I. Fête annuelle à Fribourg

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

I. Fête annuelle à Fribourg

Protocole de l' Assemblée des délégués du C.A.S.

tenue dans le salon de l' Hôtel de Fribourg, les 26 août 1876, à 5 heures du soir et 27 août 1876, à 71ß2 heures du matin.

Présidence de Mr A. Freundler, président central; secrétaire: Mr C. M. Briquet, secrétaire central. Tous les membres du Comité central sont présents ainsi que Mr le Conseiller d' Etat Theraulaz, président de la fête.

Sections.

Membres délégués.

1.

Argovie ( Aarau ):

M. Imhof.

2.

Zofingue:

« Offenhäuser.

3.

Appenzell ( Sentis ):

: « Steiger-Zölper ( absent ).

4.

Bâle:

« Hoffmann-Burckhardt.

« Lüscher.

5.

Berne:

« Lindt, pharm.

« Dübi, Dr.

6.

« Oberland:

« de Steiger, pasteur.

7.

« Blümlisalp: « Gerwer, pasteur ( absent ).

8.

Fribourg:

« Bourgknecht, Chancelier d' Etat.

« Fragnière, prof.

9.

Genève:

« Des Gouttes, avocat.

« W. Kündig.

Sections.Membres délégués.

10. Glaris ( Tödi ): M. Brunner; J. Becker.

11. Grisons ( Rhœtia ): « Dr Ch. Brügger ( absent ).

« R. Zuan ( absent ).

12. Lucerne ( Pilatus ): « Röthelin, pasteur ( absent ).

« Röthelin, instituteur(absent ).

13. Neuchâtel:« Dr Henry.

14. St-Gall:« Iwan de Tschudi.

« Dr O. de Gonzenbach.

15.« ( Toggenbourg ): non représenté.

16.« ( Alvier ): M. Gramiger ( absent ).

17. Valais ( Monte-Rosa ): « Ant. de Torrente.

« G. Lorétan.

18. Vaud ( Diablerets ): « Morf, professeur.

« Béraneck, chef d' institut.

19. Zürich ( Uto):« Ochsner.

« Baumann-Zürrer.

Avant d' aborder l' ordre du jour proprement dit, M. le Président donne connaissance à l' assemblée des objets suivants:

1° Le Club Alpin Suisse s' est accru depuis le 31 décembre 1875 d' une centaine de membres. Une section nouvelle s' est constituée à Neuchâtel: cordiale salutation et bienvenue dans le Club lui est adressée en la personne de son délégué et président, M. le docteur Henry. Une section, par contre, a disparu, celle du Tessin; toutefois on peut espérer la voir renaître à nouveau, les anciens clubistes de Lugano, en particulier, étant désireux de maintenir une section du Tessin.

2° Le Comité central remercie les sections de Glaris, des Grisons et de l' Alvier, de l' envoi de leurs règlements et tarifs de guides; il les félicite de cet excellent travail qui doit être vivement encouragé dans les sections de montagnes et en particulier dans celle du Valais qui a déjà fait un travail semblable et se propose de le compléter très-prochainement.

3° L' année dernière, à l' assemblée de Thoune, M. de Steiger avait fait une proposition tendant à obtenir une protection plus efficace des chamois. Comme suite à cette demande, le Comité central a fait une démarche auprès de la section de l' Oberland pour obtenir des renseignements précis sur ce qu' il y aurait à faire pour atteindre ce but. M. de Steiger annonce que la question est à l' étude, auprès de quelques gouvernements cantonaux, de par les autorités fédérales, et qu' une solution favorable peut être attendue.

4° A la même assemblée de Thoune, l' année dernière, il avait été voté de payer à M. l' ingénieur Gösset la somme de frs. 13,500 pour les travaux par lui exécutés au Glacier du Khône et contre remise de ces travaux. Le précédent Comité central n' a pas pu arriver à terminer cette affaire et a laissé ce soin à son successeur. M. le Président expose ce qui a été fait, il demande à l' assemblée des instructions sur ce point et la prie de lui tracer une ligne de conduite. MM. Des Gouttes, Lindt, Binet-Hentsch, Béraneck, Hoffmann-Burckhardt et Théraulaz prennent successivement la parole. Après une discussion longue et approfondie, pleins-pouvoirs sont donnés au Comité central pour amener cette affaire à une solution, toutefois en se tenant aux bases essentielles de la convention.

