Le consortage de Zinal

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Le vallon de Zinal, qui constitue la partie supérieure de la vallée d' Anniviers, se trouve sur le territoire de la commune d' Ayer. Il n' en a pas toujours été ainsi: anciennement, toute la vallée ne formait qu' une seule commune, dont le centre était Vissoie. Ce fait explique pourquoi les mayens de Zinal appartiennent à des habitants de différentes communes: Ayer, Mission, Vissoie, St-Jean, Grimentz.

A la hauteur de la chapelle de St-Laurent, connue aussi sous le nom de Loverêche, existe un véritable seuil formé par des roches éboulées. En amont s' ouvre une région qui forme une unité naturelle; c' est sans doute son isolement et les besoins d' une exploitation rationnelle du sol, qui ont imposé aux propriétaires certaines règles de vie.

En 1571, ils codifient ces « anciennes règles ». C' est sur le cimetière de Vissoie, le 8 décembre, que « les Commissaires » des probes hommes de la communauté de Chinai » s' étaient réunis et avaient adopté les ordonnances en 23 articles, « pour le maintien de leur communauté vu les dommages causés par la dévastation des biens, tant communs que privés, des forêts et possessions, à la suite d' irrégularités et d' inconvenances de certains ».

1 Lagopède alpin appelé encore perdrix des neiges ou perdrix blanche ( Lagopus mutus helveticus Thienemann ).

En 1708, on ajoute trois articles, en 1712, on les traduit du latin en français « pour plus grande facilité »; en 1903, les membres du comité se réunissent à Sierre, « pour élaborer les statuts et règlements du Consortage de Zinal conformément aux anciens arrêtés, bans, actes, statuts et règlements, eu égard aux usages et coutumes observées jusqu' à ce jour ».

Aujourd'hui, après 384 ans, ce Consortage continue son activité. Les différents articles du règlement sont observés.

Le territoire du Consortage: Le texte de 1571 suppose les limites connues et ne les énumère pas; celui de 1903 les indique: tout le territoire compris dans le vallon de Zinal à l' amont du torrent des Migeonettes sur la rive droite, et à l' amont de la chapelle de la Lovérêche et de là en ligne droite à la cime de Sorrebois, sur la rive gauche.

Conditions d''admission: Pour faire partie du Consortage, les statuts de 1571 disent qu' il faut posséder une fauchée de pré, soit environ 600 à 700 toises dans les limites de la communauté, et être bourgeois d' Anniviers. Ces conditions sont précisées et rendues plus sévères en 1903: elles marquent le souci de réserver ce droit aux seuls ressortissants des cinq communes d' Anniviers, ayant 18 ans révolus, et possédant 900 toises de pré fauchable. Ces droits ne sont pas aliénables et ne peuvent s' acquérir que par héritage. La fille ou la veuve jouissant des droits du Consortage, les perd par mariage avec un individu qui n' est pas bourgeois de l' une des cinq communes.

Les possessions et V administration: Les statuts actuels précisent les avoirs du Consortage, ce sont:

1° L' Hôtel du Trift à Zinal, occupé en été par le bureau des Postes et une auberge de jeunesse, en hiver comme maison d' école.

2° La maison dite de « Fondation ».

3° La chapelle de Zinal avec tous ses accessoires et les capitaux de sa fabrique. Les frais du culte sont à la charge du Consortage.

4° Les forêts et les parcours.

5° Deux vignes à Zahé, sur Lens, et une à Cordes sur Venthône.

6° Les capitaux et leurs intérêts.

Le Consortage est administré aujourd'hui par un Conseil présidé par un président, assisté par un secrétaire, deux prud'hommes ( probi homines ), deux procureurs et deux gardes.

