Aiguille Verte (4122 m), montagne emblématique (L'-)

fromage, jambons, œufs, saucisson; tout avait été englouti!

« Le poids de notre dîner, rapporte Whymper, ne nous gênait guère pour marcher, mais le porteur, lui, était aussi chargé à l' intérieur qu' à l' extérieur. Nous nous mîmes donc à marcher de notre pas le plus rapide et il fut bien obligé de nous suivre. Le malheureux ruisselait de sueur: mouton, œufs, pain, fromage s' évaporaient à grosses gouttes; il graissait le glacier. Nous nous vengions.»1

Moins d' une semaine après cette première retentissante, une seconde voie d' accès est découverte, le 5 juillet, par G. C. Hodgkinson, Ch.. " " .Hudson, T. S. Kennedy avec Michel Croz, Michel Ducroz et Peter Perren. Elle aussi deviendra une grande classique: c' est l' arête du Moine. Enfin, pour clore cette année

Le sommet de l' Aiguille Verte. A l' arrière, à gauche, la Dent du Géant; à droite, le Mont Blanc.

1865 riche en événements, le 17 septembre, R. Fowler avec les guides chamoniards Michel Ducroz et Michel Balmat explorent l' arête de la Grande Rocheuse, qu' ils remontent jusqu' au sommet.

Tous les grands noms de l' alpinisme vont alors tenter de découvrir une voie « normale » dans ce dédale de parois, de couloirs et de faces. A commencer par Mummery qui, en 1881, avec son fidèle Burgener, gravit le couloir en Y du versant Charpoua.

L' ère Charlet

Après l' ascension par le couloir en Y, l' arête Sans Nom marquera un tournant. C' est d' abord la

L' Aiguille Verte et le couloir Couturier La Verte, versant Nant Blanc

confirmation d' une histoire passionnante entre un homme, Armand Charlet, et une montagne, la Verte. L' ère Charlet débute en 1924 par la première ascension de l' arête du Jardin. Mais c' est en 1926 qu' a lieu la première de l' arête Sans Nom ( par la brèche Sans Nom et la facette W de l' Aiguille Sans Nom ), toujours considérée comme le plus bel itinéraire d' arête de la montagne. Ce 26 septembre, quand les trois alpinistes remontent le couloir de la brèche, ils sont vite dans l' action. Charlet raconte le lever du soleil: « A l' aube dans le couloir du Pic Sans Nom se produisit la plus horrible chute de pierres dont j' ai jamais fait l' expérience. Mon piolet me fut arraché des mains. Les pointes des crampons de mes compagnons furent tordues par les pierres et le sac de Mlle de Lonchamp emporté, mais aucun de nous ne reçut la moindre égratignure. C' est un miracle ironique que nous n' ayons pas été réduits en charpie. Nous avons continué avec deux piolets seulement pour trois, mais à la descente, cent

Suggestions de courses

mètres au-dessous du sommet de la Verte, j' ai trouvé sur l' arête du Moine un piolet planté dans la neige. »

Armand Charlet devait devenir le véritable chevalier de l' Aiguille Verte, qu' il gravira cent fois au cours de sa carrière, par quatorze itinéraires différents, dont sept nouveaux parcours. Le guide « aux chevilles de latex » et son éternel béret appartiennent aujourd'hui à la légende de l' Alpe. D' une certaine façon, A. Charlet ressemblait à cette Verte qu' il a tant gravie. C' était un personnage taciturne. Ainsi, lors de la première directe de la face nord, avec Marcel Couturier, alpiniste de grande classe et chasseur invétéré, tout juste prononça-t-il cette phrase: « C' est gagné », après sept heures d' efforts... Il faudrait aussi parler de sa persévérance face aux mauvaises conditions. Dans le Nant Blanc, une face qui, pour de nombreux alpinistes, marque le couronnement d' une carrière, il casse deux pointes de ses crampons. « Eh bien, dit Platonov, c' est raté. » Mais non, Armand, après avoir en vain essayé une réparation de fortune, continue avec un seul crampon, taillant des marches pour l' autre pied.

