De nouveau moins d’accidents Statistique 2019 des accidents en montagne

L’année passée, les secours en montagne ont dû venir en aide à 2909 personnes dans les Alpes suisses et le Jura1. Dans les sports de montagne au sens strict2, 120 personnes ont trouvé la mort, ce qui représente une baisse de plus de 10% par rapport à 2018.

Les années se suivent et se ressemblent – c’est du moins ce que l’on peut dire en regardant les conditions en montagne en 2019 et en 2018: beaucoup de neige en hiver, des canicules en été, de belles journées d’automne et le retour de la neige en fin d’année. Toutefois, on observe quelques différences notables. En 2019, les canicules estivales ont duré moins longtemps, et la sécheresse a été moins marquée. En août, les plus hauts sommets ont de temps en temps été saupoudrés de neige fraîche, ce qui a permis de ralentir un peu la périlleuse disparition des névés. Sur les glaciers aussi, la fonte des neiges a été moins marquée que l’année précédente, notamment grâce à un brutal épisode hivernal début septembre en haute montagne, qui s’est accompagné d’environ un demi-mètre de neige fraîche.

Dans ce contexte, les courses en montagne ont été moins nombreuses que l’année précédente, ce qui se reflète aussi dans le nombre de situations d’urgence et de cas de détresse, on le sait par expérience. En 2019, 2909 personnes se sont retrouvées en détresse à cause d’une situation d’urgence ou d’un accident et ont dû faire appel aux secours en montagne. Ce chiffre est bien plus bas que celui de 2018 et ses 3211 cas. Parmi ces personnes, 995 ont pu être secourues indemnes ou seulement légèrement blessées. Les accidents mortels s’inscrivent eux aussi à la baisse: au total, 177 personnes (contre 207 en 2018) ont perdu la vie en montagne en Suisse, y compris des suites d’une maladie (généralement des problèmes cardiovasculaires). Le bilan des accidents mortels est aussi meilleur dans les sports de montagne classiques2: en tout, 120 personnes (2018: 135) ont perdu la vie lors de 111 accidents.

Courses à skis: chutes en hausse depuis des années

Au début de l’année, la neige est tombée en quantité, surtout en Suisse orientale, et le danger d’avalanches a été temporairement très fort. Certains endroits ont connu de nombreuses avalanches spontanées qui ont causé des dégâts aux bâtiments et aux forêts et ont coupé des routes. Dans les autres régions des Alpes suisses, il est tombé moins de neige, mais il a fait très froid. Cette situation a entraîné un important problème de neige ancienne en janvier et en février dans les Préalpes orientales, ce qui est plutôt rare dans ces zones et a causé plusieurs accidents d’avalanches mortels. Ces zones dangereuses sont difficiles à reconnaître, même si le bulletin d’avalanches précise quelle est l’ampleur de ce problème (cf. «Les Alpes» 1/2020). Sur le terrain, entendre des «woum» est un indicateur clair.

Au début de l’hiver 2019/2020, on a assisté à un gros épisode hivernal en montagne, d’abord au sud, puis au nord un peu plus tard, qui a lancé à temps la saison de courses à skis. Les randonneurs à skis ont été un peu moins actifs en montagne que l’année précédente, surtout du fait des phases de conditions défavorables et de mauvais temps légèrement plus nombreuses, souvent liées à un danger d’avalanches important. Cela ne se reflète toutefois pas de manière significative dans le nombre d’accidents et de situations de détresse: en tout, 365 randonneurs à skis se sont retrouvés en situation d’urgence ou ont eu un accident, soit seulement six de moins qu’en 2018. Avec 181 personnes impliquées, les chutes ou glissades sont de nouveau la cause d’accidents la plus fréquente. Généralement, ces accidents entraînent des blessures moyennement graves qui nécessitent une hospitalisation. On constate que, en moyenne pluriannuelle, la part des accidents causés par des chutes lors de courses à skis a tendance à s’accroître: ils sont passés de 35% en 2005 à 50% en 2019. Lors des chutes, la fixation est un élément important sur le plan de la sécurité: si elle s’ouvre correctement, une blessure peut être évitée dans la plupart des cas. Par contre, si elle ne se déclenche pas ou mal, le risque de se blesser est bien plus élevé (cf. «Les Alpes» 11/2019).

Huit randonneurs à skis ont fait une chute mortelle: cinq à la descente, deux à cause de la rupture d’une corniche et une personne en descendant à pied au dépôt des skis. Les accidents d’avalanches3 ont eux aussi été moins nombreux qu’en 2018. 25 avalanches ont impliqué au total 53 personnes (2018: 34 accidents et 53 personnes). 17 personnes ont perdu la vie en 14 accidents. Dix de ces accidents se sont produits alors que le danger était marqué, trois par danger limité et un par danger faible. Lors de ces accidents mortels, une victime n’avait pas de DVA, et une personne a été complètement ensevelie malgré le déclenchement de son airbag. Dans un autre cas, l’airbag a été arraché, probablement parce qu’il n’était pas attaché correctement.