Les forêts: L' idée dominante, déjà en 1571, alors que, ailleurs en Valais, tant d' abus étaient commis, est qu' on ne doit exploiter ces richesses naturelles que pour les besoins locaux: constructions, couverture des toits, chauffage, constructions des ponts, et non pour en faire un commerce. Il est donc interdit de sortir du bois et de la litière hors de la communauté; si quelqu'un emporte du bois pour le faire scier en dehors de la communauté et veut le ramener à Zinal, il doit se soumettre à une inspection à l' aller et au retour. Un article dit que si quelqu'un coupe un arbre et le laisse sur place plus d' un an et six semaines, un autre consort peut le prendre.

Les parcours: Ils produisent une herbe considérée comme très précieuse, d' où une réglementation sévère. Un consort ne peut utiliser les pâquis qu' en proportion du bétail qu' il peut hiverner. L' ouverture du temps de parcours ( débandia ) en printemps, en été et en automne, ainsi que la fermeture sont réglées par le comité. Un droit de parcours généralisé sur tous les fonds privés pour la première herbe du printemps et la dernière d' automne devait exister; on ne le retrouve plus dans les statuts de 1903.

Die Alpen - 1956 - Us Alpes17 Les travaux: Les consorts doivent exécuter en commun certains travaux le lendemain de la débandia de juin. Les anciens statuts prévoyaient que les consorts devaient se trouver à Zinal, devant la chapelle « au lever du soleil, quand ses rayons illuminent le fond du champ du Schappey » ( 7 h. 30 ). Aujourd'hui on doit arriver à 6 heures aux quatre endroits fixés.

La chapelle de St-Barthélemy: Elle est mentionnée dans les statuts de 1571; on s' y rendait en pèlerinage de tous les villages de la vallée, on y distribuait des vivres aux participants. Ce culte nous est venu d' Orient par Rome; on le retrouve depuis 1298 à Saas Grund, plusieurs vallées lui ont élevé une chapelle. En 1792 les consorts demandèrent à l' évêque de Sion de supprimer cette procession et d' affecter les revenus à des messes, et à l' établissement d' une école de la mi-décembre à la mi-janvier. Elle fut fondée en 1600 et s' est maintenue jusqu' à nos jours.

Les avoirs du Consortage se trouvent sur le territoire de la commune d' Ayer, le Consortage empiète donc sur la juridiction de la commune. Cette situation ne repose sur aucune disposition du droit public valaisan, cependant elle n' a jamais donné lieu à des discussions entre les intéressés. Ce phénomène politique doit être un cas unique en Valais.

La longue durée de ce Consortage, près de quatre siècles, montre bien la persistance de la tradition qui joue un si grand rôle dans le caractère des montagnards valaisans, ce qui n' exclut pas certains changements; on sait s' adapter aux conditions nouvelles: ainsi les chevaux et les ânes ont été remplacés par des mulets, le nombre des moutons et des chèvres a beaucoup diminué, le droit de parcours sur les fonds privés a été supprimé, la protection des forêts est devenue plus efficace: en 1571 on avait quatre forêts protectrices, aujourd'hui il y en a sept.

Une évolution plus marquée se dessine de nos jours. La régression générale de l' agri dans la vallée d' Anniviers fait sentir ses effets dans le vallon de Zinal: l' herbe des parcours et des pâturages est moins recherchée, on descend le foin dans la vallée afin de n' avoir pas à séjourner là-haut en hiver. La construction de la route et la motorisation des moyens de transport facilite les déplacements des gens, des bêtes et des choses. On vend des alpages et des mayens aux habitants de Salquenen: Arpitteta, Barneusaz, Lirec.

Le développement du tourisme exerce une influence qui ne manquera pas d' augmenter, en particulier sous la forme d' aménagements et de constructions de chalets1.

1 Pour des renseignements plus détaillés voir:

Grégoire Ghika: Les statuts de la « commune » de Zinal en 1571, dans Annales Valaisannes de la Société d' Histoire du Valais romand, Nos. 3^1, 1954, pp. 205-240.

Ignace Mariétan: Le Consortage de Zinal, dans Bulletin de la Murithienne, Fascicule LXX, 1953, pp. 52-63.

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