Blues hivernal au Watzmann Courses à skis et à raquettes dans le Berchtesgadener Land

Le Parc national de Berchtesgaden garde les traces de grandes personnalités que ni le brouillard ni la neige ne peuvent dissimuler.

Voici 40 ans, le compositeur et chansonnier Wolfgang Ambros s’est inspiré des beautés du Berchtesgadener Land dans son album Der Watzmann ruft. Protagoniste principale de l’œuvre, cette montagne mythique est présentée «haute et puissante, chargée du souvenir de tragiques destins, ceinte d’une écharpe de nuages effilochés…». Aujourd’hui, ces nuées annoncent le lourd manteau de neige dont le Watzmann aime à s’envelopper.

Les raquettes crissent dans la forêt enchantée, dont le nom tient ses promesses. Nous atteignons un géotope situé entre la commune de Ramsau et le Hintersee: sous le couvert d’une dense pessière, ce sont d’énormes blocs de rocher enserrés de racines, ouvrant par un labyrinthe d’étroits passages l’accès à des petites grottes. Ces blocs sont les décombres visibles de l’effondrement, voici 3500 à 4000 ans, d’un massif calcaire situé dans le Blaueistal, à l’ouest du Watzmann. Si la forêt est aujourd’hui enchantée, c’est à l’ouverture au tourisme de la commune de Ramsau, vers 1900, qu’elle le doit.

Au 19e siècle déjà, une colonie de peintres des écoles de Munich et de Vienne s’était établie ici. Wilhelm Busch y séjourna quelque temps. Le Hintersee étend une carapace de glace où court le chemin qui mène dans le Klausbachtal. Le garde-chasse explique l’ancien parcours des cerfs et chevreuils pâturant ces prés boisés, «mais les constructions et les routes ont rogné leur territoire et troublé leur quiétude. Ils restent dans les montagnes durant l’hiver, et nous tâchons de limiter les dégâts aux forêts en leur apportant du fourrage.»

 

Expédition dans le brouillard

La station supérieure du téléphérique du Jenner est déserte. Rien d’étonnant avec ce brouillard. C’est d’ici que part le plus court chemin vers la cabane Carl-von-Stahl du Club alpin autrichien (ÖAV). En conditions normales, c’est une entreprise modeste. Mais aujourd’hui, cela ressemble à une expédition. Sans repères, ni connaissance du terrain, il est déjà difficile de trouver les balises du sentier. Le panneau marquant la frontière entre l’Allemagne et l’Autriche disparaît derrière un masque de glace. En route pour la chaude cabane de l’ÖAV, au Torrener Joch, d’où l’on voit, lorsque le ciel est dégagé, la paroi orientale du Watzmann. C’est là que Hermann Buhl s’était entraîné en 1953 en vue de l’ascension du Nanga Parbat.

 

 

L’exploit d’Hermann Buhl par un froid sibérien

«La pleine lune monte derrière le massif du Göll et inonde le paysage d’une lumière argentée. L’ombre fantomatique d’une immense paroi se dresse devant moi», écrit Hermann Buhl, qui vit alors à Ramsau. Dans la nuit du 28 février 1953, il entame l’escalade de la paroi orientale. «Je me hisse le long d’abrupts névés qui, de loin, m’avaient déjà effrayé. La pente est de plus en plus raide. Presque à portée de main, l’arête sommitale dessine sur le ciel un liseré blanc. Mais la paroi ne se rend pas si facilement, il faut se battre pour chaque mètre.» Parti de St. Bartholomä, il ne lui faudra que neuf heures pour vaincre la paroi orientale fortement enneigée et atteindre la Südspitze. Il parcourra ensuite toute l’arête du Watzmann par la Mittelspitze et le Hocheck. Cette prouesse d’escalade libre en solo devait servir de préparation physique et mentale à son expédition au Nanga Parbat.

Cette nuit, il a fait un froid coupant. Le jour se lève sur une épaisse couche de neige, avec la clarté incomparable d’un ciel lavé par les intempéries. Le Schneibstein n’est pas que le premier sommet des Kleine et Grosse Reib’n, c’est aussi une excursion accessible à raquettes, pour autant que le risque d’avalanches le permette. Il y faut une bonne maîtrise de la progression à raquettes, car les flancs nord-ouest sont souvent soufflés, et la neige y est dure. Du sommet, le regard balaie un vaste paysage: le Tennengebirge et le Dachstein à l’est, le Hochkönig avec l’hôtel «Übergossene Alm» au sud, le haut plateau des Hagengebirge et de la Steinerne Meer, qui en occupent l’avant-scène à côté du Grosse Hundstod et de la sauvage paroi orientale du Watzmann. Tout près, le Hoher Göll et le Hohes Brett qui domine la cabane Carl-von-Stahl.

 

 

 

La conduite de saumure du Bel Etage

De retour, le beau temps ramène aussi la clientèle et du travail aux exploitants de la cabane et du restaurant d’altitude du Jenner. Les contrastes ne manquent pas dans la réserve de biosphère des Berchtesgadener Alpen, récemment étendue à toute la province par l’UNESCO. Le site Internet de cette organisation précise: «Le développement d’un tourisme hivernal durable compte parmi les plus grands défis des prochaines années.» La disponibilité de transports publics est un élément important de cette évolution. L’accès aux circuits d’excursion est assuré par un réseau bien desservi.

De retour à Ramsau, nous nous mettons en chemin pour le Toter Mann qui domine le petit domaine skiable de Hirscheck. On y trouve la plus ancienne cabane des Berchtesgadener Alpen. On doit sa construction au président fondateur du Club alpin allemand (DAV), Gustav von Betzold. Surpris par le mauvais temps et sans possibilité de s’abriter, il se mit en devoir de faire construire un refuge sommaire en 1883. La section Berchtesgaden du club se chargea de la construction. Bien qu’elle ait été reconstruite en 1948 et plusieurs fois rénovée par la suite, la cabane n’est toujours pas gardiennée. Elle reste un asile reposant, un lieu de contemplation d’où la vue s’étend de la Reiteralpe au Hoher Göll en passant par le Hochkalter et le Watzmann. Derrière le Söldenköpfl, que l’on domine de quelques centaines de mètres, on peut se faufiler dans le sentier de la «Soleleitung», une conduite aménagée en 1816 pour amener la saumure des salines de Berchtesgaden à Bad Reichenhall. Ce parcours est aujourd’hui une promenade à travers le coteau ensoleillé de Ramsau.

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