Accidents

Si la Verte fut au cœur de bien des passions, elle a aussi été le théâtre de nombreux drames. Chaque année des alpinistes y ont un accident, à cause des voies de descente, en particulier, qui sont d' une difficulté respectable. Mais l' accident le plus terrible fut celui de 1964, qui hante encore les mémoires de la vallée de Chamonix. Ce 7 juillet, un stage de guide qui s' est déroulé sans incident arrive à son terme. C' est l' une des dernières courses, pour voir si les muscles sont bien rodés. Jean Bouvier, Jean-Louis Jond, René Novel, Maurice Simond ont décidé d' emmener leurs neuf stagiaires dans une course conviviale. Ils partent le cœur léger pour l' arête des Grands Montets. Au dernier moment, un copain et ancien instructeur les rejoint; la benne des Grands Montets revient même en arrière pour le prendre. Ce retardataire, c' est Charles Bozon, guide et ancien champion du monde de ski, l' enfant chéri de la vallée. La course s' effectue sans problème. A 11 h 30, les alpinistes arrivent en vue du sommet de la Verte. Durant la matinée, Jean Franco, le directeur, qui survole la chaîne en hélicoptère, a été en contact radio avec Jond, qui dirige les cordées. A 8 h 30, celui-ci précise: « Nous sommes déjà à la Pointe Ségogne, tout va bien. » Bientôt, ce sont les derniers pas dans la neige... qui soudain se dérobe! Une plaque à vent vient de faucher les quatorze hommes. On les retrouvera tous dans la rimaye du couloir Cordier, quelque 800 m plus bas, sans vie.

A la sortie du couloir Couturier

L' Aiguille Verte en pratique

Huit voies classiques pour un sommet

Située à l' est du massif du Mont Blanc, l' Aiguille Verte est une montagne essentiellement glaciaire ou mixte. Parmi les très nombreuses voies qui y ont été ouvertes en 130 ans, huit sont devenues « incontournables ». Elles se répartissent sur les quatre versants. La descente s' effectue généralement soit par le couloir Whymper, s' il est suffisamment enneigé, soit par l' arête du Moine.

Nous renonçons à présenter ici le détail des itinéraires, qu' on trouvera dans tout bon guide, en particulier dans le guide Vallot La Chaîne du Mont Blanc III. Cartes 1:25 000: IGN ( France ) 3630 OT, CN ( Suisse ) 1344 Col de Balme.

Versant Talèfre

C' est le versant historique d' où partirent les premières cordées, dont celle de Whymper, bien sûr, qui remonta la base du couloir actuel dont il sortit par le terrain mixte qu' on trouve à sa fin. L' arête du Moine fut un peu « la réponse du berger à la bergère », puisqu' elle fut inaugurée six jours seulement après l' itinéraire de Whymper. Cette ascen-

Armand Charlet, « l' homme de la Verte », dans ses œuvres...

sion permit à Michel Croz et Michel Ducroz de relever le défi et de prouver que les Chamoniards pouvaient aussi être dans le coup. Enfin, l' arête du Jardin fut l' une des huit voies ouvertes par Armand Charlet.

Le versant Talèfre est le plus usité par les alpinistes qui veulent gravir la Verte.

Refuge pour les trois ascensions ci-dessous: refuge du Couvercle ( 2687 m ), 120 places, tél. 0033/50 53 16 34. On l' atteint en 3 h environ du Montenvers.

1 ) Couloir Whymper Orientation: sud.

Dénivellation: du refuge à la rimaye, 800 m. De la rimaye au sommet, 630 m.

Horaire: 7 à 10 h aller et retour depuis le refuge.

Difficulté: D- pour l' ensemble de la course.

Matériel: corde, crampons, piolet classique, casque, 3-4 mousquetons et quelques anneaux.

Remarque: Ce versant exposé aux rayons du soleil doit être descendu de bonne heure. Il peut être soumis aux chutes de pierres mais on peut s' assurer sur le haut ( relais ). En cas de mauvaises conditions, il est plus sûr d' opter pour l' arête du Moine.

2 ) Arête du Moine Orientation: sud-ouest.

Dénivellation: refuge - rimaye, environ 620 m. Rimaye - sommet, 700 m.

Horaire: 10 à 12 h aller et retour du refuge.

Difficulté: AD+.

Matériel: voir 1 ).

