II. Vingt-et-unième compte-rendu du Comité central da Club alpin suisse 1884

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Vingt et unième compte-rendu du

Comité central du Club alpin suisse.

Année 1884.

L' activité du Club alpin suisse pendant l' année 1884 a fait l' objet du rapport qu' on va lire, présenté à l' assemblée générale du Club réunie à Altorf le 24 août. Pour la période qui s' est écoulée dès lors jusqu' à la fin de l' année, il suffira de quelques indications en post-SCriptum.

Messieurs et très honorés collègues, Parmi les nouvelles que nous avons à enregistrer, dans ce troisième et dernier rapport du Comité central actuel, il en est de bonnes, il en est de moins bonnes; tout ne marche pas encore à souhait; cependant la situation, je suis heureux de le constater, offre plus d' un aspect favorable.

Et d' abord, nous ne diminuons pas. Au ter janvier 1882, lorsque nous sommes entrés en fonctions, le Club alpin suisse comptait 2487 membres, répartis en 28 sections. Dans le courant de la même année, au mois de juin, le dernier catalogue imprimé accusait la présence de 2591 membres, et le nombre des sections s' était élevé à 29, grâce à la formation de celle de Bienne. Dès lors, le nombre des sections est resté stationnaire, et celui des membres a subi quelques fluctuations. A la fin de 1882, nous étions tombés à 2574, et à la fin de 1883 à 2560. Cette diminution momentanée s' explique par des causes locales dont deux sections ont particulièrement ressenti les effets. Le mouvement ascensionnel n' a pas tardé à reprendre le dessus, et le Club alpin suisse compte aujourd'hui 2610 membres. C' est le chiffre le plus élevé qui ait été atteint. Il est dans la nature des choses qu' une association telle que la nôtre grandisse à mesure qu' elle se fait mieux connaître et qu' elle prouve son utilité par ses œuvres. L' augmentation que nous venons de signaler peut être envisagée comme un effet de croissance normale.

Si nous jetons un rapide coup d' œil sur la distribution de ces 2610 membres, nous serons frappés de certaines lacunes. Le Club alpin n' a pas encore pris pied dans tous nos cantons. Il en est quatre qui sont demeurés absolument réfractaires, ou dans lesquels il ne compte qu' un ou deux membres isolés: Soleure, Schaffhouse, Thurgovie et Tessin. L' absence de Soleure se comprend. C' est un canton jurassique. Dans l' origine, nous ne tenions au Jura que par Bàie et Genève, deux villes populeuses, riches, savantes, où le goût des choses de la nature est particulièrement développé. Nous avons pénétré de là, peu à peu, dans la zone jurassique proprement dite. Nos sections du Jura — Neuchâtel, Oberaargau et Bienne — sont récentes. Si le mouvement qui leur a donné naissance se continue, comme c' est probable, nous ne tarderons pas à voir se former une section soleuroise, qui reliera celle de Bienne avec celle de la Haute-Argovie.

Des raisons analogues expliquent l' absence de Schaffhouse, et jusqu' à un certain point celle de Thur- 5S0Chronique.

govie. Il est cependant singulier qu' il ne se soit pas encore trouvé, dans toute la Thurgovie, un groupe d';ilpinistes pour se joindre à nous. Peut-être ceux qui en auraient l' intention se sentent-ils trop dispersés; peut-être ne leur manque-t-il qu' un centre, un premier noyau de formation. Mais ce qui est tout à fait extraordinaire, c' est qu' il n' y ait pas de section du Club alpin dans le canton du Tessin, dans ce canton au territoire si vaste et si varié, où la montagne est partout, et partout riche en magnificences originales. Point de section au pied du Generoso et du Camoghè! Point de section dans cette admirable Levantine! Le rapide développement du Club italien prouve cependant que le génie de l' alpinisme n' est pas particulier aux populations du versant nord des Alpes. Il faut évidemment recourir à quelque cause spéciale pour expliquer l' abstention du Tessin. Quelle est-elle? Je l' ignore. Mais il me sera permis de profiter de cette occasion pour exprimer les regrets que nous inspire une lacune aussi frappante. Nous sommes à deux pas du Tessin. Ce qui se dit dans cette salle doit s' entendre de l' autre côté du Gothard. N' a pas été déclaré mille fois que cette grande voie de communication, qui vient de s' ouvrir entre le Nord et le Sud, devait resserrer les liens qui existent entre les enfants d' un même pays dispersés sur les deux flancs de la montagne? Si ce ne sont pas là de vains discours, une action commune doit s' établir dans toutes les branches de l' activité nationale, et nos associations patriotiques doivent étendre leur réseau sur les bords du lac Majeur, du lac de Lugano et dans les vallées qui y aboutissent aussi bien que sur les rives du Khône ou du Rhin, de l' Aar, de la Limmat ou de la Reuss. Le Tessin viendra à nous, et nous irons à lui. Ce n' est qu' une question de temps. Puissent ces paroles, colportées d' échos en échos, aller jusqu' à ceux à qui elles sont destinées et hâter le moment où il s' élèvera, de l' autre côté du Gothard, des voix qui nous crieront: „ Et nous aussi, nous sommes clubistes! "

