Le Liban – Paradis des fans de la course. Ski au pays des cèdres

LES ALPES 1/2002

se refléter la Méditerranée. Il y a des mètres de neige et les murs bordant les routes font parfois plus de cinq mètres de haut. Carlos, propriétaire de l' auberge San José, une célébrité locale, nous parle d' un lieu situé en contrebas de la station qui, très certainement, nous plaira. Curieux, nous chaussons nos skis et descendons, avec les premiers rayons du soleil, des pentes de parfaite neige transformée. Le spectacle qui s' offre à nous nous laisse sans voix: miracle de la nature et de l' érosion, une arche naturelle de calcaire enjambe le vallon. Après avoir traversé cet insolite pont géant, nous nous aventurons au-dessous. La neige est tellement fantastique que nous faisons plusieurs descentes dans ce décor de film.

Perdus dans le brouillard

Le lendemain, nous partons pour notre première étape, qui devrait nous mener en deux jours jusqu' à la vallée d' Afqa. Nous évoluons dans un paysage de collines arrondies et de vallons aux courbes douces. Le temps est superbe et la randonnée, magique. D' immenses congères et des corniches sur les crêtes, ressemblant à la calligraphie arabe, attestent pourtant que les conditions météo peuvent vite devenir exécrables. Après quelques heures, nous établissons notre premier bivouac au pied d' une

Lieu insolite en contrebas de la station de Faraya: une arche naturelle de calcaire, le pont de Faqra, enjambe un petit vallon Pho to :N ic ol as Ja qu es LES ALPES 1/2002

petite falaise de calcaire dans un beau vallon. A peine le soleil disparu, la température devient glaciale. Jamais je n' aurais cru qu' il puisse faire si froid en Méditerranée! Au petit matin, nous sommes réveillés par des rafales de vent. Le ciel est entièrement couvert, annonciateur de neige. Le temps a changé subitement, et nous commençons à prendre la mesure de ce climat capricieux. Il fait très froid et, déjà, nous rêvons de la petite auberge qui nous attend ce soir, avec son feu de cheminée. Mais pour l' instant faut trouver le moyen de descendre dans la vallée. Nous sommes en bordure d' un très haut plateau et un à-pic de plusieurs centaines de mètres plonge verticalement vers quelques hameaux isolés. Le point faible dans cette muraille se trouve plus vers l' est. Mais où est l' est? Nous sommes enveloppés dans un épais brouillard et la visibilité ne dépasse pas quelques mètres. Nous ne devons pas dévier à gauche et, surtout, faire attention aux corniches qui se forment un peu partout sur ces reliefs.. " " .Après deux heures de progression à tâtons, la situation devient tellement oppressante que nous décidons de nous arrêter pour attendre une éclaircie. Nous n' avons aucune idée de l' endroit où nous sommes.. " " .Par chance,une accalmie nous laisse juste le temps de repérer la direction à prendre. Craignant le retour du brouillard,nous partons à toute vitesse. Si le temps n' est pas beau, le ski lui est excellent. De larges combes dans lesquelles nous traçons de grandes courbes sur une neige parfaitement transformée nous amènent à la limite de la forêt. Le cheminement est maintenant facile et, au terme d' une belle descente, nous arrivons vers les premiers champs. Un berger, fusil à l' épaule, nous indique un peu étonné la direction pour rejoindre la route. Il doit sans doute croire que nous sommes perdus.

Les Libanais se hasardent rarement hors des pistes balisées... une aubaine pour nous! Pentes vierges en contrebas de la station de Faraya, près du pont naturel de Faqra A Laqlouk, la jeune surfeuse de notre groupe s' amuse à défier la pesanteur En route pour le Qornet as-Sawda ( 3090 m ), le sommet culminant du Liban

Au milieu des cèdres

Nous rejoignons en soirée la petite station de Laqlouk. Nous passerons une journée à collectionner des descentes à l' écart des pistes, sous les yeux enthousiastes de quelques skieurs locaux, avant de rejoindre Les Cèdres, lieu mythique dans le Jebel Makmal, où nous accueille une de ces tempêtes de neige qui nous sont maintenant familières.

