Dans les Alpes, on vit toujours en danger de mort Une similitude entre l’Eiger et le Rossberg.

La Radio Télévision suisse alémanique (SRF) s’est penchée durant dix jours sur la question du risque. Pour l’un des intervenants qui s’y connaît sûrement, « dans les Alpes, on vit toujours en danger de mort ». Cet homme, Beat Bieri, est responsable de protéger les infrastructures des CFF. Le Rossberg est une montagne qui ne laisse personne dormir en paix depuis des siècles. Et c’est Beat Bieri qui doit prendre la difficile décision de fermer une ligne de chemin de fer s’il y a menace de chutes de pierres. La mesure coûte cher, très cher même sur la ligne du Gothard. Mais voilà : lorsque l’on a construit une ligne de chemin de fer au pied du Rossberg, il faut vivre avec l’éventualité des chutes de pierres. Un peu comme dans la paroi nord de l’Eiger.Il n’y aurait rien à ajouter à cela.

Et pourtant : il est intéressant de savoir ce qui s’est dit sur le sujet à propos de notre sport. L’alpinisme est nimbé de l’auréole du risque, de l’extrême, de la peur des avalanches. Bref, de la permanence des dangers imprévisibles.

C’est ainsi qu’en suivant une émission culturelle, on devine qu’elle met le doigt sur la stratégie commerciale de Red Bull et montre comment les publicistes de cette boisson sucrée ont fait appel aux grimpeurs de l’extrême pour promouvoir leur produit.Chasseur de l’instant, c’est le titre d’un clip tourné avec les « acteurs », ou plutôt les grimpeurs de l’extrême Kurt Albert, Stefan Glowacz et Holger Heuber. Lesquels ont peiné dans une expédition très risquée sur le mur de La Proa (8b, 16 L), le versant guyanais du Tepuy Roraima, une montagne tabulaire amazonienne. Ils ont eu la chance d’en revenir. On ne s’étonnera pas du choix de Red Bull. Si l’on recherche un appui de ce côté, il faut prendre des risques élevés. On le sait depuis le saut stratosphérique du parachutiste Felix Baumgartner.Comme on parle ici d’une émission culturelle, on y apprend que ce n’est pas la même chose de prendre des risques extrêmes (comme le font les grimpeurs) ou de profiter des risques de mort que l’on fait (ou laisse) prendre à d’autres. Comme le fait Red Bull. Tout ceci n’a pas grand-chose, même rien à voir avec la pratique des sports de montagne telle que la vivent les alpinistes ordinaires. Pourtant, le téléspectateur n’a pas droit au moindre commentaire à ce sujet. Si je le sais, estce que les autres le savent aussi ?

Les commentaires de la critique cinématographique commerciale sont révélateurs. Ce clip aurait la vertu « de communiquer au spectateur les impressions vécues par les alpinistes », selon ce qu’écrit le journaliste (non-alpiniste) Peter Osteried sur cineman. ch. Comment donc le sait-il ?

Cependant, le mal est fait : les alpinistes qui se lèvent tôt et posent prudemment un pied devant l’autre pour suivre une arête, ceux qui passent au minimum une sangle partout où c’est possible pour limiter les risques, tous sont devenus des aventuriers téméraires. Des gens qui déclarent sentencieusement : « Il y a des moments où tu ne sais pas si tu en reviendras. »

Nous ne sommes pas de ceux-là, et la plupart ne veulent pas en être.

Mais une autre émission a bien rempli le mandat didactique de la chaîne SRF en expliquant comment le risque peut être évalué. La méthode est basée sur le calcul des probabilités, inventé par le Bâlois Jakob Bernoulli et consigné dans son ouvrage Ars Conjectandi (en français : L’art de conjecturer) paru en 1713. La prédiction du risque suppose une similarité de comportement entre le futur et le passé, ainsi qu’une taille suffisante de l’échantillon. Jakob Bernouilli fut aussi le premier à découvrir la probabilité pour un individu de mourir dans l’année suivante. Il ne lui manquait que les données.

Comme on a pu le lire plus haut dans ce cahier, toutes ces considérations ne permettent pas de dire quels sont les risques que l’on prend à pratiquer l’alpinisme, l’escalade ou le ski de randonnée. Il y manque aussi les données : nos excursions ne sont pas comptabilisées.

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