Le temps en montagne

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Avec 3 illustrations.Par R. Eggimann.

Pour un alpiniste qui tient à rester en vie le plus longtemps possible est-il question plus vitale que celle-là? Nous ne le croyons pas et nous dirons même que pour lui tout dépend de cela; nous irons encore plus loin en prétendant que la plupart des accidents sont dus au mauvais temps, ou en tout cas aux changements brusques, donc inattendus et imprévus du temps en montagne. Les journaux qui ont le verbe haut et la plume facile, parlent toujours de l' imprudence, de la témérité des alpinistes trouvés morts au bas d' une paroi de rocher ou au fond d' une crevasse béante ( dans les journaux les crevasses sont toujours béantes ). J' en ai justement un sous les yeux qui date de l' été dernier. Entre autres bêtises — vox populi, vox joggeli — il dit que la cause des accidents de montagne est l' incompétence et la présomption des touristes. S' il n' y avait que cela, il suffirait de suivre les cours d' une école d' alpinisme pour s' immuniser contre les accidents... Il ne faudrait pas exagérer, répondrons-nous à ce journaliste moraliste. C' est entendu qu' on a vu jadis un ramoneur de Munich monter au Cervin armé d' un parapluie, que mon ami Genner et moi avons dû nourrir, au sommet du Rothorn de Zinal, deux Autrichiens arrivés là on ne sait trop comment; ils étaient sortis la veille du train de Viège-Zermatt et s' étaient attaqués au Rothorn parce qu' à l' hôtel du Trift on leur avait dit que du sommet « on jouissait d' une très belle vue »;.. .ils n' avaient ni provisions ni piolet, une grosse ficelle leur tenait lieu de corde, et je ne sache pas qu' on les ait revus, le soir, au Trift. Il est entendu que beaucoup de jeunes s' attaquent à des escalades trop difficiles pour eux, que des vieux font des ascensions au-dessus de leurs forces, il en est d' autres, c' est entendu, qui négligent leur équipement et lésinent sur le prix d' une corde ou d' une paire de crampons qui seront leur ruine et ne tiendront pas « le coup » au moment voulu, c' est entendu, mais ces alpinistes imprudents et téméraires sont tout de même rares, heureusement, et si leurs entreprises folles sont suivies d' accidents, il ne faut pas s' en étonner; ces malheureux ne font que payer, comme disaient les Anciens, « leur tribut à la nature ». Par contre, ce qui est surprenant et navrant tout à la fois, c' est de noter la quantité de malheurs qui arrivent par la faute du temps, de ce traître de temps, de ce Judas de temps qui, dès qu' il se fâche en montagne, devient plus dangereux et fait plus de victimes que les imprudences, les négligences, les mauvaises manœuvres des alpinistes téméraires et présomptueux. Songez, par exemple, à l' été 1938. Il a très bien commencé et nous avons eu trois belles semaines d' affilée — du 15 juillet au 5 août — pendant lesquelles la colonne intitulée « Drames de l' alpe » dans nos journaux suisses n' existait pour ainsi dire pas ( on en venait même à se demander s' il se faisait encore des ascensions en Valais, dans 1' Oberland et ailleurs, tellement cette rubrique était maigre, inexistante ), puis lentement le temps se gâta et tout de suite cette colonne vide jusque-là se remplit d' un seul coup: « Trois tou- ristes disparus au Mont Blanc, une chute à l' Obergabelhorn, l' arête de Zmutt fait trois victimes, on est sans nouvelles de deux alpinistes genevois, etc. », cela n' en finissait plus. C' est que vous avez beau être prudent et prendre toutes les précautions nécessaires, que pouvez-vous bien faire sur la calotte glacée et pelée du Mont Blanc, sur l' arête inhospitalière de Zmutt, sur les pentes diaboliques de la face nord de l' Obergabelhorn, quand vous êtes surpris, pris et coincé par la tempête! Vous avez beau être bien équipé — boussole Bézard, sac norvégien, crampons Eckenstein... « and ail that sort of thing » — vous avez beau être bon varappeur, grimpeur prudent et expérimenté, vous êtes « vaincu par votre conquête », comme dit Victor Hugo dans les « Châti-ments ». Vous succombez dans une lutte inégale entre les éléments déchaînés et les chetives créatures que vous êtes et que sont tous les pauvres alpinistes qui se font attraper par la tourmente. Entre parenthèses, c' est la même chose pour les aviateurs. Regardez comme ces dernières années les accidents graves se sont multipliés dès le moment où l'on a pris le parti de faire fi du brouillard, de braver la tempête et de partir « par n' importe quel temps », ce que ne ferait aucun alpiniste, sauf celui qui aurait l' idée fixe de se suicider. Or, il suffit d' une petite crête de montagne juste trop haute de quelques mètres pour arrêter l' avion lancé à toute vitesse dans le brouillard... Résultat: 6 morts. Il faut espérer qu' après cette période de bravade ( l' avia est encore jeune et se trouve actuellement — comme un gamin qui « crâne » — dans l' âge ingrat de la croissance, elle en sortira bientôt pour entrer dans l' âge de raison ), il faut espérer qu' après cette attitude de crânerie outrée nos aviateurs en adopteront une moins cavalière, plus bourgeoise et plus sûre qui leur fera tenir compte des changements de temps possibles, probables, des intempéries menaçantes et dangereuses, du brouillard assassin et de toutes les sautes de mauvaise humeur du temps en montagne.