5° M. le Président, en rappelant qu' un nouveau catalogue des membres du Club a été confectionné ce printemps par le Comité central, a constaté le fait que, quelques jours après sa publication, plusieurs sections avaient déjà modifié leurs comités et, qu' en conséquence, il serait à désirer que les sections renouvelassent autant que possible leurs comités à une époque uniforme, comprise entre décembre et février. M. Béraneck fait observer que, la liste des membres ne paraissant pas toutes les années, il serait désirable cependant que la composition des comités de toutes les sections fût réciproquement connue. Il est décidé que, les années où la liste complète des membres ne paraîtra pas, il sera publié une feuille indiquant la composition des comités des sections.

6° Lecture est donnée du rapport de MM. les vérificateurs, Lavater de Zurich et Steiger - Zölper d' Hérisau, sur les comptes de 1875:

Kecettesfrs. 12,605. 90 Dépenses « 11,918. 85 Excédant des recettes frs. 687. 05 Le capital à la fin de 1874 était de « 23,892.83 II est à la fin de 1875 de frs. 24,579. 88.

Ce capital, comprenant des obligations du chemin de fer du Gothard présentement en baisse, MM. les vérificateurs des comptes, consultés à ce sujet par le Comité central, proposent dff ne porter ces titres qu' à une valeur inférieure à leur valeur nominale et de réduire ainsi le capital à frs. 23,289. 88. Toutefois, le Comité central a cru bien faire, dès son entrée en charge, de vendre au plus vite ces titres et il l' a fait à des conditions meilleures que celles que prévoyaient les vérificateurs des comptes. Il en résulte, en y comprenant l' obligation faisant partie du fonds Imfanger, une perte totale de frs. 890, de sorte que le capital remis par le précédent Comité resterait réellement fixé à frs. 23,689. 93. Les comptes ci-dessus sont approuvés avec remerciements au Comité central sorti de charge. La vente des obligations du Gothard faite par le Comité central actuel est approuvée à l' unanimité. La caisse centrale supportera la perte résultant de la vente de l' obligation appartenant au fonds Imfanger.

MM. les vérificateurs des comptes proposent en outre de ne plus subventionner à l' avenir les comptes-rendus des fêtes du C.A.S. Cette proposition, que combat le Comité central, est rejetée.

7° Comme vérificateurs des comptes pour*1876, sont proposés et nommés à l' unanimité MM. Wyss-Wyss, de Berne et Raoul de Riedmatten, de Sion.

8° Le champ d' excursion fixé pour 1876, conformément à la décision de l' assemblée de Thoune, sera maintenu pour 1877. A ce propos, M. le Président expose, qu' à son avis, il y a eu abus dans la distribution gratuite des exemplaires de la carte du champ d' excursion et il propose en conséquence de revenir sur la décision prise à cet égard à Herisau. Après discussion, à laquelle prennent part MM. Théraulaz, Béraneck, Lindt, Hoffmann - Burckhardt, Morf et de Torrente, il est décidé que l' ancien mode usité avant la conférence d' Hérisau sera repris, c'est-à-dire qu' il sera adressé gratuitement à chaque section un nombre d' exemplaires égal au tiers ou au quart du chiffre de ses membres, mais qu' il n' en sera plus délivré gratuitement à des membres isolés.

M. le Président informe l' assemblée que la section des Diablerets a formulé le désir que la carte du sud du Valais publiée par le Club fût complétée dans sa partie ouest-sud-ouest par une feuille comprenant le massif de la Dent du Midi et allant jusqu' à la frontière suisse, à l' ouest. Le Comité central est heureux de pouvoir annoncer que, grâce à la bienveillance accoutumée du « lief du bureau topographique fédéral, M. le colonel Siegfried, la révision de ce massif sera prochainement entreprise, de telle sorte que rien ne s' opposera à ce que ce champ d' excursion succède à celui pris dans l' Engadine pour les années 1878 et 1879.

