Escalade au sud de la Turquie Plus près que la Thaïlande et tout aussi beau

Si vous avez entendu parler d' Anta, sur le bord de la Méditerranée, ce nom vous évoquera probablement la plage, les charters, les complexes hôteliers, le tourisme de masse. Pourtant, dans l' arrière montagneux, dont la population vit de l' agriculture traditionnelle, quelques mordus de grimpe ont découvert un énorme terrain de jeu. Les impressionnantes falaises calcaires de Geyikbayiri sont très vite devenues le point de ralliement du tout nouveau milieu turc de la grimpe.

Mais ces régions ne restent pas totalement à l' écart du tourisme de masse. Suite à l' expansion de la classe moyenne d' Anta, le village de Geyikbayiri, à 25 km seulement de la ville portuaire, s' est beaucoup agrandi dans les soixante dernières années. Des citadins aisés y ont construit des résidences secondaires. Quant à la route qui traverse le village et donne accès aux montagnes, elle a été goudronnée et le week-end, elle est très parcourue.

Cependant, l' achat d' un morceau de terrain par un couple de grimpeurs d' Istanbul, en 2001, a provoqué un véri- Calcaire à perte de vue à Geyikbayiri. Òlcay Caf dans Scareface ( 7 c+ ). Par temps clair, la vue porte jusqu' à la mer Photo: K or ay Özyür ek table choc culturel à Geyikbayiri. Öztürk avait les cheveux longs et se déplaçait en moto. Zuleyha, bien que née à Istanbul et parlant turc, était hollandaise, imaginez seulement! L' ancien propriétaire du Moins difficile mais tout aussi spectaculaire: Murat Canbek dans Bizon ( 6a+ ) Photo: Koray Özyürek Photo: Alexandra Rozkosny Même les voies moins difficiles sont souvent surplombantes, mais bien dotées en prises: Zuleyha Geels dans Uçan Teneke ( 6a+ ) Des voies à n' en plus finir: la barre principale, au-dessus de Geyikbayiri, s' étend sur 1 kilomètre et recèle plus de 300 voies de tous les niveaux Photo: K or ay Özyür ek terrain était cultivateur et élevait des chèvres et des vaches. Dès leur arrivée, les deux citadins ont coupé toutes les cultures de céréales; ils ne savaient même pas à quelle fréquence on arrose un grenadier. Mais le pire, à en croire leur voisin, c' était qu' ils passaient leurs journées suspendus dans les falaises au-dessus de leur terrain, à percer des trous. Complètement fous, ces deux-là... A moins qu' ils ne fussent à la recherche de trésors? Le voisin lui-même avait passé beaucoup de temps, dans sa jeunesse, à fouiller la ville antique de Trebenna toute proche avec ses amis, espérant y trouver des richesses. Peut-être aussi fallait-il croire le chef local de la police militaire qui, comme de juste, les tenait pour des espions. Certes, les deux jeunes se disaient grimpeurs; mais pour la population locale, qui n' avait jamais entendu parler de ce sport, cette explication ne tenait pas la route.

En 2001, on comptait en Turquie une petite centaine de voies d' escalade. jourd' hui, on y trouve une bonne quinzaine de secteurs avec plus de 1500 voies. Dog˘an Palut et Öztürk Kayikci, à l' origine de l' ouverture de la majorité des secteurs, ont joué un énorme rôle dans ce développement. Etudiants en sport à l' Université de Marmara, à Istanbul, ils étaient les premiers à pratiquer l' escalade libre en Turquie.. " " .Vers 1990, inspirés par des articles sur l' escalade lus dans des magazines étrangers, ils ont commencé à s' entraîner sur les murailles antiques de Rumeli Hisari, sur les rives du Bosphore, s' exposant aux railleries incessantes des vieux qui les observaient depuis les salons de thé des environs. A la même période, les deux grimpeurs ouvraient les premières voies équipées du pays, dans un secteur situé à environ 70 km d' Istanbul.

Geyikbayiri – du projet fou au point de ralliement international

« Quelques années plus tard, nous nous étions donc installés à Geyikbayiri; Öztürk venait d' Istanbul, moi de Hollande et notre maison en préfabriqué, violette et de la taille d' un container, sortait tout droit d' un catalogue. Nous nous Photo: Alexandra Rozkosny 37 sommes mis à ouvrir des voies en plein été, par une chaleur incroyable. Les six premiers mois, il n' a pas plu une seule fois, et la température dépassait souvent les 40° C. Mais le rocher était tellement bon que nous ne pouvions pas nous arrêter! Nous avions devant nous une barre rocheuse de 1,5 km de long et 70 m de haut environ, en calcaire compact entrecoupé de colonnettes, dont les couleurs allaient du blanc au noir en passant par le jaune et le rouge vif. Un spectacle qui évoquait Kalymnos, voire la Thaïlande. Et les possibilités étaient tout aussi variées: les sections verticales permettaient d' ouvrir de longues voies techniques, alors que d' autres lignes, passant par des petites grottes et des surplombs, sont avant tout physiques.

Comme ailleurs en Turquie, un soin extrême a été porté à l' équipement; le matériel utilisé doit absolument correspondre aux normes de sécurité en vigueur. Le principe: mieux vaut peu de voies avec un équipement irréprochable que des voies plus nombreuses, mais qui laissent à désirer. Quelques mois après notre arrivée, les premiers grimpeurs turcs ont commencé à monter leurs tentes dans notre jardin. Pour des raisons de coûts et de visas, il est presque impossible pour les Turcs d' aller grimper à l' étranger. Notre idée était de proposer un lieu où les grimpeurs de Turquie et d' ailleurs pourraient se rencontrer et échanger. Le pari semble réussi: de plus en plus d' Européens viennent nous voir, Michel Piola, par exemple, est venu plusieurs fois à Geyikbayiri; il y a ouvert des secteurs fantastiques. »

Escalade et baignade à Olympos

« Entre-temps, notre projet s' est étendu à un autre secteur, tout près de la mer: Olympos. A environ 80 km d' Antalya, c' est aujourd'hui le deuxième plus grand secteur de la région. Olympos se trouve dans une crique, au fond d' une charmante vallée boisée qui débouche directement sur la mer. Il y a une vingtaine d' années, les habitants de cet ancien repaire de pirates ont commencé à ériger des cabanons en bois qu' ils louaient aux backpackers. A mesure que des voies sont équipées sur les nombreux rochers éparpillés dans la vallée, un nouveau public Le verger de grenades, dans lequel se trouve un petit camping, est l' endroit rêvé pour paresser Si l'on a la chance de visiter Geyikbayiri en automne, on pourra se délecter de grenades fraîchement cueillies Photo: Sasa Holenstein affl ue dans ces lieux 1. Les grimpeurs turcs sont de vrais passionnés, toujours ravis de partager leur terrain de jeu avec des amis venus d' ailleurs. Aller grimper en Turquie, c' est non seulement découvrir des voies splendides dans de magnifi ques contrées, mais aussi apprendre à connaître les grimpeurs locaux, leur culture et leur hospitalité.

Feedback