On devrait pouvoir — pour diminuer les risques d' accidents soit dans l' alpinisme soit dans l' aviation — afficher dans les centres de tourisme les pronostics du temps préparés par des gens avisés qui connaîtraient bien, à la montagne, les signes précurseurs d' une tempête, d' un orage, delà neige et du froid. Pas nécessaire de faire appel à des hommes de science, à des savants universitaires, à des météorologistes, pas besoin de cartes isobariques de l' Europe, sillonnées de courbes bleues s' arrondissant en volutes et suggérant un tourbillon, pas de termes techniques, pas de cyclone ni d' anticyclone, mais simplement un rapport lisible et à la portée de tous. On s' adresserait pour cela à des paysans connaisseurs, à des montagnards observateurs, ceux qui savent interpréter les signes infaillibles et qui ont l' intuition des mystères du temps, ces gens admirables et près de la nature qui n' ont pas besoin de l' intermédiaire du raisonnement pour arriver à une connaissance claire, droite, précise et immédiate de la vérité, ces devins étonnants qui d' un œil pénétrant voient ce que le temps le plus sûr a de clinquant. Il est parfois en montagne des matinées splendides de soleil et de limpidité, de luminosité exceptionnelle, de ces matinées que les Anglais appellent « pet mornings », disons des matinées de prédilection, des matinées idéales. Mais cette clarté merveilleuse ne trompe pas les observateurs sérieux: l' air est trop limpide, le ciel trop lumineux, les montagnes trop rapprochées; cela ne durera pas, c' est trop beau pour être vrai, tout cela est factice et passera bientôt. Un changement de temps est dans l' air, un orage se prépare qui éclatera le soir ou au milieu de la nuit. Vers midi, le ciel se drape de gaze légère, vaporeuse; elle se forme, puis se déforme et finit par insister et s' attarder; elle reste tout à fait et suggère — tant elle est fine et délicate — ces falbalas ténus et transparents dont s' enveloppait la danseuse célèbre Loie Füller; ces traînées ouatées dans lesquelles la lumière du soleil se joue ressemblent aussi aux traces laissées sur une vitre propre par un linge sale et humide... Méfiez-vous de ces vapeurs, elles n' annoncent rien de bon et ce sont des signes avertisseurs qui ne trompent pas les connaisseurs avisés. Pourquoi ne feraient-ils pas, ces voyants, bénéficier de leurs observations utiles tous les humains en mal de voyage, tous ceux qui, dans les stations alpestres, aspirent à monter, pour les dissuader au besoin de partir à l' aventure et leur éviter des malheurs certains? A défaut de quoi ces pauvres humains se trouveront pris par le mauvais temps sur une corniche de neige, sur une arête de rocher, à cinq ou six heures de distance de la cabane la plus proche, et leur vie, à ce moment, ne tiendra plus qu' à un fil, celui de la corde, car en montagne, vous le savez, on ne badine pas avec le temps.