9° Aux termes de la décision prise l' année dernière à Thotfne, la fête du Club ne doit avoir lieu que tous les deux ans. Puisqu' elle a lieu cette année à Fribourg, il n' y en aura pas en 1877, et cette fête sera remplacée par une réunion libre. Cependant les statuts ( art. 11 ) exigeant qu' il y ait chaque année, non seulement une assemblée des délégués, mais une assemblée générale, le Comité central demande où cette assemblée se tiendra et qui la convoquera. Après discussion à laquelle prennent part MM. Hoffmann, de Steiger, Théraulaz, Béraneck, de Tschudi, Binet et Brunner, il est décidé que la réunion libre aura lieu, si possible, dans le champ d' excursion officielle ( canton de Glaris ) ,'que le Comité central en aura la direction et qu' il n' y aura pas cette fois d' assemblée générale.

Pour 1878, l' offre aimable de la section Berner Oberland de recevoir le Club est acceptée et Interlaken est choisi comme lieu de fête. M. le pasteur de Steiger, président de la section, est élu à l' unanimité président de fête, avec remerciements.

10° Le rapport sur le Xme volume de l' annuaire présente un déficit de frs. 3823. 35 dont frs. 1500 ont été déjà payés suivant la décision prise l' année dernière à Thoune. Le solde de ce déficit sera payé en 1877. Un nouveau contrat pour la publication de l' annuaire a été passé avec la librairie Dalp; ce contrat est signé et il n' y a pas à y revenir, mais MM. les vérificateurs des comptes, appuyés par le Comité central, désirent qu' à l' avenir tout contrat qui devra lier le Comité central soit auparavant soumis, au moins dans ses principes essentiels, à la Conférence des délégués: adopté.

11° II y aurait un rapport à présenter sur le livre des glaciers, mais notre bibliothécaire, M. Siegfried, de Zurich, chargé de sa rédaction, n' ayant à peu près rien reçu de ses collègues, membres du C.A.S., n' a rien de nouveau à communiquer. Comme archiviste, il désirerait voir la bibliothèque du Club utilisée et placée à cet effet dans une section possédant un local à elle, à Genève par exemple, pendant qu' y siège le Comité central. Après discussion à laquelle prennent part MM. Ochsner, Bourgknecht, Béraneck et Hoffmann, toute décision est ajournée à l' année prochaine.

12° II n' est pas parvenu au Comité central de rapports sur les cabanes-abris ( Schirmhütten ) placées sous la surveillance des sections et qui sont au nombre de 17, auxquelles vont s' ajouter celles d' Alvier et d' Orny. Par contre, deux propositions dont il doit être donné communication à l' assemblée, relatives aux cabanes, sont parvenues au Comité central, trop tard pour être portées sur l' ordre du jour imprimé.

La première, émanant de la section de Berne, demande que, vu l' utilité générale des cabanes du Club, leur entretien soit mis à la charge de la caisse centrale.

La seconde vient de la section Monte-Rosa et demande un règlement sur l' entretien des refuges, ainsi que l' établissement pour chacun d' eux d' une provision de bois entretenue au moyen d' une subvention de la caisse centrale. Le Comité central, sans faire de proposition, est d' avis de vouer une grande sollicitude aux cabanes: ainsi, cette année, il a voté des subsides importants pour 3 d' entr, et d' autres demandes sont encore en perspective. Après discussion à laquelle prennent part: MM. Lindt, Hoffmann, de Saussure, Béraneck, le renvoi de cet objet au Comité central est adopté.

13° Comme proposition individuelle, M. Hoffmann demande que l' inventaire de la fortune du Club soit indiqué chaque année dans l' annuaire à la suite du compte rendu financier. Adopté.

La séance est levée après lecture et approbation du procès-verbal.

Le Président: Albert Freundler.

Le Secrétaire: C. M. Briquet.

