De la Vallée d'Urseren au Gothard

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Max Oechslin, Altdorf

La gravure coloriée Vue perspective du Mont Saint Gothard, éditée à Bâle, en 1792, par Crétien de Malines ( dimensions de l' illustration: 59>5 x 43 cm> de la feuille, texte compris: 62 x 47,5 cm ), d' après le relief de Ms. Exchaquet, directeur général des Mines du Haut-Faucigny en Savoie, permet de constater qu' il y a deux siècles encore on considérait le massif du Saint-Gothard comme le centre du vaste arc de cercle des Alpes comprenant les sommets les plus élevés.

Les cartes les plus anciennes montrent déjà ce « massif montagneux des grands cours d' eau ». Et celui qui prend en main notre Carte nationale actuelle constatera, en lisant les cotes des sommets du massif du Gothard, que, à l' est et à l' ouest de celui-ci, se dressent des montagnes bien plus hautes; mais la « grande croisée des vallées » n' en reste pas moins la caractéristique de ce massif: la Vallée longitudinale d' Urseren qui, à l' est, au-delà de l' Oberalp, jouxte la Vallée du Rhin grisonne et à l' ouest, au-delà de la Furka, aboutit au Valais. L' autre branche de la croix est formée, d' une part par les Gorges des Schöllenen qui, taillées dans le flanc nord de la Vallée d' Urseren, constituent le début de la Vallée perpendiculaire de la Reuss. Le flanc sud de la vallée est entaillé par une autre vallée perpendiculaire: au nord du col, le Gamsboden avec la Reuss du Gothard; au-delà du col, la Tremola ( correspondant aux Schöllenen ) qui aboutit, tout au fond, à Airolo, l' Airel des anciens Uranais, et plus bas encore à la Léventine. Parallèles à la Vallée d' Urseren on trouve, au nord la Vallée de Göschenen, au sud la Vallée longitudinale de Bedretto.

Le point le plus bas du Val d' Urseren se situe au Trou d' Uri, à 1430 mètres ( Andermatt 1436, Hospental 1460 et Realp 1538 m ). Les cols atteignent, à la Furka ( à l' ouest ) 2431 et à l' Oberalp ( à l' est ) 2044 mètres. Les montagnes du flanc nord culminent, dans le massif des Winterberge, à 3026 mètres au Petit Furkahorn, à 3169 au Grand Furkahorn, et à 3515 mètres au Tiefenstock. La chaîne continue par le Rhonestock ( 3395 m ) et le Dammastock ( 3630 m ), qui cependant sont au-delà du périmètre d' Urseren. Plus à l' est, qu' aux Schöllenen, ce sont le Winterstock ( 3203 m ), le Müeterlishorn ( 3059 m ), le Mittagsstock ( 2994 m ) et le Spitzigrat ( 2945-2318 m ). A l' est des Schöllenen se dressent les sommets du Gütsch ( 2158 m ), du Grätli ( 2325 m ), du Schijenstock ( 2885 m ) et du Piz Tiarms ( 2918 m ). Sur le flanc sud de la vallée, on mentionnera tout d' abord le Pazzolastock ou le Piz Nurschalas ( 2740 m ), le Badus ou Six Madun ( 2928 m ), le Piz Ala ( 2769 m ), le Giubine ( 2776 m ), le Pizzo Centrale ( 3001 m ), le Blauberg ( 2729 m ), le Winterhorn ou Piz Orsino ( 2661 m ). La frontière entre Uri et le Tessin passe entre le Blauberg et le Winterhorn, près du Bruggloch ( à 191 o m ), tandis que le Col du Saint-Gothard est sur territoire tessinois, près de l' Hospice ( à 2091 m ). Du Winterhorn, la frontière de la vallée — et du canton — passe par le Piz Orsirora ( 2603 m ), le Piz dell' Uomo ( 2686 m ), le Piz Lucendro ( 2963 m ), puis par le Rangger-grat au Witenwassenstock ( 3082 m ) et aux Muttenhörner ( 3099 m ), pour descendre au Col de la Furka ( 2431 m ). Les cotes sont celles de la Carte nationale i :50000 ( assemblage 5001, 1955 ).

