Equipement des voies: formation, problèmes, matériel

L' équipement et l' assainissement des voies nécessitent des connaissances. Le CAS propose donc un cours sur le sujet1 et met, dans une modeste mesure, du matériel à disposition. Il s' agit aussi de faire le point sur l' évolu dans ce domaine et de prendre conscience de certains dangers.

Apprendre à installer des pitons et des gollots interchangeables Le cours du CAS pour l' équipe des voies ne se borne pas à la diffusion de connaissances techniques, mais prend aussi en compte les conditions naturelles, la création et le développement d' un site d' esca ainsi que le type de grimpe. On se pose notamment la question de l' utilisation des points d' assurage interchangeables et contrôlables, dont toutes les parties peuvent être démontées et retirées de la paroi. De tels gollots offriraient l' avantage de permettre un contrôle régulier de leur solidité. Le trou dans la paroi resterait intact et pourrait être réutilisé.

Assainir et informer Les points d' assurage modernes n' offrent pas une sécurité absolue, simplement parce que la texture de la roche varie fortement. On est ainsi constamment confronté à des conditions nouvelles, parfois par surprise, et à des situations dangereuses.

Chaque nouvelle génération de pitons apporte bien entendu une sécurité améliorée. C' est pourquoi il est important de remplacer les anciens points d' assurage. Il sera désormais indispensable de contrôler tous les moyens d' assurage et d' annoncer tous les incidents à une centrale, afin que des mesures puissent être prises en cas de besoin. Les auteurs de cet article connaissent notamment deux voies où l'on peut retirer les gollots à la main!

La nécessité d' agir se fait sentir non seulement pour les voies en libre, mais également pour les voies d' escalade plaisir. Pour ces dernières, la surface du rocher est généralement mieux structurée. Il y a plus de Ancrage collé. La pose et la fixation correctes de ces points d' ancrage nécessitent quelques connaissances préalables. Le cours du CAS permet d' acquérir les bases nécessaires fissures et de lunules. On se demande alors s' il faudrait utiliser davantage de telles structures pour installer des points d' assurage intermédiaires.

Soutenir l' assainissement des voies Jusqu' en 1998, la commission de l' escalade sportive a contribué à l' assainissement des sites d' escalade sportive en fournissant des pitons de qualité et des accessoires. Mais à la suite d' une réorganisation, la commission de l' escalade sportive ne fait plus partie du secteur de l' alpinisme.

Le besoin d' aide pour l' assainisse des voies est cependant important, comme le confirment les nombreuses demandes qui proviennent Ancrages à coller mis à disposition pour l' assainissement des voies de toute la Suisse. On peut toujours se procurer ou déposer du matériel pour l' assainissement des voies d' es sportive à forte fréquentation auprès de Robert Rehnelt2. Pour des raisons d' organisation, il n' est malheureusement pas possible d' obtenir un soutien financier.

Robert Rehnelt, Bienne, et Peter Schild, Berne ( trad. ) M 1 Le cours « implantation de pitons, assainissement des voies » ( 9209 D/F ) aura lieu les 5 et 6 juin 1999 ( cf. programme annuel du CAS 1999, nouveau délai d' inscription: 31. 5. 1999 ).

2 Pour les Romands, s' adresser à Christophe Girardin, rue H. Dunant 1, 2504 Bienne, tél. 032/342 23 89. Pour les Alémaniques, contacter Robert Rehnelt, Mittelstr. 41, 2502 Bienne, télVfax 032/342 43 83.

Jouvelles des ALPES notiziario delle ALPI LLPEN-Nachrichten

personnes dont la destinée se cache sous ces chiffres? La situation en campagne uranaise.

Plus d' humilité face à la nature Février a enregistré le record suisse de quantité de neige, qui a engendré plusieurs centaines d' avalanches. Dix-sept victimes et des dégâts matériels pour près d' un milliard de francs sont à déplorer. Comment la commune de Silenen/Amsteg/Bristen a-t-elle vécu ces événements? Comment les a-t-elle surmontés et comment en assume-t-elle les conséquences? Quelles sont les

Bilan des avalanches

de la commune

de Silenen/Amsteg/Bristen

Rappel La consternation est omniprésente à Golzern, la terrasse exposée, située en dessus du Maderanertal. Il ne reste plus rien à l' endroit où la maison familiale se dressait depuis plusieurs siècles. Plus une pierre ne tient l' une sur l' autre, le mobilier a disparu et même les angles des murs de fondation ont été déplacés sous la pression de la masse de neige.

