Des prises d'intérieur à l'extérieur. «Matière à critique»

« Matière à critique »

Des prises d' intérieur à l' extérieur

L' an dernier, c' est à la perceuse que Walter Britschgi a créé une nouvelle voie dans le Melchtal: il a installé 44 prises artificielles dans le rocher. Pour lui, il s' agit d' une expérimentation – d' une œuvre d' art en quelque sorte. Faut-il craindre l' avènement d' une nouvelle ère dans l' équipement des voies?

L' Obwaldien Walter Britschgi est l' un des ouvreurs de voies de la région du Melchtal. Il y a des années déjà, il avait repéré sur le site de Flüelibalm-Dossen un pan de rocher légèrement surplombant qui semblait fait pour qu' on y installe une voie. Mais le rocher était trop glissant, sa surface et sa structure ne convenaient pas à l' escalade libre. On aurait dû prévoir un pas en A0 tous les deux mètres, même pour les grimpeurs aguerris. C' est ce qui lui a donné l' idée d' installer des prises artificielles qui, initialement, étaient taillées dans le bois. L' été dernier, il a parachevé son œuvre en remplaçant toutes les anciennes prises par des prises artificielles rouges et en rééquipant entièrement sa voie en spits.

Une œuvre unique

Le contraste est fort entre le rocher jaune et les prises rouges: il souligne, pour l' œil aussi, le caractère unique de l' itinéraire. Les prises artificielles, généralement grises et peu apparentes, le bois, le mortier et même les emplacements artificiels de relais appartiennent depuis longtemps à l' inventaire des écoles d' escalade 1. Mais un itinéraire qui, sur 25 mètres, est constitué exclusivement de prises artificielles comme on en voit habituellement en salle, voilà qui est plus rare.

Cette voie en 6b a déjà fait des émules; pourtant, Britschgi est bien conscient qu' elle ne plaît pas à tout le monde. En prévision des réactions négatives, il l' a donc nommée Kritikfutter ( « matière à critique » ).

Pas de dissémination dans les Alpes

Il peut s' attendre principalement à des critiques d' ordre éthique, et notamment à ce qu' on craigne que cette nouvelle manière d' ouvrir des voies ne fasse école. Et si un jour on trouvait sur toutes les parois des voies en 3, couvertes de prises jaunes ou vertes? Selon Britschgi, cela ne risque pas d' arriver. Sa voie est une expérience unique. En effet, qui voudrait dépenser plus d' un millier de francs en matériel pour mettre en place un tel parcours dans des conditions très dures? Car il a fallu dix heures pour équiper cinq mètres de voie et, pour l' ensemble du parcours, Britschgi a passé plus de huit jours dans la paroi. « Je doute que beaucoup de gens aient envie de m' imiter », déclare-t-il.

Satisfaire aux exigences

S' il se trouvait tout de même des volontaires, Britschgi souhaite qu' ils se tiennent aux règles très strictes qu' il s' est imposées lui-même. Tout d' abord, pas question d' emprunter une voie possible en escalade libre ni un passage où une voie en libre pourrait être ouverte. Pour la qualité des prises et leur montage, il exige que certaines normes soient respectées. Il tient aussi beaucoup à ce qu' on préserve l' environnement; c' est pourquoi il recherche le dialogue avec les gardes forestiers et les gardes-chasses. Enfin, le choix et la disposition des prises répondent à des critères esthétiques. Dans ce sens, Britschgi est allé jusqu' au bout de sa démarche: même les plaquettes de ses spits sont rouges. a Charles Mori, Zurich ( trad. ) 1 Cf. notamment « Bsetzisteig ou la voie pavée », Les Alpes 10/2003 Photos: W alter Britschgi

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