Les variations périodiques des glaciers des Alpes. Dixième rapport

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Par le Prof. Dr. F.A. Forel à Morges

( Section des Diablerets ). Dixième rapport. 1889 * ).

XXXVII. L' époque glaciaire et les variations périodiques des glaciers.

Il est une question où l' étude des variations périodiques des glaciers touche à la géologie. Le développement extraordinaire qu' ont pris les glaciers au commencement de l' ère quaternaire, pendant l' époque glaciaire, ressemble trop, dans des proportions gigantesques, à ces modestes crues que nous étudions actuellement, pour que l'on n' ait pas été souvent tenté de les assimiler. L' extension énorme des grands glaciers n' aurait pas été simplement le fait d' une des crues périodiques de nos petits glaciers, crue qui aurait pris des dimensions extrêmes? Ce rapprochement paraît d' autant plus plausible que, d' après de nombreuses observations modernes, il semble possible que le grand développement des glaciers se soit ré- pété à plusieurs reprises; qu' après avoir avancé et être devenus les grands glaciers, ils aient reculé pendant un temps, pour avancer de nouveau plus tard. Dans l' opinion de géologues très compétents, il y aurait eu deux ou même trois époques glaciaires successives. Je n' ai pas à me prononcer sur ce point.

Il me paraît utile d' examiner la question générale à la lumière des faits constatés par nos études sur la variation périodique des glaciers.

Dans les deux cas, nous trouvons des phases analogues. D' abord phase de crue du glacier qui s' al, s' épaissit, s' élargit; le débit dépasse l' ablation, tellement que le glacier augmente de volume et prend une extension plus grande. Puis arrêt de l' accroisse, état de maximum. Puis phase de décrue, caractérisée par la diminution de la vitesse d' écoule, la diminution du débit; les masses nouvelles apportées ne compensent pas celles qui sont liquéfiées par la chaleur et qui s' écoulent sous forme d' eau; le glacier fond sur place et diminue dans toutes ses dimensions; le bloc de glace immobile, le glacier mort, se rétrécit et rentre progressivement dans ses anciennes limites. Dans les deux cas, si les opinions modernes sont exactes, et s' il y a eu plusieurs époques glaciaires, le phénomène se reproduit périodiquement, et à la décrue succède une nouvelle crue.

Mais si les allures des phénomènes sont analogues dans leurs grands traits, il y a de telles différences dans leur amplitude que nous ne saurions les assimiler; nous pouvons les comparer, mais non les tenir pour identiques.

2 '. » Tout d' abord, la périodicité que nous constatons dans nos variations contemporaines est trop rapide pour permettre un développement aussi considérable des glaciers que celui dont l' histoire géologique nous dépeint les proportions. Les crues actuelles durent 5 à 10 ans, les décrues 30 à 50 ans; caractérisons ces variations en les disant de périodicité semi-sécu-laire. C' est là une périodicité trop courte pour satisfaire aux nécessités de la production des énorme* masses de glace que représentaient les grands glaciers. Sauf les cas extraordinaires du Defdoraki et du Vernagt, qui sont plutôt des avalanches de glaciers que des crues proprement dites, nos glaciers s' allongent dans les fortes crues modernes de 501 " au plus par an; en 50 ans, leur allongement pourrait atteindre 2,5 kilomètres. Qu' est cela en comparaison des 360 kilomètres de longueur que mesurait le grand glacier du Rhône, de la Furka jusqu' à Lyon? Dans nos-grandes crues, nous voyons, les glaciers augmenter de volume de quelques millions de mètres cubes. Qu' est cela en présence des milliers de kilomètres cubes que représentaient les grands glaciers de jadis?

D' une autre part, si la grande extension des glaciers de l' époque glaciaire était le fait d' une seule crue, analogue à nos crues semi-séculaires, mais atteignant des proportions énormes, nous aurions à loger en une fois, dans les hauts névés des Alpes, la masse gigantesque de neige qui aurait dû pourvoir à l' ali de ces immenses fleuves de glace. Une simple comparaison entre la surface de nos névéa actuels et celle des glaciers géologiques fait voir que jamais les premiers, quelque surexliaussés qu' on veuille les supposer, n' auraient pu livrer en une fois assez de matériel pour un pareil débit.

