A propos d'accidents

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par Albert Roussy.

Il nous faut, malheureusement, revenir sur un sujet dont nous avons entretenu nos lecteurs ici même, il y a deux ans 1 ): celui des accidents en montagne. Cette année, en juillet et août, les accidents se sont multipliés à tel point, se sont succédé si près les uns des autres, que l' opinion publique s' est vivement émue et que les journaux ont publié de nombreuses lettres à ce sujet. Signalons tout particulièrement l' article de M. Lucien Pignol, que nous avons lu dans l'«Auto », la circulaire que la Fédération montagnarde genevoise a adressée à toutes les sociétés affiliées, un article paru dans le « Journal de Genève », signé J. M. D' autres, sans doute, ont pu ne pas parvenir à notre connaissance.

Depuis de nombreuses années, le C.A.S. se préoccupe de donner à la jeunesse une éducation alpine destinée à inculquer les meilleurs principes aux futurs alpinistes par des leçons théoriques et pratiques sur le terrain, à mettre en garde contre les excursions trop hâtives, entreprises sans une préparation suffisante, à enseigner que l'on ne s' improvise pas alpiniste et que, comme en toute chose, il y faut un long apprentissage, qu' il faut savoir sacrifier parfois l' amour à la prudence, qu' il ne suffit pas d' être un excellent gymnaste ni même un acrobate pour se croire capable de vaincre les difficultés que présente la montagne. On y enseigne également que, plus qu' ailleurs, il y faut un esprit sain dans un corps sain, car il faut savoir juger rapidement et souvent décider rapidement. En un mot, les cours qu' organise le C.A.S. sont bien le meilleur moyen de préparer les jeunes à l' alpinisme.

Le C.A.S. fait donc un gros effort et la section genevoise, par exemple, peut se féliciter de voir ses cours d' alpinisme suivis par des auditeurs et auditrices plus nombreux chaque année. Plus il y aura d' élèves, plus les enseignements seront répandus et plus, peut-être, les notions des précautions à prendre, de la témérité à éviter, d' un faux amour-propre à vaincre, feront-elles de progrès dans la population et contribueront-elles à diminuer le nombre des accidents.

On nous objectera qu' il y aura toujours des jeunes gens qui croient posséder l' expérience infuse. Cela est juste. Mais nous espérons bien que, par la campagne que mènent les divers clubs alpins et particulièrement le C.A.S., le nombre de ces « trop sûrs d' eux » décroîtra peu à peu.

Sans doute, cette année les circonstances étaient-elles défavorables aux campagnes alpines, sans doute aussi est-il pénible à celui qui ne dispose que de quelques jours de vacances de renoncer à une course projetée depuis longtemps. Mais — et ce doit être là un des résultats de l' enseignement donné — plutôt renoncer à une ascension que de vouloir la tenter envers et contre tout. C' est quelquefois dur et difficile, nous en convenons, mais c' est nécessaire.

Plusieurs de ceux que la mort a atteints cette année en montagne étaient, de l' aveu même de leurs amis ou de ceux qui les ont rencontrés, des alpinistes entraînés et bien équipés, et, semblait-il, a l' abri d' un accident et... cependant une boucle de corde a cédé, une corde s' est rompue, une avalanche est survenue. On peut être en droit, en présence de ces faits, de se demander si toutes les précautions avaient été prises, si tout avait bien été examiné, si l'on avait suffisamment tenu compte des conditions atmosphériques, etc.

Et comme nous nous adressons surtout aux jeunes, nous leur répéterons une fois de plus ce que nous disions en substance il y a deux ans: Pensez à vos familles, à ceux qui vous sont chers, à ceux qui, peut-être, ont besoin de vous pour vivre.

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