Au reste, Messieurs, ce n' est pas en Suisse seulement que l' alpinisme trouve des adhérents disposés à se réunir, à se grouper en associations actives, et si le succès couronnait certains efforts, nous verrions bientôt les Clubs alpins former une grande confédération internationale étendant son action sur toute l' Europe et jusque par delà l' Océan. Ce cosmopolitisme n' est point sans danger, et je crois exprimer le sentiment de cette assemblée en disant que, pour notre part, nous ne nous y prêterons qu' après avoir posé des limites qui assurent notre indépendance. Mais il n' en est pas moins réjouissant, avec ou sans fédération, de voir la popularité croissante des associations analogues à la nôtre. En Allemagne, en Autriche, en Italie, en France, en Angleterre, même en Belgique, même en Espagne, les Clubs alpins sont en progrès, en progrès si rapide qu' il en résulte parfois de réelles difficultés administratives dans les rapports qu' ils entretiennent réciproquement. Entre nous et l' Alle, par exemple, l' échange des publications se faisait dans une mesure à laquelle nos ressources commençaient à ne plus suffire, et nous avons dû, bien à regret, proposer une réduction. Ces embarras sont un bon signe; ils prouvent la puissance des idées, des goûts et des intérêts que représentent les Clubs alpins, chacun à sa manière. Ce qui est également heureux, c' est que, d' un club à l' autre, les rapports soient généralement agréables, faciles, empreints de cordialité. Il n' y a eu, depuis la dernière assemblée générale, qu' un point noir dans nos relations avec l' étranger, et la faute en était aux événements plus qu' aux hommes, ou si les hommes y ont contribué, du moins ne saurait-on, en aucun cas, en faire retomber la responsabilité sur une société amie. Le Club italien nous avait très cordialement invités à sa 58-2Chronique.

fête nationale, laquelle devait avoir lieu à Turin, ces prochains jours, en même temps que le congrès international et bisannuel des alpinistes. Nous avions accepté avec empressement, et plusieurs d' entre nous se réjouissaient à la pensée de partir d' Altorf pour Turin, de visiter l' Exposition et de prendre part aux fêtes annoncées. Mais la quarantaine a refroidi ces désirs, et nous allions excuser notre absence auprès du Comité italien lorsqu' il a pris les devants et remis à un mois les réunions projetées. La frontière sera-t-elle alors plus facile à franchir? Tout ce que je sais, c' est que le Club italien est représenté ici par un de ses membres résidant en Suisse. Il est fort bien représenté, et nous envisageons le fait qu' il a voulu avoir aujourd'hui, à Altorf, un délégué officiel, comme une attention délicate, dont nous lui sommes reconnaissants; mais il paraît que nos amis d' Italie ne trouvent pas la quarantaine beaucoup plus agréable pour rentrer chez eux que nous pour y aller. Faisons des vœux pour que dans un mois on ne parle plus, que pour mémoire, du terrible fléau qui cause tant de frayeurs, et que nous puissions nous toucher la main sans nous contaminer mutuellement.

Le Club alpin allemand et autrichien — deutscher und österreichischer Alpenverein — est le seul à la fête duquel nous ayons pu, cette année, prendre une part directe.Vous savez qu' elle vient d' avoir lieu, à Constance. Constance, c' est presque la Suisse, et nous ne pouvions manquer une occasion si favorable d' aller saluer nos amis d' Outre. M. le Doyen Heim, de Gais, a bien voulu s' en charger, et il a été fort sensible à l' accueil qu' il a reçu. Le délégué de l' AIpen qui assiste à cette séance sera également le bienvenu parmi nous. La situation politique de notre pays lui impose certains devoirs de neutralité, qui se font sentir jusque dans les domaines les plus étrangers à la politique; mais cette neutralité n' est point de l' indifférence, et elle ne nous empêche nullement d' attacher un prix particulier à de bonnes relations avec ceux de nos voisins qui nous touchent de plus près, et qui ont avec nous plus d' intérêts communs. Aussi saluons-nous avec joie tout ce qui peut créer quelque nouvelle attache entre l' Alpenverein et le Club suisse.

Nos voisins les plus voisins ne nous feront pas uublier, toutefois, ceux qui, de plus loin, nous tendent une main amie. Le Club alpin belge nous a fait don, dans le courant de cette année, d' une somme de deux « ents francs, représentant une sorte de contribution pour l' entretien de nos cabanes. Voilà, sans doute, un procédé généreux. On peut y voir une application nouvelle, extensive, du principe en vertu duquel, dans le sein du Club alpin suisse, nous avons invité les sections de plaine à prendre leur part d' un fardeau trop lourd pour quelques-unes des sections de montagne. Mais l' application d' un principe pareil, toute naturelle entre compatriotes, prend un intérêt nouveau lorsqu' elle a lieu d' un pays à l' autre et à de si grandes distances. Ceci est de la bonne fédération. Au nom du Club alpin suisse, je remercie le Club alpin belge, et je prie ceux de ses membres que nous avons le plaisir de posséder aujourd'hui de bien vouloir transmettre à leurs collègues le témoignage de notre gratitude. Il sera fait de cette somme un usage conforme aux intentions des donateurs. La cabane de l' Alvier est la première qui en ait bénéficié.

Passons aux affaires intérieures, et commençons par le nerf de la guerre.

