Les Cabanes du CAS et «la Suisse, pays de vacances»

Un élément essentiel

Les Cabanes du CAS et « la Suisse, pays de vacances »

Si l'on considère le nombre des cabanes du CAS et celui de leurs nuitées, celles-ci constituent la plus grande « chaîne hôtelière » de Suisse. Comme tous les autres établissements du genre, les cabanes doivent faire face à de multiples problèmes. C' est à propos de leur avenir et des discussions qu' elles suscitent qu' un spécialiste du tourisme, le responsable du secteur des cabanes au sein du Comité central et deux gardiens livrent ici leurs réflexions.

Prof. D r Hansruedi Müller,

directeur de l' Institut de recherches sur les loisirs et le tourisme ( fif ) de l' Université de Berne Il ne fait pas de doute que les cabanes du CAS constituent une part importante de l' offre dans la chaîne des prestations touristiques suisses. Dans une société qui prise l' aventure et l' expérience vécue, leur importance ne peut que croître. En effet, qui connaît les cabanes du CAS sait qu' elles sont bien plus que de simples dortoirs. Chaque cabane a sa propre atmosphère et, selon le temps qu' il fait, elles permet à ses hôtes de vivre une expérience unique. Pour l' Année internationale de la montagne, ce genre d' expé joue un rôle prépondérant. Le sondage entrepris par Marina Tonn et Ralph Näf a montré que plus de la moitié des alpinistes passaient chaque année six nuits ou davantage dans une cabane du CAS. Il est donc clair que, pour ce groupe de personnes au moins, les cabanes du CAS représentent une sorte de second domicile.

Il est dès lors curieux que, compte tenu de cette situation favorable, les cabanes du CAS soient confrontées aux mêmes problèmes que les autres secteurs du tourisme: manque de qualité, lacunes au niveau de l' information, faible rentabilité, difficultés financières. C' est pourquoi les cinq propositions qui sont faites – développement des infrastructures, amélioration du service et de la qualité des prestations écologiques, augmentation de l' attractivité par des offres supplémentaires, recherches de nouveaux hôtes par des informations ciblées et renforcement du marketing spécifique – me semblent aller dans la bonne direction. L' accent doit être mis sur un programme de développement global de la qualité. Il faut toutefois prendre garde à ne pas perdre le charme particulier de chaque cabane, qui est fortement marqué par la personnalité du gardien.

Thomas Tschopp, chef du ressort Cabanes et environnement au CC Au cours du sondage, les hôtes ont été interrogés sur les raisons qui les ont amenés à choisir telle ou telle cabane et sur les expériences qu' ils y avaient faites. L' examen des questionnaires a fourni des réponses intéressantes, aussi bien pour les sections propriétaires que pour la Commission des cabanes.

Pour les sections, il apparaît que l' amabilité, la propreté des lieux et le respect de l' environnement par le gardien ( qu' on s' en souvienne !) sont les critères les plus importants pour que les hôtes repartent contents. Ces critères devraient être satisfaits.

S' agissant de la Commission des cabanes, les résultats du sondage indiquent qu' elle doit se pencher sur l' infrastruc construite. L' hôte actuel, le plus souvent individualiste, demande des dortoirs plus petits et des installations sanitaires améliorées. On ferait vraisemblablement déjà beaucoup en mettant à disposition des installations individuelles, même sommaires, pour la toilette. L' approvisionnement difficile en eau et en énergie interdit de toute manière, le plus souvent, l' installation de douches.

Outre les questions de marketing, il s' agit pour le CAS de ne pas perdre de vue les questions financières. Je pense à une comptabilité transparente des taxes de nuitées et du chiffre d' affaires de la restauration, à une fixation souple du prix des nuitées et des demi-pensions selon l' offre et la demande, à des subventions différenciées pour les travaux en fonction des capacités financières des sections, mais aussi de l' intérêt touristique et économique des cabanes. Ce sont là des objectifs qui n' ont pas encore pu être inscrits dans le règlement 2000 des cabanes.

Urs Müller et Renate Mayer, gardiens de la cabane Etzli Que des facteurs tels que l' accueil, la propreté et le respect de l' environne puissent être largement influencés par les gardiens ( thèse 3 ) est tout à fait vrai. Nous, gardiens de cabane, pouvons y contribuer à environ 90–95%. Peut-être pourrait-on, à ce propos, utiliser la notion de « service global » dans lequel nous inclurions aussi une bonne qualité des repas et une grande attention accordée à nos hôtes. De même, une bibliothèque bien fournie et des magazines actuels nous semblent indispensables. De la bonne lecture a un effet très positif sur l' ambiance de la cabane et contribue au bien-être des hôtes. C' est ce service global qui s' exprime pleinement dans le bouche à oreille – naturellement aussi de façon négative lorsqu' il vient à manquer – et qui a un effet direct sur l' occupation des cabanes.