Les gens sont rassemblés en petits groupes. Ils se tiennent là, appuyés au manche de leurs pelles, et se souviennent. Ils ont de la peine à parler. Chacun cherche ses mots pour définir l' inconcevable. Ils ont cependant tous une anecdote à raconter à propos de février: les grondements sourds de la Des rapports impressionnants: la montagne et, à ses pieds, les habitations des hommes neige qui dévale les pentes à quelques pas, les tempêtes furieuses, le vent qui siffle autour des maisons et qui souffle la neige dans les moindres fentes, les heures d' inquiétude passées à ne rien faire et la radio qui annonce que la situation empire constamment, l' insécurité le jour et la peur la nuit, lorsque retentissent les roulements sourds et menaçants. On parle de Franz, qui était encore en haut il y a peu, dans sa maison avec ses chèvres. Il n' est plus là maintenant, emporté par une avalanche d' une puissance incompréhensible et imprévisible. Emportée aussi sa maison, dont les débris se sont écrasés plusieurs centaines de mètres plus bas, bien au delà de la pente, comme si une explosion gigantesque avait déchiqueté la maison en petits morceaux.

Apprendre à vivre avec l' inconcevable Trois semaines après la catastrophe le printemps fait son apparition. Le soleil brille, mais le souvenir des pertes est encore vif. « Quand cela s' est passé, nous avons tout de suite su que c' était sérieux », raconte Frieda Jauch. « Comment le sait-on ?» La femme hausse les épaules. « On le sent. » Sa voix résonne avec la certitude, acquise au fil des générations, de ceux qui ont vécu à la montagne. Son mari montre, sous sa maison, l' endroit où il a découvert son voisin. Est-ce que Franz a eu peur? Les voisins secouent la tête. Pas un instant. Il n' a jamais voulu non plus quitter sa maison et ses bêtes, affirment-ils. La maison et les écuries avaient été cons- truites dans cet endroit il a plus de deux cents ans. Ici, la montagne fait partie de la vie des gens, ils le savent. Un jeune homme, son épouse, ses enfants et ses parents sont restés à Golzern, dans leur petite ferme protégée par un gros rocher. « Les gens d' ici sont profondément croyants, cela leur donne la force d' accepter l' inconcevable », affirme Gusti Tresch. Il a grandi sur les pentes abruptes qui se dressent au-dessus du Maderanertal et vit aujourd'hui dans la vallée.

We et mort L' employé de commune passe de maison en maison pour distribuer des formulaires où inscrire les heures de déblaiement nécessaires pour les dommages qui ne sont pas couverts. Quelques personnes ont encore des formulaires datant de plusieurs années: avalanches, ouragans, torrents, éboulements. Les catastrophes naturelles ne sont pas rares dans la région. La puissance de la montagne se ressent. Il faut rejeter la tête en arrière pour apercevoir, à 1500 mètres, le sommet du Chli Windgällen qui domine les pentes abruptes. Même un montagnard en tremble.

Le printemps s' est installé et le temps aide à oublier- peut-être. Mais le passage rapide de l' hiver au renouveau, de la mort à la vie, est brutal. « Rien ne sera plus comme avant », déclare un jeune paysan de Golzern.

► T Avec l' impact d' une explosion, l' avalanche « Geiss-laui » a déchiqueté une maison du hameau de Golzern, en dessus de Bristen. Elle a fait une victime et les débris ont été dispersés dans un rayon de plusieurs centaines de mètres Les habitants ont baptisé les avalanches: « Breitlaui » à proximité du village de Bristen Entretenir la mémoire II appartient au secrétaire communal de Silenen, Josef Zurf luh, d' entre la mémoire de l' hiver du siècle dans la commune. « Juste après la catastrophe, tous veulent apporter leur aide, explique Joseph Zurf luh, mais la neige doit d' abord fondre, avant que nous puissions mesurer l' ampleur totale des dégâts. » Après un vol de reconnaissance au-dessus du Maderanertal, il constate: « Les dommages sont encore plus importants que ce que nous avions estimé. Maintenant que les fleurs éclosent dans la plaine, les habitants de la vallée ont de la peine à s' imaginer qu' à la fin février nous vivions en enfer et quelles en Nouvelles des ALPES sont les conséquences pour notre commune. » Du travail, du temps et des coûts élevés « Avant tout, il faut déblayer » indique Gusti Tresch. Les champs doivent être « réparés » par un travail soigneux, afin d' éviter l' érosion et d' aménager une nouvelle aire de production pour l' agriculture.