Je comprends la formation des grands glaciers de l' époque quaternaire d' une manière différente. Au lieu de les attribuer à des variations de périodicité semi-séculaire, je ferai appel à une variation d' un ordre plus élevé, de périodicité multi-séculaire, comprenant dans son développement un grand nombre de périodes semi-séculaires. La période multiséculaire serait, elle aussi, décomposable en deux phases: l' une, phase de crue, dans laquelle le glacier serait en état général d' augmentation, l' autre, phase de décrue, dans laquelle il y aurait prédominance de la fusion, et pendant laquelle le glacier diminuerait. Durant ces phases d' ordre multi-séculaire, la périodicité semi-séculaire continuerait son jeu.

Par suite de modifications dans le climat qui aug-menteraient les chutes de neige sur les Alpes et diminueraient la fonte estivale ( bornons-nous, pour aujourd'hui, à cette seule hypothèse ), les glaciers ne tarderaient pas à s' agrandir. En effet, la première crue, de l' ordre semi-séculaire, ferait allonger nos glaciers actuels de quelques centaines de mètres; la phase de décrue les détruisant moins, il y aurait, à l' époque du minimum, un état d' allongement plus grand qu' au début; la seconde crue pousserait à son tour le front plus bas dans la vallée, et une partie du terrain gagné par le glacier n' étant pas reprise par la décrue subséquente, la troisième crue avancerait encore plus loin, et ainsi de suite. A chaque crue nouvelle, il y aurait un certain chemin de gagné par la masse glaciaire; à chaque décrue, le front, rapporté en arrière, reculerait moins que dans le minimum précédent. Et ainsi le glacier envahissant toujours plus loin descendrait bientôt dans la vallée principale, puis dans la plaine subalpine. Il reprendrait les dimensions qu' il possédait dans les beaux temps de l' époque glaciaire.

De même, mais en sens inverse, dans la phase de décrue de la période multi-séculaire. Tandis que, dans la crue, c' était l' apport de nouvelles glaces qui dépassait l' action de l' ablation, dans la décrue c' est l' ablation qui devient prédominante. Le front du glacier s' avance de moins en moins à chaque maximum successif, il se recule de plus en plus à chaque minimum.

Ainsi que, dans nos lacs, nous voyons les ondulations d' ordres divers se superposer sans se détruire, les plus courtes formant broderie sur le dessin plus prolongé des vagues de grande amplitude, de même, si notre interprétation est exacte, il y aurait dans l' his des glaciers des variations périodiques de divers ordres: les unes, à courte périodicité, se répétant deux, trois ou quatre fois par siècle, celles que nous avons appelées semi-séculaires, dont la durée est à peu près celle d' une génération humaine; les autres, à longue périodicité, les multi-séculaires, dont la durée se mesurerait par un grand nombre de siècles, et qui se traduiraient par les immenses variations de longueur que l' histoire géologique a seule su nous révéler.

II ne nous est du reste pas possible de juger actuellement si ces variations sont de périodicité régulière ou irrégulière. Pour les variations semi-sécu-laires, les observations modernes semblent nous indiquer une grande irrégularité dans leur durée; mais les données que nous possédons sont si incomplètes et si imparfaites, elles portent sur un si petit nombre de périodes — deux ou trois sont à peine reconnues pour quelques glaciers de premier ordre; une seule phase, la phase de décrue de la dernière période a seule été étudiée dans l' ensemble des glaciers des Alpes — que nous devons déclarer le matériel à notre disposition absolument insuffisant pour juger de la régularité ou de l' irrégularité de cette périodicité. Quant à la variation multi-séculaire, nous sommes encore plus dans l' incertitude et l' ignorance; nous avons beau jeu pour établir nos hypothèses qui devront l' expliquer, sur des causes astronomiques ou cosmiques si nous voulons y voir une périodicité régulière, sur des causes climatologiques ou géologiques si nous y cherchons des faits accidentels et irréguliers.