Ainsi que nous avons eu l' honneur de vous en informer par circulaire, les comptes de l' année 1883 présentent un excédant des recettes sur les dépenses de fr. 1395. 75. La fortune du Club qui, au 31 décembre 1882, était réduite à fr. 11,747, s' élevait au 31 décembre 1883 à fr. 13,142. 75, et nous avons 584:Chronique.

tout lieu d' espérer que les comptes de l' année actuelle ( 1884 ) solderont également d' une manière favorable. Ces résultats sont d' autant plus heureux que nous avons eu à faire face à des dépenses extraordinaires considérables, à l' exposition, entre autres, qui nous a imposé des sacrifices plus lourds qu' on ne le prévoyait dans l' origine. Mais il ne faudrait pas se laisser aller à l' espérance de voir la fortune du Club alpin remonter d' une manière rapide au chiffre qu' elle avait atteint il y a quelques années, avant la reprise des travaux au glacier du Rhône. Nous avons encore à faire honneur à des engagements importants. La décision en vertu de laquelle le Club alpin s' intéresse pour la moitié aux frais des nouveaux levés d' un vaste territoire alpin, entre la Gemmi et le Finsteraarhorn, n' a produit jusqu' à présent qu' une très petite partie de ses conséquences financières. Nos comptes de cette année en ressentiront déjà les effets; mais ce sont les budgets des années prochaines, 1885 et 1886, qui en seront surtout chargés. Il est d' ailleurs plusieurs services ordinaires, indispensables, qui vont exiger des sacrifices plus considérables que par le passé. Tout ce que l'on peut espérer, c' est que, avec une administration intelligente et soigneuse, nous en aurons fini avec la période des déficits annuels. Il ne peut donc pas être question de revenir sur la décision qui, il y a deux ans, a reporté à 5 fr. au lieu de 4, le chiffre de la cotisation annuelle. Pendant longtemps encore, l' augmentation possible de nos ressources trouvera un correctif, plus que suffisant, dans l' accroissement inévitable de certaines charges. En fait de bonnes nouvelles, je puis vous annoncer, Messieurs, le succès, désonnais assuré, des travaux entrepris au glacier du Rhône.Vous savez que la direction supérieure en est confiée à une commission spéciale, connue sous le nom de Gletscher-Collegiurn, qui n' a cessé de remplir ses fonctions Chronique.58 » avec une ponctualité digne de tout éloge. Le Gletscher-Collegium vient d' avoir une séance sur les lieux, au glacier du Rhône. Quatre membres de votre Comité central y assistaient. Les travaux déjà faits ont été inspectés minutieusement; ceux qui restent à faire ont été exactement déterminés, et l'on a pris des mesures préalables en vue d' une publication aussi prochaine que possible, conformément aux articles 7 et 8 du contrat passé entre le Bureau topographique fédéral et le Club alpin suisse.

L' impression de tous les membres du Comité centra] qui ont pris part à cette inspection et aux délibérations dont elle a été suivie, est que les sacrifices que le Club alpin s' est imposés pour cette œuvre grandiose, ne tarderont pas à être justifiés aux yeux de tous, même des adversaires les plus ardents, et glorieusement récompensés. Notre seul regret a été de ne pas voir, autour de nous, sur le glacier, devant les cartes originales dessinées par M. l' ingénieur Held et ses collaborateurs, tous les délégués des sections qui ont émis un vote négatif dans la fameuse, assemblée de Berne du 5 décembre 1880. Tous, sans exception, se féliciteraient d' être demeurés en minorité. Aussi attendons-nous avec une entière confiance, et non sans quelque impatience, le moment où la publication des cartes, et autres documents, viendra représenter l' équivalent des sacrifices consentis. Le sentiment d' avoir accompli une belle œuvre, une œuvre unique en son genre, une œuvre pour laquelle nous étions très spécialement désignés et que l' état actuel de la science réclamait impérieusement — et cela sans abandon d' aucune de nos autres branches d' ac, ce sentiment dissipera tous les scrupules, tous les regrets qui pourraient subsister encore; nous ne songerons plus au sacrifice, mais au but atteint, à l' effort couronné de succès, au service rendu, au problème rapproché de sa solution et à l' honneur S86Chronique.

justement mérité. Tous les naturalistes qui s' inté à cette question des glaciers, question en quelque sorte nationale — la première qui se pose à nos yeux quand nous regardons du côté des cimes blanches — nous seront reconnaissants de leur avoir fourni enfin des mesures bien autrement exactes, précises, complètes, que toutes celles qui avaient été prises jusqu' à aujourd'hui. Les grands naturalistes

La réunion dont je vous parle, sur le glacier, avait lieu il y a trois jours, et je n' ai pu, dans les haltes du voyage, ajouter que quelques lignes à ce rapport, quelques lignes destinées uniquement à la mentionner et à vous rendre notre impression, à la rendre telle qu' elle était, chaude et encore vivante. Les rapports réguliers du président du Gletscher-Collegium, M. le profeseur Rutimeyer, entreront dans les détails qui ne sauraient trouver place ici. Je dois ajouter seulement que les travaux sont assez avancés pour qu' on soit assuré de leur achèvement au terme fixé. Il est même très probable que la partie la plus importante des publications nécessaires aura lieu pour ce moment-là, c'est-à-dire avant la fin de l' année 1886. Les prévisions budgétaires sur lesquelles a été établi le contrat entre le Bureau topographique et le Club alpin ne seront point dépassées; il y aura même, autant qu' on en peut juger, un excédant disponible, excédant qui pourra servir à certaines constatations annuelles indispensables. Le Club alpin voudra suivre l' histoire de ce glacier, si laborieusement, si consciencieusement étudié, et qui alors, selon toute vraisemblance, aura recommencé à grandir; on voudra savoir de combien il avance, de combien il s' épaissit: mesures faciles, une fois le premier travail accompli. II en résultera quelque charge encore pour notre budget, mais peu considérable, et que tous, quand le moment sera venu, accepteront avec joie. Quant aux publications, elles ne pourront avoir lieu, comme je l' ai dit déjà, que d' une manière conforme aux prescriptions du contrat, prescriptions calculées pour en faire porter le fardeau sur le service du Bureau topographique autant que sur le modeste budget du Club alpin.