Si, venant du nord par la Vallée uranaise de la Reuss, on monte vers Urseren, que ce soit à l' an mode, à pied ou, ou goût du jour, par le chemin de fer des Schöllenen ou encore en voiture par une excellente route ( peut-être que, déjà à la fin de la présente décennie, les autos rouleront sous la montagne, utilisant le tunnel routier de 16 kilomètres actuellement en construction, de Göschenen à Airolo ), on passe sans transition, au sud du Trou d' Uri, de l' étroite gorge rocheuse des Schöllenen dans la vaste plaine d' Urseren.

En 1928, nous avions mentionné dans les Alpes, nous référant aux Mayens de Porthüsler, que probablement deux ou trois siècles déjà avant que le Col du Saint-Gothard ne devienne praticable, le cheminement d' Uri en Lombardie passait de Silenen à Bristen, par la Vallée de l' Etzli et le Chrüzli à Disentis, puis par le Lukmanier. En effet, le passage du Gothard n' est mentionné la première fois qu' en 1236 par Albrecht de Stade ( Kocher A.: Der alte Gotthardweg, Diss., Historisches Neujahrsblatt Uri, p. 40-41, 1949/50 ). Autrefois, il était en effet plus facile de descendre d' Urseren en plaine en remontant d' abord à l' Oberalp, puis par le Tavetsch et la Vallée du Rhin, plutôt que de traverser la sombre Gorge des Schöllenen, encaissée entre des parois de rochers verticales, où il n' y avait ni chemin ni sentier. On peut admettre que, plus tard, des cheminements existaient, d' une part de la région de l' Oberalp par Gütsch, Chlauserli, Riedboden et Waldstafel dans la Vallée du Rhin et vers Göschenen, d' autre part de la région d' Hospental par les sonnige Hänge ( pentes ensoleillées ), les Planggen de Bätzberg et le Hinterer Berg vers les Schöllenen du milieu et Bruggwald. Le dicton des montagnards: « Là où le bétail peut passer, où chèvres et moutons trouvent leur voie, l' homme peut également tracer un sentier », garde aujourd'hui encore toute sa valeur.

En revanche, le sentier étroit, en partie rocheux, qui du Hinterer Berg, par le flanc supérieur est du Spitzi, conduit au Riitiboden, puis par la Forêt de l' Envers à Abfrutt ( marqué comme sentier dans la CN ), n' est pas un chemin ancien, d'«origine romaine » ( comme l' écrit Jakob Escher-Bürki dans son ouvrage Von der alten Gotthardstrasse, Zurich 1935 ). Il a été construit dans les années trente de notre siècle pour le transport des matériaux lors de l' agrandissement des travaux de protection contre les avalanches au flanc nord-est du Spitzi- C' est l' auteur de ces lignes qui, en tant que forestier de montagne, le traça. A certains endroits de la forêt, particulièrement raides, surtout au-dessous du Rötiboden, il fallut utiliser des dalles de pierre pour construire des escaliers.

Dans les Schöllenen même le pont dit du Haderli est un des plus anciens ponts encore existants du primitif chemin muletier. Il est à la limite des pâturages de Göschenen ( corporation d' Uri ) et d' Urseren, objet pendant longtemps d' âpres contestations ( son nom le confirme !). A cause de sa forme, les gens du pays l' appellent le « pont romain »; il fut construit en 1450. Un document du 3 janvier 1649 dit qu' il doit être rénové, que de tout temps on l' a appelé Häderlisbrugkh et qu' il a toujours comporté quatre arches. Lors de la dernière correction de la route des Schöllenen, dans les années soixante, il fut remis en état, de même que ses voies d' accès, et déclare monument protégé, comme aussi le Pont du Diable de 1830.