Avec cette interprétation de la longue crue de l' époque glaciaire, l' excès de neige nécessaire au développement et à l' alimentation des grands glaciers ne se serait pas accumulé en une seule fois sur les névés. Chacune des crues semi-séculaires que nous admettons pendant la phase progressive de la longue période multi-séculaire aura donné son petit supplément de glaces aux glaciers qui se seront ainsi lentement accrus. Les névés auront bien eu, pendant cette phase d' enneigement progressif, un accroissement d' é; mais celui-ci n' aura pas été dans des proportions invraisemblables et inadmissibles. Les névés de l' époque glaciaire étaient peut-être deux ou trois fois plus épais, mais n' étaient pas cent ou mille fois plus épais que nos névés actuels.

Si les névés n' étaient pas infiniment plus épais, ils étaient en revanche infiniment plus étendus qu' ils ne le sont de nos jours. La limite des neiges éternelles était certainement considérablement abaissée, et tous les vallons des hautes Alpes qui se dégarnissent aujourd'hui de neige sous les chaleurs de chaque été étaient alors remplis par des névés qui se résolvaient non pas directement en eau, comme actuellement, mais en glace, et de chacun de ces névés partait un affluent des grands glaciers. La surface enneigée était immense, et par suite l' alimen des glaciers était suffisante pour les énormes poussées qui les ont fait descendre dans les plaines subalpines.

Je résumerai ces réflexions en quelques conclusions.

1° La grande extension des glaciers au commencement de l' ère quaternaire n' est pas due à une seule de nos crues semi-séculaires poussée à un degré extrême.

2° La phase de crue de la grande, ou des grandes périodes multi-séculaires, suivant que l'on admet une ou plusieurs époques glaciaires, a compris un grand nombre de crues partielles d' ordre semi-séculaire, dont chacune a fait augmenter le glacier d' une faible quantité.

3° L' accroissement total de la crue multi-séculaire a été la somme algébrique des variations partielles des crues semi-séculaires.

4° La cause seconde de la grande extension des glaciers de l' époque glaciaire a été un enneigement progressif des hautes Alpes amenant un abaissement de la limite des neiges éternelles.

XXXVIII. Chronique des glaciers des Alpes, 1889. I. BASSIN DU RHONE.

Commençons par une bonne nouvelle. La section Monte-Rosa a pris à cœur l' étude des variations glaciaires et a chargé un comité de réunir les observations. M. A. de Torrente, qui préside cette commission, a bien voulu me communiquer ses notes de l' année 1889, et je les intercale ici en les marquant par les initiales C. V. ( comité valaisan ). Au nom du Club alpin, merci à nos amis du ValaisQuand les autres sections alpines suivront-elles leur exemple?

Vallée de Conches. Glacier du Rhône. D' après les dernières mesures prises dans l' automne de 1889 par Félix Im Ahorn d' Oberwald, l' excellent observateur que M. Held charge de la surveillance du.glacier du Rhône, ce glacier commencerait à montrer des signes d' allongement incontestable. ( Communication de M. L. Held. ) Vallon de Fiesch. Le glacier de Fiesch est en phase de crue. Au lieu dit „ An Burg ", des masses de glace tombent par dessus les rochers, indiquant une forte pression d' en haut. Le projet de l' établisse d' un sentier, le long du glacier, sur la rive gauche a dû être abandonné par suite de la forte extension latérale des glaces. ( C. V. ) Vallée de la Massa. Dans la partie supérieure du glacier d' Aletsch, entre la Concordiaplatz et le lac Märjelen, le glacier était autrefois fortement crevassé; actuellement, les crevasses sont en grande partie fermées. La grande paroi de glace vers le lae Märjelen avance et repousse le lac. Il y a dans cette région augmentation sensible. A l' extrémité terminale il existait, il y a deux ou trois ans, une grotte belle et profonde; aujourd'hui elle a disparu par le raccourcissement du glacier. ( C. V. ) Ecoulement du lac Märjelen, le 24 juin 1889, à midi; l' énorme afflux supplémentaire de ses eauxr versées dans le Rhône, très élevé par la fonte de » neiges, n' a cependant amené nulle part de débordement par dessus les digues du fleuve.

