Canyoning en Suisse. Un sport de passionnés

Canyoning en Suisse

Le canyoning, qui permet d' accéder à des gorges sauvages et inexplorées, a fait ses premiers adeptes il y a une vingtaine d' années dans les Pyrénées et le sud de la France. Pour pratiquer cette discipline de manière indépendante, de bonnes connaissances techniques et une solide expérience de la montagne sont indispensables. Il faut également connaître les dangers propres aux cours d' eau et prendre le temps de préparer chaque sortie en détail.

Pendant des milliers d' années, les fleuves et les rivières se sont frayé un chemin à travers des roches récalcitrantes. Il en résulte des paysages hors du commun, nés de l' interaction entre les éléments. Un monde à part exploré en premier lieu par les spéléologues. Ces derniers traversaient les gorges non seulement de haut en bas, comme le font aujourd'hui les « canyonistes », mais également de bas en haut. Il y a environ vingt ans, cette pratique est devenue une discipline à part entière et jusqu' à ce jour, la traversée de gorges inconnues reste réservée à de petits groupes de passionnés.

Pour la pratique du canyoning, le Tessin est une destination de choix qui offre de multiples possibilités. Parmi ces bijoux aux reflets de turquoise, certains sont équipés. Mais la majorité des gorges n' ont jamais été parcourues, présentant d' innombrables possibilités de premières et ce, également au nord des Alpes.

Une première pour commencer

C' était le premier jour de beau, la première chaleur du printemps: l' idéal pour une première en canyoning. Nous avons Un rappel de 45 m que nous avions quelque peu sous-estimé La dernière cascade du Selderbach. Avec ses 80 m de haut, elle est très impressionnante La fin du Selderbach. Souvent, le printemps est la seule saison où il y a autant d' eau, ce qui en fait la période idéale pour le canyoning Photos: R uedi Lor enz jeté notre dévolu sur le Selderbach à Silenen, un cours d' eau qui nous fascinait depuis plusieurs années. En préparation, nous avons observé l' intérieur de ses gorges maintes fois depuis différents points des environs: une précaution indispensable car plus on en sait sur les lieux, moins on risque d' avoir de mauvaises surprises pendant la descente. Une télécabine digne d' un musée nous permet d' accéder au point de départ, près d' un pont. Pour nous, une première n' a rien d' inhabituel: nous pratiquons le canyoning depuis des années. Nous disposons d' une solide expérience, indispensable pour faire de telles descentes. Il ne suffit pas de connaître le maniement des cordes et des points d' assurage en théorie; il faut l' avoir pratiqué souvent pour être certain d' en maîtriser les finesses. Nous cherchons un arbre qui nous permette d' installer un rappel. Par principe, nous sortons notre perceuse, gardée au sec dans un bidon étanche, uniquement lorsque c' est la seule solution pour continuer. Cette fois, les arbres enracinés dans le lit du ruisseau et des rochers bien placés nous évitent de planter des spits jusqu' aux trois dernières chutes d' eau. Il faut dire que nous sommes un petit groupe de quatre personnes et que nous avons tous l' habitude de ce type d' expédition. Nous nous connaissons bien, pouvons compter les uns sur les autres et cela nous assure une grande flexibilité. Avec un groupe plus grand, on perd beaucoup plus de temps.

Nous voici arrivés au passage clé: la dernière chute d' eau, dont nous avions longuement discuté en nous demandant quelle serait sa hauteur. Sa situation est plutôt exposée et la vue est magnifique. Le cours d' eau se jette depuis un rebord rocheux et s' arrête environ 80 m plus bas sur un sol dur. Nous installons rapidement des spits, y passons la corde et c' est le grand dilemme: qui se lancera le premier? Lorsque la question est résolue, nous faisons descendre la corde. C' est parti! Une fois le rebord franchi, on se laisse aller dans la corde et la peur s' évapore, cédant la place au bonheur de planer dans un paysage de rêve. Un sentiment qui n' est pas inconnu des amateurs d' escalade, puisqu' ils pratiquent eux aussi le rappel. Bien sûr, en canyoning, il y a une difficulté supplémentaire: l' eau. Une fois arrivé en bas, on lève la tête, impressionné par ce qu' on vient de parcourir, avant de se coucher par terre un moment pour savourer ce moment et Les glissades sont chose courante, qu' elles soient longues ou courtes, comme sur cette photo Le Meienreuss et son charme particulier. L' une des difficultés du canyoning réside dans l' omniprésence de l' eau le sentiment indescriptible d' avoir franchi le premier un passage inédit.