PROTOCOLE

DE LA

TREIZIÈME ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

DU

C A. S-

TENUE LE 27 AOUT 1876 A FRIBOURG SOUS LA TRÉSIDENCE DE M. ALPH. THÉRAULAZ, Conseiller d' Etat DANS LA GRANDE SALLE DU LYCÉE.

M. le Président de fête ouvre la séance en souhaitant la bienvenue à tous les membres du Club et salue en particulier la jeune section de Neuchâtel. Il passe ensuite à la description montagneuse de notre canton et rappelle les plus beaux morceaux de la littérature gruyérienne.

M. le Président central fait rapport sur la gestion du Comité et l' administration de la société du C.A.S. depuis le ter janvier 1876.

Les vérificateurs des comptes, MM Lavater et Steiger-Zölper proposent les comptes de 1875 à l' ap de l' assemblée ( adopté ).

Les recettes s' élèvent à.. frs. 12,605. 90 Les dépenses s' élèvent à. « 11,918. 85 Le capital actuel du C.A.S. est de « 24,579. 88 Pour l' année courante 1876, les recettes sont jusqu' à ce jour de frs. 11,624. 68 et les dépenses de. .7,030. 50 Sont nommés vérificateurs des comptes pour 1876: MM. Wyss-Wyss, de Berne et R. de Riedmatten, de Sion. Le compte rendu du Xme volume de l' annuaire accuse un déficit de frs. 3823. 35.

Pour l' année prochaine ( 1877 ) il y aura une réunion libre du C.A.S.-, autant que faire se pourra dans le champ officiel d' excursion, réunion convoquée par le Comité central et dirigée par lui.

Pour 1878, la fête aura lieu à Interlaken et M. de Steiger, pasteur à Gsteig, est choisi comme Président de la fête ( voté par acclamation ).

La parole est ensuite donnée à M. le prof. Sottaz pour la lecture de son travail descriptif sur les Alpes fribourgeoises.

Le procès-verbal de la séance est lu et adopté.

Le Président de fête: Alph. Théraulaz.

Le Secrétaire: Et. Fragnière.

fête: DU c. a. s.

A FRIBOURG les 26, 27 et 28 août 1876..

Après de nombreuses conférences avec les astronomes et prophètes en renom, les 26, 27 et 28 août avaient été choisis pour la réunion générale du Club Alpin à Fribourg. Dès le commencement du printemps, des comités avaient été constitués et ils ne tardèrent pas à se mettre à l' œuvre, pour préparer à leurs chers confrères une réception aussi cordiale que possible. Assuré du beau temps, on avait choisi le jardin de Tivoli pour quartier-général et, dès le matin du 25 août, le comité des décors, ayant à sa tête le vaillant Nemrod Boccard, s' était emparé du jardin et des pavillons, plantait des mâts, au haut desquels devaient flotter de joyeuses banderolles, clouait, décorait et arrachait aux salles du Musée les plus beaux spécimens de la faune fribourgeoise pour en orner la salle du festin. Le soleil du 26 août aurait retrouvé nos artistes à l' œuvre s' il lui eût convenu de se lever ce jour-là; hélas! contre toute espérance, Jupiter pluvius était maître du terrain et faisait manoeuvrer ses nuages les plus sombres sur le ciel ci-devant bleu.

Le Moléson est né sous une planète humide!

Ce ne fut pas sans anxiété que le comité de réception prit à 2 heures le chemin de la gare et ses inquiétudes ne s' évanouirent que lorsque les trains montant et descendant eurent débarqué un nombre assez respectable de Clubistes, de ceux surtout dont la jovialité est à toute épreuve, et qui, maintes fois déjà, n' ont pas reculé devant notre mauvaise réputation. Nous nous acheminons vers le quartier-général où nos financiers distribuent billets de logement et cartes de fête; de là les magnats, les gros bonnets de chaque section, se rendent à l' Hôtel de Fribourg, où siège solennellement le Président central à la tête de son Comité.

Laissons ces puissances discuter gravement les hauts intérêts du Club, une plume moins folichonne que la mienne est chargée de transmettre à la postérité ces imposants débats.

La nuit est venue, l' armée de Jupiter pluvius se repose des fatigues de la journée; dirigeons-nous vers Tivoli, où une modeste collation est offerte aux Clubistes.