Lœtschenthal. Le glacier de Lœtschen est actuellement stationnaire. Il s' est beaucoup raccourci dans les années dernières. ( C. V. ) Vallée de la Saltine. Le Kaltwassergletscher sur le flanc occidental da Monte-Leone continue à être en décrue. ( Rapport verbal des rév. chanoine » de l' Hospice du Simplon et du conducteur des diligences fédérales, septembre 1889. ) Vallée de Saas. Le glacier d' Allalin ne fait pas pont sur la Viège, en août 1889; son front est en retraite de quelques 10 ou 20 m au-delà du torrent. ( M. C. Monod, de Morges. ) Les indices d' allonge que j' avais cru pouvoir admettre dans mon Ve rapport, 1884, avaient déjà été infirmés en 1886 ( VIIe rapportils semblent réfutés aussi par l' ob de M. Monod; nous ne devrions donc pas encore compter le glacier d' Allalin comme étant en cime.

J' attendrai cependant, pour l' effacer définitivement de la liste des glaciers actuellement en voie d' accroisse, que les observations précises du comité valaisan nous aient donné rapport sur ce glacier. Des repères ont été posés devant le front, et des mesures exactes seront prises.

Le glacier de Fée inférieur est en considérable accroissement et exhaussement. Dans l' été de 1889, le pavillon-restaurant logé sur la moraine de droite n' était plus visible du village; jusqu' alors, il avait libre vue par dessus le corps du glacier. ( Mlle Cl. Imseng; MM. H. Gans, de Genève, et A. Koch,, de Morges. ) Les glaciers de la vallée de Saas avancent considérablement.

Le glacier de Fée, pendant l' été de 1889, progressait en moyenne de lm par jour. ( C. V. ) Vallée de St-Nicolas. Les glaciers du Gorner et de Findelen s' allongent. Le glacier du St-Théo-dule, au contraire, est en décroissance. ( C. V. ) Les glaciers du massif du Gabelhorn et du Weùshorn sont généralement en phase d' exten. ( C. V. ) Vallée d Hérens. Le glacier de Ferpècle est encore en décrue en 1889. ( C. V. et M. S. Mercanton de Lausanne. ) Le glacier â' Arolla continue à se raccourcir. ( C. V. ) La pierre marquée F. F.

+ 1886 était à 70 m de la porte de la Borgne en 1886 ( F.A. F. )

96 m „ » v » n1887 G. Griffith ).

M. G. Griffith, de Harrow, Angleterre, voit dans le glacier des symptômes d' une crue prochaine.

Les glaciers de Pièce et de Zigiorenove s' étendent rapidement. Ce dernier s' est allongé de 50 m à son front terminal. ( C. V. ) Vallée de Bagnes. Le glacier i' Otemma décroît faiblement, ceux de Durand et de Corbassière diminuent considérablement. Le Giétroz avance sensiblement. ( C. V. ) Vallée de Ferrei Le glacier de la Neuva a subi d' août 1888 à août 1889 un raccourcissement de 17 ». ( C. V. ) Le glacier de Saleina 1 ), mesuré en septembre 1889, avait décru depuis l' année dernière de 21 m. ( C.V. ) Les variations périodiques des glaciers des Alpes. 1Vallée du Trient. Le glacier du Trient a été mesuré en 1889 par M. J. Guex, de Vevey, sur les mêmes repères que les années précédentes; il s' est allongé de 10 à 12 m, en un an, sur le milieu du front, un peu moins sur les ailes. L' élargissement du glacier est manifeste, mais ce qu' il y a de plus remarquable, c' est son épaississement ou exhaussement sur le front terminal; à plusieurs reprises, il y a eu, pendant l' été, de véritables éboulements de glace.

Glacier des Grands. L' allongement du glacier continue d' après les mensurations de M. F. Doge, de la Tour de Peilz, mais il est moins fort que les années précédentes et est caractérisé par la prédominance de l' élargissement du front du glacier. Voici les chiffres mesurés en 1888/89:

repère I, flanc du glacier, allongement 7 m TT7 m „ IV, axe6 m Les éboulements sont fréquents sur les moraines latérales. La calotte inférieure est très fortement inclinée et ne montre plus la caverne de la porte du torrent, qui s' y voyait les années précédentes.

