Les premiers touristes anglais dans les Alpes suisses

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par G. R. de Beer.

Entre le touriste et le voyageur il y a une différence, difficile à préciser exactement, mais dont on peut dire qu' elle s' est accentuée avec le temps. Au moyen âge il n' y avait pas de touristes; à présent, du moins en Europe, il n' y a de voyageurs que ceux du commerce et nous pouvons provisoirement distinguer l' un de l' autre en disant que le déplacement du touriste est occasionné par un sentiment d' agrément envers la région qu' il visite, soit intérêt historique ou scientifique, soit jouissance d' oisif, tandis que le voyageur suit son chemin bon gré mal gré et ne s' occupe que de traverser un pays pour arriver dans un autre. Il ne faut cependant pas voir dans le touriste le phénix ressuscité du voyageur défunt; c' est, au contraire, le même homme qui a changé de manière de voir. Et comme cette dernière a subi une évolution ou un transformisme marchant de pair avec la pensée humaine, il n' y a rien d' étonnant à ce qu' il soit souvent impossible d' établir une distinction complète là où il y a transition continue. Mais en remontant à une époque antérieure à celle où s' est répandu ce que le Ly Dübi a si heureusement appelé « Alpensinn », on trouve des voyageurs faisant de longues et pénibles étapes non pour leur compte mais par devoir et qui se signalent par la crainte et l' hostilité intransigeante que leur inspirent les montagnes. Tel le moine John de Bremble qui, allant de Canterbury à Rome en 1188, écrivait du haut du Grand St-Bernard à son sous-prieur:

Pardonnez-moi de ne pas avoir écrit. J' ai été sur le Mont Joux; d' un côté contemplant le ciel des montagnes, de l' autre frémissant à l' enfer des abîmes et, d' autant plus sûr de l' exaucement de ma prière que j' étais plus rapproché du ciel, je m' écriai: « Seigneur, ramenez-moi à mes frères afin que je puisse leur dire de ne point venir en ce lieu de tourment! » Lieu de tourment en vérité, où le pavé du sol n' est que de la glace et où l'on ne peut poser le pied avec sûreté; ou quoique cela soit tellement glissant que l'on ne peut pas se tenir, la mort à laquelle il y a toutes les chances de s' exposer est une mort certaine. Je mis la main dans mon étui pour griffonner quelques mots à Votre Sincérité, mais je ne trouvai dans mon encrier qu' un morceau de glace; mes doigts refusèrent d' écrire, le verglas raidit ma barbe et mon haleine se condensa en un long glaçon. Je ne pus vous donner les nouvelles que je voulais.

Cette chimère de la fœditas Alpium fut longue à dissiper et il est facile de voir dans le récit de son passage du Simplon en 1646 que John Evelyn ne s' en était pas encore débarrassé. Vers la même époque James Howell dans ses « Instructions for Forraine Travell » ne fait allusion à la Suisse que comme « Répu-bliques rugueuses » qu' il faut traverser pour se rendre d' Italie en Allemagne.

Mais John Evelyn, dont le récit a été très fidèlement traduit dans ces pages par M. L. Seylaz 1 ), a eu des devanciers parmi ses compatriotes qui n' ont pas dénigré les Alpes.

Sir Edward Unton, de Wadley dans le comté de Berkshire, obtint un permis de voyager à l' étranger en 1563/64 et fit tenir un journal par son compagnon Richard Smith. L' itinéraire fut tracé par Cologne et Ulm vers le col du Brenner, après la traversée duquel la caravane se dirigea sur Rome, puis revint à Milan.

De là ( Milan ), le 1er octobre ( nous allâmes ) 25 milles coucher dans une ville du même duché appelée Como, pas jolie, située au pied des montagnes et la dernière cité vers la Zwechary ( Suisse ). Dans ce pays de Lombardie la nourriture pour les voyageurs est médiocre, mais les habitants sont néanmoins très fins et rusés et adonnés comme les autres Italiens à tromper les voyageurs.

Le 2 octobre, de Como à Lugano 21 milles italiens, l' entrée des montagnes à Corno et celle du domaine des Suisses à 8 milles plus loin; embarquement à Co de Lago ( Capolago ) à mi-chemin entre Como et Lugano. De Lugano le 3 octobre à Berlinzona ( Bellinzona ) 16 milles Lugano ( est ) un marché suisse, Berlinzona leur appartient aussi quoique les habitants parlent italien pour la plupart.

De Berlinzona le 4 octobre 6 lieues jusqu' à un bourg nommé Rolo ( Airolo ) au pied du Monte San Godard. Depuis Como notre chemin passa à travers les montagnes, merveilleusement étroit en divers endroits et étonnant à voir puisque pour la plus grande partie il a été construit en pierre de main d' homme sur le flanc des montagnes et découpé dans les grands rochers en plusieurs endroits, de sorte que deux chevaux ne pourraient se rencontrer sans danger en maintes places; de plus très pierreux.

