Dani; Arcamone et moi formons l' autre cordée. Nous traversons dans la face sud de l' Afella sur des vires faciles et bien enneigées jusqu' au pied d' un couloir droit sous le sommet. Nous changeons l' équipe de tête, et c' est Dani qui, par des rochers verglassés et un couloir de neige dure, nous conduit au sommet de l' Afella.

Après cette montée rapide, un moment d' arrêt sur ce sommet spacieux pour jeter un coup d' œil sur les environs. La couleur bleu-foncé du ciel de ce matin a pâli considérablement, l' atmosphère est trouble. Les cimes environnantes sont ternes et sans relief, comme voilées d' une fumée jaunâtre, et les plaines de Marrakech et du Souss, ainsi que l' Anti, sont invisibles. C' est le vent du sud, le sirocco, qui souffle, chargé des poussières du Sahara. De même que le fœhn en Suisse, ce vent ne présage rien de bon.

A partir du second sommet de l' Afella, que nous atteignons en une demi-heure d' agréable promenade le long de la crête, notre itinéraire devient plus aérien, et quelques brèches agrémentent la partie. Bientôt un ressaut nous contraint de quitter le faîte et de descendre verticalement les pentes abruptes du versant sud. Max, en tête, accomplit du bon travail, brassant jusqu' au ventre par endroits.

Nous sommes maintenant plus bas que les Clochetons, 3963 m ., qui se dressent tout poudrés devant nous. Il ne peut être question de les aborder dans l' état où ils sont, du reste le temps nous en manquerait. Mais il s' agit de rejoindre leur base pour les contourner par des vires rocheuses encombrées de neige. Je m' en vais relayer Max et Dani; c' est à moi maintenant de goûter au plaisir. Quelques pas plus loin une surprise nous attend sous forme d' un profond couloir qui nous coupe la route. Tout est en dalles verglassées cachées sous un mètre de neige poudreuse. L' avance se ralentit de plus en plus, l' assu est illusoire. Une traversée infiniment lente et dangereuse commence. Des pieds et des mains nous déblayons un chemin vertigineux et instable. De toutes parts la neige farineuse ruisselle en cascades pour disparaître plus bas dans la face surplombante. Enfin, avec d' infinies précautions, nous prenons pied au fond du couloir d' où, en quelques pas, nous atteignons les vires ensoleillées sous les Clochetons. Nous progressons plus vite maintenant; une jolie traversée sur du roc vertical mais franc nous permet de regagner l' arête faîtière. Trois ou quatre gendarmes défendent encore notre but, mais Dani trouve habilement un passage, et c' est par une sorte de cascade figée et une courte mais splendide escalade que les deux cordées arrivent au Biguinoussene.

Il y a juste de la place pour nous quatre sur l' étroite corniche du sommet. La vue devrait être magnifique, mais aujourd'hui tout est flou et brumeux. Il se fait tard, aussi l' idée d' aller reprendre nos skis par le même itinéraire doit être abandonnée pour aujourd'hui; il faudra remonter les chercher demain matin.

Par des couloirs de neige poudreuse nous plongeons vers le Tizi n' Tadat, mais avant d' arriver au col nous coupons droit à travers la face sud pour atteindre le couloir du Tadat, où nous pataugeons jusqu' à mi-ventre dans une masse de neige pourrie. Enfin voici les premiers éboulis du fond de la vallée, et peu après nous suivons le chemin bien tracé des porteurs jusqu' au refuge.

10 avril. Les sifflements du sirocco autour de la cabane nous réveillent — le temps n' a pas l' air très favorable. On s' occupe à nettoyer le refuge et à tout préparer pour le grand départ du lendemain. Notre troupe va se scinder en deux groupes: tandis que le gros regagnera Asni par le col Tizi n' Tadat, Robert Baur, Max Frutiger, Daniel Bodmer et C. Wyatt, avec deux porteurs, tenteront d' atteindre, au delà du Toubkal, le mystérieux Iférouane, 4001 m ., dans le massif du Tifnout. Mais à la nuit tombante les porteurs, qui doivent monter aujourd'hui d' Imelil, ne sont toujours pas en vue, et l'on va se coucher avec quelque appréhension.a suivre )

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