Aux dangers du temps, en montagne, vient s' ajouter celui du manque de temps. En général on est trop pressé, on dispose de quelques jours seulement pour faire des ascensions, et c' est ce qui, très souvent, augmente encore les risques d' accidents. Au lieu de pouvoir attendre que les caprices du temps soient passés, que ses lubies se soient apaisées, que ses moments d' humeur se soient changés en sérénité bien établie, au lieu de pouvoir attendre pour voir — « to wait and see », comme disent les Anglais qui ne sont jamais pressés — au lieu de pouvoir se payer le luxe d' un gaspillage d' un ou de deux jours passés en une attente ennuyeuse, bien sûr, mais combien fertile, souvent, en douces récompenses, on brusque les choses et l'on décide le départ beaucoup trop tôt, avant de savoir si le temps est sûr et vraiment remis. Je me rappelle, à ce propos, une expédition qui faillit mal tourner pour nous. Nous étions montés par la pluie à la cabane d' Oberaletsch et là, pendant trois jours, nous avions été assaillis, assiégés par une tempête de pluie d' abord, de neige ensuite, comme seul l' Oberland sait en offrir. Le quatrième jour, comme très souvent après la neige ( les montagnards disent que la neige « remet le temps » ), temps merveilleux. La prudence nous chuchotait à l' oreille de redescendre en plaine bredouilles, la crête basse et le désir au cœur de prendre une revanche prochaine ou alors d' attendre au moins deux jours encore en cabane ou autour de la cabane et donner ainsi à la neige le temps de fondre sur les arêtes et dans les couloirs. Or, nous ne disposions plus que d' une journée et demie. Les dernières cartouches, quoi. Qu' avons fait? Le vrai courage aurait été de garder sa poudre sèche pour une autre escarmouche et de s' acheminer sagement, le fusil en bandoulière, vers la plaine bourgeoise, pot-au-feu; nous avons préféré l' autre courage qui consistait à risquer le tout pour le tout... et nous sommes partis pour l' ascension de *^ l' Aletschhorn. Nous sommes bel et bien arrivés au sommet, mais je n' oublierai jamais les affres de la descente: le grand couloir, dans lequel nous nous traînions assis — parce que la marche debout était impossible — était plein de neige nouvelle, meuble et fondante; nous avancions à l' allure décevante des escargots, parce que le moindre « bond en avant » détachait des pans de neige, fauteurs d' avalanches; nous étions très étonnés d' être encore si haut et nous avions l' impression que d' un moment à l' autre toute la masse de neige amoncelée dans ce couloir malsain allait se dérober sous nos pas et nous entraîner dans un glissement subit et fatal.

Quelquefois, au contraire, on dispose de trop de temps et au lieu de saisir l' occasion quand elle se présente — comme le font ceux qui sont pressés — on tergiverse, on temporise; on scrute l' horizon voilé de quelques nuages et l'on décide de remettre au lendemain ce qu' on pourrait très bien faire le jour même; on reste à la cabane en essayant de se persuader que ceux qui sont partis ont eu tort et qu' ils rebrousseront chemin en renonçant à leurs projets naïfs. Le lendemain, le temps se gâte tout à fait et l'on s' en veut de n' être pas parti... le temps se gâte même tout à fait et quand il est gâté, en montagne, il l' est pour longtemps: après la pluie rabat-joie ce sont les brumes déprimantes, après les brumes c' est le brouillard et cela n' en finit plus.