Le 5 octobre, 7 lieues de Rolo jusqu' à une petite ville du nom de Torffo ( Altdorf ) au pied du même San Godard de l' autre côté. Du pied au sommet de cette montagne il y a 2 lieues, la pente est raide, la route étroite, pierreuse et dangereuse, la neige recouvrant la montagne en hiver et en été. Sur le sommet de ce mont se trouve une hôtellerie. Tout le long de notre chemin jusqu' à cette montagne les collines étaient abondamment couvertes de châtaigners, mais cette montagne ne produit que de la neige et des pierres. Nous y eûmes très froid et en descendîmes jusqu' à ce que nous arrivâmes à une petite ville appelée Olsera ( Urseren ou Andermatt ). De là nous chevauchâmes un mille anglais sur terrain plat et ensuite nous recommençâmes à descendre. A 2 milles anglais d' Olsera se trouve un pont nommé Ponte Inferno dans un défilé entre les montagnes. La rivière de Rehin ( Reuss ) prend sa source au Mont Godard et près de ce pont elle fait entre d' énormes rochers une telle chute que cela émerveille.

A 16 milles 2 ) anglais de Torffo nous nous embarquâmes et passâmes le lac de Lucerna le 6 octobre et arrivâmes ainsi à Lucerna, à 7 lieues de distance LES PREMIERS TOURISTES ANGLAIS DANS LES ALPES SUISSES.

par eau. Lucerna est une jolie ville suisse située au bord du lac à l' endroit d' où la rivière de Rehyne ( Reuss ) en sort. Ensuite nous prîmes des chevaux le 8 octobre et arrivâmes le 10 à Basylea; route médiocre, pays ressemblant plus à la contrée boisée de l' Angleterre que tout autre que j' ai vu et il en est de même des villages.

Comme le dit M. Yeames, à la transcription duquel nous devons le texte que nous venons de traduire, Richard Smith mérite une place à côté de Fynes Moryson et des autres voyageurs de l' époque de la reine Elizabeth. Mais ce qui Lucerne, telle que la vit Sir Edward Unton. ( Extrait de la « Schweytzer Chronik » de J. Stumpf, Zurich, 1548 .) nous intéresse le plus, c' est qu' il n' a pas méprisé les détails de sa route et, loin de l' épouvanter, les Alpes ont éveillé en lui un sentiment d' admiration pour leurs merveilles naturelles et leurs habitants. Tout en l' applaudissant, nous nous empressons cependant de démentir l' opinion péjorative qu' entretenait Richard Smith au sujet de nos amis les Italiens.

Nous pouvons donc considérer Sir Edward Union et son secrétaire Richard Smith comme les premiers touristes anglais dans les Alpes suisses dont nous avons connaissance. Une trentaine d' années plus tard nous voyons le célèbre Fynes Moryson faire à l' âge de 26 ans, en 1592, sa première connaissance avec la Suisse, sans cependant aborder les Alpes cette fois-ci. A pied il fit le trajet entre Schaffhouse et Zurich, mais le voyage pédestre ne lui convint pas. « Jamais plus », écrivit-il au docteur Jean Ulmer, « vous ne réussirez à me faire entreprendre un voyage à pied que je trouve aussi désastreux pour ma santé que pour ma bourse. Sur votre conseil je partis l' autre jour après dîner et atteignis Eglisau non sans beaucoup de peine et encore plus de soupirs que de pas en quatre heures. A l' auberge ils m' offrirent de la viande, mais je criai si fort pour avoir mon lit que vous m' eussiez cru le fils aîné de la paresse. Bref, ils mirent tant de temps à me satisfaire que je me jetai sur un matelas sans draps et je soupai ainsi à mon aise. » Mais si la promenade à pied ne souriait pas à Fynes Moryson, par contre il ne dédaignait pas celle à cheval. Après avoir parcouru une partie de la Suisse, l' Allemagne, la Hollande, le Danemark et la Pologne, il se dirigea vers L' Italie et enfin se trouva en 1595, au printemps, dans le Val Camonica, aux confins de la Valtelline.

En quittant Padoue je ne me mis pas en frais pour chercher des compagnons pour mon long voyage, autant parce que je pensais en trouver en route que parce qu' étant maintenant habitué à m' entretenir avec tout étranger chrétien, cela me faisait peu de chose de voyager seul. Mais, trompé dans mon attente de trouver de la compagnie, je passai à travers les hautes Alpes tout seul, sans même un valet, ce que peu de gens, je pense, ont fait à part moi.

