De la cabane Baltschieder au Bietschhorn

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par H. B. Thompson,

A tous ceux qui séjournent à la cabane Baltschieder, le Bietschhorn, dont l' aspect est si merveilleux par delà le glacier extérieur de Baltschieder, adresse une invite continuelle, on peut même dire une provocation à l' attaquer.

Malheureusement, pendant les neuf jours que F. S. Smythe et moi-même passâmes, en juillet 1932, absolument seuls dans cette cabane peu fréquentée, la montagne resta la plupart du temps totalement invisible à cause des mauvaises conditions atmosphériques, et, quand elle se montrait tant soit peu, elle nous lançait clairement un défi. Nous eûmes, cependant, suffisamment l' occasion d' en étudier la face est, du bas du glacier comme aussi du Jägihorn, situé en face, pour être à même de nous tracer un plan d' as par une voie qui semblait praticable par cette face, au nord de l' épe est.

Après plusieurs jours passés à attendre un temps convenable, nous pûmes, enfin, nous mettre en route le 22 juillet.

Nous quittâmes la cabane à 3 heures du matin par un brillant clair de lune, mais bientôt se forma un brouillard, tandis que la marche était rendue extrêmement difficile par une neige molle, dans laquelle nous enfoncions jus- qu' aux genoux, et de nombreuses crevasses cachées dans le glacier de Baltschieder, si bien que la rimaie ne fut atteinte qu' à 6 heures. La rimaie traversée, nous gagnâmes le pied d' une côte rocheuse qui s' élève sur la face est à peu près à égale distance entre l' arête nord et l' arête sud, mais aboutit fort au-dessous du sommet. A mi-hauteur cette côte tourne à gauche et là une seconde côte bien marquée, au sud, soit à gauche de la première, commence brusquement et continue jusqu' au sommet. Nous trouvâmes la première côte tout d' abord accidentée et pourrie, mais, au-dessus, du rocher plus solide nous permit une bonne grimpée jusqu' au point où elle s' incline au sud.

Le Bietschhorn, vu de l' Est, d' après une photographie de H. B. Thompson.

Ici, le couloir, raide et exposé entre les deux côtes, se rétrécit jusqu' à environ 30 mètres et l'on est partiellement abrité par la courbure profonde à main droite, de sorte que, bien que le soleil fût très haut et qu' une profonde rainure, au centre du couloir, parût de mauvais présage, nous le franchîmes sans accident, en taillant un certain nombre de marches sur les bords dans une raide pente de glace.

La seconde côte, que nous eûmes quelque peine à gagner du couloir, nous offrit un bon banc d' excellent rocher, avec des dalles abruptes tombant brusquement sur l' autre versant; mais, après quelque soixante mètres d' une ascension rapide, notre progression fut ralentie par une succession de pas difficiles. Les rochers devenaient extrêmement accidentés et dangereux; d' énormes blocs brisés étaient posés en équilibre précaire sur la crête aiguë de la cime et il semblait que le plus léger attouchement dût les faire se précipiter avec fracas. Les difficultés ne cessèrent de croître jusqu' à une dalle lisse et surplombante qui mit obstacle à notre avance. Ce fut le moment critique de l' ascension et cela nous causa un retard considérable. Une tra- versée à gauche était impossible, car c' était un mur uni et à pic; quant au côté exposé au nord il présentait une face presque verticale en rocher pourri recouvert de glace et de neige et il conduisait à un coin qui semblait à perte de vue. Cette face offrait la seule alternative pour la retraite et, par bonheur, après y avoir fait un court trajet et un pas difficile en contournant le coin, il fut possible de monter verticalement. Chaque prise devait être dégagée, et, tandis que je me balançais délicatement pendant un temps qui me semblait un siècle, Smythe, directement au-dessus de moi, écartait méthodiquement toute la neige et la glace des prises qu' il déposait le long de mon cou et au haut de mes manches.

Ce fut avec un immense soulagement que nous regagnâmes finalement les rochers relativement chauds du haut de la crête et que nous vîmes que maintenant l' ascension pouvait être achevée.

Bien que la côte devînt de plus en plus branlante, nous arrivâmes tranquillement en haut, jusqu' à ce qu' un gendarme énorme, mais facile, nous eût permis l' accès d' une courte pente de neige conduisant à la crête sommitale, à environ 100 mètres du sommet que nous attaquâmes à 2 heures après-midi.

Un vent du sud-ouest, très pénétrant, ne nous permit pas de flâner et nous nous enveloppâmes bien vite de vêtements supplémentaires pour une « confortable » descente. Mais la montagne et le temps avaient décidé de nous jouer des tours.

A peine étions-nous entrés en négociation avec les doubles corniches traîtresses de l' arête nord que le froid manteau de brouillard dans lequel nous avions précédemment été enveloppés se dissipa soudain et le soleil fit un effort formidable pour se dédommager de sa paresse récente. Supprimant bonnets, gants et tricots, nous nous préparions à atteindre le point 3712 par une traversée aussi rapide que le permettait l' état dangereux de l' arête, lorsque nous fûmes, quelques instants après, assaillis par un nouveau coup de vent et par un brouillard suivi de neige. Peu après le point 3712, à partir duquel nous avions suivi l' éperon nord-est, nous perdîmes notre chemin, aveuglés par une tourmente de neige et de grêle, et nous dûmes descendre directement la face, d' abord en taillant des marches dans la pente de glace, puis, plus bas, en suivant la trace laissée par une avalanche que nous avions déclanchée pour évacuer la neige molle.

Lorsque nous franchîmes la rimaie près du col de Baltschieder, l' obscurité augmentait rapidement et le glacier était toujours enveloppé d' un épais brouillard.

Nous fûmes obligés de nous diriger à la boussole jusqu' à la cabane que nous atteignîmes à 8 h. 30 du soir.

( Traduit de l' anglais par A. R. )

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