La légende du coucou suisse. En remontant l'histoire

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En remontant l' histoire

La légende du coucou suisse

Suivant l' exemple du coucou qui pond ses œufs dans le nid d' autres oiseaux, la pendule à coucou, connue chez nous sous la dénomination « coucou suisse », s' est confortablement installée dans le folklore helvétique. Et, bec grand ouvert, se laisse gaver de mythes divers et exogènes. Mais d' où nous arrive-t-il, ce coucou? Quelle est sa véritable origine?

« Kitscherie » infantile pour certains, souvenir de Suisse par excellence pour d' autres, voici que le coucou revient à la mode. Si les touristes ont toujours été ravis par la fameuse pendule en forme de chalet, il paraît que les Suisses commencent également à montrer un certain engouement, pour ne pas dire un engouement certain, pour le curieux objet. Pourquoi? Demanderez-vous. Peut-être tout simplement parce qu' il représente un monde où tout est petit, simple, joli, harmonieux... Comme la Suisse en somme.

Le coucou sous la loupe Regardons-le d' un peu plus près, notre chalet de bois: un coucou compte entre 124 et 600 pièces travaillées, peintes et assemblées à la main, le seul élément en plastique – hormis les aiguilles – étant le coucou lui-même. Et son chant, comment le produit-il? Grâce à deux souf-flets de papier actionnés par des tringles. Il fonctionne en somme comme un accordéon, sauf que l' air est propulsé dans deux sifflets accordés en tierce majeure ou mineure. Simple comme bonjour, non? Quant aux pives, elles font office de contrepoids: une pive pour le mécanisme horloger, une autre pour le chant, et parfois une troisième pour la musique et l' animation. Certains mécanismes ont besoin d' être remontés chaque jour, d' autres, tous les huit jours. Enfin, outre les pièces élémentaires, il y a toute la partie décorative: vaches, chiens, chats; figu-rines en costumes appenzellois jaunes et rouges qui dansent sur les balcons fleu-ris, jouent du cor des Alpes ou scient du bois.

Lötscher, fabricant des seuls authentiques coucous suisses au monde Et quelle est cette étiquette rouge à croix blanche? Elle authentifie le produit: Lötscher, the only genuine swiss cuckoo clock in the world. Les « seuls authentiques coucous suisses au monde » sont fabriqués à Brienz dans l' Oberland bernois. Fondée en 1920, l' entreprise emploie vingt-six personnes, dont douze dans son atelier de boissellerie à Brienz, et quatorze dans son atelier de montage à Glattbrugg. Cinquante-huit autres employés travaillent encore à domicile. Le 80 % des 36 000 coucous fabriqués annuellement est destiné à l' exportation,

Sculpture d' un colporteur d' horloges avec son chargement Pho to s: An dr é Gi ra rd LES ALPES 1/2004

principalement aux Etats-Unis et au Japon. Si le best-seller de chez Lötscher – un mignon petit chalet – date de 1926, le fabricant suisse lance chaque année deux ou trois nouveaux modèles créés par l' artisan Beat Michel « sans savoir lesquels plairont au public » concède Bijan Vafi, directeur de la manufacture depuis 1968. Aujourd'hui, 84 modèles Lötscher sont sur le marché.

Jetons, pour finir, un coup d' œil à l' intérieur de notre « véritable coucou suisse »: on y trouvera le mécanisme horloger en laiton fabriqué... en Allemagne! Un léger doute s' installe. Suisse, le coucou suisse, vraiment? Eh bien non. En se penchant sur l' histoire de l' objet, on apprendra qu' il est originaire de la Forêt Noire. L' origine du coucou Haut-lieu de l' horlogerie allemande, qui connut son apogée au XVI e siècle, la Forêt-Noire est sillonnée par une Route de l' Horloge allemande ( Deutsche Uhr-strasse ) de 320 km de boucle. Signalons au passage que c' est également en Forêt-Noire que se trouvent le plus grand coucou au monde et le musée d' horlogerie allemand le plus important: le musée de Furtwangen où l'on pourra admirer quantité de « Kuckucksuhren » fabriqués au cours des siècles derniers.

