«Alpes, parc d’attractions» (Les -).

parc d' attractions »

Table ronde à la Schulwarte à Berne L' exposition « Les nouvelles Alpes » du Musée alpin suisse1 s' est inaugurée par une conférence, « Les Alpes, parc d' attrac », qui s' est penchée sur la relation entre la protection et l' utilisation des Alpes, les sports à la mode, la « consommation de la nature », ainsi que sur le développement et les limites du tourisme. Le président central du CAS, Franz Stämpfli, participait aussi à cette table ronde.

Des points de vue différents Les Alpes correspondent-elles encore à la représentation romantique d' un monde à part, ou au contraire, sont-elles devenues un parc d' attrac? Les positions se sont cristalIi- 1 Cf. tes Alpes 8/2000, pp. 40-41.

Les orateurs de la table ronde sur « Les Alpes, parc d' attractions » ( de gauche à droite ): Peter Draganits, Trekkingteam AG; Peter Vollmer, président de l' As suisse des transports à câble; Hannes Imboden, directeur du tourisme de l' Oberland bernois; Franz Stämpfli, président central du CAS; Martin Heule, médiateur de la discussion. Radio DRS; Hans Weiss, secrétaire administratif du Fonds suisse pour le paysage; Dominik Siegrist, président de la CIPRA Suisse ( caché ); Paul Messerli, professeur à l' Universi de Berne Nouvelles des ALPES < sées dès cette première question. Les souhaits et les objectifs les plus divers se sont opposés aux intérêts sociaux, économiques et écologiques. Si les uns aimeraient attirer dans les Alpes un maximum de personnes pour leur faire découvrir un espace propice au ressourcement, les autres tendraient à préserver l' originalité primitive de certaines régions alpines, en limitant leur accès.

Des exigences contradictoires Selon le point de vue adopté, l' expression « parc d' attractions » recouvre donc des exigences contradictoires. Si les uns trouvent raisonnable et légitime d' utiliser les Alpes pour pratiquer des sports de nature ou d' aventure - canyoning, spéléologie, alpinisme, etc. les autres pensent que tout séjour dans un espace de vie comme les Alpes devrait être une rencontre privilégiée. Mais la majorité des touristes ne peut vivre une telle expérience de proximité avec la montagne sans le soutien d' installations comme les téléphériques, car elle ne dispose ni du physique ni du temps nécessaires à une approche sportive des Alpes. Pourtant, il lui serait possible de passer petit à petit à une expérience aussi intense que certains sportifs du monde alpin, par le biais d' autres activités, comme la randonnée.

Par ailleurs, les personnes qui résident à demeure dans l' espace alpin ont des besoins foncièrement autres que celles qui désirent ( seulement ) faire l' expérience de la montagne. Dans les régions de montagne, le tourisme et l' économie sont souvent d' une importance décisive, tant pour la survie de la population locale que pour la préservation de leur culture.

ciellement les Alpes, en établissant une distinction arbitraire entre les espaces dévolus à l' homme - « sacrifiés » en quelque sorte - et les espaces strictement préservés?

Cette problématique est potentiellement chargée de toutes sortes de conflits. Aux idéaux écologiques des amoureux de la nature, qui désirent garder - ou rendre - le paysage naturel des Alpes conforme à leur représentation peu réaliste de la montagne, s' opposent en effet les considérations terre à terre des personnes pour qui les régions de montagne représentent leur lieu de travail et leur gagne-pain.

La mobilité, un concept aussi vague qu' arbitraire Une solution pour conserver le caractère authentique de la montagne serait de limiter la mobilité. L' argu le plus souvent utilisé pour justifier cette proposition consiste à dire que céder devant des contraintes matérielles ne fait qu' en créer de nouvelles. Il est donc nécessaire d' in les gens à adopter un comporte- Morceler l' espace alpin?

Comment partager l' espace alpin et ses 13 millions d' habitants pour satisfaire les demandes variées de ses 100 millions d' hôtes? Nul ne conteste plus aujourd'hui la nécessité de protéger le domaine de la haute montagne. Mais où commence la haute montagne? Où doit-on conserver, ou au contraire démonter, les infrastructures existantes assurant la subsistance économique de la population de montagne? Où, et dans quelle proportion, peut-on pratiquer les sports de nature en dehors des périmètres librement accessibles? Ne court-on pas ici le danger de morceler artifi- ment soi-disant « correct ». Pour ce faire, il faudrait juste avoir le courage de limiter la mobilité, dont les besoins sont en grande partie artificiellement créés. Ainsi seulement pourront s' exprimer les vrais besoins de l' homme. Selon ce point de vue, renoncer à la mobilité ne serait pas un facteur d' entrave au développement économique, mais au contraire, un atout majeur.

Les adversaires de cette solution répliquent que la mobilité répond à un besoin fondamental de l' homme et qu' on ne peut enrayer le développement technique et ignorer les tendances touristiques sans dommages. Car le tourisme n' est pas seulement la plus grande industrie du monde: son marché se caractérise aussi par une offre excédentaire, ce qui signifie que l' acheteur peut choisir et définir l' offre. Dans cette optique, le tourisme reflète aussi le développement social. Ainsi, on demande aujourd'hui des voyages qui incluent des « pa-quets-aventure », aussi brefs qu' in. Si le tourisme veut survivre en tant que base économique des régions de montagne, il faut donc lui laisser une marge suffisamment grande pour qu' il puisse innover et développer ce potentiel. De même, il doit suivre le développement social, en s' efforçant de définir les limites de ce qui est compatible ou non, avec l' éco, et en tentant de les respecter.

Importance des sports de nature ou d' aventure Dans le cadre de la problématique d' ensemble des « Alpes, parc d' attrac », de tels sports ne jouent finalement qu' un rôle très marginal. Pour leurs adeptes, l' expérience de la nature revêt en effet un aspect primordial. Du côté des sports de montagne, on a spécialement critiqué l' absurdité d' une réglementation qui conduit in- différemment à fermer certains sites ou à interdire la pratique de l' escala, et qui engage parfois des moyens si disproportionnés, qu' elle se révèle finalement contre productive par rapport au contexte écologique global. Le droit au libre accès a donc été demandé.

Un large éventail d' opinions: commentaire

La table ronde a certainement donné aux nombreux auditeurs un aperçu intéressant du problème posé par « Les Alpes, parc d' attractions ». Mais la discussion, qui touchait à des questions de principes, a souvent tourné au dialogue de sourds. En effet, les opinions des intervenants se fondaient sur des visions différentes de la société, tantôt écologique et idéaliste, tantôt pragmatique et économique. Ainsi, selon le point de vue adopté, chacun avait tendance à déplacer le problème et à considérer la position adverse comme erronée, voire même dangereuse.

Par ailleurs, comme l' a très justement fait remarquer l' un des intervenants, celui qui présente une bonne dose d' idéalisme et défend des exigences morales, se voit classé dans les « bons » et reçoit ( trop ) facilement une large approbation émotionnelle. Inversement, celui qui oppose à ces idées des arguments de nature pratique et matérielle se voit catalogué parmi les « méchants ».

Dès lors, s' il faut à l' avenir trouver dans le « parc d' attractions des Alpes », des solutions acceptables à long terme pour tous et qui soient, en même temps, pourvues d' une dimension écologique, il s' agira d' abandonner toute politique partisane et unilatérale.

eg ( trad. ) M

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