L' enneigement de la région est moins fort que dans les dernières années. Le 19 juillet 1889, la neige avait presque entièrement disparu du Col de Balme; en temps ordinaire, il en reste toujours quelques flaques sur le Mont de la Chaux jusqu' au l' usage local, qui, en pareille matière, doit être souverain, ces mots devraient être prononcés Saleina, Taconna, An-zeinda, avec l' accent sur la pénultième et l' a de la finale presque muet. C' est à peu près la finale a des Italiens.

20—25 août. Au pâturage des Grands, il n' y avait de même plus de neige, et, sur le glacier des Grands, les crevasses étaient à peu près découvertes. ( F. Doge. ) Vallée de Chamonix. M. J. Tairraz, de Chamonix, a continué, dans l' été de 1889, ses précieuses photographies du front des grands glaciers du Montblanc; il a pris les vues des glaciers du Tour, d' Argentière, des Bois et des Bossons des mêmes points de pose que précédemment, et, de plus, celle du glacier de Taconna. Je répète ce que je disais l' année dernière sur l' importance scientifique de ces documents, et je recommanderai à tous les amis des Alpes, qui sont en position de le faire, de suivre l' exemple de M. Tairraz, en prenant les vues photographiques des glaciers aux divers temps de leur crue et décrue;, il faut avoir soin de garder toujours la même échelle et le même point de pose.

Dans l' Annuaire du Club alpin français * ), M. Ch. Durier a publié en photogravure les planches photographiques levées en 1888 par M. Tairraz des glaciers du Tour et d' Argentière; il annonce que les photogravures des glaciers des Bois et des Bossons seront publiées de même. Nous en remercions M. Durier, car il a rendu ainsi inaltérables et définitifs des documents d' une grande valeur. Qu' il nous soit permis une petite rectification. M. Durier dit que l' état des glaciers en 1888 „ paraît bien décidément correspondre à une époque de diminution maximale ". Cela est vrai pour le glacier des Bois, qui, en 1888, n' avait pas encore donné signes d' allongement. Mais le glacier des Bossons est en crue depuis 1875 ( 1876 ou 1877 ), le glacier d' Argentière depuis 1883, le glacier du Tour depuis 1884. Pour ces deux derniers, les changements de forme et de volume ne sont pas encore très considérables, mais, pour le glacier des Bossons, il y a allongement de 250 m au moins d' après les mesures de M. V. Payot, et l' aspect de son extrémité terminale est changé du tout au tout.

D' après l' avis unanime de tous les Chamouniards que j' ai interrogés en 1889, tous les glaciers du Montblanc sont actuellement en crue, aussi bien les grands glaciers de premier ordre que les petits glaciers de second ordre, glacier des Pèlerins, de Blaitière, du Nantblanc, etc.

Le glacier du Tour s' avance d' une manière importante dans la vallée, malgré le peu d' épaisseur de la langue terminale; sa grande activité se manifeste par les nombreuses avalanches de glace qui s' en détachent. Voici les résultats des mesures exactes prises sur le front du glacier:

du 13 octobre 1887 au 7 juillet 1888:

allongement 31 m; du 30 septembre 1888 au 23 novembre 1889: allongement 10 m.

Il est loin d' avoir encore atteint ses anciennes limites. ( V. Payot, décembre 1889. ) La comparaison des photographies de M. Tairraz, d' octobre 1888 et septembre 1889, ne montre pas de changements importants dans la forme du glacier; mais ces dessins font voir que le glacier a encore 162F.A. Ford.

bien à faire pour atteindre les superbes moraines latérales déposées au commencement du siècle sur la rive droite du vallon.

Glacier à' Argentière. Allongement et gonflement rapides de l' extrémité terminale:

du 12 octobre 1887 au 26 octobre 1888:

allongement 12 m; du 26 octobre 1888 au 20 juin 1889:

allongement 32,5 m.V. Payot. ) Ces faits sont confirmés par les photographies Tairraz.

Glacier des Dois. Notes rétrospectives. Un ancien guide, Alexandre Tournier, du village des Bois, né en 1819, a gardé bonne souvenance de l' histoire ancienne du glacier.