En attendant qu' il veuille bien se remettre, tâchons d' examiner quelques caractéristiques du temps en montagne, essayons de fixer les traits essentiels de sa forte personnalité.

Ce qui prédomine en lui, c' est l' humeur capricieuse, fantasque. On ne peut pas s' y fier, on ne sait jamais où il va sauter; il fait des cabrioles déconcertantes, un peu comme les gerces qu' on essaie d' attraper dans sa chambre, en été: elles sont insaisissables, vous glissent entre les doigts serrés pour les prendre, elles volent brusquement à droite quand vous croyez les voir obliquer à gauche; un peu aussi comme ces feux d' artifice dernier cri, ces fusées à relais qui zigzaguent dans toutes les directions. Le temps en montagne, c' est un enfant terrible dont l' éducation n' est plus à faire parce qu' il n' y a rien à faire qu' à se résigner. C' est un enfant terrible qui, au lieu de faire plaisir à ses parents ne leur cause que des ennuis, des soucis, des peines et des chagrins. Sa conduite laisse toujours à désirer, sans cesse on le prend en faute et le plus souvent il fait exactement le contraire de ce qu' on attend de lui. Il serait donc sage de l' ignorer. Au lieu de cela tout le monde en parle... Et comme le gouvernement, il a toujours tort. Or, gouverner, comme disait je ne sais plus qui, c' est être impopulaire, c' est mécontenter tout le monde. Il y a aussi dans cette question du temps, comme, hélas, dans toutes les questions, le point de vue auquel on se place, et il varie d' un individu à l' autre. Je l' appris un jour, à mes dépens. Nous étions, un matin de juin pluvieux, sur la route de Lauterbrunnen à Murren. Nous passions devant un pré mouillé qu' un paysan optimiste était en train de faucher. Je m' adresse à lui et lui parle du temps qu' il fait en disant « Furchtbar! » Il me répond en hochant la tête: « He! He! Fruchtbar! », traduction libre « temps excellent pour mon herbe ». Comme un enfant terrible, le temps est boudeur, il nous fait grise mine; comme un enfant terrible, aussi, il est colérique; il se fâche brusque- LE TEMPS EN MONTAGNE.

ment et sans raison apparente; il n' est pas lent à la colère ni abondant en grâce et sa rancune est durable, voire tenace. Toutes sortes de raisons pour se méfier de lui ou en tout cas ne lui accorder notre confiance qu' à bon escient.

Etant donné donc que le temps en montagne est capricieux, qu' il est très difficile de s' accommoder de ses lubies et fort malaise de faire ce que le vulgaire nous recommande, c'est-à-dire « de prendre le temps comme il vient et les gens comme ils sont », étant donné, dis-je, qu' il est pénible de se diriger dans cette nuit presque tout à fait obscure qu' est notre ignorance des mystères de la nature, que faut-il faire pour en sortir et voir clair? S' en remettre à la météorologie, avoir une confiance, sinon aveugle du moins borgne, dans cette science si utile aux mortels en mal d' aventures, cette science si actuelle à notre époque voyageuse, remuante et entreprenante?

Les hommes de science eux-mêmes vous diront qu' il ne faut pas avoir dans la météorologie une confiance illimitée. Comme l' a écrit le grand savant Mascart: « La prévision du temps est le problème le plus difficile que puisse se proposer la science. » C' est par cette citation que commence l' ouvrage remarquable que vient de publier la librairie Hachette dans sa collection « Bibliothèque vie pratique »: « Pour savoir le temps qu' il f era », de Gabriel Guilbert. Ecoutez aussi ce qu' en pense le professeur Jaquerod, de l' Uni de Neuchâtel:

« Tous les spécialistes diront qu' on peut généralement „ assez bien " prédire le temps pour le lendemain; à de rares occasions deux ou plusieurs jours à l' avance; mais qu' il est impossible, dans l' état actuel de nos connaissances, de prévoir ce qu' il en sera, même dans les grandes lignes, pour une année ou seulement pour un mois. » Et cependant la météorologie est une science: elle a une doctrine, elle a ses lois vérifiées par l' expérience, elle a des règles précises, sans lesquelles son nom de science ne se justifierait pas.