Je ne terminerai pas sur ce chapitre sans envoyer d' ici nos remerciements les plus chaleureux aux vaillants ouvriers qui sont là haut, et qui poursuivent si allègrement un travail difficile, pénible, souvent dangereuxils ont passé plus d' une fois par de terribles épreuves. Ce travail, pour être mené à bien, exige la réunion de toutes les délicatesses de l' esprit scientifique et de toutes les énergies d' une constitution montagnarde. Ces qualités diverses et qui semblent s' exclure sont admirablement réunies dans la personne de M. Held, notre ingénieur en chef.

[1 est une autre entreprise dont je voudrais pouvoir vous donner d' aussi bonnes nouvelles et qui, malheureusement, ne se développe guère, je veux parler de l' assurance des guides. Voici trois ans qu' elle fonctionne, et l' histoire de ces trois années témoigne d' une décroissance graduelle. En 1882, 138 guides s' étaient assurés pour une somme totale de fr. 354,000. En 1883, 114 guides se sont assurés, pour 270,000 francs; en 1884, on ne compte plus que 94 guides, assurés pour fr. 230,000. Il y a donc eu, en deux ans, une diminution de 44 sur le nombre des guides assurés, et de 124,000 fr. sur le montant de la somme assurée. D' autres symptômes fâcheux s' ajoutent à celui qui résulte de ces données. L' assurance d' hiver établie par la compagnie Zurich, de son propre chef, à ses risques et périls, a donné lieu à des abus évidents de la part de ceux qui ont voulu en bénéficier; elle paraît avoir souvent joué le rôle de prime à la paresse. Et quant à l' assu d' été, dont les primes sont payées pour une part notable par le Club alpin, elle nous a fourni l' occasion de constater trop fréquemment, chez nos guides, l' absence de. certaines qualités nécessaires pour inspirer une réelle confiance. Plusieurs ont abusé des facilités qui leur étaient offertes pour le paiement de la partie de la prime à leur charge. Ils s' inscrivaient pour l' assurance au terme fixé, au commencement de la saison; puis, quand venait l' échéance, bénévolement reculée, pour le versement de leur part, voyant la saison déjà écoulée à moitié sans accident, ils refusaient de faire honneur à leur engagement, et le Club en était pour ses frais. Qu' il se présente parfois des cas pareils, cela est inévitable. Mais la proportion en a dépassé toutes les prévisions, plus du 20 pour cent. Un fait pareil, Messieurs, est peu réjouissant. II jette un jour fâcheux sur une notable partie de nos populations montagnardes, sur celle justement à laquelle nous nous intéressons le plus.

Après mûre délibération, il a été décidé de continuer l' essai, avec quelques modifications, pendant trois années encore. On verra, après cette nouvelle période triennale, si l' œuvre se développe ou si elle continue à languir. Quoi qu' il en soit, nous la recommandons à tous les membres du Club alpin, et particulièrement à ceux qui sont en rapports fréquents avec des guides de profession. Les guides ne sont pas toujours suffisamment informés; ils ne lisent pas les circulaires. Il faut parler avec eux, leur expliquer les choses; il faut les amener à comprendre la manière dont fonctionne l' assurance; il faut dissiper certaines défiances, et par dessus tout, peut-être, il faut les désabuser d' une fausse confiance. Ils savent les secours qui ont été donnés, précédemment, après certains accidents, à la veuve, aux orphelins, ou au guide lui-même demeuré infirme, et ils se persuadent que si quelque malheur leur arrivait, la caisse du Club et les bourses des clubistes s' ouvriraient pour eux comme précédemment. Il faut bien leur dire que le Club alpin restera sourd, désormais, à toute sollicitation de ce genre, que la part des primes payée par lui représente la moyenne des subsides qu' il accordait autrefois, en cas d' accident, et qu' il ferait une œuvre de dupe en venant au secours de guides qui auraient pu s' assurer à des conditions de faveur, offertes par lui, et qui, par pure imprévoyance, l' au négligé. Les voyageurs, et particulièrement les voyageurs clubistes suisses, peuvent exercer une très heureuse influence sur leurs guides; ils ont, envers eux, un devoir à remplir: nous ne saurions trop les engager à n' en pas manquer les occasions. C' est à eux surtout qu' il appartient de faire connaître et de populariser une œuvre à laquelle ils contribuent de leurs deniers.

L' institution des cours de guides n' est pas non plus de celles qui se développent rapidement. Il en a été fait deux cette année, l' un à Stalden, en Valais, et l' autre à Interlaken. Les rapports qui nous sont parvenus, principalement sur ce dernier, font espérer un résultat favorable.

Je ne m' étendrai pas, Messieurs, dans ce rapport, sur toutes les questions traitées dans l' assemblée des délégués qui vient d' avoir lieu. Mais il en est une, à propos de laquelle je demande à placer ici quelques réflexions.