Le lendemain, le temps semble meilleur et nous montons de flanc jusqu' au de la forêt des Cèdres. En fait de forêt, il serait plus approprié de parler de bosquet, car c' est là tout ce qu' il reste des fameux cèdres du Liban, quelques kilomètres carrés d' arbres plusieurs fois centenaires. Le ciel s' assombrit à nouveau. Lorsque nous pénétrons dans la forêt, le vent se lève avec une force impressionnante, alors que les premiers éclairs claquent juste au-dessus de nous. Serait-ce un signe des anciens dieux? Nous évoluons sans mot dire entre les immenses arbres. Soudain, au milieu d' une clairière, nous découvrons un arbre mort entièrement dénudé de son écorce. Un mystérieux artiste a sculpté dans les courbes de ses branches le Christ crucifié! Comme si une présence mystique nous protégeait, l' orage s' éloigne et le vent faiblit. La neige se met à tomber à gros flocons et une lumière fantomatique nous entoure. Nous descendons en enfilade dans les clairières dans une excellente poudreuse. Une heure plus tard nous débouchons sur la route qui doit nous ramener au village.

A peine sortis de la forêt, comme si le charme était rompu, la tempête redouble de plus belle. En remontant la route enneigée, la visibilité devient tellement médiocre que nous manquons nous perdre. Une maison émerge alors du brouillard et nous offre un abri sous son porche. C' est une auberge. Pendant que nous nous séchons devant les flammes, notre hôtesse s' exclame en riant: « Trop dangereux, jamais sortir, mauvais temps. Parfois, tellement neige, plus voir les maisons. » Plusieurs personnes me confirmeront ensuite que les chutes de neige dans la haute vallée de la Kadisha atteignent parfois 6 à 7 mètres et que certaines maisons sont complètement enfouies pendant plusieurs semaines.

D' étranges lueurs dans le ciel

Pour la dernière partie de notre traversée, il nous faut monter des Cèdres au Qornet as-Sawda, puis basculer dans le versant est de la chaîne pour rejoindre la vallée de

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Ni col as Ja qu es LES ALPES 1/2002

la Bekaa. Ce matin, le temps est à nouveau très mauvais, mais la météo promet de belles éclaircies. Vers midi, le petit télésiège de l' armée, une incroyable antiquité faite de sièges monoplaces sur lesquels il faut prendre son sac et ses skis à la main, nous emmène jusqu' au col. Peu avant l' arrivée, nous sortons du brouillard. Au-dessus de nous, il n' y a plus qu' un ciel bleu, intense. Nous flottons littéralement au-dessus d' une mer blanche et cotonneuse. En revanche, le vent, lui, n' a pas faibli et rugit avec force autour de nous. Le sommet n' est qu' à quelques heures, mais il est déjà tard lorsque nous l' atteignons. Comme le soleil commence déjà à disparaître à l' horizon, nous descendons à toute vitesse. Dans la pénombre, nous manquons la grotte où nous voulions bivouaquer. Nous devons à tout prix trouver un endroit abrité, car en février, le jour tombe vite. Un grand arbre isolé semble vouloir faire l' affaire et, alors que l' obscurité est désormais complète, nous creusons une grotte dans l' épaisse couche de neige, assez grande pour y installer notre bivouac. Dans la nuit étoilée, nous voyons à l' horizon d' étranges lueurs dans le ciel. Tirs militaires, roquettes, exercices ou combats bien réels? La Syrie n' est pas loin. Nous n' en saurons jamais rien.

Nous nous réveillons sous un soleil ardent. Il n' y a plus le moindre souffle et, au loin, à l' est, nous devinons la vallée de la Bekaa. Nous devons remonter un peu en arrière pour franchir une crête et, quelques minutes après avoir quitté le bivouac, nous tombons sur la fameuse grotte. Elle était là, tout près de nous! Arrivés au sommet, nous contemplons un magnifique panorama. A l' ouest la Méditerranée, à l' est la Bekaa et la Syrie. Tout est si sauvage, si silencieux.. " " .Voilà deux jours que nous ne croisons personne, un privilège rare! Petit à petit, nous apercevons des traces d' habitations temporaires, les alpages d' été où quelques familles de bergers viendront passer la belle saison avec leurs chèvres et leurs moutons. Au bas de la

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Ni col as Ja qu es Au-dessus de la vallée de Bekaa, nous skions dans un paysage splendide, avec vue sur la chaîne de l' Anti Avant de rejoindre le site de bivouac au nord de Faraya, lors de notre première étape, quelques-uns d' entre nous profitent de tracer de dernières courbes dans la poudreuse avant le coucher du soleil Descente magique dans la poudreuse, aux dernières lueurs du soleil couchant, au-dessus des Cèdres dans la vallée de Kadisha

dernière combe, nous débouchons enfin dans la large et plate vallée de Marjeen, un village d' été où nous passons la nuit à l' abri du porche d' une maison. La traversée est derrière nous.