Le nouveau Pont du Diable moderne, de 1952, qui au nord aboutit à un court tunnel taillé dans les rochers et sous lequel le pont de 1830 et ses voies d' accès ont été conserves, est un ouvrage remarquable. Malheureusement le premier Pont du Diable, qui datait de 1595, s' est effondré au début d' août 1888, car, depuis 1830, on avait négligé son entretien. Caspar Wolff l' a peint dans une aquarelle de 1773 qui probablement servit de modèle à la gravure d' Isaac Fürstenberger ( 1799-1828 ).

L'on connaît en amont du Pont du Diable le Trou d' Uri où jadis, accroché au rocher, se trouvait le pont du Twerribrugg, tout d' abord peut-être une sorte de pont suspendu, puis un cheminement, parallèle à la paroi, sur des poutres fixées au rocher au-dessus de la rivière bouillonnante. Jusqu' à la construction du chemin de fer on voyait encore les niches et les supports pour les troncs. En 1571 encore, un document confirme que la livraison des bois était à la charge des propriétaires di forêts de la corporation d' Uri, à Wassen et à Göschenen.

Le Trou d' Uri, au travers duquel passe aujourd'hui la route, à vrai dire très élargie, fut creusé en 1707-1708 par l' entrepreneur tessinois Moretini, qui a également construit le barrage de la Reuss de Meien au-dessus de Wassen. Le contrat conclu à l' époque prévoyait une largeur de 7 pieds ( 2,2 m ) et une hauteur de 8 pieds ( 2,5 m ). Le tunnel coûta 8200 florins d' alors, ce qui correspond à env. 15 600 francs d' aujourd. Lors de la construction de la route du Gothard ( de 1825 à 1830 ), le tunnel fut élargi à 5 mètres de largeur et 4 mètres de hauteur, et lorsqu' on construisit la route actuelle, entre 1950 et 1952, à 9, resp. 5 mètres ( voir aussi: Mitteilungen der Sektion Gotthard, octobre 1962 et octobre 1965, Altdorf ).

Lorsque, près du Trou d' Uri, on pénètre dans la Vallée d' Urseren, on a en face de soi la plaine d' Andermatt et le regard embrasse toute la vallée. A gauche de la route, c' est le flanc escarpé du Kirchberg, protégé des avalanches par des reboisements et des murets de protection. En mars 1975, on s' aperçut cependant que des travaux de protection supplémentaires étaient nécessaires, de même au Gurschen au sud d' Andermatt, au Mont Sainte-Anne d' Hospental et au nord de Realp, sur la pente du Gspender. Il fallait que les localités au moins soient à l' abri des grandes avalanches. J. Coaz, le premier inspecteur fédéral en chef des forêts de Suisse, avait joint à son ouvrage Les avalanches des Alpes suisses ( 1881 ) une carte au 1:50000 des avalanches du massif du Gothard, où, pour Urseren et ses vallons latéraux, on ne trouve pas moins de 256 couloirs d' avalanche! -En territoire uranais, au-dessous des Schöllenen, de Göschenen à Seelisberg/Sisikon ( y compris les vallées latérales, l' Urnerboden et les Surenen ), une carte correspondante des zones forestières signale 349 couloirs d' avalanche. Chacune de ces avalanches ( dont bon nombre atteignent le fond de la vallée ) porte un nom particulier.