Nous espérions, l' année dernière, entrer dans une ère de repos quand nous en aurions fini avec l' ex. Cette espérance ne s' est réalisée qu' en partie. A peine notre attention était-elle ramenée sur les détails de notre ménage ordinaire, que nous y avons trouvé ample matière à préoccupations et occupations nouvelles. Et ceci m' amène à une considération d' ordre pins général. Depuis un certain nombre d' années, l' activité du Club alpin s' est largement déployée au dehors. Nous avons en l' entre du glacier du Rhône, l' observatoire du Sentis, l' Exposition de Salzbourg, puis celle de Zurich, etc. Le Club alpin a eu ses raisons pour s' engager dans ces diverses entreprises, et nous ne devons rien regretter de ce qu' il a fait ni pour les unes, ni pour les autres. On peut même espérer que dans un certain nombre d' années, il trouvera, il créera, au besoin, l' occasion de quelque œuvre nouvelle, qui témoigne encore, aux yeux de tous, de son existence,, de son activité et de la part qu' il prend aux intérêts généraux, scientifiques ou autres, qui sont de nature à le toucher de plus près. Mais d' ici là, il nous paraît fort à désirer qu' il se concentre sur lui-même, et consacre la plus grande partie de ses forces à des améliorations dans son ménage intérieur, dans son œuvre de tous les jours.

Deux questions, qui se rattachent à cette œuvre de tous les jours, et qui, depuis longtemps déjà,, attiraient notre attention, sont venues l' une après l' autre solliciter une solution, ou plutôt un commencement de solution: la première est celle des cabanes, la seconde est celle du Jahrbuch.

L' étude que nous avons faite de la première, nous avait amenés peu à peu à la conviction que les rouages actuels ne suffisaient point à un service-régulier de cette partie de notre administration. Il ne s' agit plus seulement aujourd'hui, de la question de la surveillance mobilière, posée il y a deux ans; il s' agit d' une surveillance qui s' étende à tout, et principalement à l' établissement des cabanes, aux soins à donner à leur construction, et aux précautions à prendre pour que les droits du Club ne soient primés par aucun autre droit. Nous sommes à l' heure Chronique.5 Ot qu' il est, d' un côté, en présence de cabanes qui tombent en ruines, grâce à quelque vice de construction auquel il eût été facile de parer, dans l' ori; d' autre part, en présence de cabanes qu' on voudrait confisquer au profit d' intérêts particuliers.. Cette situation a été créée par les procédés ordinairement suivis, procédés qui, dans la pratique, se rédui -saient trop souvent à un examen rapide des plans et à un subside payé, surtout à un subside payé. Le Comité centt-al s' est efforcé déjà, dans la mesure de ses moyens, de remédier à cet état de choses, et il vous proposait de prendre, dès aujourd'hui, des précautions pour l' avenir, en créant une commission-spéciale qui aurait concentré dans ses mains — sinon pour les décisions à prendre, du moins pour l' étude des questions — toute cette branche de l' admini centrale. L' assemblée des délégués ne s' est pas jugée suffisamment renseignée pour prendre une décision immédiate, et la question a été réservée pour le futur Comité central. Mais elle ne saurait être que renvoyée, et renvoyée à bref délai. Elle s' im, elle s' impose tous les jours; et nous la signalons encore une fois à votre attention. Il y a là une œuvre à faire, une œuvre urgente, et qui doit être jusqu' à son achèvement l' une des visées principales de l' activité du Club alpin.

La question du Jahrbuch ne nous occupe sérieusement que depuis peu de temps, et l'on pourrait, non sans quelque apparence, nous accuser de l' avoir négligée, en ce sens au moins que nous n' y avons pas consacré la même somme de temps et d' attention que nous avons donnée à d' autres objets. Notre excuse est simple, on ne peut pas tout faire à la fois. Et puis, nous savions le Jahrbuch entre bonnes ., mains. Son rédacteur, M. Wseber-Lindt, était engagé pour trois ans, et nous pouvions nous reposer avec confiance sur sa grande expérience. II n' a point 5i>2Chronique.

trompé cette confiance, et le volume qu' il nous a livré récemment est un des meilleurs, un des plus nourris, un des plus instructifs qui aient paru jusqu' à présent. Néanmoins, nous croyons exprimer une opinion assez généralement répandue en disant que pour toute la partie qui est illustration, pour les Beilagen, cartes, panoramas, etc., il pourrait être fait davantage. Ceci n' est pas une question de personne, de rédaction; c' est, avant tout, une question d' argent. Nous voudrions voir les publications du Club alpin s' élever, peu à peu, en ce genre, jusqu' à un certain point, réalisable, de distinction et de perfection. On a aussi remarqué que les annexes des derniers volumes, de quelques-uns au moins, représentaient une somme de documents utiles moins considérable que jadis. Le moment nous paraît venu de faire quelque chose de plus. Monsieur Waeber-Lindt est arrivé au terme de ses fonctions, ce qui nous fournit une occasion naturelle d' examiner les choses de près. Avant tout, nous désirons nous assurer encore, pour trois nouvelles années, si c' est possible, le concours d' un rédacteur aussi compétent; une expérience telle que la sienne serait irremplaçable. Mais ensuite, nous désirons examiner avec lui, ou avec son successeur, s' il doit en avoir un, certaines améliorations possibles, lesquelles, il faut s' y préparer, entraîneront nécessairement des sacrifices nouveaux.

Je n' en dirai pas davantage pour le moment; mais vous voyez, Messieurs, que dans ces deux directions la voie du progrès est ouverte devant nous et devant nos successeurs.