Les météorologistes vous diront « que les observations simultanées du baromètre, de la direction et de la vitesse du vent et aussi des nuages sont des bases suffisantes pour la prévision scientifique du temps ». Sachons toutefois qu' au point de vue pratique il suffit d' une approximation pour réussir parfois dans la prévision du temps et que la sagacité et le flair de l' amateur donnent d' aussi bons résultats que la science des météorologistes de profession. Sachons également que M. Angot n' avait pas tout à fait tort lorsqu' il écrivait: « La prévision du temps est une question de pure pratique », abandonnant ainsi la méthode scientifique et laissant l' art de la prévision du temps à l' expérience populaire, à l' empirisme non érigé en système que pratiquent bénévolement les bergers de nos montagnes et les paysans de chez nous. Il faudrait peut-être pour réussir dans cette science délicate avoir aussi l' intuition d' un Lamarck. On raconte que le grand naturaliste tomba si gravement malade, à rage de 21 ans, que pendant près d' une année, il ne put quitter sa chambre, une humble mansarde qui n' avait qu' une seule fenêtre. Etendu là, sans pouvoir lire, il regardait passer les nuages dans le ciel. Il se mit à les différencier, à étudier les rapports existant entre leurs formes toujours changeantes et le temps qui en résultait, qui en « découlait »:

les nappes blanches de nimbus chargés de neige ou de grésil, les cumulus en grappes amoncelés à l' horizon, les cirrus pommelés dont les merveilleux alignements excitaient son admiration... Lorsqu' il fut complètement guéri, sa décision était prise: renoncer à la carrière militaire de ses ancêtres pour se consacrer aux sciences naturelles... Il faudrait avoir encore le don d' analyse d' un Sherlock Holmes, être rêveur et artiste comme lui, et arriver à découvrir, par l' étude et le raisonnement, les secrets de la météorologie et déjouer les machinations subtiles du temps.

Pour l' observateur de plein air, pour le météorologiste amateur, le baromètre est le guide par excellence. C' est le moyen le plus usité, celui qui est le plus à la portée de tout le monde, mais il ne faudrait pas trop s' y fier: la confiance et la défiance sont aussi mauvaises conseillères l' une que l' autre. On l' a déjà dit, et il est de saison de le répéter ici: « Le baromètre est un instrument ingénieux qui indique le temps qu' il fait au moment où on le consulte. » Et encore ce n' est qu' une indication, souvent même simplement un indice... Mais l' attitude catégorique du paysan de Long Island ne convient pas non plus. C' était son ambition d' avoir une fois un baromètre de précision; il le commanda chez le meilleur fabricant, paya d' avance, mais en rechignant, le prix énorme de ce baromètre merveilleux qui arriva chez lui le 21 septembre, jour de l' équinoxe. A ce moment, il indiquait « Ouragan ». Pensant qu' il ne marchait pas, notre paysan le secoua consciencieusement, mais sans résultat. Il écrivit alors une lettre d' insultes au fabricant en lui renvoyant son « sale » baromètre. Il porta aussitôt le paquet à la poste. Quand il revint chez lui, sa maison avait disparu...