Une première pour finir

Une fois que nous sommes tous arrivés en bas, nous ravalons la corde et rangeons notre matériel. Satisfaits, nous attaquons le trajet du retour. Il n' est même pas midi: nous avons du temps devant nous. Dans le Meiental, près de Wassen, il y a d' autres gorges que nous ne connaissons pas, mais que nous avons souvent observées. Nous décidons de nous lancer. Le cours d' eau est relié à un bassin qui dépend de la centrale électrique de Wassen; il nous faut donc nous renseigner sur le niveau de l' eau. Après avoir obtenu les renseignements qu' il nous faut, nous sommes prêts pour une deuxième première.

Dès le départ, nous nous rendons compte qu' il ne va pas faire chaud. A cette altitude ( 1120 m ), il reste encore de la neige. Mais grâce à nos combinaisons en néoprène et à plusieurs longs passages de marche, nous n' avons pas froid. Le parcours s' avère plus facile que prévu: quelques petits toboggans de pierre, deux sauts, trois points d' ancrage et le tour est joué. Le paysage est époustouflant. Les bassins d' eau froide brillent de mille reflets et le rocher resplendit dans le froid. On se croirait dans un monde enchanté. A l' arrivée, nous sommes tous d' accord: ces gorges aussi valaient le détour. Et ce, même si une fois de plus, la beauté du paysage ne doit pas faire oublier les risques que l'on prend.

Le canyoning – une discipline sérieuse

Lorsqu' on entend parler de canyoning, on pense en premier lieu à des excursions commerciales en grands groupes et non à la version plus spécialisée de ce sport. Pour nous, le canyoning est une discipline qui demande un savoir-faire particulier. Nous partons en petits groupes, avec de solides connaissances techniques et un équipement adapté, nous prenons soin de respecter l' environne et nous nous déplaçons librement dans les gorges pour profiter au mieux de la nature. Nous savons que la sécurité passe avant tout et que la prestation est au second plan. Il ne s' agit pas de prendre des risques, ni de céder à un orgueil peu à propos. a Beat Furrer, Silenen ( trad. ) Le grand saut: 13 m d' un bond au Meienreuss Un saut de 13 m conduit directement dans ce bassin. Ensuite, on continue à la nage Jeux aquatiques au Meienreuss: le canyoning est réservé à ceux qui n' ont pas peur de l' eau!

Photos: R uedi Lor enz

ans l' océan Indien, à côté de Madagascar, l' île de La Réunion est une destination incontournable pour les passionnés de canyoning qui désirent affronter de gigantesques et merveilleux tracés. Cette île tropicale offre un paysage extrêmement varié et tourmenté où les pluies ont creusé de fabuleuses gorges très étroites. On y trouve aussi des plages de sable fin, de longs rivages de roche magmatique sculptée, des forêts primaires, un volcan

D

en activité avec son « désert » de scories – le Piton de la Fournaise – et même un sommet à plus de 3000 mètres: Le Piton des Neiges. En plus de ses merveilleux paysages, la Réunion présente un avantage non négligeable: on n' y rencontre aucun animal venimeux. Pratique en canyon pour les marches d' approche et surtout pour les harassantes marches de sortie qu' on peut faire, dans la jungle, en maillot de bain.

Canyon de Fleurs Jaunes

Parmi les itinéraires intéressants de l' île, le canyon de Fleurs Jaunes est une mise en jambe superbe et complète. Situé dans le cirque de Cilaos, il est assez fréquenté. Le début du parcours est à prédominance verticale avec de

T E X T EFrédéric Bétrisey, Sierre

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