De Bergamoje chevauchai 9 milles jusqu' à Trescher ( Trescore ) où j' entrai dans la bouche des Alpes et puis 19 milles jusqu' à Louer ( Lovere ), côtoyant plusieurs lacs agréables et dépensant 16 gagetti, soit 32 soldi, pour quatre fers à cheval. Comme je devais bientôt traverser les hautes Alpes escarpées et couvertes de neige, je fis ferrer mon cheval avec huit clous pointus et trois émoussés pour lesquels je payai 6 soldi et pour mon souper 28 et pour trois mesures d' avoine 24 et pour l' écurie 18 soldi.

Le jour suivant 2 ) je fis 32 milles jusqu' au village d' Edoll ( Edolo ) à travers de hautes montagnes et j' y dépensai 3 lires pour mon souper et pour mon cheval. Le troisième jour 3 ) je fis 10 milles jusqu' au village d' Auryga ( Aprica ) après avoir franchi une haute et raide montagne du même nom et maintenant je commençai à geler de froid tandis que, avant de pénétrer dans les Alpes, la chaleur était telle que je pouvais à peine la supporter.

Ensuite je fis un mille jusqu' à une petite rivière qui sert de limite entre le territoire des Vénitiens et celui des Grisons ( peuple libre confédéré avec les cantons de la Suisse ), puis encore 5 milles jusqu' à Villa où je dépensai 28 soldi de Venise pour mon souper et pour mon cheval. Quoique nous fussions en carême, on nous donna à manger gras, ce dont je fus bien aise n' ayant pu me régaler de la sorte en Italie. Mais on refusa d' exaucer les vœux des Italiens et de leur donner autre chose à manger et ils furent par conséquent obligés de manger gras sans façons ni scrupules, ce dont ce peuple Grison réformé ne se gênait pas. Je fis 10 milles après dîner jusqu' à Poschiano ( Poschiavo ) à travers une vallée très agréable entourée de montagnes de tous côtés. Je payai 2 berlinghotti ( soit 2 lyres de Venise ) mon souper et mon déjeuner ( car tous les voyageurs déjeunent avant de traverser les Alpes ) et un berlinghotto pour cinq mesures d' avoine et pour l' écurie.

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Le quatrième jour x ), au matin, pendant 12 mines je gravis la montagne de Berlina ( Bernina ) et ensuite après 13 mines j' atteignis Lasagna ( Agnas Au, entre Bevers et Ponte ) à travers une vallée couverte de neige et j' y payai 4 batzen pour mon souper, autant pour mon déjeuner, 6 batzen pour deux mesures d' avoine et 2 batzen pour du foin, de la paille et l' écurie.

J' ai dit que j' avais acheté mon cheval à Padoue. C' était un étalon et, comme les habitants de la Vénétie et de la Lombardie montent généralement Altdorf, à l' époque où y passa Sir Edward Unton. ( Extrait de la « Schweytzer Chronik » de J. Stumpf, Zurich, 1548 .) des juments que l'on met dans les mêmes écuries que les autres chevaux, il arriva à Verone que le garçon d' écurie détacha mon cheval à mon insu, de sorte que le polisson s' amusa à saillir les juments. Je m' en aperçus bientôt, car, contrairement à sa coutume, il me donna beaucoup d' ennui, hennissant et se cabrant toutes les fois qu' il voyait une jument. Pendant ce jour-là, lorsque je parcourus les chemins étroits des montagnes escarpées, il m' occasionna un surcroît d' embarras; les habitants des Alpes se servant ordinairement de juments pour tirer leurs charrettes, toutes les fois que j' en rencontrai, je me vis forcé de sauter non sans danger à bas de mon cheval et, quoique je le tinsse par la bride, il était tellement enragé que je pus à peine l' empêcher de tomber dans de profonds abîmes ou de se noyer dans la neige, ce qui me fit regretter de l' avoir acheté; bien que, par ailleurs, il valût bien son prix.

Les maisons des Grisons sont basses et bâties en pierre taillée; pendant les trois quarts de l' année elles sont couvertes de neige. Les fenêtres sont vitrées et grandes et pendant trois quarts de l' année on n' ouvre qu' un petit carreau de verre qu' on referme aussitôt; le plus souvent les fenêtres sont fermées par des volets en bois de peur que le poêle ne s' éteigne ou que le froid ne puisse entrer.

Le cinquième jour i ) je chevauchai 24 milles d' Italie ( que les Grisons comptent 4 milles ) jusqu' à la ville de Lanzi ( Lenz ) et, ayant franchi trois hautes montagnes 2 ) et une plaine, je commençai, en gravissant une quatrième 3 ), à en apercevoir la sortie au nord et descendre des Alpes vers l' Allemagne. Pendant ce passage des Alpes je vis plusieurs fois des montagnes de neige tomber dans les vallées avec un bruit de tonnerre; ce bruit empêche souvent les voyageurs d' être ensevelis sous ces avalanches qui tombent fréquemment sur les chemins très élevés.