Un fantastique voyage dans le temps

Il ne nous reste qu' à suivre la piste jusqu' au premier village habité. Alors qu' il commence à pleuvoir, une famille nous invite dans sa maison. Ils sont musulmans chutes et vivent de leurs bêtes, de leurs champs et de quelques arbres fruitiers. Comme à chaque fois, nous sommes reçus avec toute l' hospitalité propre à ce pays,

La forêt des Cèdres, dans la haute vallée de Kadisha. Parler de bosquet serait plus approprié – ne reste plus des fameux cèdres du Liban que quelques kilomètres carrés d' arbres plusieurs fois centenaires! Lors de notre première étape de deux jours, de Faraya à la vallée d' Afqa, nous évoluons dans un paysage de collines arrondies et de vallons aux courbes douces. Mais les immenses congères et les corniches sur les crêtes montrent que le temps peut vite devenir exécrable LES ALPES 1/2002

simple, spontanée, et ce sont ces petits instants partagés qui font le charme de tout voyage. Un antique bus nous emmène à Baalbek. Au petit matin, je me lève encore une fois aux aurores et monte sur le toit. Les temples romains se découpent devant la bande blanche des montagnes, illuminées par les premiers rayons de soleil. Des ruines de Beyrouth à celles de Baalbek, cette randonnée fut un fantastique voyage dans le temps, remontant deux mille ans d' histoire. Ce fut une aventure insolite, faite de rencontres et de découvertes surprenantes. Le ski ne serait-il qu' un prétexte pour aller découvrir le vaste monde, rencontrer les multiples peuples qui forment la merveilleuse mosaïque culturelle de notre planète?

Informations pratiques

Période

Février et mars sont les meilleurs mois pour skier au Liban.

Les plus beaux spots et leurs possibilités d' hébergement

Faraya: station « in » du Liban, avec de nombreuses remontées et des possibilités de superbes descentes hors-piste. Adresse à recommander: l' auberge San José, Carlos Fenianos, tél. 00961 3 31 23 15.

Laqlouk: petite station conviviale, avec deux ou trois télésièges et de belles descentes. Très beau potentiel de randonnées à la journée. Bonne adresse: l' hôtel Shangri-La. Les Cèdres: station incontournable. Nombreuses possibilités de logement et innombrables belles descentes, mais il faut marcher. C' est le point de départ pour la traversée de la chaîne par le Qornet es-Sawda jusqu' à la vallée de la Bekaa. Bonne adresse: l' auberge La Cabane, au pied du télésiège.

Equipement

Emportez votre équipement personnel, surtout pour le bivouac. Les magasins de sport sont nombreux, mais la rando est encore quelque chose d' un peu mystérieux ici. On trouve des cartouches de gaz à Beyrouth.

Portage

Inexistant! En revanche, à Faraya, il y a quelques fous du « snowmobile » qui peuvent emporter votre chargement jusqu' au premier bivouac, voire vous suivre sur quelques jours.

Le temple de Jupiter sur le site de Baalbek, le plus grand site romain du Moyen-Orient, se découpe sur la bande blanche des montagnes illuminées par les rayons du soleil. Un instant magique où le temps semble figé Pho to s: Ni col as Ja qu es LES ALPES 1/2002

Guides

Il n' y en a pas. Les Libanais ne sont pas des aventuriers et ne s' écartent pas des pistes balisées. En randonnée, il faut se fier à son instinct!

Orientation

Les montagnes du Liban peuvent être un véritable labyrinthe, faites très attention. Il est quasi impossible de se procurer les bonnes cartes de l' armée.

Hospitalité

Elle est partout. Les gens sont adorables et aiment que l'on visite leur pays. Qu' ils soient chrétiens ou musulmans, ils ont toujours été accueillants avec nous, dans les villes comme dans les montagnes. Beaucoup parlent anglais ou français, la communication ne pose donc généralement pas de problème.

Adresses Internet

www.skileb.com, un site entièrement consacré au ski avec des infos sur la météo, les conditions d' enneigement, les logements en stations, etc.

www.sport-evasion.com, une agence branchée ski. Bassam Turk parle parfaitement le français.

www.tourisminlebanon.com, infos touristiques sur le pays ( sites, restaurants, hôtels, etc. ) a

Coucher du soleil, pentes vierges... nous ne résistons pas à une dernière descente! Vallée de Kadisha, au-dessus des Cèdres

Escalade libre / Compétition

Arrampicata libera e di competizione

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