Beaucoup de dommages ne vont pas être réparés rapidement. Certains ne le seront pas du tout, comme les arbres qui, à une altitude de 1200 mètres, ont besoin de plusieurs siècles avant d' offrir une protection pour les hommes et leurs constructions. Il faudra des milliers d' heures de travail pour remplir les trous et les fossés et pour évacuer les pierres et le bois mort.

Pour les travaux de déblaiement indispensables, la commune a compté quelque 2500 à 3000 jours de travail, dont les coûts sont estimés à un demi-million de francs. En tout, il faudra compter plusieurs millions de francs. Les coûts seront pris en charge par le Fonds suisse pour dommages non assurables causés par des forces naturelles ( Confédération/canton ) et par la caisse d' assurance immobilière. Lorsqu' il n' y a pas de couverture d' as, on a recours à des dons ou à d' autres formes d' aide, comme celles d' institutions telles le Parrainage suisse pour communes de montagne,

Conclusions et prises de position à propos des avalanches de février

Un premier bilan du FNP « Les avalanches sont un risque. On peut le gérer, mais pas le supprimer. » Le FNP ( Institut fédéral de recherche sur la neige, la forêt et le paysage ) intitule ainsi son communiqué de presse sur les avalanches de février. Cela signifie que l' homme doit réapprendre à observer la nature et à en évaluer raisonnablement les risques.

Malgré une quantité de neige record, des centaines d' avalanches, dix-sept victimes et des dégâts matériels chiffrés à près d' un milliard de francs ( 200 millions de dommages directs et 800 millions de dommages indirects dans le tourisme, les transports et l' approvisionnement en électricité ), la Suisse s' en tire à bon compte, aux dires des experts en avalanches. La L' avalanche « Wilerlaui », qui dévale régulièrement les pentes en face de Silenen, s' est arrêtée à quelques mètres de l' autoroute du Gotthard, dans la vallée de la Reuss 600 hectares ont été anéantis et près de 100 000 mètres cubes de bois ont été emportés, soit quatre fois moins que lors de l' hiver 1951 où de nombreuses avalanches ont été enregistrées. ( En comparaison, l' ouragan Vivian de 1990 a emporté dans le pays 4,3 millions de mètres cubes de bois. ) La forêt, combinée avec les installations de protection artificielles, a passé le test des avalanches.

Le FNP ajoute que les prévisions du temps et des avalanches se sont améliorées et se sont avérées efficaces. Bien que pendant la période critique cinq fois plus de personnes qu' en 1951 séjournaient dans les Alpes, le nombre des victimes est nettement inférieur ( 98 victimes en 1951 contre 17 en 1999 ).

Dans quelle direction aller?

C' est en ces termes, ou à peu près, que se pose la question les semaines suivantes. Allons-nous, par exemple, glisser dans un débat de fond sur les exigences de sécurité pour les touristes dans le style des défenseurs des fnntnmmatO..rcil'. " " .3 mónr3ino rnm.

Avant de pouvoir regagner leur logis, de nombreux habitants de Bristen ont dû aménager un tunnel à travers les murs de neige hauts de plusieurs mètres De nombreuses constructions et galeries de protection contre les avalanches ont bien résisté. Faudra-t-il en aménager plus après les avalanches de février?

me le demandait avec inquiétude le commentateur d' un journal? Allons-nous opter pour une protection technique et remplacer la forêt endommagée par des installations artificielles pour un montant annuel estimé à 2,1 millions de francs? Ou al-lons-nous investir dans la nature et dans l' entretien de la forêt? Voici encore une tâche importante, car selon le FNP, 67% des forêts de protection en Suisse présentent des dommages importants. De plus, la forêt a besoin de temps et de bon air pour grandir.

Encourager les forêts de protection De nombreux professionnels préfèrent la variante des forêts de protection, parce qu' elle est la plus douce, celle qui a le plus de chance de succès à long terme et la meilleure marché: concentration sur les soins, le renouveau et le reboisement - installation de nouveaux paravalanches, seulement où la sécurité l' exige. D' après un sondage effectué dans le cadre du deuxième inventaire forestier national, seuls 26% de la population suisse décrivent l' effet de protection de la forêt comme prioritaire.