Dans un bois près de Lanzi j' entendis au crépuscule hurler plus d' une centaine de loups et, comme il commençait à faire nuit, j' avais engagé pour me servir de guide jusqu' à la ville un paysan qui tremblait de peur et me pria d' apprêter ma carabine pour tirer dessus, en disant que rien ne leur faisait plus peur que l' odeur de la poudre. Je le consolai en lui disant que les loups paraissaient occupés avec quelque proie et que la ville était à portée de main; je lui promis de ne pas l' abandonner et même de le prendre en croupe derrière moi au besoin. Mais la peur lui avait donne des ailes et il courut aussi vite que mon cheval put trotter, de sorte qu' en peu de temps nous arrivâmes à Lanzi où je dépensai 16 batzen pour mon souper, mon déjeuner et mon cheval.

Le sixième jour 4 ) je fis 15 milles d' Italie ( que les Grisons comptent 2 milles ) jusqu' à Coire ( cité qui est le siège d' un évêque ) à travers de petites montagnes couvertes de neige. La source de la rivière du Rhin est à une demi-heure de marche de la ville, du côté du midi 5 ). La cité est disposée en long, s' étendant de l' église au nord vers le midi et, après avoir passé une heure à la visiter, je fis 4 milles de Suisse à travers des montagnes couvertes de neige jusqu' à Walstat ( Wallenstadt ), où je payai 5 batzen mon souper et ( pour plaire à mes hôtes ) 4 batzen pour des boissons après souper, appelées vulgairement Schlaffdrunke, et 3 batzen pour mon cheval.

Le septième jour6 ) je fis 2 milles ( j' entends toujours les milles du pays ) en bateau sur le lac Walsea ( Walensee ) ( c'est-à-dire le lac circonvalléparce qu' il est entouré de montagnes ) et puis ensuite 2 longs mines à cheval à travers des collines jusqu' à la petite ville de Rabesuele ( Rapperswil ). Pour mon transport et celui de mon cheval sur le lac je payai 7 batzen, et 3 kreutzer pour de l' avoine pour mon cheval. La petite ville susnommée est confédérée avec les cantons suisses; j' y payai 18 batzen mon souper avec des mets peu ordinaires, mon déjeuner et les soins pour mon cheval.

Le huitième jour x ) après avoir fait quatre heures en selle ( car les milles des Suisses sont si longs et d' une mesure tellement incertaine qu' ils calculent la longueur des voyages par heures à cheval et non par mines ) je fus étonné d' apprendre que nous n' avions fait qu' un mille. Notre chemin passait à travers d' agréables collines garnies de vignes poussant sur des pieux courts, conformément à la coutume des Allemands 2 ). Nous dinâmes dans un village et partout dans ce pays je payai mon repas environ 7 batzen. Après dîner, ayant fait 3 mines en trois heures, mon cheval commença à faiblir, éreinté qu' il était par ce long voyage sans repos, et force me fut de m' arrêter deux heures et de lui donner à manger dans un village. Le chemin avait passé par de riantes collines, également plantées de vignes sur ma droite vers l' est et sur ma gauche au bord du lac de Zurich vers l' ouest. L' emplacement charmant de ce village parmi les vignobles accidentés sur la rive orientale du lac fit qu' il me plut autant qu' à mon cheval de m' y reposer. Le même soir je fis encore un mille jusqu' à Zurich, ville que j' ai décrite lors de mon premier passage en Suisse.

L' espace nous manque pour rendre justice à toutes les observations que fait Fynes Moryson au sujet des mœurs et coutumes des Suisses de son époque. Il fit connaissance avec Théodore de Bèze et d' une manière même assez comique. Ils se trouvèrent sous le porche d' un temple à Genève et l' Anglais qui, pendant son séjour en Italie, avait pris l' habitude de se signer avec de Veau bénite qu' il entrait dans une église, afin d' éviter d' être soupçonné comme protestant, étendit machinalement la main vers la place où, dans les églises catholiques, se trouve le bénitier. Ses doigts se heurtèrent au tronc des pauvres, mais le geste et sa signification n' échappèrent pas à Bèze qui fit la morale à Fynes Moryson.

D' après son récit il paraîtrait que les maîtres réformés du bailliage de la Valtelline n' usèrent pas de trop de douceur envers leurs sujets au point de vue religion et un autre aperçu sur la situation fâcheuse de cette vallée à cette époque nous est donné par le premier Anglais qui parcourut ce pays après Moryson, c'est-à-dire le plaisant et excentrique Thomas Coryat.

En 1608 Thomas Coryat qui ne partageait pas l' opinion de Fynes Moryson en ce qui concerne l' agrément du voyage à piedi ) alla d' Angleterre à Venise par la France, en passant par le Mont Cenis. A Bergamo, lors de son retour, il fit la connaissance d' un Frère Dominicain, Vincent de Petrengo, qui l' informa que les Espagnols avaient bâti un fort ' ) sur les rives du lac de Come à la sortie de la Valtelline et l' avertit que pour le salut de sa personne ou de sa foi il ferait bien, étant Anglais, de l' éviter.

