Emploi de l'hélicoptère pour le transport en montagne de médecins, de malades ou blessés

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

en montagne de médecins, de malades ou blessés1

Par le médecin commandant Achiary avec le concours de M. l' ingénieur Petit et de M. Chalard, pilote d' essais

Les services rendus par l' hélicoptère au cours des dernières années sont dans les grandes lignes connus du grand public.

Il est important que les médecins de pays de montagne sachent exactement ce qu' on peut attendre de l' hélicoptère, ses avantages, mais aussi les difficultés auxquelles se heurte son utilisation. Le présent rapport tente de faire le point d' une question nouvelle, compte tenu des essais d' hélicoptères en France et de la documentation étrangère que nous avons pu rassembler.

Difficultés d' emploi. Limitations Si, pour le profane, l' hélicoptère donne l' impression de tout se permettre, si ses évolutions sont spectaculaires, son emploi n' est pas sans difficultés surtout en montagne, et avant de parler de ses avantages et de ses qualités certaines, il convient d' en énumérer rapidement et schématiquement les limitations.

1 Nous adressons nos remerciements au rédacteur du Concours Médical ( Paris ) qui nous a gracieusement autorisés à reproduire cet article sur les essais faits en France.

I. - Limitation de plafond. Dans le cas de secours en montagne, c' est l' altitude de décollage limite qui surtout nous intéresse. Elle est évidemment fonction du poids. Si à pleine charge, 4 personnes en sus du pilote et plein d' essence, l' appareil ( SE 3120 ) ne peut décoller au-dessus de 800 mètres, par contre il décolle de 2000 mètres avec 2 personnes en sus du pilote et son plein complet, et de 2200 mètres avec 2 personnes et le demi-plein d' essence.

Le plafond pratique ( passage d' un obstacle dans des conditions de montée optima ) serait dans les cas du SE 3120 considéré plus haut de:

2800 m. à pleine charge, 4 personnes + plein d' essence, 3600 m. à 2 personnes + plein d' essence, 3800 m. à 2 personnes + demi-plein d' essence.

En ce qui concerne des appareils plus puissants, le Sikorski S 55 qui doit être construit en France sous licence, décolle de 2700 mètres à pleine charge ( 1200 kg. à charge utile 8 blessés couches + convoyeursII. - Difficultés à l' atterrissage et au décollage. Ces difficultés peuvent provenir tout d' abord du terrain qui doit être relativement dégagé. Carle décollage rigoureusement à la verticale, s' il est possible, présente des risques ( panne de moteur au décollage ) et la technique utilisée est celle-ci: l' appareil décolle verticalement de 1 m. 50 environ pour prendre ensuite son angle et sa vitesse optimum de montée.

Pour l' atterrissage: descente rigoureusement verticale, très délicate ( anneaux tourbillon-naires ).

Pour le décollage, disons pour fixer les idées que les obstacles de 30 mètres de hauteur ne pourront être passés qu' après un vol de 150 à 200 mètres.

De plus l' aire d' atterrissage ou de décollage ne doit pas être trop en pente. Enfin, particulièrement en pays montagneux, il y a lieu de tenir compte des difficultés supplémentaires fonction des turbulences ( rabattants ) et de la vitesse du vent.

Quoiqu' il en soit, l' expérience acquise au cours de l' utilisation de l' hélicoptère pour les relevés cartographiques en montagne, utilisation qui a nécessité des centaines d' atterrissages, montre que les conditions de pilotage très variées, parfois faciles et classiques, souvent délicates et imprévisibles, requièrent des équipages confirmés connaissant parfaitement le secteur considéré et les particularités de vol en montagne.

III. - Mauvais temps. En pilotage sans visibilité, le décollage et l' atterrissage sont actuellement impossibles. En vol, seuls des appareils spécialement équipés pour le VSV ( vol sans visibilité ) et confiés à un pilote expérimenté peuvent traverser de minces couches de nuages.

IV. - Vol de nuit. Le vol de nuit n' est possible que dans des conditions bien déterminées: nécessité de voir le sol, terrains bien balisés. Le sauvetage dans ces conditions en montagne est des plus hasardeux.