La première partie d' Andermatt est le hameau d' Altchilch, proche de l' église, aujourd'hui monu- ment protégé. Selon la tradition, celle-ci fut déjà mentionnée en 766 dans les dossiers de l' évêque de Coire, ainsi que dans un document impérial de 825. Certains doutent de ces dates et placent la construction de l' église au Xe ou XIe siècle Le sol s' étant affaissé, le clocher se mit à pencher; plus tard, on le redressa. L' église fut rénovée sans modification de la forme primitive romane. Le chœur rectangulaire est surmonté d' une coupole surbaissée octogonale et à ogives; la chaire en pierre est de 1559, la tour latérale comporte des fausses fenêtres en plein cintre et ogivales, et, sous la flèche, on découvre une cage de clocher en bois ( Mitteilungen SAC Gotthard, mai 1958 ).

Andermatt est le chef-lieu de la vallée, dont les trois communes constituent l' antique corporation de la Vallée d' Urseren, qui siège au printemps à Hospental, sur la place de l' église, au pied de la Tour des Lombards; en cas de mauvais temps, dans l' église. Le Conseil de la vallée tient séance à l' Hôtel de Ville d' Andermatt, où il a également sa chancellerie. La corporation est dirigée par le Talammann et le Petit Conseil de la vallée. Juridi-quement, les trois communes sont autonomes; au point de vue économique, et en ce qui concerne les alpages et les pâturages, comme d' ailleurs la possession des montagnes, des glaciers et des névés, tout ce qui n' est pas propriété privée est du ressort de la corporation.

Comme l' agriculture occupe toujours moins de bras, alors que le nombre de ceux qui vivent de l' artisanat, du commerce et des transports augmente, les problèmes qui sont de la compétence des communes ont pris, à Urseren aussi, le dessus sur ceux qui ressortissent à la corporation. La construction des routes et du chemin de fer, et aujourd'hui la motorisation croissante, ont eu pour conséquence une coordination croissante de la vallée avec le reste du canton, coordination pour laquelle les bases juridiques existent déjà depuis le XVe siècle.

Selon les données d' un recensement, reproduites par Karl Franz Lusser dans son ouvrage Gemälde der Schweiz: der Kanton Uri ( 1834, Saint- Gall ), Andermatt comptait ( vers 1811 ) 605 âmes, Hospental 320, Zumdorf, qui était alors une commune indépendante et aujourd'hui fait partie d' Hospental, 48 âmes ( actuellement ce hameau n' est plus habité qu' en été ) et Realp 183. D' après le recensement de 1960, donc 150 ans plus tard, on comptait: à Andermatt 1523, à Hospental 289 et Realp 268 habitants. Ici aussi, dans les limites étroites de la vallée, on constate donc l'«attrait de la ville », vers Andermatt, le centre où les possibilités de gain sont meilleures et la sûreté des communications hivernales assurée. Au point de vue professionnel, un cinquième environ des habitants trouvent leur gagne-pain dans l' agriculture et la sylviculture ( à laquelle il convient de rattacher les travaux de protection contre les avalanches ). Nombre d' entre eux ont un revenu accessoire dans les transports et le tourisme; pour environ 50% ce sont l' artisanat et le bâtiment, pour encore un cinquième l' hôtellerie et les transports, ce qui fait qu' il reste environ un dixième pour les autres activités ( administration, armée, etc. ).

Au point de vue géologique la Vallée d' Urseren est située entre le granit du massif de l' Aar ( qui constitue les montagnes au nord de la vallée, et dont les strates verticales sont particulièrement remarquables près du Trou d' Uri ) et le gneiss du Gothard du flanc sud qui apparaît en couches superposées au fur et à mesure qu' on se rapproche du col et de la Léventine supérieure. A l' extrémité sud de la Gorge des Schöllenen, le granit compact est remplacé par le gneiss sericite du massif de l' Aar. Près d' Altchilch apparaissent plusieurs bancs verticaux de marbre, de schiste et de phyllite, puis, juste à l' entrée du village d' Andermatt, affleurent des gneiss séricités et du mica, que l'on rencontre également au début du Vallon d' Unter. Derrière l' église d' Altchilch, on exploite des couches assez minces d' un marbre blanchâtre et bleuâtre qui est sériciteux et contient peu de quartz ( il est utilisé en général pour l' empierre des routes ). Ces strates peuvent être observées jusqu' à l' Oberalp et tout particulièrement au pied du llam nord de la vallée ( Realp, Ebneten et Tiefenbach ) jusqu' à la Furka. La chaîne septentrionale comporte de solides sommets à varappe en granit, tandis que les montagnes au sud de la vallée proposent certes de belles promenades et ascensions, mais n' offrent que peu d' intérêt pour les rochassiers; elles se prêtent, en revanche, fort bien à des ascensions et traversées à ski.