Conflits d' intérêts en prévision « Gérer le risque »: cette formule introduit une nouvelle dimension dans la vie des hommes, qui devra être accompagnée d' une meilleure compréhension de la nature, voire de plus d' humilité face à elle. Que faire alors, lorsqu' une maison se trouve dans une zone rouge ou qu' un bâtiment doit être reconstruit? Ou qu' on envisage de construire de nouvelles remontées mécaniques qui amèneront du travail dans la région? Le débat sur ces questions a à peine commencé.

Après la catastrophe, les journaux, la radio et la télévision ont exigé une meilleure « compréhension de la nature ». « Notre population a perdu pour une grande part sa relation à la nature », affirme Philippe Roch, directeur de l' Office fédéral de l' environ, des forêts et du paysage. Il déclare cependant que « l' amour de la nature prendrait fin avec la fermeture des routes ».

Peter Donatsch, Maienfeld ( trad. ) M i Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur i Per l' alpinista, lo sciatore e l' escursionista i Für Skitourenfahrer, Bergsteiger und A|ain ß|anc Croix.de.Ro2 ori -wanderer a.

L' Elbrouz est bien européen, puisqu' il est situé entre la mer Noire et la mer Caspienne, sur la bordure septentrionale de la chaîne du Caucase et que tous les atlas délimitent l' est de l' Europe, par la chaîne de l' Oural et la mer Caspienne, et le sud, par la chaîne du Caucase et la Méditerranée.

Emergeant entre des plaines au nord et des sommets élevés au sud, ce massif circulaire, d' un diamètre de 18 km, est dominé par deux sommets principaux: le West Peak ( 5642 m ) et l' East Peak ( 5621 m ) qui abrite le cratère. Le surnom de l' El est une petite antarctique, car plus de 70 langues glacières couvrent ses pentes et, à certains endroits, l' épaisseur de la glace atteint plusieurs centaines de mètres.

Si l' ascension est possible depuis tous les côtés, les nombreuses crevasses, l' altitude et les brusques changements de temps, combinés au froid extrême, ont longtemps tenu les humains à l' écart. Réservé aux dieux, l' Elbrouz a été, selon la légende, le théâtre de la colère de Zeus qui y enchaîna Prométhée, le voleur de feu, et l' y laissa en pâture aux vautours. C' est le 10 juillet 1829, seulement, que le sommet a été foulé pour la première fois par Killar Khashirov, leader d' une expédition militaire et scientifique russe. Khashirov marque ainsi la naissance de l' alpinisme russe.

Le sommet Ouest a été conquis en 1868 par une expédition anglaise, et le doublé ( West et East Peak ) sera réalisé par deux alpinistes suisses: Gugi et De Remy, en 1910, dans la même journée.

Une administration pointilleuse

En Russie, avant de goûter aux joies de la montagne, il faut en gravir une autre: le formalisme. Si le pays a abandonné son régime communiste, il conserve les vestiges d' une administration poin-

L' Elbrouz: la petite antarctique

tilleuse. L' invitation personnelle d' un ami, employé de l' ambassade suisse à Moscou, accompagnée de seaux officiels, n' a pas suffi pour que nous obtenions des visas. L' Elbrouz, nous disait-on, est trop proche de la fratricide frontière géorgienne. Il aura fallu faire appel a une société financière amie, suisse, mais travaillant pour des Russes, pour que les visas nous parviennent, trois jours avant le départ, alors que nous avions déjà opté pour une autre destination. Miracle de diplomatie ou miracle d' une promesse... le mystère de l' arrangement restera entier.

Entrée en Kabardino-Balkarie

L' étape de Moscou est inévitable, pour le coup d' oeil, mais aussi à cause du changement d' aéro. En taxi, nous mettons plus d' une heure pour aller de l' aéroport international à l' aéroport Vnuko-

Le soleil se lève sur l' arête du Cheget ( à droite ). Derrière, de droite à gauche: le Nakratau, le Donguz-Orun et le très caractéristique Ushbah, suivi du Shkhelda

va, qui dessert tout le Sud du pays. C' est à partir de ce moment que l'on se rend définitivement compte de ses limites linguistiques. Les nôtres se situent entre: « da » et « Mineralnyje Vody », le nom de notre destination.

Entrés par la soute, nous prenons place à bord de l' énorme Iliouchine qui assure la liaison. La fumée qui sort des plafonds est peu rassurante et je m' étonne de pouvoir choisir ma place quelques rangées devant un mouton au museau bâillonné. La Lada, qui nous conduit ensuite au bout de la vallée de la Baksan, a tôt fait de nous révéler ses entrailles. Heureusement, le génie de la débrouille n' est jamais loin dans les pays en mal de développement. Vartan, notre chauffeur arménien, y a souvent recours. Sans aucune formalité, nous passons la barrière qui marque l' entrée dans la république autonome de Kabardino-Balkarie. Peu après, une succession de défilés nous ouvre la vallée. En contrebas, les flots de la rivière présagent déjà de l' importance des glaciers.