Le 20 août 1608 Coryat se trouva à Mezzoldo dans le Val Brembana, d' où il franchit le Passo di San Marco et déboucha dans la Valtelline.

La distance entre l' auberge ( sur le col ) et Morbinio ( Morbegno ) est de 9 milles en descente continue. Morbinio est situé au pied de la montagne; c' est la première ville des Grisons dans la vallée dite Telina ( Valtelline ), renommée pour ses vignes. Ses crus sont les meilleurs de tout le territoire des Grisons et ils sont tellement recherchés qu' on les expédie dans tous les endroits du pays, grands et petits. Curia ( Coire ), la capitale du pays, est à 67 milles. Les vins sont transportés à dos de cheval et non pas en chariots parce que les chemins sont si étroits que les voitures ne peuvent y passer. Dans cette ville et partout dans cette vallée on parle un italien plus grossier même et plus corrompu que celui de Bergamo...

J' aperçus dans ce pays une particularité que je n' avais pas remarquée en Italie, car je vis ici grande quantité de moutons qu' on conduisait en de nombreux troupeaux et j' estimai leur nombre à au moins quatre mille. J' appris que ces moutons n' étaient pas du pays, mais qu' ils appartenaient aux habitants de Bergamo qui les envoient paître dans les Alpes presque toute l' année et qu' annuellement les bergers les reconduisent chez leurs propriétaires. Je notai aussi dans cette partie de la vallée Telina la merveilleuse abondance de petites grenouilles. Jamais de ma vie je n' en vis la centième partie dans un si petit espace; les champs en pullulent à un tel point que je ne pus faire cinq ou six pas sans en trouver une; chose qui me surprit beaucoup, car je ne pus m' imaginer aucune raison naturelle pour laquelle il y en aurait plus ici que dans d' autres pays. Sur mon chemin entre Morbinio et Campe ( Campo ) où je passai la nuit, je laissai sur ma gauche le fort garde par les Espagnols dont m' avait parlé le Frère Dominicain Vincent, de Bergamo. Je vis aussi le noble lac de Como, sur les bords duquel le fort est situé...

Cette nuit que je passai à Campe, village au bord du beau lac des Grisons ( extrémité septentrionale du lac de Come ou lac di Mezzola ou de Chiavenne ), à 4 milles de distance de celui de Como et d' une largeur de 2 milles par endroits, il advint un orage si terrible, avec éclairs et pluie toute la nuit, que les eaux des deux côtés de la vallée furent grossies si bien que le lendemain matin je ne pus atteindre à pied le prochain village par suite des inondations et je dus m' y rendre en barque. Je partis de Camp vers sept heures du matin le dimanche 21 août et j' atteignis à 18 milles de là vers cinq heures de l' après un village du nom de Candolchin ( Campodolcino ), où je couchai cette nuit. Pendant ce trajet je ne vis rien de remarquable, sinon la ville de Chiavenna, en latin Clavenna, située à I' extrémité de la vallée Telina 2 ) dans laquelle je fis LES PREMIERS TOURISTES ANGLAIS DANS LES ALPES SUISSES.

20 bons milles de chemin. Cette ville m' octroya une certaine consolation, car depuis ma sortie d' Italie c' était la première ville protestante que je visitai quoiqu' elle ne soit pas entièrement réformée puisqu' une partie est catholique et entend dire la messe journellement. Les réformés d' ici professent la religion calviniste et non la luthérienne et dans la personne d' Octavianus Mejus ils possédaient lors de mon passage un très docte pasteur, élevé à Genève; ses parents étaient Italiens de Luco en Toscagne. Dans cette ville demeurait Joannes Curtabatus dont j' ai déjà parlé qui me ravit le cœur d' un excellent pot de vin. La ville est riche et habitée par plusieurs commerçants prospères et il y a beaucoup de bons vignobles aux alentours.

Thomas Coryat en voyage. ( Extrait de « Coryat' s Crudities », Londres, 1611. ) Les chemins de la vallée Telina à quelques milles avant d' arriver à Chiavenna et aussi en montant la vallée de Candolchin sont très pénibles pour les piétons. Ils sont formés de pierres très irrégulières et pointues qui blessent et râpent beaucoup les pieds. Je remarquai que les habitants pauvres des régions montagneuses du pays des Grisons envoient leurs enfants munis de hottes ramasser tout le crottin de cheval qu' ils peuvent trouver, ce qui ne sert ( à ce que je pense ) qu' à engraisser leurs jardins. J' en vis plusieurs faire de même dans la vallée de Brembana et aussi dans quelques endroits de la Lombardie avant d' arriver à Bergamo.