Le fond de la vallée est composé de terrain morainique jusqu' à la hauteur d' Hospental. En face d' Hospental, et jusque vers Zumdorf, on trouve, en partie, de la roche non altérée; plus loin, jusqu' à Realp, ce sont de nouveau des graviers et des éboulis, qui proviennent généralement des vallons à avalanche latéraux.

Outre l' exploitation des graviers, il faut mentionner essentiellement, à Urseren, celle de la « pierre ollaire », la pierre des fourneaux. C' est une pierre à savon ( talc ), en général vert foncé, avec beaucoup d' inclusions de mica, d' olivine, de magnetite, de serpentine, etc. Elle est surtout exploitée dans le vallon rocheux entre Andermatt et Hospental, au « Gigenstafel », ainsi qu' aux vordere Brände au sud-ouest et au-dessus d' Hospental. C' est une roche eruptive basique, que l'on trouve généralement en lentilles plus ou moins grandes, enveloppées de schistes à talc ( comme à l' entrée du Vallon de l' Unteralp, à l' est d' Andermatt ), de schistes à chlorite ou à biotite, etc. Dans la plupart des maisons anciennes de la Vallée d' Urseren on trouve, dans la bonne chambre, ces fourneaux en pierre ollaire qui ont l' avantage de bien conserver la chaleur et de plus peuvent être chauffés au bois et même à la tourbe. La pierre ollaire est également utilisée en dalles ( revêtements ), pour des pierres tombales et pour toutes sortes de parures.

On trouve de nombreux minéraux dans la région du Val d' Urseren. La profession de « cristallier » remonte à une ancienne tradition, mais depuis quelque temps elle s' est transformée en « revenu accessoire abusif », à tel point que la corporation d' Urseren, tout comme celle d' Uri pour le territoire cantonal situé en aval des Schöllenen, a du promulguer des restrictions dans la recherche des cristaux. Les fouilles doivent faire l' objet d' une concession et l' emploi d' explosifs a dû être interdit.

La flore d' Urseren est très riche, mais elle a aussi souffert, depuis quelque temps, de cueillettes inconsidérées. Aussi est-il heureux que certaines régions ne soient plus accessibles à tout un chacun. Elles sont devenues ainsi de précieuses zones protégées pour la flore.

A Urseren, le promeneur sera certainement frappé par le fait que la futaie de montagne et les taillis de pins nains, d' aulnes des Alpes, de rhododendrons, de saules, de genévriers, etc. sont bien moins fréquents que dans le Haut-Valais ( Oberwald, Saint-Nicolas ) et le Val Tavetsch ( Selva, Sedrun ). Comme forêt proprement dite il n' y a plus que celle d' Andermatt, au flanc nord du Gurschen, qui, en 1397 déjà, avait été complètement mise à ban et qui, depuis environ un siècle, a été péniblement reboisée, mais avec succès. Elle est protégée par des ouvrages anti-avalanches. Les forêts, créées à la fin du siècle dernier, au Mont Saint-Anna d' Hospental et au sud de Realp sont également protégées par des ouvrages paravalanches. On ne trouve plus de peuplements d' aulnes de montagne naturels de quelque importance qu' à l' entrée de la Vallée de l' Unteralp, dans celle de l' Oberalp ainsi qu' au bas du Felsental, au-dessus d' Hospental, et sur le flanc nord de la vallée, entre Hospental et Realp.