Des feux de diverses couleurs et les tons d' une musique harmonieuse nous montrent le chemin. Bientôt la grande rotonde est devenue une ruche bourdonnante, où le bruit de voix joyeuses se mêle au cliquetis des verres et des assiettes. Les rayons de soleil, mis en cave par les braves vignerons de La Vaux, épanouissent bientôt toutes les figures et l' animation est déjà générale, lorsque, vers 9 heures, les délégués font leur entrée, escortant le Comité central. Les applaudissements du petit peuple remercient les chefs d' avoir bien voulu interrompre leurs discussions pour prendre part aux ébats de leurs administrés.

Le Président de la section du Moléson, M. Louis Bourgknecht, souhaite la bienvenue à tous les amis qui sont venus assister à la fête, la musique redouble ses accords et la société de chant de la ville fait entendre ses plus belles harmonies.

M. Binet-Hentsch donne essor aux sentiments de chaude amitié qui bouillonnent dans sa poitrine, et remercie la section de Fribourg, ainsi que les musiciens et chanteurs qui lui prêtent leur précieux concours pour recevoir dignement ses hôtes.

L' heure s' avance, les rangs des Clubistes s' éclaircis, comme aussi ceux du nombreux public qui se promène dans le jardin. Les Clubistes feraient volontiers plus ample connaissance avec les brunes et blondes spectatrices, celles-ci ne demanderaient pas mieux et tressaillent elles-mêmes aux joyeux accents de la fanfare, mais il est trop tard, papas et mamans veulent rentrer, l' heure de Terpsichore est passée, les lanternes vénitiennes se sont éteintes les unes après les autres; quelques intrépides veillent seuls encore dans le pavillon tout à l' heure si animé.

Le lendemain, l' aurore aux doigts de rose avait à peine ouvert les portes du firmament que déjà les délégués rentrèrent en séance pour épuiser les objets qui n' avaient pas pu être abordés la veille. Un vent assez vif avait éclairci l' horizon et l'on pouvait espérer une assez belle journée. Un certain nombre de nouveaux hôtes étaient arrivés le matin renforcer notre petite phalange.

On visite les ponts suspendus, les environs si pittoresques de Fribourg, et à 10 heures tout le monde 33 afflue vers le Lycée pour visiter les musées et prendre part à l' assemblée générale.

Nous abandonnons, ainsi que nous l' avons déjà dit, le soin de retracer les délibérations à une plume plus digne, contentons-nous de dire que de nombreux applaudissements accueillirent le beau travail sur la Gruyère, de notre président de fête, M. Théraulaz, Conseiller d' Etat. L' auteur, après nous avoir fait assister à la naissance et à la fin du Comté de Gruyère, nous initie aux mœurs de ses habitants: il nous conduit récolter le foin parfumé avec les faneuses de la vallée, nous guide dans les chalets, sur l' Alpe, au milieu des pâtres et des troupeaux et finit par nous entraîner dans l' immense farandole qui réunit pour une ronde échevelée tous les habitants du Comté de Gruyère à Château d' Oex. La dissertation plus scientifique de M. le professeur Sottaz, sur les Alpes fribourgeoises, n' obtint pas un moindre succès.

Les questions d' affaires sont absoutes, le moment du banquet est venu, le programme, aussi bien que notre appétit, aiguisé par les travaux de la matinée, nous y convie. La grande rotonde de Tivoli reprend son animation de hier et le festin commence. Les autorités cantonales et communales- sont représentées par des délégués, plusieurs autres personnes de Fribourg ont tenu à prouver par leur présence l' intérêt qu' elles portent aux choses du Club.