Cinq randonneurs à skis sont décédés des suites d’une urgence médicale. Ce sont tous des hommes âgés de 54 à 72 ans. Deux personnes ont perdu la vie après être tombées dans une crevasse.

Bilan d’accidents modéré en alpinisme

En haute montagne, l’été 2019 a lui aussi été souvent très ensoleillé et chaud. Toutefois, comparée à l’année précédente, la saison d’alpinisme a été bien plus courte: après un mois de mai froid et humide qui a retardé la fonte des neiges, il a véritablement fallu creuser pour accéder à différentes cabanes du CAS en juin. La vague de chaleur du dernier tiers du mois de juin, qui a occasionné des températures de 15 degrés à 3000 mètres, a cependant fait fondre la neige rapidement, même à haute altitude. Le mois de juillet a été souvent ensoleillé, mais le temps évoluait en cours de journée et les averses et orages étaient fréquents le soir. La deuxième vague de chaleur dans la deuxième moitié du mois a aussi provoqué une forte chaleur en haute montagne: par moments, la limite du zéro degré a frisé les 5000 mètres. A la fin du mois, un front froid a entraîné un net refroidissement, avec de la neige fraîche en dessus de 3000 mètres. Le mois d’août a été plutôt changeant, les précipitations ont parfois été très fortes, sous forme de neige à haute altitude aux abords des 4000. Malgré tout, la neige a beaucoup fondu sur les parties rocheuses en haute montagne et le danger de chutes de pierres s’est accru. La fonte des neiges a connu une fin brutale début septembre à l’arrivée d’une puissante incursion d’air froid qui s’est accompagnée d’environ un demi-mètre de neige en haute montagne. La saison d’alpinisme s’est terminée brusquement en octobre à cause d’importantes chutes de neige, et l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches (SLF) a publié en tout six bulletins d’avalanches.

Ces conditions météo pas toujours idéales se sont répercutées sur les activités en haute montagne, ce qui se reflète aussi dans le nombre de situations d’urgence et d’accidents: au total, 383 alpinistes ont dû faire appel aux secours (contre 433 en 2018). L’origine de ces personnes témoigne de l’attrait qu’exercent les montagnes suisses: 223 d’entre elles étaient des ressortissants étrangers. Les secours ont dû intervenir pour 45 personnes au Cervin, et pour 18 à l’Eiger. 185 personnes se sont retrouvées bloquées (exigences trop élevées, manque de temps, arrivée du mauvais temps ou orages menaçants): comme ces dernières années, il s’agit de nouveau de la cause la plus fréquente d’intervention des secours. Les chutes et glissades ont causé 105 accidents, dont onze mortels. Deux de ces décès sont la conséquence d’une chute à entraînement multiple à la Dent Blanche. Six autres alpinistes ont fait une chute mortelle tandis que les membres du groupe n’étaient pas encordés. En outre, trois alpinistes ont eu un accident à cause d’un effondrement de rochers au Cervin; dans un cas qui a fait deux victimes, l’ancrage d’une corde fixe a été arraché. Deux alpinistes ont été mortellement blessés à cause d’une chute de pierres, et une autre personne est décédée après être tombée dans une crevasse.

Randonnée: chutes et glissades en tête

En été, la météo était souvent propice à la randonnée alpine et en montagne. Au printemps et en automne, en revanche, elle s’est montrée plutôt mitigée. Les randonneurs ont donc été moins actifs que l’année précédente, ce qui se reflète aussi dans le nombre de situations d’urgence et d’accidents. Au total, 1343 randonneurs ont dû faire appel aux secours en 2019 (contre 1445 en 2018). Les chutes et les glissades ont été la cause la plus fréquente, avec 588 personnes impliquées. Parmi elles, 49 n’ont pas survécu, ce qui représente 90% des décès en randonnée. La majorité de ces accidents (31 victimes) se sont produits sur un chemin ou non loin d’un sentier. 18 personnes ont eu un accident sur un sentier de montagne balisé, six sur un sentier de randonnée, deux personnes sur un sentier alpin, respectivement un sentier de randonnée hivernale, et cinq sur un chemin non balisé. Fondamentalement, les chutes mortelles devraient pouvoir être généralement exclues (du moins par conditions normales) sur les sentiers de randonnée officiels balisés en jaune, et l’on peut se demander pourquoi elles se produisent tout de même. Comme quatre des sept victimes cheminaient seules, on n’a pas toujours de réponses. Il ne faut toutefois pas exclure qu’elles aient quitté brièvement le chemin de manière intentionnelle ou qu’elles s’en soient écartées sans le vouloir. Quelques exemples à ce propos: un homme se trouve à un point de vue et veut faire un selfie. Il s’écarte de quelques mètres du chemin jusqu’au bord de la falaise, perd l’équilibre et fait une chute qui lui coûte la vie. Un autre homme se promène avec son chien qu’il ne tient pas en laisse sur un sentier de randonnée hivernale balisé et bien préparé. Le chien sort du chemin et se retrouve en difficulté en terrain escarpé. Son propriétaire veut le secourir, glisse dans la neige et chute mortellement dans une falaise raide. Il faut souligner que la classification officielle du réseau de sentiers de randonnée et de montagne n’est valable que par bonnes conditions. En dehors de la saison de randonnée, les sentiers de randonnée peuvent aussi s’avérer dangereux s’ils sont gelés ou encore partiellement enneigés. Autre accident insolite sur un chemin de montagne, celui d’une femme écrasée par un arbre pourri qui lui est tombé dessus.