En deçà de Candolchin je passai par un grand champ d' au moins 40 acres ce qui m' étonna beaucoup parce que le pays est tellement âpre et pierreux, entouré qu' il est de tous côtés par de hautes et raides montagnes et parce que le village est situé à une altitude surprenante ayant de très hautes rampes pour y monter et en descendre.

Les maisons dans les villages pauvres des Grisons situés au milieu des montagnes sont construites de telle façon que les murs sont formés de troncs d' arbres de sapins attachés ensemble, au lieu d' être en pierre; par contre, dans leurs belles villes comme Chiavenna, etc., leurs murs sont souvent en maçonnerie.

Un certain prêtre du pays m' encouragea par de consolantes paroles dans mon auberge à Condolchin parce qu' il vit que j' étais seul et étranger. Il me dit que bien que dans certains endroits du pays la chère ne fût pas bonne et les chemins mauvais, il essayerait par des paroles gaies de remonter mon courage et de me rendre aussi heureux que le pouvait être un homme solitaire parce que je voyageais dans un pays tout aussi honnête que n' importe quel autre de la chrétienté. Même si j' avais sur moi mille couronnes je pourrais voyager dans leur pays sans escorte ni armes avec plus de sûreté que dans tous autres pays et il m' affirma que jamais de sa vie il n' avait entendu parler d' un homme volé. Ses paroles me furent confirmées plus tard ailleurs et si elles sont vraies je fais plus grand cas de l' honnêteté de cette nation que de celle de toute autre dont je pourrais lire ou entendre parler sous la voûte du ciel. Mais je ne sais si leur innocence provient de la sévérité de leurs lois contre les voleurs ( dont l' exemple de ce qu' on en fait décourage peut-être les autres et les empêche de commettre de pareils délits ) ou si elle dépend de la vertu naturelle et innée du peuple. Tout ce que je dirai, c' est que je n' ai jamais de ma vie oui parler d' une semblable honnêteté chez aucun peuple, avant ou depuis Jésus-Christ.

Je vis à Candolchin et ailleurs dans les vallées de Brembana et de Telina une espèce bizarre de récipient en bois, comme un seau, muni d' un bec d' environ un pied de long, dont les gens se servent pour apporter le vin à leurs clients et assez commode pour le verser dans la coupe ou la tasse. On s' en sert aussi dans d' autres parties du pays des Grisons et en Suisse.

Le lendemain, lundi vingt-deux août, je partis de Candolchin vers huit heures du matin et arrivai à sept heures du soir à une ville appelée Tossana ( Thusis ), au pied d' une montagne, à une distance de 25 milles.

Après avoir quitté Candolchin je montai continuellement pendant 8 milles jusqu' à ce que j' eusse atteint le sommet d' une haute montagne du nom de Splugen. Tout le long de cette vallée de Candolchin qui s' étend depuis un peu en deçà de Chiavenna jusqu' au haut de la susdite montagne coule une rivière très rapide appelée Lir ( Liro ). Je fis 16 milles dans cette vallée de Candolchin. Du haut de la montagne on descend pendant 6 milles A son pied se trouve une ville du même nom qu' elle, c'est-à-dire Splugen, entièrement de la religion réformée et, à partir d' ici, tous les Grisons parlent allemand. A Splugen je fis mon entrée dans une troisième vallée du pays des Grisons, celle du Rhin ( Rheinwald ), ainsi nommée parce qu' un bras de cette fière rivière y coule, et je suivis cette vallée pendant 10 milles La rivière coule avec une telle rapidité que dans divers endroits où elle tombe en grandes chutes la violence du torrent fait surgir une vapeur humide à une grande hauteur.

De Splugen à une autre ville du même nom à l' ouest ) il y a un mille, de là jusqu' à une ville appelée Sassam 2 ) 5 milles et de Sassam à Tossana encore 5 milles. Je ne veux pas dire 5 milles grisons, mais anglais, calculés à raison de cinq de ceux-ci à un de ceux-là. Toutes les villes susmentionnées sont de religion réformée. Dans ce pays je remarquai une coutume qui n' existe pas ailleurs ( que je sache ) dans la chrétienté; quand un étranger ou un homme du pays demande à un autre combien il y a de milles jusqu' à un tel endroit, ce dernier ne répondra pas tant ou tant, mais il dira combien d' heures il vous faudra pour y arriver, ce qui laisse un peu à désirer pour le voyageur puisque la vitesse de tout le monde n' est pas égale et il y a des gens qui vont plus loin en une heure que d' autres qui y mettraient trois.

Dans plusieurs endroits de la Rhétie jusqu' à ce que j' eusse atteint la partie qui est presque entièrement réformée, je vis au bord de la route un grand nombre de petites chapelles ( comme en Savoie ), penchant à la superstition, de même que les images de Jésus-Christ, de la Vierge ou de quelques saints au-dessus de l' autel.