La première faim est à peine apaisée, que la parole est aux orateurs: M. Théraulaz, président de fête, porte le toast à la patrie. M. Freundler, président central, nous fait part des télégrammes de salutations des Clubs anglais, allemand et italien, et porte une chaleureuse santé à ces sociétés-sœurs, ainsi qu' au Club alpin français, qui partagent les mêmes aspirations que nous et tendent au même but. M. le Dr Petersen, président du Club allemand et autrichien, fait des vœux pour l' union toujours plus intime entre les divers Clubs alpins. M. le Dr Henry, président de la nouvelle section de Neuchâtel, présente ce nouveau-né qui est venu ajouter le dernier fleuron à la couronne des sections romandes., M. Hoffmann-Burckhardt remercie les autorités fribourgeoises représentées au banquet et celles-ci ripostent par un déluge de vins d' honneur fort appréciés des convives.

N' oublions pas le généreux M. Binet-Hentsch dont le cœur est toujours ouvert à l' infortune; il a vu le malheureux village d' Albeuve détruit par l' incendie: à sa parole chaleureuse, chacun puise dans son escarcelle et dépose son obole en faveur des victimes de ce désastre.

M. Béraneck, notre parrain, dit adieu à la section du Moléson; des circonstances imprévues le rappellent à Lausanne, « votre émotion, cher ami, a trouvé un écho fidèle dans les cœurs de vos filleuls ». Passons aux poètes et remercions M. Freundler, sa verve caustique est inépuisable; M. Didier, dont la muse toujours jeune a chanté pour nous « les anniversaires »; et M. Et. Fragnière qui nous récite en bon patois gruyérien: « la pastorale des chevriers ».

Une vieille ronde fribourgeoise dit en terminant: « Quand on est si bien ensemble, peut-on jamais, jamais se quitter ?» il faut croire qu' on se trouvait bien dans ce pavillon de Tivoli, car l' heure fixée dans le programme pour le départ était déjà passée depuis longtemps que l'on festoyait encore. Enfin, pourtant l'on se met en marche et l'on s' achemine en causant vers le plateau de Pérolles pour descendre à la pisciculture sur les bords de notre lac, pauvre lac! Hier encore, ses eaux reflétaient les hêtres des bosquets; aujourd'hui, il faut s' avancer loin sur la grève pour entrer en bateau. Grandes barques et petites liquettes, tout est mis à réquisition et nos navigateurs partent en chantant pour le fameux barrage. Jupiter pluvius a rompu la trêve, de fortes ondées qui vont durer toute la soirée et une partie de la nuit jettent la débandade chez les Clubistes à peine arrivés à l' autre bord.

Cherchons un abri dans la Collégiale, où notre maestro Vogt déploie en notre faveur toutes les ressources de son talent et du précieux instrument sur lequel il l' exerce.

L' œuvre de Mooser a été suffisamment décrite pour que nous n' y revenions pas. Tous nous avions déjà entendu le jeu puissant de l' orgue de St-Nicolas et tous cependant nous sommes restés sous le charme une bonne heure durant.

La soirée devait se passer à Bellevue, des tables avaient été dressées sous une allée de marronniers, nos artificiers avaient préparé des monceaux de feux de Bengale. Hélas! soins superflus! il pleuvait des hallebardes, selon l' hyperbolique expression de notre président de fête. L'on se réfugie dans l' hôtel qui malheureusement n' a pas de salle assez grande pour contenir les personnes présentes. Un vrai clubiste es indifférent aux intempéries des saisons, la pluie n' avait assombri personne, et les heures s' écoulèrent joyeuses au milieu des chansons et des sons de la musique de fête qui nous était restée fidèle jusqu' à la fin. Il était déjà bien tard lorsque les derniers gais compagnons allèrent demander à leur couche un peu du repos nécessaire pour se préparer à la journée du lendemain.

Le lundi, à 4 heures du matin, rendez-vous sur le grand pont suspendu. L' heure est matinale, les nuages roulent en tempête d' un bout à l' autre de l' horizon. Quelques rares promeneurs circulent silencieusement en attendant les véhicules qui doivent nous transporter jusqu' au pied de la montagne. Nous remarquons ici un phénomène assez fréquent en semblable occurrence: c' est que les jeunes et bouillants courages de la veille, à la réunion du soir, sont descendus le matin à plusieurs degrés au dessous de zéro, tandis que les vieux Clubistes, les vétérans sont là, fermes et calmes, comme le nautonnier d' Horace, prêts à tout entreprendre.