Les blocages ont été la deuxième cause de situations de détresse en randonnée. Généralement, les personnes bloquées ont pu être secourues indemnes. En randonnée en montagne aussi, comme pour les autres activités, ces situations peuvent souvent être évitées en planifiant soigneusement sa course et en choisissant un objectif adapté aux participants. Les maladies sont une autre cause fréquente d’intervention en randonnée en montagne. En 2019, elles ont concerné 200 personnes. 22 personnes sont décédées, principalement à cause d’un problème cardiovasculaire.

Escalade: nombreux blocages et chutes

En escalade, 155 personnes se sont retrouvées en situation d’urgence ou ont eu un accident. On enregistre la majorité des cas dans des courses alpines pas totalement protégées, suivies des voies de plusieurs longueurs bien équipées et des écoles d’escalade. C’est dans les voies extrêmes que l’on note le moins de cas. Les blocages ont de nouveau été la cause d’intervention la plus fréquente: les secours ont pu sortir 73 grimpeurs indemnes de leur fâcheuse situation. Souvent, les personnes concernées s’étaient perdues lors de la descente à pied, ont été surprises par la nuit tombante ou avaient besoin d’aide après avoir coincé ou perdu leur corde pendant la descente en rappel. 52 grimpeurs se sont blessés en chutant et ont dû généralement être héliportés à l’hôpital pour des blessures moyennement graves. Quatre personnes ont fait une chute mortelle, dont deux en redescendant à pied en terrain raide coté T5/T6. Dans un troisième cas, un bloc a cédé au départ d’une courte voie et la grimpeuse, pas encore encordée, est tombée dans le vide. Pour le quatrième accident, un grimpeur s’est grièvement blessé après une grosse chute, notamment parce que plusieurs points d’assurage intermédiaires mobiles ont été arrachés. La victime a succombé à ses blessures un peu plus tard à l’hôpital. Les accidents causés par des chutes de pierres ont été plus fréquents par rapport aux années précédentes, avec pour conséquence des blessures moyennement graves. Dans deux cas, les personnes impliquées s’en sont sorties indemnes, mais leur corde a été endommagée, voire coupée par les pierres.

Autres sports de montagne: le trail pris en compte pour la première fois

Depuis la statistique 2019, le trail constitue désormais une catégorie en soi. Cette discipline consiste à courir en baskets et généralement en habits de course sur des sentiers de randonnée ou des chemins de montagne. Il faudra certainement encore un peu de temps pour que les secours reconnaissent cette discipline de sports de montagne comme telle sur le terrain. Des événements comparables des années précédentes ne sont pas encore disponibles. Il ressort de cette première évaluation que 19 adeptes du trail ont dû faire appel aux secours, 17 hommes et deux femmes. La tranche d’âge 40-50 ans est la plus touchée, avec six personnes concernées. La cause principale est une chute, suivie de blocages. Il y a eu un décès.

Les situations de détresse et les accidents ont été moins nombreux qu’en 2018 pour les activités suivantes: VTT (231), via ferrata (33) et parapente (132). En revanche, on enregistre une augmentation pour le base jump (29), le canyoning (32), la raquette à neige (43), la chasse (34), la cueillette de champignons (28) et le freeride (191).

Sources

Les compilations et analyses de ce rapport se fondent sur les données et la collaboration des personnes et institutions suivantes: Elisabeth Müller et Andres Bardill, Secours alpin suisse; Daniel Breitenmoser et Mario Tissi, Rega; Annick Charbonnet, Martina Vilardi, Stefan Zeller et Pierre-Alain Magnin, OCVS; Monique Walter et Philip Derrer, bpa; Frank Techel, Benjamin Zweifel et Kurt Winkler, SLF; Anjan Truffer, Bergrettung Zermatt; Ueli Frei, Bergrettung Glarus; Marco Salis, Bergrettung Südbünden; Pankraz Hauser, Bergführer Mollis; Anouk Spiess, Air-Glaciers Lauterbrunnen; Marco Bomio, Bergführer Grindelwald; Corinna Schön, Institut de médecine légale, Université de Berne; Jolanda Egger et Andreas Schild, Police cantonale de Berne; David Mynall, Police cantonale de Schwyz.

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