Nous ne voulons pas clore cet exposé, bien sommaire et incomplet, sur la Vallée d' Urseren, où le CAS désire établir son centre de formation, sans émettre le vœu que les participants aux cours ne reçoivent pas seulement une formation technique sur la varappe et la conduite des courses, mais qu' ils apprennent aussi à connaître tout ce qui a trait à la montagne. C' est que la pratique de l' al ne consiste pas seulement à découvrir de nouveaux itinéraires dans le rocher ou la glace, ni dans l' accumulation d' ascensions nouvelles(ce qui, en tout étatdecause, ne peut durer qu' une ou deux douzainesd' années ). Le véritable alpiniste est celui qui sait éprouver toutes les joies que la montagne apporte même à celui qui a atteint un grand âge.

C' est précisément à la Furka qu' il se souviendra que le conseiller à la cour, Johann Wolfgang Goethe, a parcouru la Vallée d' Urseren, dans toute sa longueur, en 1779, comme il l' a décrit dans ses Lettres de Suisse ( rééditées par l' éd. Holbein, Bale 1941 ). Au départ de Genève, il ne visita pas seulement la Savoie, mais se rendit aussi à Martigny, à Sion, aux bains de Loèche, à Brigue et à Münster, où il arriva le 11 novembre 1779. Il en repartit avec ses compagnons de route, à l' aube du 12 novembre, à 6 heures, pour arriver à la nuit tombante à Realp. Il donne force détails sur le cheminement par la Furka. Il raconte comment ils laissèrent les mulets à Oberwald, où ils engagèrent un guide et un porteur; c' est ainsi qu' ils furent cinq à traverser la Furka, par une neige profonde. Goethe écrivit notamment: « Un de nos guides passa devant et traça de ses pas le sillon que nous suivîmes. Pour un instant, on détourne son attention du chemin à suivre, vers soi-même et ses compagnons. Dans la région la plus aride du monde, au milieu d' un immense désert de montagnes monotones, couvertes de neige, où l'on sait qu' à de longues heures de marche devant et derrière soi il n' y a pas âme qui vive, où des deux côtés il n' y a que précipices et pentes abruptes, c' était, en vérité, un spectacle bien étrange que de voir un groupe d' hommes posant chacun les pieds dans les traces de celui qui le précède. Et dans toute cette immensité lisse, rien ne frappe le regard que le sillon qu' on a trace. » — A Realp, Goethe et ses compagnons furent aimablement reçus par le père capucin qui occupait la cure. Au demeurant: aujourd'hui encore les cures de Realp et d' Ander sont confiées à des capucins, souvenir et confirmation du temps où les autorités ecclésiastiques se trouvaient au-delà de l' Oberalp lendemain Goethe poursuivit son chemin, vers Hospental et le long de la Reuss du Gothard jusqu' au col, où il passa deux jours chez les capucins de l' hospice, rédigeant ses notes de voyage, sur quoi il redescendit à Hospental, traversa Andermatt et les Schöllenen pour atteindre le pays d' Uri et, plus loin, la plaine.

Ce fut certainement une bonne décision du CAS que d' établir son centre de formation alpine à la Furka, près de la croisée des vallées qui, aujourd'hui, peut être atteinte de toutes les régions de notre pays par de bonnes routes - dans une région où l'on trouve autant de montagnes d' accès facile que de sommets rocheux qui, émergeant de la glace et des névés, offrent tous les degrés des difficultés techniques. Cela permettra à nos camarades ojiens d' apprendre et de vivre l' al tout entier: promenades en montagne, cheminement par des voies rocheuses ou enneigées - mais cela sans hâte, prenant le temps voulu pour contempler tout ce qui fait la beauté de la haute montagne, pour mieux découvrir des richesses qu' ils conserveront leur vie durant.

Traduit de l' allemand par G. Solyom

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