D' après ce qu' il m' a raconté:

Le grand allongement du glacier a eu lieu en 1825; c' est celui qui a menacé le village et laissé en place la moraine la plus avancée. Puis le glacier a reculé pendant 4 à 6 ans.

Une nouvelle phase de crue a cessé en 1835 par le dépôt de la seconde moraine.

Nouvelle crue vers 1849 à 1850, qui a laissé des moraines en arrière des précédentes.

Dans toutes ces crues, le grand rocher de la rive gauche, qui repousse à droite la langue terminale, a été dominé par le glacier, qui se déversait par dessus, et le balayait de ses avalanches de glaces; à la partie inférieure de ce rocher, il y avait formation d' un glacier remanié, mais jamais, dans ce siècle, le rocher n' a été enseveli sous une calotte continue de glace.

D' après Alexandre Tournier, fils, né en 1841, qui était petit berger, en 1851-1853, au village des Bois, il a assisté, k cette époque, à un état de maximum du glacier.

M. J. Tairraz place la date du dernier maximum du glacier en 1852. Il y a eu, cette année-là, une inondation de l' Arve par suite de la fonte rapide des glaces. A cette époque, on a mesuré que le glacier avançait de 4 pieds par jour sur son front terminal.

D' après les notes de M. V. Payot, le glacier s' est maintenu en 1887188 dans ses positions précédentes, l' ablation compensant la poussée en avant. De juin 1888 à juin 1889, au contraire, il a constaté un mouvement de progression assez important; le front s' est éboulé en formant un talus au-devant de la grande muraille du glacier.

Les photographies de M. Tairraz montrent un changement considérable dans la forme du glacier, qui s' est notablement allongé et élargi.

La crue, dont les prodromes se manifestaient depuis bien des années par le gonflement progressif du glacier dans ses profils supérieurs — le marchand de cristaux qui stationne au pavillon de la moraine de gauche, sous le Montanvert, m' affirmait en juillet 1889 que, dans les dernières années, le glacier s' est épaissi d' une dizaine de mètres — s' est donc enfin fait sentir jusqu' à l' extrémité terminale, et nous pouvons inscrire les dates suivantes pour l' histoire du glacier des Bois:

Grand maximum.. 1822 Deluc... 1825 A. Tournier.

4(51 1 F.A. Forel.

Grand maximum.. 1826 V. Payot.

2e maximum.. 1835 A. Tournier.

Qe.. 1850 id.

V V.. 1852 A. Tournier, fils; Joseph Tairraz.

Minimum.

.. 1888 Début de la phase d' al... 1889 Glacier des Bossons. Alphonse Balmat, guide au Pont de Piralota, a, sur ma demande, fait une enquête auprès des doyens du village des Bossons sur l' histoire ancienne du glacier:

C' est en 1818 que s' est terminée la plus grande crue du siècle.

Vers 1845, il y a eu un second maximum. C' est en 1856 que ss' est la troisième grande crue.

Ces deux dernières crues ont eu à peu près la même intensité.

Balmat a mesuré 236,4 m entre la moraine frontale de 1856 et le front du glacier en décembre 1889. La crue actuelle a commencé en 1876 ou 1877. Jusqu' à nouvelles corrections, et en tenant compte des faits donnés dans les rapports précédents, les dates critiques du glacier des Bossons seraient donc: Décrue... de 1776 à 1785 Coxe. Crue.... „ 1812 „ 1818 Deluc. 1er maximum .1818Payot, Balmat.

2e.1845Ba1mat.

3e.1854Payot.

Les variations périodiques des glaciers des Alpes. 165 3e Maximum .1856Ba1mat.

Minimum.1875 Début de la crue actuelle. .1876 D' après les mesures de M. V. Payot, le front du glacier aurait subi les variations suivantes: du 8 octobre 1887 au 12 octobre 1888:

raccourcissement 3,5 m: du 12 octobre 1888 au 20 mai 1889:

allongement 14,5 m; du 20 mai 1889 au 22 juin 1889:

raccourcissement 4 m.