Les tranchoirs dans la plus grande partie de ce pays sont si étranges qu' au risque de paraître ridicule au lecteur pour avoir fait allusion à un point aussi minime, je n' en omettrai pas une mention. Ils ont en général au moins un pouce d' épaisseur et sont d' une taille aussi grande qu' un fromage qui coûterait un shilling dans mon pays de Somersetshire.

Les tuiles qui recouvrent la plupart des maisons sont en bois comme à Chambéry en Savoie et non en terre 3 ) comme en France, en Italie et en Angleterre. Les fenêtres de leurs maisons sont très petites dans tous leurs villages et la plupart de leurs villes et la plus grande partie est recouverte de planches de bois à l' extérieur.

Dans plusieurs endroits de leur pays je vis des châteaux et des forts très anciens, construits sur des rochers et des collines élevés, mais maintenant en état de ruines. Il est probable qu' ils furent bâtis soit par les compagnons du roi Rhsetus qui habitèrent ce pays après qu' il eut été chassé de son royaume d' Etrurie en Italie par Bellovesus le Gaulois, soit par les gens du pays pour se défendre contre les armées des Romains qui, sous la conduite de Jules César et de plusieurs autres illustres capitaines romains, se frayèrent un passage par les armes à travers ce pays, en route pour l' Allemagne.

Comme en Savoie ils construisent beaucoup de petits chalets tout à fait au haut des Alpes élevées et ils y ont aussi de nombreux petits champs.

Malgré que les habitants de la plus grande partie de ce pays soient pauvres, je vis en quelques endroits qu' ils étaient bien pourvus en toutes sortes de ce qui est nécessaire à la vie: bœufs et vaches, moutons et chèvres, de bons prés et pâturages, des champs médiocres et beaucoup de bois qui pousse sur le flanc des montagnes. Leur boisson n' est pas de la bière mais du vin dont la Vallée Telina fournit la plus grande partie, comme je l' ai déjà dit. Ils ont aussi suffisamment de chanvre qu' ils ne teillent pas à grand' peine avec les doigts comme nous le faisons en Angleterre; ils se servent d' instruments en bois faits exprès qui séparent très facilement l' écorce des fibres. Ils font bonne chère à peu près partout et à bon marché. Parmi les mets qu' ils servent à table, le bœuf de la Saint-Martinse voit fréquemment.

Mais puisque je suis arrive à la partie du pays des Grisons qui parle allemand, je vais en interrompre la description pour intercaler un très elegant discours du savant allemand Hermann Kirchner au sujet de l' avantage qu' il y a de voyager en Germanie.

Quoique Thomas Coryat ait pris la peine de traduire en anglais ce document, nous pensons bien faire en en épargnant la reproduction au lecteur.

Vous ayant exposé cet excellent discours, dont la lecture ne peut que vous charmer, je retourne au pays des Grisons que j' avais laissé à Tossana où j' entrai dans une quatrième vallée, du même nom que la troisième2 ), c'est-à-dire la vallée du Rhin parce que cette rivière y coule également, en s' élargissant beaucoup plus que dans la vallée précédente. Quelques-uns l' appellent aussi la vallée de Curia, d' après la capitale du pays, la ville de Curia qui en occupe l' emplacement principal et le plus fertile.

Je quittai Tossana vers sept heures du matin le mardi vingt-trois août et atteignis Curia, la capitale de la région ( comme je viens de le dire ), vers une heure de l' après.

Je remarquai plusieurs ponts en bois dans cette vallée, faits de troncs d' arbres de sapins ( comme en Savoie ) attachés grossièrement ensemble. Un de ces ponts a une longueur de 120 pas sur 6 de largeur et un toit en charpente. Quatre piliers dans l' eau le soutiennent et il traverse le Rhin à cinq milles en deçà de Curia. Tout voyageur qui y passe paie le péage.

Le climat de ce pays est de moitié plus froid que celui de l' Italie, l' air ayant la même fraîcheur que chez nous en Angleterre.

L' abondance de poires et de pommes dans plusieurs endroits de la Rhétie, surtout aux alentours de Curia, est telle que j' en fus émerveillé; jamais de ma vie je n' en avais vu une si grande quantité et je doute que la Calabre qui est si riche en poires puisse en fournir plus pour un espace donne que cette partie de la Rhétie. Leurs arbres en étaient tellement charges que les branches menaçaient de se casser sous le poids des fruits.

Les Alpes des deux côtés de la vallée sont ici moins rapprochées que dans les parties de la Rhétie que je venais de parcourir et l' espace élargi permet une plus grande quantité de beaux champs que je n' en avais vu ailleurs; j' en vis entre autres un très joli à environ un mille de ce côté de Curia, lequel devait mesurer 200 acres à mon avis.

Nous passons les observations sur la ville de Coire qui portent principalement sur son histoire et reprenons la description du voyage de Coryat au départ de cette ville.