Je ne vous parle pas, Messieurs, du concours sur les dangers des excursions à la montagne, triste sujet d' étude, qui nous a été douloureusement rappelé, dernièrement, par la mort d' un de nos membres les plus distingués, M. Güttinger, dont le souvenir restera vivant à Genève et parmi ceux qui l' ont connu. Un rapport spécial va vous être présenté sur ce concours; mais il me reste un dernier devoir à remplir, le plus agréable de tous ceux qui m' ont obligé, successivement, à détenir si longtemps la parole. Il me reste à vous présenter nos nouveaux membres honoraires.

Il est arrivé déjà, plus d' une fois, qu' un Comité central, sur le point de sortir de charge, s' accordait pour la dernière assemblée générale convoquée par lui, le plaisir de prendre l' initiative d' un hommage rendu à quelque alpiniste eminent. C' est l' exemple que vous a donné, entre autres, le Comité central qui nous a précédés immédiatement. En 1881, à la fête de Bàie, il vous a proposé de décerner l' hono à MM. Whymper, le vainqueur du Cervin, et à M. Hann, l' éminent météorologiste de Vienne, célèbre, entre autres, par ses études sur le fœhn. Dès lors, notre liste d' honoraires a été diminuée de trois noms; nous avons perdu Ed. Desor, Pierre Mérian et Oswald Heer. Elle ne comptait plus que deux Suisses, Bernard Studer et le professeur- Alph. Favre. Nous avons pensé qu' il ne fallait pas la laisser se réduire à quelques noms étrangers, et qu' il convenait de remplir ces lacunes. Il est de bonne politique et d' utile tradition que nous consacrions par un juste hommage les noms de ceux de nos membres auxquels nous devons une reconnaissance particulière, ou dont la réputation est pour nous un titre de gloire. Nous avons pensé aussi qu' un honneur pareil ne devait pas être décerné uniquement à des naturalistes, à des « avants proprement dits. Guidés par ces considérations diverses, nous avons été amenés à vous faire quatre présentations pour l' honorariat, quatre présentations qui, dans l' assemblée d' hier, ont reçu un accueil unanimement favorable.

La première est celle de Gottlieb Studer. Nous honorons en lui l' un des doyens de notre association et l' un des initiateurs de l' alpinisme. Nous 38 honorons en lui l' auteur de tant de panoramas qui étaient bien supérieurs, au moment où ils ont paru, à tout ce qu' on connaissait en ce genre. Nous honorons en lui l' auteur de tant de récits aimables, fidèles, qui sont et resteront l' une des meilleures richesses de notre littérature alpestre. Nous honorons en lui le parfait clubiste, toujours assidu aux séances, toujours le premier et le dernier dans nos fêtes, toujours de bon conseil, toujours bienveillant, toujours jeune de cœur et de jarret, et dont, il y a peu de temps, on pouvait suivre les pas alertes jusqu' aux cimes neigeuses, dont ses cheveux blancs nous montraient encore le chemin. Il célébrait, il n' y a pas trois semaines, son quatre-vingtième anniversaire. Nous avons voulu être présents à cette fête, et c' est pourquoi nous avons pris des mesures spéciales, pour pouvoir lui remettre, dès ce jour, son diplôme d' hono. Une circulaire a été envoyée, à cet effet, à tous les comités de section, et l' accueil qu' elle a reçu, partout favorable, nous a prouvé que nous avions, en cette occasion, été les interprètes fidèles des sentiments unanimes du Club alpin suisse. Une infirmité, dont souffre depuis quelque temps ce vénérable collègue, ne lui a pas permis de nous accuser lui-même réception de son diplôme; mais la lettre de remerciement qu' il nous a fait écrire par le président de la section de Berne, M. Dübi, n' en est pas moins une preuve touchante de son inaltérable attachement au Club alpin et à tout ce que le Club alpin représente.

La seconde présentation que j' ai à vous faire est celle du professeur Melchior Ulrich, président central du Club alpin suisse de 1867 à 1870, et depuis longtemps déjà membre honoraire de la section Uto. Arni et fidèle compagnon de Gottlieb Studer, il a été, lui aussi, l' un des premiers et des plus vaillants parmi les pionniers qui nous ont ouvert des chemins nouveaux. Déjà en 1833, on le voit gravir le Titlis, ce qui n' était point pour lors une entreprise aussi commune qu' aujourd. L' année suivante, il s' at au Tœdi, sans y réussir du premier coup. Mais ce sont principalement ses explorations du groupe du Mont Rose, de 1847 à 1853, qui ont rendu son nom célèbre dans le monde des alpinistes. Les descriptions qu' il en a faites, soit dans les Mittheilungen der Naturforschenden Gesellschaft in Zürich, soit et principalement dans l' ouvrage intitulé Berg- und Gletscherfahrten, ont contribué plus que toute autre publication analogue à attirer l' attention sur Zermatt et ses environs, où l'on trouvait à peine, alors, une apparence d' auberge. Le souvenir de ses hardies tentatives s' est conservé dans le nom A' Ulrichshorn, donné à l' une des cimes des Mischabel. En 1848, deux hommes foulaient pour la première fois le sommet de la plus haute cime du Mont Rose, et c' étaient les guides d' Ulrich, Madutz et Taugwald, qui le rejoignaient bientôt sur l' arête où il les attendait, entre le Nord-End et la Dufourspitze. Mais cet échec ou ce succès, comme vous voudrez l' appeler, ne retardait que d' un an la victoire définitive. Tous ces souvenirs sont présents à la mémoire de ce vieillard, qui a aujourd'hui ses 82 ans révolus — 82 ans et quatre mois, jour pour jour — et dont les yeux brillent encore du feu de la jeunesse quand il se reporte vers ce lointain passé. Dans le professeur Melchior Ulrich, son nouvel honoraire, le Club alpin salue un de ses plus vaillants et plus heureux précurseurs, en même temps qu' un des membres dont le dévouement lui a rendu les plus utiles services.

