Les adeptes de sports de montagne sont-ils des têtes brûlées?

Nous vivons un paradoxe : les sports de montagne sont d’une part toujours plus sûrs, comme le démontrent les statistiques sur les accidents de montagne. D’autre part, la publicité dans le domaine fait toujours plus appel à des termes comme « action », « aventure », « risque » ou « poussée d’adrénaline ». Auprès du public, cette terminologie fait passer les adeptes de sports de montagne pour des têtes brûlées. Mais qui d’entre vous se rend en montagne pour courir volontairement des risques mortels ? Quand on déclare au départ d’une voie « no risk, no fun », il est plutôt rare de vouloir risquer ouvertement sa propre vie. On se limite souvent à une chute de 2 mètres dans un jardin d’escalade ou à un doute quant à savoir s’il faut poursuivre dans la voie ou rebrousser chemin. Je ne connais personne qui se rende en montagne pour s’exposer volontairement à un risque de blessure, voire de mort. Les alpinistes, grimpeurs et autres randonneurs sont pour la plupart des gens prudents. Dans les faits, évoluer dans la nature sera toujours lié à un danger de mort. Mais personne n’est à même de juger du degré du risque encouru dans chaque situation. Il faudrait pour cela connaître le nombre total d’individus parcourant les montagnes. Mais comment savoir combien de milliers de sportifs pratiquent chaque année la randonnée, l’escalade ou le ski-alpinisme ? Les statisticiens doivent donc se débrouiller avec des exemples et des estimations, ou alors se référer crûment aux chiffres : 95 morts dans les montagnes suisses en 2012 ! C’est là la dure réalité, au même titre que chaque cas pris individuellement. Mais lorsqu’il s’agit d’évaluer les dangers encourus en montagne, ces chiffres ne servent pas à grand-chose. Toutefois, « rien […] n’a plus d’écho auprès des cercles non alpins qu’un accident », déclarait déjà le Dr Kürsteiner dans « Les Alpes » en 1901. Immédiatement, on cherche le coupable. La société doit-elle aussi assumer la responsabilité d’une conduite individuelle ? Les positions à ce sujet évoluent constamment. Les adeptes de sports de montagne doivent cependant pouvoir pratiquer leur activité sans être automatiquement qualifiés de casse-cou, de drogués à l’adrénaline ou de têtes brûlées. Je souhaite, pour moi comme pour vous, que cela soit aussi le cas à l’avenir. Consacré entièrement au thème du risque ce quatrième numéro spécial a été conçu par Cosmin Niculescu, un étudiant de l’Ecole d’arts visuels de Berne. Nous vous souhaitons une excellente lecture et nous réjouissons bien entendu de recevoir vos réactions à l’adresse alpes@sac-cas.ch.

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