Je quittai Curia vers six heures du matin le mercredi vingt-quatre août et atteignis Walastat ( Wallenstadt ), une ville du pays d' Helvétie maintenant appelé Suisse, vers sept heures du soir, ayant fait 4 milles de Suisse, soit 20 milles anglais.

Le roi de France a fait construire en Rhétie à un mille et demi de Curia, sur les bords du Rhin un magnifique château, où demeurait lors de mon passage un ambassadeur délégué par le roi de France auprès des Grisons.

La première ville de la Suisse que j' atteignis fut Ragatz, à 10 milles de Curia. La Rhétie et l' Helvétie y sont contiguës. Dans la Rhétie je parcourus 73 milles anglais entre Morbinium à l' entrée du pays et Ragatz à l' entrée de la Suisse...

A un quart de mille après mon entrée en Suisse je passai par un superbe champ d' environ 500 acres. Ce jour-là on coupait l' herbe d' une partie tandis qu' on emportait les foins d' une autre. Je fus surpris de voir leur moisson aussi tardive, environ deux mois après la nôtre en Angleterre, car nous en étions à la Saint-Barthélémy1 ) en Suisse. Mais je mets cette moisson sur le compte de la fertilité et de la fécondité du sol. J' imagine qu' ils ont deux moissons, une à la même époque que la nôtre, et je suppose que celle-ci est la deuxième. C' est à Walastat que je bus pour la première fois du vin du Rhin et depuis ici jusqu' en Hollande j' en eus toujours dans les villes suisses et allemandes. En Suisse il me fut possible d' avoir également de bon vin rouge, mais dès que j' eus quitté ce pays je ne goûtai d' autre vin que celui du Rhin.

Je quittai Walastat vers trois heures du matin, le lendemain jeudi vingt-cinq août, et, après avoir fait 20 milles anglais sur l' agréable lac suisse 2 ), j' arrivai vers sept heures du soir à une maison isolée où je passai la nuit. La nourriture en Suisse est passablement bonne la plupart du temps et on sert à table un grand choix de mets, de viandes rôties et le prix est raisonnable, car mon shilling espagnol suffit généralement pour payer ma note, même quand je dépensai beaucoup.

Il est inutile de suivre davantage le bon Coryat qui atteignit bientôt Zurich, Baden et Bâle. Par contre il est intéressant de noter ses impressions sur l' ameublement des chambres à coucher: chose qui frappera également moins favorablement John Evelyn un peu plus tard.

Les lits des auberges de cette ville ( Zurich ) et de toutes les autres de la Suisse et de l' Allemagne sont très curieux et tels que je n' en avais jamais vu J ) Le 24 août.Le Walensee.

auparavant et j' appris que dans les maisons privées ils sont semblables. Chacun a sur lui un édredon ou un matelas de plumes très doux qui le tient bien chaud sans être gênant comme fardeau, car il est très léger et sert de couverture de lit.

On pourrait peut-être se demander comment il se fait que Thomas Coryat que réjouit la vue d' une ville protestante connaisse si bien le calendrier catholique, du moins au point de savoir que c' est le 24 août que tombe la Saint-Barthélémy. Mais il faut se rappeler que le jour où Coryat regarda moissonner, entre Coire et Ragaz, n' était que le trente-sixième anniversaire du massacre des Huguenots à Paris et il est facile de voir d' après l' habitude que prit Fynes Moryson de se signer et d' après l' empressement avec lequel Coryat évita le fort de Fuentes que la sinistre mémoire n' en était pas éteinte.

Pour le reste il est évident que chez ces deux Anglais l' intérêt de leur voyage à travers les Alpes l' emportait sur le malaise qu' en éprouvaient leurs prédécesseurs et même quelques-uns de leurs successeurs comme John Evelyn. Fynes Moryson devient presque poétique en décrivant la « schöne Aussicht » dont il jouit d' un village au bord du lac de Zurich; Thomas Coryat cite dans son livre quelques lignes remarquables de Hermann Kirchner: « il n' y a ni montagnes ni collines qui ne renferment de délicieux souvenirs de dignes matières ».

Trois siècles n' ont fait que souligner la justesse de ces paroles.

Bibliographie.

Coolidge, W. A. B.'Swiss Travel and Guide-books. ' London, 1889.

[Pour le texte de John de Bremble.] Coryat, Thomas. ;'Coryat's Crudities hastily gobled up in five moneths Travells in France, Savoy, Italy, Rhetia, commonly called the Grison's country; Helvetia alias Switzerland London, 1611. [Réimpression:

Glasgow, 1905.] Howell, James. ''Instructions for Forraine Travell. ' London, 1642. Moryson, Fynes. ''An Itinerary written by Fynes Moryson, Gent. ' London, 1617. [Réimpression: Glasgow, 1907.] Yeames, A. H. S.'The Grand Tour of an Elizabethan. ' Papers of the British School at Rome.Vol. 7, 1914. [Pour le récit du voyage de Sir Edward Unton.]

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