Quant à la vitesse d' écoulement du glacier, M. Payot l' apprécie en mesurant le déplacement de la grotte artificielle creusée par le tenancier du Pavillon des Bossons, sur la moraine de gauche, quelques 500 m au-dessus de l' extrémité terminale:

La grotte creusée en mai 1888 était descendue de 55 m le 12 octobre de la même année, de 150 m le 7 octobre 1889.

La grotte de 1889, creusée de même au mois de mai, était descendue de 30 m au commencement d' oc 1889.

Les mesures que j' ai faites le 30 septembre 1889 avec M. A. Delebecque, de Thonon, ne m' ont donné que 65 m pour la distance qui séparait les deux grottes de 1888 et 1889.

M. Joseph Tairraz a placé des repères sur les parois du Pavillon des Bossons pour apprécier l' é relative du corps du glacier. Il a constaté par un visé le ter octobre 1889 que, sur le profil 30 transverse, le glacier s' était gonflé de 1—2 m depuis l' année précédente.

Les photographies Tairraz montrent quelques modifications de forme de l' extrémité terminale du glacier, mais sans grand changement de position.

Enfin, un rapport de A. Balmat me dit qu' en décembre 1889 il ne reconnaissait pas d' allongement depuis l' automne.

En résumant ces notes avec celles des années précédentes, je confirme l' opinion déjà exprimée que nous sommes arrivés à un moment d' arrêt dans l' al du glacier des Bossons. La crue va-t-elle reprendre de plus belle, ou bien se changer en décrue? C' est ce que l' avenir nous apprendra.

Le glacier de Taconna suit d' assez près les al-, Jures du glacier des Bossons, dont il n' est du reste qu' un bras d' écoulement séparé par la montagne de la Côte. Il est actuellement en allongement notoire et évident. ( J. Tairraz. ) Il dépasse la grande moraine qui le rejette sur le flanc gauche du vallon. ( F.A. F. ) Vallée de Montjoie. Les glaciers du Trélatête et de Bionnassay augmentent d' épaisseur et sont en crue. ( J. Tairraz. ) D' après les montagnards, tous les glaciers de la vallée du Bon-Nant sont actuellement en accroissement. Comme preuve de cette augmentation, M. Ch. Rabot, de Paris, me cite le fait qu' en 1889 le petit glacier situé entre le Miage et la Frasse, au-dessous et au nord des points cotés 2673 et 2635 m sur la carte de Mieulet, 1865, a rejoint le glacier du Miage.

Glaciers du Dauphiné. Les observations de M. Oh. Roderon, guide de lre classe à St-Christophe-en-Oisans, confirment les faits des rapports précédents. L' ensemble des glaciers du Dauphiné sont en décrue. Seul le glacier de la Meije est en crue manifeste, toujours plus évidente. Roderon l' a surveillé pendant deux heures de suite, et il a constaté qu' il ne s' écoulait pas un quart d' heure sans qu' il n' y eût quelque avalanche de glace, preuve d' une grande activité du glacier.

D' après le guide Maximin Gaspard, le glacier des Etançons, sur le versant sud de la Meije, serait de même en crue. ( M. Ch. Rabot. ) D' après un rapport de l' adjoint de Maurin ( Basses-Alpes ), qui visite chaque année les pâturages de la montagne, le petit glacier du Grand Rubren, à 3340 m d' altitude, serait stationnaire depuis longtemps. C' est d' ailleurs une simple flaque de neige cristalline. ( M. Ch. Rabot. ) II. BASSIN DE L' AAR.

D' après les observations de M. le pasteur Baumgartner à Brienz.

Glacier inférieur de l' Aar. M. B. a visité souvent ce glacier dans les dernières années, et l' a traversé trois fois; d' après ce qu' il a vu en juillet 1889, le glacier ne présente pas de changement important ni en crue ni en décrue; l' état des moraines frontales semblerait plutôt indiquer une légère tendance au raccourcissement.

ICSF.A. Farei.

M. B. a vu le glacier de Badili pour la première fois en 1888; il ne peut donc parler de changements, basé sur ses propres observations. Cependant, les parties supérieures du glacier lui ont paru plus élevées que ne l' indique la description de M. E. de Fellenberg ( Jahrbuch XIV, 252, 1879 ).