Les noms de Studer et d' Ulrich appelaient celui de Weilenmann, et nous aurions été heureux de les associer dans un témoignage en quelque sorte collectif, s' il ne s' était pas trouvé, dans la section de S*-Gall, un homme sur lequel notre choix devait se porter tout d' abord, un homme désigné par la voix publique ölMChronique.

pour occuper une place brillante dans la liste de nos honoraires. Il nous a paru qu' il y aurait quelque inconvénient à nommer, en même temps, deux honoraires dans une seule et même section. Pour bien faire, il eût fallu en nommer trois au lieu de deux, car Ivan von Tschudy, l' auteur de ce guide qui pour les véritables alpinistes est le guide des guides, aurait eu, sans doute, des droits aussi à la distinction que nous demandons à son frère, Frédéric de Tschudy, de bien vouloir agréer. Cette section de S'-Gall est embarrassante par ses richesses. Je prie ceux que nous avons sacrifiés, MM. Weilenmann et Ivan de Tschudy, d' accepter au moins l' hommage d' une reconnaissance que nous voudrions pouvoir leur témoigner plus complètement. Quant à M. Frédéric de Tschudy, je ne m' arrêterai pas à énumérer tous les titres qu' il a pu s' acquérir par mille services rendus, directs ou indirects, soit comme président du Comité central, soit comme président de sa section; un mot me suffira pour établir son titre par excellence, un mot qui vaut à lui seul tous les éloges qu' on pourrait faire: nous acclamons en Fr. de Tschudy l' auteur du Thierleben der Alpenwelt.

Les trois honoraires dont vous venez de saluer les noms représentent: les deux premiers, ce que vous me permettrez d' appeler le génie de l' alpinisme; et le troisième, le génie de la description pittoresque appliqué aux Alpes. Il nous restait à trouver encore un savant au sens rigoureux du terme, un naturaliste original et profond, un digne émule de Desor, de Mérian, d' Oswald Heer. Nous n' avons pas eu de peine à le trouver. Le nom de Rtitimeyer écartait toute concurrence. Rütimeyer est le plus jeune de nos nouveaux honoraires. Il touche à la soixantaine; mais ses titres ne sont ni les moins éloquents, ni les moins solides. Et d' abord, permettez-moi de le dire, il nous a été doux de ranger parmi ses titres les droits qu' il s' est acquis à notre gratitude par la manière dont il préside depuis quatre ans déjà aux travaux du Gletschercollegium; toutefois, c' est avant tout l' auteur de tant de recherches ingénieuses, originales, fécondes, que nous voulons honorer aujourd'hui, l' auteur de ce bel ouvrage, Thal- und Seebildung, l' auteur de cet autre ouvrage, sur le Righi, plus populaire sans en être moins distingué. Rütimeyer est parmi les hommes de sa génération celui qui a semé le plus d' idées, ouvert le plus d' horizons dans le vaste champ des études qui ont pour objet le monde des Alpes. Personne n' y aura laissé, de notre temps, une trace plus profonde, et nous saluons en lui le génie de l' alpinisme marié à celui de la vraie science, de la science qui cherche et qui trouve.

Messieurs, nous étions au glacier du Rhône, avec Rütimeyer, mercredi et jeudi derniers. J' aurais voulu l' amener ici, mais des raisons de santé l' obligent à partir sans délai pour un séjour aux bains de mer, déjà fort retardé. Il eût été indiscret d' insister. D' ac avec mes collègues du Comité central, je l' in, mercredi soir, dans un modeste souper offert' aux membres du Gletscher-Collegium, de nos intentions à son égard. Il m' a chargé, éventuellement, de vous exprimer ses remerciements, sa reconnaissance. On lui dit, à cette occasion, que le titre de membre honoraire avait été pour plusieurs comme un brevet de longue vie, et il nous fut facile d' en citer aussitôt un exemple bien remarquable. Je vous ai parlé des 80 ans de Gottlieb Studer et des 82 ans',de Melchior Ulrich. Qu' est cela? Ce sont des jeunes gens. Bernard Studer célébrait, il y a quelques jours, son 90me anniversaire. Nous avons aussi voulu être présents à cet anniversaire, et nous lui avons fait remettre, de la part du Comité ceutral et du Club alpin tout entier, une lettre qui lui exprime notre profonde vénération. Eh bien, Messieurs, je formerai un vœu, 59SChronique.

en terminant. Puisse ce brevet de longue vie produire tout son effet pour les quatre nouveaux honoraires dont nous allons nous enrichir. Puissions-nous, le jour de leur quatre-vingt-dixième année révolue, leur écrire à tous une lettre de félicitations semblable à celle que nous venons d' adresser à notre doyen, Bernard Studer.

Post-Scriptum. Une communication verbale sur les décisions prises la veille ( 23 août ), par l' assemblée des délégués, a complété les indications du rapport qu' on vient de lire. Ces décisions ont été plus tard rappelées à tous les membres du Club alpin par une circulaire développée, datée du mois de décembre dernier, dont nous avons profité pour porter à la connaissance de tous nos collègues les derniers actes de notre administration. Nous prenons la liberté d' y renvoyer le lecteur, nous bornant à toucher de nouveau, ici, deux ou trois points particuliers.

