Escalade dans l'Ötztal Voyage découverte en Autriche

Rares sont les Suisses qui connaissent l' Ötztal comme but d' escalade. Pourtant, cette vallée offre aux grimpeurs de tous niveaux des secteurs combinés dans un granit d' excellente qualité.

« Sec !», crie-je à Anja en contrebas. La dernière prise rouge en forme de banane surdimensionnée m' a achevée. A vrai dire, je grimpe en salle à contrecœur, mais cela fait des semaines qu' il tombe des seilles à l' extérieur, et je n' ai pas envie non plus de perdre le sens de la verticale. Je me suis donc laissée convaincre, aussi dans la perspective d' aller boire un café après l' effort et de faire des projets, car les vacances d' été approchent. J' aimerais sortir et pouvoir me mettre du vrai rocher entre les doigts. Mon amie Anja n' en pense pas moins. Mais où donc emmener maris et enfants, lorsque les uns grimpent dans le 8a, les autres au maximum dans le 6 c, et que les enfants débutent? En outre, il faut choisir un site où il ne fait pas trop chaud et il serait souhaitable de pouvoir s' y baigner. C' est finalement Manuel qui lance l' idée lumineuse de l' Ötztal, lui qui y a séjourné brièvement quelques années en arrière. « Pas trop éloigné et doté d' un granit varié et grossier », dit-il plein d' enthousiasme.

Trois semaines plus tard, Paul se démène avec une énorme tente familiale acquise dans l' euphorie par Anja juste avant les vacances. Rien ne semble vouloir se dérouler comme sur le mode d' emploi. Par chance, Manuel et moi disposons de notre bus, qui tient debout, lui.

Sur notre route, nous avons fait une halte à Oetz, à l' entrée de la vallée. On y trouve l' une des plus anciennes écoles d' escalade de la région. Avec son large choix de voies et d' accès facile, c' est l' endroit idéal pour se remettre en mouvement après le voyage en voiture et s' accoutumer au granit de l' Ötztal. Mais les enfants eurent tôt fait de s' ennuyer, et il fit vite trop chaud. Nous avons donc continué notre route jusqu' au Piburger See, posé dans un paysage de montagnes idyllique au-dessus d' Oetz. T'andis qu' Anja et moi profitions du soleil et que les deux enfants semaient la pagaille dans le secteur des non-nageurs, Paul prospectait la raide paroi rocheuse dominant le lac. Il crut même y reconnaître du travertin. Ainsi que l' a justement fait remarquer Manuel, c' est ici que Markus Haid, l' un des meilleurs grimpeurs de l' Ötztal, a ouvert ces dernières années une poignée de voies difficiles. Tous les deux ont très vite été convaincus qu' ils y reviendraient.

Le jour suivant, Anja et moi voulions nous rendre à Tumpen pour y découvrir le secteur « Engelswand » ( paroi de l' ange ): une prairie d' un vert intense devant une imposante paroi sombre allant du brun-rouge au jaune orangé en passant par le noir. La joie se fait plus vive à mesure que nous nous approchons du site d' escalade à travers champs. Nous y distinguons déjà des structures et des traces de magnésie. Nous prenons d' abord le temps de nous installer confortablement. Bien entendu, nous ne sommes pas les seules à vouloir profiter de cet endroit idyllique, qui n' est d' ailleurs pas indiqué le week-end pour les grimpeurs cherchant à fuir le monde. Mais il y a toujours assez de place pour se reposer tranquillement sous le soleil, pour jouer à la balle ou à la ferme Playmobil et n' est pas le but de notre visite pour sentir entre ses doigts le meilleur des rochers.

L'«Engelswand » offre, dans sa partie de droite, un grand choix de voies entre le 3a et le 5a bien adaptées pour les débutants et les enfants. Dans cette paroi inclinée généralement pourvue de bonnes prises, les grimpeurs débutants peuvent y faire leurs premières expériences en tête. Les plus expérimentés ont le choix entre plusieurs voies très variées dans la partie verticale située à gauche de la paroi. On y trouve son chemin jusqu' au relais en empruntant de petites vires acérées, des dalles, des fissures plus ou moins douloureuses, de petits toits et des dièdres techniquement exigeants. En ce qui nous concerne, nous avons fait le choix de Windwalker ( 6b+ ), une voie longue de 30 mètres qui nous a amenées quelquefois à flirter avec nos limites. Quelques voies du site auraient aussi pu intéresser les garçons, à l' exemple de Zombiball ( 7 c ), une dalle extrêmement exigeante, ou de l' escarpée et athlétique Mein kleiner Traum ( 8a+ ), dont l' attaque se situe à la hauteur d' un banc de bois, au milieu de la paroi. Mais nos deux hommes n' ont pas pu s' empêcher d' aller se mesurer dans l' une des très sélectives voies sur plusieurs longueurs de Nösslach.