Remarque: L' arête du Moine est empruntée à mi-saison ou même en fin de saison, lorsque le couloir Whymper n' est plus en conditions. En début de saison, la neige et les corniches peuvent gêner la progression. Notons également que cet itinéraire présente un terrain montagnard par excellence où, à défaut de difficulté, il faut faire preuve d' un bon sens du terrain, suivre les bonnes vires pour progresser rapidement.

3 ) Arête du Jardin Moins connue que les deux voies ci-dessus, c' est un bel itinéraire combinant difficultés rocheuses et glaciaires.

Orientation: sud, puis nord-ouest.

Dénivellation: refuge - rimaye, 900 m. Puis 700 m environ d' escalade.

Horaire: 10 à 14 h aller-retour du refuge.

Difficulté: AD+.

Matériel: voir 1 ) ( corde de 40 m ). De plus: trois coinceurs, quelques grandes sangles.

Versant Argentière L' autre grande classique présentée ici s' effectue généralement au départ du refuge d' Argentière, d' où on aperçoit tout le tracé de cet itinéraire élégant.

Refuge d' Argentière ( 2771 m ), 120 places, tél. 0033/50 53 16 92. On y parvient en 1 h 30 du col des Grands Montets ( téléphérique ), ou en 3 h de Lognan.

4 ) Couloir Couturier Orientation: nord-est.

Dénivellation: refuge - rimaye, environ 500 m. Puis 900 m ou presque de couloir.

Horaire: refuge - sommet, 6 à 7 h; puis 3 à 4 h jusqu' au Couvercle.

Difficulté: D.

Matériel: voir 1 ). En plus, quelques broches.

Versant Charpoua C' est le versant le plus sauvage de la Verte. Même si le Nant Blanc fait office de star dans cette sélection, la Charpoua, avec son refuge qui n' a pas changé depuis le début du siècle et ses itinéraires cachés, relève d' un alpinisme classique où la notion d' engagement n' est pas un vain mot.

Refuge de la Charpoua ( 2841 m ), 15 places, tél. 0033/50 53 00 88. On y monte en 2 h 30 du Montenvers.

Suggestions de courses La sortie du couloir Whymper 5 ) Arête Sans Norn Orientation: sud-sud-ouest, puis est.

Dénivellation: refuge - rimaye, environ 500 m. Puis 780 m.

Horaire: refuge - sommet, 8 à 12h; puis 2 à 4 h jusqu' au refuge du Couvercle.

Difficulté: D+ Matériel: voir f ). En sus, quelques coinceurs ou friends. Un brin de 40 m suffit, surtout si l'on est deux cordées ( pour le rappel à la rimaye ).

Remarque: Considéré comme la plus belle course d' arête de la Verte, ce parcours est réservé à des alpinistes expérimentés et rapides.

6 ) Couloir en Y Orientation: sud-ouest Dénivellation: refuge - rimaye, 650 m environ. Puis 800 m de couloir.

Horaire: 6 à 8 h jusqu' au sommet.

Difficulté: D.

Matériel: voir 1 ). En sus, quelques broches.

Remarque: Beau couloir, avec deux sorties possibles, peu couru alors qu' il en vaut largement la peine.

Versant Nant Blanc C' est le versant le plus impressionnant, qu' on voit bien depuis les Grands Montets. Il recèle une des grandes voies d' Armand Charlet, le Nant Blanc, qui reste une référence aujourd'hui encore.

7 ) Nant Blanc Partir soit des Grands Montets, soit d' un bivouac à installer sur la côte rocheuse issue de la pointe Farrar.

Photo: Mario Colonel

Orientation: nord.

Dénivellation: 900 m depuis la rimaye. Horaire: 6 à 9 h jusqu' au sommet. Difficulté: D+, dans une ambiance sévère. Matériel: voir 1 ). En plus, broches.

8 ) Arête des Grands Montets

Dernière grande arête de la Verte, c' est l' une des plus belles avec l' arête Sans Nom. Notons qu' il s' agit d' une des premières voies ouvertes par une cordée sans guide ( Dalloz, Lagarde, de Ségogne, 1925 ).

Aiguille Verte, versant Argentière, ave,, ( sommet de gauche ) l' Aiguille du Jardin

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Orientation: nord-ouest. Dénivellation: 900 m. Horaire: 10 à 13 h jusqu' au sommet. Difficulté: D.

Matériel: voir 1 ). En plus, grandes sangles, coinceurs.

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