V. - Autonomie. L' autonomie du SE 3120 cité plus haut est de 250 km. avec son plein d' essence ( avec sécurité d' un quart d' heure de vol ); 120 km. avec demi-réservoir.

Quant au S 55 ( 8 blessés ) son autonomie est de 120 km. et l'on gagne 100 km. par blessé en moins.

Avantages. Références I. Malgré les difficultés d' emploi que nous avons tenu à vous signaler, l' hélicoptère présente l' avantage de rendre accessible un malade ou un blessé qui ne le serait pas parfois par 1 Plus récemment, en septembre 1953, des essais ont été faits sur le Lac de Thoune avec un appareil anglais, le Bristol. Toutefois, la fabrique n' a pas voulu assumer les risques d' essais en montagne ( voir là-dessus le journal de la FSS Ski, 6 décembre 1953 ).

d' autres moyens, de rendre possible une évuacuation que les conditions atmosphériques ou topographiques ne permettraient pas d' envisager avec succès.

II. - Le temps gagné par rapport aux autres moyens quand ils sont possibles peut être précieux dans les deux sens.

A l' aller, le médecin ou les secours parviennent dans un temps minimum: Au retour l' évacuation éventuelle qui conduit le malade dans la tour même de l' hôpital s' effectue rapidement: la possibilité de suivre la ligne droite raccourcit les distances; la vitesse de croisière des hélicoptères légers est un peu supérieure à 100 kilomètres à l' heure, celle du S 55 est de l' ordre de 200 km./heure.

III. - Les conditions de confort, du moins en certaines circonstances, ( montagne, tout terrain, etc. ) donnent encore l' avantage à l' hélicoptère sur les autres moyens d' évacuation 1. Les secousses, les cahots, les virages sont supprimés: il faut avoir transporté des polyblessés en tout terrain sur des voitures sanitaires même bien suspendues, ce qui n' est malheureusement pas toujours le cas, pour mesurer l' avantage de l' hélicoptère. Le confort est maximum dans le cas de gros hélicoptères, tels que le S 55 dont la vaste cabine admet 8 malades ou blessés couchés et 1 convoyeur.

IV. - La grande presse, le cinéma ont montré la part prise par les hélicoptères dans les secours au profit des populations civiles, inondations de Hollande et d' Angleterre, secours dans la forêt et les lacs canadiens, etc. En Indochine, avec des moyens réduits, le cap. Santini, le médecin cap. Valérie André et leurs camarades ont évacué à cette heure 2000 blessés par hélicoptères.

En Corte, à la date du 20 mars 1952, 3038 blessés avaient été évacués par ce moyen, 639 militaires récupérés en territoire ennemi, 74 membres d' équipage d' avion récupérés en territoire ennemi.

En Hollande, du 3 au 5 février 1953, 411 missions et 1463 sauvetages dans des conditions climatiques très dures.

Un exemple très récent qui nous touche de plus près. Dans les Hautes Pyrénées, les 6 et 7 mars 1953, entre les cotes de 1250 à 1800 m. et en passant par l' altitude de 2300 m ., un hélicoptère BELL, utilisé par l' Electricité de France, est arrivé à une distance horizontale de 6 km. à un débit de 1 tonne à l' heure de matériel. Il fallait 8 minutes pour se rendre de la base de départ aux chantiers d' Aspe, 6 minutes pour en revenir, contre 4 heures à ski pour aller et une heure pour redescendre. En deux jours, 6 tonnes de matériel et 17 personnes ont été transportées.

Conclusion Matériel onéreux à l' achat ( 16 millions environ pour un Bell 47 ) et en utilisation, l' héli, en seule utilisation sanitaire, ne serait pas rentable. Cependant nous pensons que, matériel polyvalent, d' autres services pourraient s' y intéresser et participer à l' effort commun. En dépit des difficultés et des limitations que peut présenter son utilisation, notamment en montagne, c' est un moyen d' évacuation rapide et relativement confortable, un moyen de sauvetage efficace qui peut sauver de nombreuses vies humaines.

1 L' auteur n' est sans doute pas au courant des sauvetages remarquables effectués par Hermann Geiger avec son Piper. ( Red. )

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