Entre-temps, Anja conte à ses enfants la légende de l'«Engelswand ». Le jeune fils du comte von Hirschberg fut capturé lors d' une promenade au pied de la paroi par un gypaète et emporté dans le nid de ce dernier, haut perché dans les rochers. C' est alors qu' un ange d' une blancheur éclatante, alerté par les pleurs et les prières des parents de l' enfant, libéra le jeune garçon des griffes du gypaète et le ramena à la maison.

Le soir, nous retrouvons nos hommes. Ereintés, mais apparemment satisfaits, ils sont affalés devant la tente, une bière à la main. La voie de plusieurs longueurs Auf Messers Schneide ( 8a+ ) était l' objectif du jour. Bien que le toit de l' attaque ( 7 c ) ait failli les décourager, ils se sont tout de même battus sur les sept longueurs que comptait la voie. Bien entendu, ils s' emballent, maintenant qu' ils ont retrouvé le plancher des vaches, en parlant élogieusement de cette voie. La paroi de Nösslach s' étend sur plusieurs centaines de mètres. A son pied, une petite école d' escalade sportive a déjà vu le jour dans les années 1980. Sur la grande paroi principale serpentent quelques voies plutôt difficiles pouvant atteindre les dix longueurs, parmi lesquelles figure Auf Messers Schneide. Matthias Burtscher a enrichi en hiver 2007 l' école d' escalade de Nösslach d' un nouveau secteur où treize nouvelles voies attendent les grimpeurs.

Mais nous voulons nous aussi, Anja et moi, aller voir plus haut et nous rejoignons Sölden dès le lendemain. Après avoir remonté la vallée sur quelques kilomètres, nous tombons sur l' impressionnante Burgsteiner Wand, située sur la droite. En hommage à Reinhard Schiestl, mort prématurément, on équipa ici en 1997 la Reinhard-Schiestl-Klettersteig, une via ferrata. A proximité immédiate de cette dernière se trouve Schwalbennest ( 6b ), voie de plusieurs longueurs qui vaut le détour. Pour Anja et moi, ce fut l' un des points forts de la semaine. Non loin de là se trouve l' un des hauts lieux de la grimpe dans l' Ötztal. En 1980 déjà, Reinhard Schiestl était au travail à Astlehn, où il ouvrit les premières voies. Exorzist ( 8a ) fut l' occasion pour lui d' ouvrir en 1986 l' une des premières voies de ce niveau dans le Tirol. Elle fut d' ailleurs durant longtemps la plus ardue de tout l' Ötztal. Pas difficile donc de deviner où nos deux hommes se sont aventurés le jour où nous profitâmes d' un jour de repos bienvenu au bord du lac d' Umhausen, idéal pour les baignades.

A Umhausen, il n' y a pas que le lac qui attire. De là, une route de montagne sinueuse mène à l' école d' escalade de Niederthai. C' est sur les blocs de granit idéalement situés au pied du Tauferberg que se trouvent une grande partie des voies les plus difficiles de l' Ötztal. Après une marche d' accès agréable de vingt minutes à travers une forêt de pins clairsemée, on se trouve au beau milieu d' un paysage de rêve fait de blocs. Sur un total de douze blocs regroupés dans un périmètre très petit, on compte aujourd'hui plus de 70 voies, en grande partie à partir du 8a, mais aussi quelques jolies voies de degré 6 sur l' échelle française. Les enfants jouent les Hobbits dans la forêt magique. Des voies nommées Gondor ( 8 c+/9a ), Waldläufer ( 8 c ) et Minnas Mogul ( 8a+ ) sont là pour montrer que l' idée ne leur est pas venue de nulle part. L' une des plus belles voies de degré moyen répond au nom de Flying Circus ( 7a ), qu' Anja et moi avons vaincue à défaut de la survoler.

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