La première évocation écrite du coucou date de 1762. Elle est le fait d' un légat du pape qui, lors d' un voyage dans la plaine du Rhin, rapporte ceci: « On fabrique ici un très grand nombre de pendules en bois qui sont répandues partout

Reconstitution de l' atelier d' un horloger allemand ( musée de Schwenningen ); à droite, deux exemplaires de pendules allemandes avec coucou Le mécanisme du coucou d' Ebele, le plus grand coucou au monde. La construction de ce coucou a duré 5 ans. Le mécanisme mesure 4,50 m sur 4,50 m et le diamètre de la plus grande roue est de 2,60 m. Le pendule pèse 100 kg et mesure 8 m de long. Poids total: 6 tonnes Coucous de la Forêt-Noire: un véritable d' œuvre ( de kitsch ?) LES ALPES 1/2004

en Europe par le commerce; on les connaissait déjà autrefois, mais on vient de les perfectionner en les équipant avec le cri du coucou. » Ces premiers coucous étaient formés d' un cadran peint sur un cadre de bois laqué dont la partie supérieure en forme d' arc était décorée de motifs rustiques. C' est là que sera ménagé, plus tard, le portillon abritant le coucou. Rien à voir donc avec la forme actuelle qui fera son apparition vers les années 1840, alors que le coucou est déjà centenaire et que la Forêt-Noire produit et distribue annuellement, par le seul moyen du colportage, pas loin de 600 000 pendules!

De la pendule à guérite à la pendule à coucou La chronique attribue à un certain Franz Anton Ketterer, de Schönwald, l' inven et la construction de la première pendule à coucou en 1730. Ce pieu artisan aurait été inspiré par deux éléments sacrés: les soufflets de l' orgue paroissial et une horloge de la cathédrale de Strasbourg, dont le mécanisme entraînait le battement d' ailes d' un aigle! Mais ces chroniques sentent d' autant le fagot que l' auteur en est un certain Marcus Fidelis Jäck, pasteur, localement connu pour inventer d' innocentes bondieuseries. Ce dont l' Histoire est sûre, c' est que la forme actuelle de la pendule à coucou est due à Friedrich Eisenlohr, professeur à Karlsruhe et responsable des constructions de la Société des chemins de fer du Baden-Wurtemberg. En 1850, un appel est lancé aux créateurs pour renouveler la forme du boîtier de l' horloge de la Forêt-Noire. Eisenlohr trouve l' inspiration dans son train-train quotidien: il dessine une guérite de garde-barrière. Et remporte le concours. Equipés de leur mécanisme,

Atelier de la famille Michel, fabricants des coucous Robert Lötscher, the only genuine Swiss cuckoo clock in the world Un produit presque entièrement fabriqué à la main: ici l'on voit Manuela von Bergen en train de peindre les différentes pièces décoratives LES ALPES 1/2004

ces boîtiers deviennent des « pendules à guérite »; en allemand « Bahnhäusleuhr ». Très vite, un « ingénieux inconnu » équipe le pignon d' un coucou, égaye l' austère édicule de motifs sculptés – feuillages avec fruits, animaux forestiers, scènes de chasse – et c' est le succès. Depuis, le Kuckucksuhr est devenu la pendule archéty-pale de la Forêt-Noire.

Mais l' Histoire n' a pas gardé le souvenir de la première pendule à coucou, ni de son origine véritable. Pourtant, un chroniqueur rapporte qu' en 1742, deux colporteurs d' horloges de Forêt-Noire, profession jadis très répandue, rencontrèrent un commerçant de Bohème ( « aus Böhmen » ) qui vendait « des pendules à coucou en bois ». Nos colporteurs auraient donc rapporté cette nouveauté chez eux. Et c' est sur cette supposition que les traces se brouillent et se perdent tout à fait, car on ignore si ce « Böhmen » correspond à la région de Bohème ( République tchèque ) ou à la ville autrichienne de Böhmen. a

André Girard, Les Ponts-de-Mar tel Brienz, dans l' Oberland bernois. C' est là que l'on fabrique les seuls authentiques coucous suisses au monde Après la fabrication, la vente: le bel objet de collection est exposé dans un magasin de souvenirs Ernst Kurzen, sculpteur sur bois, dans son atelier domestique de Brienz Coucou Edition spéciale de Lötscher. Le tirage est limité à 100 exemplaires Pho to s:

An dr é Gi ra rd

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