Nous sommes donc une vingtaine à nous mettre en route sur les chars rustiques qui avaient été préparés. Arrivés au Mouret, où un confortable déjeûner nous attend, une dernière ondée, envoyée comme pour éprouver notre détermination, trouve la petite phalange inébranlable et faisant ses derniers apprêts pour l' es. Le ciel commence dès lors à s' éclaircir partiellement, pour se montrer tout le reste de la journée favorable au Club Alpin Suisse.

La montée de la Berra est on ne peut plus agréable et facile. Le sentier serpente à travers les prairies, lés forêts de sapins, les pâturages alpestres, et, dès le commencement, l' horizon sur le plateau suisse, les lacs et le Jura, variant incessamment d' aspect, réjouit et enchante. Je connais pour ma part peu de chemins de montagnes plus gracieusement pittoresques, et certes la vogue dont il jouit n' est point usurpée.

Vers 10 heures du matin notre petite caravane, divisée en plusieurs groupes, atteignait le signal, point culminant ( altitude 1724 m ).

Peu après, arrivaient d' autres Clubistes égrenés, partis plus tard de Fribourg, de sorte que le sommet fut en définitive visité par une soixantaine de Clubistes. Il est seulement à regretter que ll' horizon pas été complètement découvert de tous côtés, car, vu sa position isolée, cet observatoire alpin offre un très-riche panorama de plaines et de montagnes, bien plus étendu que son altitude modeste ne le ferait supposer.

Mais l' heure s' avance, il faut songer à gagner Charmey; le cône de la Berra, tout à l' heure si animé, se dégarnit peu à peu, et les solitudes qui aboutissent à la Chartreuse de la Valsainte retentissent pendant longtemps de joyeuses clameurs, pour cesser complètement lorsque, arrivé devant la porte du vaste et sévère édifice perdu au fond d' une gorge sauvage, on pénètre dans cette retraite du silence et des austères pensées. Le Révérend Prieur, à l' entrée du couvent, reçoit tous ses visiteurs avec la plus courtoise hospitalité. Une collation frugale est offerte, les crûs excellents de La Vaux, et les flacons de la célèbre liqueur de la Grande Chartreuse circulent à la ronde. Le prieur, toujours obligeant et empressé, nous fait voir ensuite la bibliothèque, les collections d' histoire naturelle, et plusieurs cellules de ses moines, la chapelle du couvent, et enfin tout ce qui peut intéresser. Ajoutons ici que, grâce aux bons souvenirs laissés de part et d' autre, la section du Moléson a été spécialement chargée d' engager vivement tous les collègues des autres sections qui s' engageront dans ces parages, à ne pas manquer de faire une petite visite à la Chartreuse de la Valsainte où ils seront sûrs de trouver toujours un accueil des plus sympathiques.

A une heure, départ pour Charmey; le trajet se fait non sans maints épisodes vraiment clubistiques. Ainsi, à un moment donné se présente un torrent assez large qu' il s' agit de franchir, sans que le moindre pont s' offfe pour la traversée. Après de nombreuses recherches pour trouver un gué, nulle autre ressource ne se présente que les épaules d' un vieux bûcheron, lequel sert de véhicule à une trentaine d' entre nous dont les formats très-variables présentent de temps à autre de fort respectables dimensions. N' importe, le bac tient bon et ses roues motrices luttent avantageusement contre le courant. Nous voilà tous sur l' autre rive, hâtant le pas au bruit retentissant du canon, des mortiers et d' une joyeuse fanfare. Le village est tout pavoisé: toute la population, en habits de fête, forme la haie des deux côtés de la rue. Grâce au soleil qui s' est mis décidément de la partie, nos rangs grossissent; des collègues venus de Bulle, d' autres venus de Fribourg par là grande route, arrivent prendre part au banquet autour des tables rustiques dressées dans une prairie. De jeunes et jolies Gruyériennes remplissent gracieuse- ment les fonctions de sommelières, et ce ne fut pas là un des moindres attraits de ce banquet, égayé du commencement à la fin par les accords d' une bonne musique, des chants et des discours variés où la verve patriotique et humoristique jouait le principal rôle. Nous voudrions pouvoir reproduire ici la chaleureuse improvisation de M. le Président central Freundler, les paroles patriotiques de M. Théraulaz, président de fête, l' ai discours de réception de M. le syndic de Charmey, au nom de toute la population de cette intéressante contrée, l' allocution si pleine d' esprit de M. Röthelin de Lucerne, ainsi que l' aimable toast de M. Briquet aux gracieuses Gruyériennes: mais la place que nous accorde la rédaction du Jahrbuch a ses limites; forcément nous devons nous borner, malgré tout* le plaisir que nous aurions à nous attarder en route.