Mise en garde

« Je suis monté plus de septante fois au sommet. Parfois j' emmenai mes pinceaux et je restais ainsi des heures à peindre », nous confie Vladimir Pivo-vitch, le doyen des guides de Terskol, que nous rencontrons, à peine installés au Cheget Hotel. « Prenez

un guide, la montagne n' est pas très difficile, mais elle peut se mettre en colère. » Situé entre deux grandes mers intérieures, l' Elbrouz a la particularité d' être isolé en bordure nord de la chaîne du Caucase. Cette situation entraîne des écarts de température importants, non seulement entre les différentes saisons, mais également dans une même journée. En raison de l' altitude, plus élevée que les sommets environnants, de persistants nuages colonisent le sommet. Et Vladimir de nous mettre en garde: « Attention au brouillard qui recouvre très vite l' im blanche et gare aux émanations de souffre qui affectent l' acclimatation. »

a.

Terskol, le Chamonix local

Terskol, du haut de ses 2100 mètres, est au bout de la vallée. Nous sommes au cœur du plus grand domaine skiable du Caucase, mais le lieu à des allures de village fantôme, surtout la nuit quand aucun lampadaire ne fonctionne. Ici, comme dans toute la vallée, les constructions n' ont aucun style, elles sont volumineuses, ternes, tristes. Même les sièges multicolores d' un télésiège vétusté ne parviennent pas à faire oublier un passé figé dans l' uniforme soviétique.

Protégée des avalanches par un piton rocheux, la cabane faisait face au Donguz-Orun ( 4468 m ) et au Nakratau ( 4451 m )

Par une sente, nous nous retrouvons au milieu des alpages. Là aussi, les écuries sont faites de bric et de broc mais... quelle nature! Et quelle solitude! Si l' herbe est quasiment inexistante, il y pousse une grande diversité de plantes. Aucun sapin, aucun mélèze, mais d' énormes pins nous accompagnent un moment dans notre montée vers l' observatoire. La crête de basalte rouge, que nous parcourons, rappelle l' existence du volcan.

Parvenus sur un plateau, nous découvrons une

Sommet Sud-Ouest et roches de basalte. De la cabane, le sommet Sud-Ouest cache le sommet Ouest, le plus élevé

dôme blanc d' un observatoire flambant neuf émerge au milieu de cette désolation. Nikolay et Arkady, deux astronomes, nous reçoivent avec du thé et de la confiture de coing, tout en parlant espagnol. Ils vivent ici, à plus de 3000 mètres d' altitude, tout au long de l' année et recherchent des particules vivantes dans l' espace. Depuis qu' un téléphérique a été construit sur les pentes de l' Elbrouz, la voie normale, qui passait jadis par l' observatoire, est déser-

Pour l' alpiniste, le skieur et le randonneur

tée. Les refuges en ruine, qui parsèment la montée vers l' Ice Base à 3900 m ( but de notre premier jour d' acclimatation ), en témoignent.

Une nuit à 4000 m

Nous suivons les conseils de Vladimir et décidons de passer la nuit à 4157 mètres d' altitude, à la cabane Prijut 11. Pour y parvenir, il faudra d' abord trouver un véhicule - 5 km nous séparent de la station de téléphérique d' Azau -, puis un mécanicien pour faire démarrer l' installation. Il faudra aussi éviter de poser son regard sur le pilier en béton de l' entrée en gare de la station intermédiaire, fendu sur toute sa largeur... Contents de ne compter plus que sur nous, nous parcourons dans la neige les 400 derniers mètres de dénivelé jusqu' à la cabane. Construite en 1939, sa couverture d' aluminium lui donne une allure de vaisseau spatial. De la ferraille jonche ses abords et c' est un radiateur électrique, posé sur la tranche, qui sert de paillasson. L' inté ressemble à un hôtel. Deux étages et deux longs couloirs donnent accès à une quarantaine de chambres de 2 à 6 lits. Un réfectoire et une cuisinière à gaz permettent de faire une popote qu' un gardien taciturne délaisse totalement. Nous passons la soirée parmi des skieurs moskovites, bercés par les sons d' une guitare slave empreinte de nostalgie.