Nos rapports avec les Clubs alpins étrangers, pendant cette fin d' année, donnent lieu à deux obser-'vations, dont la première concerne la réunion internationale qui était convoquée à Turin, pour la fin du mois d' août, et que le choléra avait fait renvoyer d' un mois, comme on l' a vu plus haut. Elle a été, dès lors, renvoyée une seconde fois, indéfiniment; la question de la fédération des clubs alpins, qui devait y être discutée, reste donc en suspens. Notre deuxième observation concerne l' échange de nos publications avec quelques Clubs alpins, particulièrement le Deutscher und österreichischer Alpenverein. Le nouveau système a été adopté par eux, non sans quelque regret de l' ancien, lequel leur assurait des avantages devenus trop onéreux pour nous. Néanmoins, nos motifs ont été compris, et la transformation a pu s' accomplir sans que nos rapports amicaux en aient été le moins du monde troublés, ce que nous sommes heureux de constater.

A ces mesures, prises en exécution des décisions de l' assemblée des délégués, nous en avons ajouté une autre, de notre chef. La caisse centrale servira désormais à toutes les sections du Club alpin suisse un abonnement aux publications du Club allemand. 11 a été fait droit ainsi aux réclamations de plusieurs sections, de celles surtout dont les ressources sont modiques et qui ne peuvent s' imposer que des sacrifices insuffisants en faveur de leur bibliothèque cir-culante. Nous n' avons pas cru, en prenant cette décision, nous mettre en contradiction avec ce qui a été résolu à Altorf. La résiliation d' un traité d' échanges, désavantageux, ne saurait nous priver de notre droit, toujours entier, de prendre, pour nous ou pour les sections, tel abonnement jugé nécessaire. Cette mesure paraît avoir été bien accueillie.

Les questions en suspens, relatives à notre administration intérieure, ont suivi leur cours régulier. La circulaire de décembre mentionne les modifications qui ont dû être apportées au traité conclu avec la compagnie Zurich pour l' assurance des guides, modifications fâcheuses, puisqu' elles donnent à la Compagnie le droit de résilier le contrat dès que le nombre des guides assurés ne dépassera pas le chiffre de cent. Cette éventualité, que l' assemblée des délégués a peut-être trop perdue de vue, risque fort de se réaliser et de mettre toute l' œuvre en péril. Le nouveau Comité central sera bien placé, à Zurich, pour prendre à temps des mesures réparatrices; le danger n' en est pas moins réel, et nous ne pouvons que saisir cette nouvelle et dernière occasion d' engager nos collègues à faire auprès des guides de leur connaissance une active et judicieuse propagande. Les considérations que nous avons développées à ce sujet, dans le rapport qui précède, n' en ont que plus d' actualité.

On aura vu, par la même circulaire, que notre espoir de conserver M. Wseber-Lindt à la tête de la rédaction du Jahrbuch^ s' est réalisé, ce dont nous lui exprimons encore une fois notre reconnaissance. Cette nouvelle, favorablement accueillie dans toutes les sections, ne doit pas nous faire oublier les améliorations et modifications possibles dans notre système de publication. Il est probable qu' il devra subir, dans un avenir prochain, une transformation plus ou moins semblable à celle qui a été décidée, dernièrement, pour les publications du Club alpin allemand. Telle est, du moins, l' opinion des personnes les plus compétentes, et l'on peut dire que, dès à présent, la question est à l' ordre du jour. Ce sera l' une des-tâches à remplir par le futur Comité central. A lui le soin de choisir le moment pour aborder ce sujet délicat; mais les sections feront bien de s' y préparer en temps utile. Une autre grosse question qui viendra sur le tapis dès la prochaine assemblée générale, est celle de la publication du rapport sur les travaux au glacier du Rhône. Le Gletschercollegium en est déjà nanti, et un terme assez rapproché lui a été fixé pour présenter un projet avec devis. Cette perspective nous autorise, sans doute, à recommander particulièrement à l' attention de nos collègues tout ce qui, dans le rapport précédent, concerne cette grande entreprise.

Le mouvement d' accroissement qui s' est produit dans le sein du Club alpin, pendant les deux premiers tiers de l' année, s' est continué. Le rapport de l' année prochaine en rendra un compte plus exact. Notre fortune aussi a subi une augmentation notable. Elle s' élevait à la fin de cet exercice à fr. 16,200, ré-résultat très heureux et qui se présente à propos au moment où la caisse centrale va être mise à forte contribution, soit pour l' amélioration de certaines services, soit pour la publication du rapport sur les travaux au glacier du Rhône, soit enfin pour le paiement très prochain de sommes assez fortes représentant notre part dans les frais occasionnés pour les levés sur le versant méridional du massif Gemmi-Finster-aarhorn.

Ce rapport est le dernier qui émanera du Comité central actuel. Au moment où nous écrivons ces lignes, nous avons déjà transmis nos pouvoirs au nouveau Comité, présidé par M. le conseiller d' Etat C. Grob, à Zurich. 11 ne nous reste qu' à remercier les sections pour le concours qu' elles nous ont prêté pendant les trois années qui viennent de s' écouler, et à souhaiter à nos successeurs une administration facile et féconde en bons résultats.

Eug. Rambert.

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