Encore s' agit d' interpréter les indications du baromètre dans le sens convenable. Il faut d' abord se préoccuper de l' altitude pour laquelle il a été réglé et savoir, avant de le consulter et de s' y fier, s' il est « à la page », car un baromètre qui n' a pas été réglé pour l' endroit où il est appelé à rendre ses services est semblable à une montre qui marcherait mais qu' on aurait oublié de mettre à l' heure, c'est-à-dire que les indications d' un instrument parfaitement sûr et précis au niveau de la mer seront déjà sensiblement faussées au bord de nos lacs suisses et tout à fait inexactes à l' altitude de nos cabanes du Club alpin. A ce propos ne vous fiez pas trop aux baromètres que vous trouverez à Valsorey, au Mountet, à Chanrion, à la Baltschiederklause et dans d' autres refuges de nos Alpes ( à moins qu' en agrandissant ces cabanes on ait eu la bonne idée de vérifier les baromètres vieux modèle qui jouissaient là d' une retraite bien méritée ). En général, ces baromètres « haut-placés » ne sont pas réglés et leurs indications « variable, beau fixe, etc. » ne correspondent pas à grand' chose. Et M. Otto Künzler de 1a section Uto de Zurich a eu raison de se plaindre, dans un article des Alpes paru il y a environ trois ans. Il cite le cas d' un gardien qui prétendait que le baromètre de sa cabane indiquait « tempête » quand le temps allait s' ar et « variable » quand il ne pouvait plus monter, pronostiquant ainsi le « beau fixe » à sa façon ( un peu comme ces coucous de la Forêt Noire: quand ils chantent 11 heures et que leurs aiguilles sont sur 11 % heures, on sait qu' en réalité il est midi moins un quart ). Et la conclusion de M. Otto Künzler est intéressante. Il dit: « Non seulement la tendance du baromètre à monter ou à descendre peut guider les touristes, mais il faudrait pouvoir aussi se fier aux indications du baromètre à un moment précis et être sûr que ces indications „ variable, beau fixe, etc. ", correspondent bien à la réalité. » Conclusion qui s' impose: il faudrait réviser les baromètres de toutes les cabanes du Club alpin. En attendant que le Comité central veuille bien « faire le nécessaire », résignons-nous à l' idée que, comme les livres bien faits, les baromètres ne peuvent pas tout dire: ils vous suggèrent des choses et c' est déjà beaucoup. A nous de savoir lire entre les lignes... Ainsi une tendance à la hausse — surtout si le ménisque est bien formé — indiquera le beau temps probable, une tendance à la baisse sera l' indice de « perturbations prochaines », pour employer le jargon des météorologistes de profession. Il suffit de comparer le niveau du baromètre disons aujourd'hui au niveau du baromètre hier pour savoir à peu près ce que sera le temps demain. Il faut, la veille de l' ascension projetée, au moment où l'on pose son sac sur la table en souhaitant que le gardien comprenne et sache jauger notre soif; il faut à ce moment-là et avant que le thé bouillant fume dans les bols blancs, jeter un coup d' œil au baromètre suspendu à la paroi et noter exactement son étiage, si je puis dire, mettons 456. Si le lendemain matin de bonne heure il marque 455 ou 454, on fera bien d' hésiter à partir et même on décidera de ne pas partir du tout. Même si le baromètre n' est pas réglé, votre petit calcul sera juste. Si, au contraire, le baromètre a fait lui-même une ascension lente pendant la nuit, vous pouvez aussi faire la vôtre, à condition que les autres signes dont nous devons encore parler viennent confirmer, corroborer les dires du baromètre.

Baromètre, vents et nuages, tels sont les facteurs de la prévision du temps simplifiée. Nous avons ainsi trois bases d' observation: le baromètre, pour apprécier la pression atmosphérique actuelle et la comparer à celle de la veille ou du lendemain; la girouette, qui donnera la direction du vent; et enfin l' état du ciel, la présence des nuages et surtout leur nature, leur forme, leur position et leurs mouvements.

Nous avons vu la confiance qu' on pouvait avoir dans le baromètre, en montagne surtout, où il est souvent réduit à sa plus simple expression, à peine réglé et de construction rudimentaire. Les girouettes, en montagne, sont encore plus rares et plus sujettes à caution. Par contre, il y a presque toujours un drapeau aux abords de la cabane: il indique, tant bien que mal, la direction du vent, mais ce n' est pas très sûr non plus et peu recommandable parce que les courants en montagne se contrarient encore plus qu' en plaine et que les saccades du vent brouillent et embrouillent parfois tous les calculs et toutes les prévisions.CA suivre. ) Die Alpen — 1939 — Les Alpes.22

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