FIFAD, un alerte quadragénaire

Ni champagne, ni bougie, mais un superbe feu d' artifice au propre et au figuré a marqué cette édition du Festival du film des Diablerets. Près de 6000 spectateurs se sont bousculés dans l' enceinte du Palais des Congrès entre le 8 et le 15 août 2009. A l' heure du bilan, le cœur est à la fête: des salles combles à de multiples reprises, la naissance remarquée d' une nouvelle catégorie « Cultures du monde » et la participation enthousiaste d' un jury des jeunes montrent que le Festival est loin de ronronner. Jetons un regard dans le rétroviseur de cette riche semaine de projections.

Les Diablerets, c' est d' abord un village qui, prêt à vivre huit jours au rythme des images, se mobilise pour un événement. Animé par le souffle d' une merveilleuse équipe de bénévoles, porté par quelques professionnels, le Festival se vit de l' inté. On y vient pour écouter les conférences de l' après, rencontrer des personnalités, manger une tomme sous la tente ou acheter un livre de montagne dédicacé. Ou encore pour voir grimper petits et grands sur la tour d' escalade. Bonhomie et convivialité caractérisent cette rencontre estivale que les années n' ont pas su rider.

Il était une fois…

On ne peut décemment fêter un anniversaire sans rappeler les temps héroïques de la genèse. L' idée est née en 1968 sous l' impulsion dynamique de Jacques Lavenex: ce visionnaire eut l' au de réunir du public au Grand Hôtel des Diablerets pour projeter quelques films dont le sient: Au-delà des Mélèzes. Le succès de la réunion engendra un projet d' envergure. Et le rêve de se concrétiser l' année suivante sous la forme des premières « Journées du film alpin suisse ». Faut-il évoquer, nostalgique, la place à 5 francs? Pour rendre hommage aux pionniers et au parcours accompli, un ouvrage de Martine Bernier, FIFAD, 40 ans de passion, retrace l' historique et les temps forts de chaque édition. Celle de 2009 aura été éclairée par des personnages charismatiques.

Berhault

Qui n' a pas été ébloui par les exploits de Patrick Berhault? Le Grand Prix du Festival salue l' excellent documentaire de Gilles Chappaz retraçant les multiples facettes de ce grimpeur hors norme, à la fois équilibriste et artiste, danseur et himalayiste. Mais le film dépasse le panégyrique. Evoquant la disparition de l' al lors de sa course aux 4000 des Alpes, il s' interroge sur le sens de cette quête verticale, prêtant la parole aux meilleurs amis de cette étoile filante, qui n' ont d' autres noms qu' Edlinger ou Magnin. Leur témoignage bouleversant incite à une réflexion profonde sur le rôle pervers de la médiatisation et de la surenchère, qui semble avoir rattrapé même un homme aussi passionné et pur que Berhault.

Mais la révélation de cette édition ( coup de cœur du jury, prix du public et prix du jury des jeunes ) est locale: Christian Berrut, dans Jusqu' au bout du possible, s' est attelé à suivre l' épopée du martignerain David Max. Celui-ci s' est choisi un formidable défi: regrimper la voie Vaucher aux Trappistes, trente ans après une chute terrible qui l' avait laissé cliniquement mort.

Avec la complicité de sa femme et de son fils, avec le soutien du guide Serge Roethli, David Max regagne, geste après geste, force, concentration et confiance, autant de micro-victoires sur le handicap.

A nouveau, le portrait dépasse la grimpe pure, l' escalade est intérieure; on assiste à la reconstruction d' un être plein d' humour, complètement authentique dans ses joies et ses peurs. Le film nous fait entrer dans l' intimité du grimpeur sans verser dans la sensiblerie. Sobre, rythmé, il nous plonge dans l' univers du traumatisé crânio-cérébral.

Signalons encore que le Mérite alpin a été remis au Gruérien Erhard Lorétan, dont le nom est attaché depuis longtemps au Festival. On se souvient notamment de l' excellent Face au mur primé en 2004.

Participation du CAS

Neuf récompenses départagent les 22 films retenus en compétition. Le CAS fournit deux prix dans les catégories suivantes: « Documentaire exploits/ aventure » et « Documentaire montagne ». Les deux films primés nous ont invités à un voyage antithétique: Ecumeurs du ciel offre de magnifiques images de neige et glace pour l' ascension d' un itinéraire inédit au Mont Ross Avec son documentaire Ecumeurs du ciel, Yannick Michelat a remporté l' un des deux prix spéciaux du CAS.

Ehrard Loretan avait beaucoup à faire lors du festival: en plus de la présentation d' un nouveau livre, il était également membre du jury. Il s' est aussi vu honorer pour ses prestations d' alpiniste hors du commun.

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