En tant que gardiens de cabane, nous avons cependant aussi besoin du soutien de la section propriétaire de la cabane ainsi que de l' Association centrale. Le bon positionnement des cabanes du CAS dans le paysage touristique suisse est très important. L' exploitation de la particularité offerte par l' emplacement exceptionnel des cabanes est pour nous une tâche que nous ne pouvons réaliser qu' avec la collaboration de tous les partenaires.

Prof. D r Hansruedi Müller D r Thomas Tschopp Pho to s:

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LES ALPES 6/2002

La thèse 4 – l' infrastructure ne correspond pas aux besoins des hôtes – est sûrement correcte pour de nombreuses cabanes. Mais que veut dire exactement de « plus petites chambres »? La tendance à favoriser des chambres à quatre, voire à deux lits, peut, suivant les conditions, conduire les cabanes à se mettre dans des situations embarrassantes qui dépassent de loin les possibilités financières de la section propriétaire. Est-ce que cela est bon pour l' image et le développement des cabanes du CAS? Il nous semble plus important de se distinguer clairement d' un hôtel de montagne ou d' un hôtel dans la vallée: les expériences de la nature et celles offertes par les cabanes ont pour nous une grande valeur. Les hôtes qui ne passent qu' une nuit en cabane doivent savoir qu' ils sont les bienvenus dans nos cabanes. Et surtout ils devraient savoir ce qu' ils peuvent attendre des différentes cabanes.

Raymond et Patricia Angéloz, gardiens de la cabane d' Orny Le gardien ou la gardienne est un facteur déterminant dans la fréquentation des cabanes. C' est l' âme de la cabane. Mais son rôle s' est modifié avec le temps. Si l' accueil des clients, la propreté des lieux et le respect de l' environnement restent des éléments importants, le mode de vie des gens a changé. Les besoins de la clientèle impliquent une redéfinition du rôle du gardien. Les hôtes ont par exemple d' autres rendez-vous dans la journée et la course en montagne ne représente souvent pour eux qu' une activité parmi d' autres. Notre société, individualiste, ne prépare plus les gens à dormir dans un dortoir d' une trentaine de places ou à s' asseoir à la même table qu' une dizaine de randonneurs pour y prendre leurs repas. Et si les alpinistes se lèvent tôt pour partir en course, nous avons aussi des clients qu' il faut tirer du lit à 8 h 3O. L' infrastructure des cabanes peut sûrement être améliorée. Mais attention aux excès. Des chambres à deux ne sont pas nécessaires. Des dortoirs de 8 à 10 places offrent déjà une nette amélioration du confort. Même chose pour les douches qui ne sont pas indispensables. Par contre, l' aménagement d' un coin pour se laver me semble important. Face à ces nouveaux clients, le gardien a une fonction d' intégration, il doit informer ses hôtes à l' avance de ce qui les attend et éviter ainsi de décevoir leurs attentes.

Le secteur du marketing a aussi sa responsabilité. Le nombre de nuitées est, à mon avis, influencé par l' existence de cours et de semaines de formation. Si les gens ont apprécié la cabane, ils reviennent. Quant aux chemins d' accès aux cabanes, dont l' importance est loin d' être négligeable, ils étaient autrefois entretenus par des bénévoles. Ces derniers se font maintenant rares.

Le Comité central ( CC ) aussi a un rôle à jouer. Certains problèmes nécessitent une solution globale, comme par exemple la question des duvets. Les gens préfèrent dormir dans des duvets, mais ceux qui sont disponibles dans le commerce ne sont pas adaptés à nos couchettes. Le CC devrait passer une commande globale de duvets sur mesure pour les cabanes. D' autre part, il devrait soutenir les gardiens. Ceux-ci ne reçoivent bien souvent aucune reconnaissance de leur travail et ne sont guère remerciés de leur engagement. Personne ne s' in jamais de leur bien-être ni ne vient voir leur travail sur le terrain. Le CAS ne donne pas vraiment aux gardiens les moyens d' être des entrepreneurs. Et une petite suggestion: si les gardiens avaient une participation aux nuitées, peut-être seraient-ils plus intéressés à garder leurs clients pour la nuit? a

Karine Begey et Margrit Sieber Renate Mayer et Urs Müller Patricia et Raymond Angéloz Photo: Urs Müller Pho to :P hilippe M etz ke r Cabane d' Orny Cabane Etzli LES ALPES 6/2002

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