Bonheur éphémère

nheur

éphémère

Emilie Schimpf-Stöcklin, Winterthour

Trad. P. V.

41 Les quelques mois de l' été, elle les avait passés comme serveuse dans un petit et modeste hôtel de montagne, en Valais. Avec son costume folklorique, son visage bien arrangé et ses yeux passés au Rimmel, cette fille de forte stature avait su attirer les bergers et les « bouèbes » des alpages environnants.

L' été cependant touchait à sa fin et le moment approchait, où elle allait quitter la contrée. Le matin même de son départ, elle portait encore sa robe couleur d' or. Mais maintenant, ayant revêtu son « deux pièces » moins seyant, elle était assise au milieu de ses admirateurs, venus lui dire un dernier adieu. La séparation semblait affecter particulièrement l' un d' entre eux, un grand sec, et plus de première jeunesse. Le verre de l' adieu, souvent rempli, lui avait délié la langue, et il répétait constamment:

- Ah! Mademoiselle, vous me plaisez. Je vous aime! Est-ce que vous m' aimez aussi?

Mais la charmante créature repoussait désormais toute avance: l' été était passé, et elle n' avait plus besoin de séduire les bergers. Cette nouvelle attitude semblait échapper à son amoureux.

Enfin le groupe se mit en marche et descendit jusqu' au car postal qui devait partir quelques instants plus tard. Un galant à chaque bras, elle dégringola l' étroit et raide chemin conduisant à la station terminus.

De retour au café, le malheureux soupirant acheva sa bouteille. Son visage profondément attristé trahissait les amères réflexions suscitées par le bonheur éphémère d' un bref été en montagne.

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