Le brouillard ne s' est pas dissipé, mais nous décidons de monter jusqu' aux rochers Pastoukovs ( 4700 m ). Il est vrai qu' une suite de piquets en bois trace la voie et, qu' en cette saison, la seule crevasse du parcours est bien recouverte. De retour à Terskol, des shashliks ( brochettes d' agneau ) l' emporte sur le trop traditionnel chou et sur le riz au lait, en même temps que l' Italie l' emportera sur l' Autriche, Mondial de foot oblige.

Partis vers le sommet

La météo est excellente, pour la première fois nous apercevons le sommet. Gage de sécurité, surtout par temps de brouillard, Alic sera notre guide. Il est le chef des secours en montagne de la vallée et cette ascension sera sa 11 Ie.

Le téléphérique n' est pas plus engageant, mais permet de gagner du temps. Au refuge, nous retrouvons nos amis skieurs qui profitent du soleil, en caleçon de bain. Malgré les apparences, tous ne supportent pas très bien l' altitude et souffrent d' un mal de tête persistant. De notre côté, nous sentons que ce retour en plaine nous a permis de faire le plein d' oxygène et le beau temps nous comble. Cet excès de bonne humeur aura son revers, car un

Café à Terskol. Généralement, des roulottes font office de café. Ici une version plus ancienne

trop grand appétit réduira à néant le sommeil de mon ami Tony.

Trois heures du matin: nous entamons la montée sous un ciel constellé. L' air est vif, le vent n' a pas cessé de la nuit. Pour l' instant, il nous pousse vers le sommet. Après les rochers Pastoukovs, nous progressons en dessous du sommet Est avant d' enta la longue traversée qui mène à la selle. Le vent s' intensifie. Je ne sens plus la présence de Tony derrière moi. Je me retourne. Je l' aperçois loin derrière, les fesses à l' air. Je comprends soudain son problème et j' espère qu' un tel effort aura été pour lui synonyme de délivrance.

Nous atteignons la selle avec le soleil. Nous remontons complètement la petite vallée qui sépare les deux sommets. Le sommet Ouest, le plus haut, a notre préférence. Quelque 300 mètres d' une pente abrupte, et nous voilà sur le plateau sommital. Encore une centaine de mètres et Alic nous fait l' hon de gravir la dernière bosse en tête. L' horizon est immense. L' impression d' avoir les plus fameux sommets caucasiens à ses pieds ( Shkhelda, Ushbah, Donguz-Orun... ) et la vision de la mer Noire aident à faire oublier fatigue, maux d' estomac et petites gelures. De plus, on est loin de la foule du Mont-Blanc...

Le vent abrège le bonheur du sommet. Durant toute la descente, je regrette mes skis, laissés à la maison par souci d' encombrement. Le lendemain, une pente régulière, une neige dure et lisse combleront de joie nos amis russes.

Pour le plaisir

Forts de nos globules rouges, nous décidons de poursuivre la découverte de ce fond de vallée en parcourant l' arête du Cheget, qui part de l' hôtel et qui s' élève jusqu' à 3761 mètres d' altitude. Une fois encore, un modeste télésiège nous permet de gagner quelques mètres. L' arête s' effile progressivement, mais c' est surtout le panorama qui fascine. D' un côté, l' Elbrouz, solitaire, nous révèle l' étendue de son massif tandis que, de l' autre côté, le Donguz-Orun et le Nakratau dévoilent leurs impressionnantes faces nord.

Parvenus au sommet, les deux gypaètes qui tournaient au-dessus de nous plongent en direction d' un lac émeraude, au pied du Nakratau. Nous ne refusons pas cette invitation et descendons dans

Du sommet du Cheget, nous plongeons dans la vallée, jusqu' au lac émeraude. La frontière géorgienne suit la crête des deux montagnes

cette vallée perdue, sans nous douter que nous nous dirigeons vers la frontière géorgienne. Bientôt, des militaires armés nous extirpent de nos rêveries. Après les incompréhensibles palabres, un bout de viande séchée déridera nos interlocuteurs et un fond de vodka nous incendiera la gorge. Comme quoi, dans les situations les plus bizarres, l' estomac prime toujours.

P.S. Début septembre 1998, Prijut 11, le dernier refuge avant le sommet de l' Elbrouz, a été détruit dans un incendie qui a fait plusieurs blessés. L' ascension du plus haut sommet d' Europe sera désormais plus difficile.

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