L' heure du départ a sonné; des chars attelés de chevaux vigoureux sont prêts à nous recevoir et lorsque chacun a gagné son siège, la pittoresque colonne s' ébranle et quitte l' hospitalier village de Charmey au milieu des hourras sympathiques et répétés de tous les habitants. La longue file de véhicules s' élance sur la superbe route qui côtoyé jusqu' au de Bavaille les flancs de la montagne.Voici les ruines de Mont-solvent, fièrement campées sur leur rocher en face du vieux Castel de Gruyère. Devant nous se dresse, dans toute sa majesté, le Moléson, patron de la section fribourgeoise; à gauche, c' est la Dent de Broc, à l' arête étroite et nue, et, à droite de celle-ci, se déroule, dans son manteau de verdure, la plantureuse vallée de la Haute Gruyère.

Au village de Broc, quelques bouteilles au goulot tentateur guettent notre passage, et, au bourg de La Tour, on quitte les chars pour se former en rangs et pénétrer, musique en tête, dans la capitale du pays gruyérien. Dans une des salles de l' Hôtel de Bulle, le coup de l' étrier offert par le Conseil communal attendait ceux qui devaient prendre les derniers trains du soir, mais les fidèles n' eurent garde de s' esquiver si tôt, et, entraînés par leurs collègues, ils s' en allèrent festoyer joyeusement au cercle des Arts et Métiers jusqu' assez tard dans la soirée. Nous avons su que la mélancolie n' a pas eu la place d' honneur dans cette réunion.

Ainsi finit la treizième assemblée générale du Club Alpin Suisse, convoquée par les soins de la section du Moléson. Celle-ci s' est sentie aussi heureuse que fière d' offrir l' hospitalité, pendant ces trois jours de fête, à des amis accourus nombreux et empressés à son appel. Les nuages qui ont obscurci le ciel au début n' ont laissé aucune trace dans les cœurs. La cordialité réciproque qui n' a cessé de régner pendant ces journées, nous est un sûr garant que, pour longtemps encore, ces rapports de bonne et franche amitié resserreront entre eux les divers membres de la famille Alpine.

L. B. et L. F., de Fribourg.

P. S. En souvenir de la visite au couvent de la Valsainte, la section fribourgeoise a fait don à la bibliothèque du couvent d' un télescope qui a été reçu avec joie et reconnaissance. Les Eévérends Pères ont répondu enjoignant à leur aimable lettre de remerciements le cadeau à la section d' un superbe relief des Alpes fribourgeoises, exécuté par un membre de la communauté. Ainsi que l' a dit l' Echo des Alpes en septembre dernier, lorsqu' on se rappelle que, quelques mois auparavant, les belles fêtes commémoratives de Morat avaient réclamé du canton de Fribourg d' énormes sacrifices de toute nature, on ne peut que s' étonner et se féliciter de ce que cette section ait trouvé le temps et les moyens de s' acquitter d' une manière si distinguée de la tâche qu' elle n' avait pas craint d' assumer. Aussi tous les membres des autres sections qui ont eu le privilège de prendre part à cette nouvelle fête du Club, et à leur tête le Comité central tout entier, en ont-ils rapporté la meilleure impression, et sont-ils d' accord pour déclarer hautement que la jeune et zélée section du Moléson vient d' acquérir par là de nouveaux et impérissables droits à l' affection et à la sympathie du Club Alpin Suisse tout entier.

A. F., de Genève.

Feedback