Glacier de Gauli, visité par M. B. cinq fois depuis 1882. Il n' y a pas de grands changements à signaler. Cependant, les très hautes moraines près du Kammliegg, et plus bas vers les chalets de Matten, montrent que ce glacier a eu une période, sinon de plus grande longueur, du moins de plus grande épaisseur. Depuis cette époque, la phase de décrue a persisté; on peut à peine parler d' un état stationnaire, en tous les cas pas d' une phase de crue ( A. Baumgartner, Brienz ).

m. BASSIN DE LA REUSS.

Maderanerthal. M. E. Krayer-Ramsperger, de Bâle, continue ses excellentes observations sur les glaciers.

Le glacier de Hüfi s' est raccourci en 1888/89 de 5 m. La voûte du torrent mesurait 8 m de hauteur.

Le glacier de Brunni s' est raccourci dans la même année de 17 m; la voûte de son torrent mesurait 4 m.

IV. BASSIN DE LA LINTH.

Les journaux de Glaris ont annoncé dans les premiers jours de janvier 1890 „ qu' une partie du glacier de Biferten s' était mise en mouvement et que d' énormes blocs de glace avaient déjà commencé à tomber dans la vallée ".

M. le pasteur B. Becker, de Linthal, a bien voulu étudier la question. D' après son enquête, il ne s' agit pas d' autre chose que des avalanches de neige qui tombent chaque année des flancs très inclinés du Piz Urlaun. Le glacier de Biferten est encore en phase de décrue assez rapide, de même que le Sandfirn et surtout le Kistenfirn. Cette décrue dure depuis 50 ans sans interruption. ( B. Becker. ) V. BASSIN DE L' INN.

Engadine. Les journaux ont parlé d' un accroissement extraordinaire du glacier de Surlej, entre St-Moritz et le val Rosegg. „ On écrit de St-Moritz que le petit glacier du Piz Surlej a tellement augmenté depuis l' été dernier que, s' il continue à s' a, il deviendra un danger pour les forêts qui se trouvent en dessous et qui ornent les pentes de la montagne. " M. F. Lombard, de Genève, a bien voulu aller vérifier sur les lieux la vérité de cette allégation. Il a constaté que ce très petit glacier, qui descend sur le flanc nord du Piz Surlej ( 3187 m ), vient se déverser dans un petit lac où il laisse tomber quelques tranches de glace; que le glacier, enfermé dans un grand cirque de rochers, est encore éloigné de près d' un kilomètre du bord de la vallée; que, même s' il y arrivait, il aurait encore un long chemin à faire avant de menacer les forêts. Aucune mesure antérieure ne lui a du reste permis de constater que ce glacier fût en crue. Toute cette histoire est donc une fable.

VI. ALPES ORIENTALES.

Oetzthal. M. le D* S. Finsterwalder, de Munich, continue avec entrain et persévérance ses études sur les glaciers de ce groupe. Il a achevé l' année dernière les levés et mensurations du glacier du Vernagt; nous en aurons prochainement les résultats complets. Cette année, il nous donne déjà un récit intéressant de ses aventures x ).

Voici quelques notes du même auteur2 ):

Le Rettenbachferner s' est fortement raccourci. En 1889, M. Finsterwalder a mesuré 600 m entre la dernière moraine, datant de 1860 ou des années précédentes, et le front actuel du glacier.

Le Hochjochferner diminue toujours. Le raccourcissement de la longueur est difficile à apprécier, car la langue terminale est recouverte de débris morainiques; mais on peut constater, dans les dernières années, un rétrécissement de 20 m environ, et une diminution d' épaisseur de 2—3 m.

Le Hintereisferner s' est raccourci dans l' année 1888/89 de 30 m.

Le Vernagtferner semble au premier abord changer fort peu dans une année. Cependant des mesures exactes ont montré un raccourcissement de l' axe médiane de 25 m dans l' année 1888/89.

Massif du Glockner. Le X° rapport de M. F. Seeland, conseiller à la Cour des Mines à Klagenfurt 3 ), nous donne ses mesures sur le glacier de Pasterzen en 1888. Les observations vont du mois d' octobre d' une année à l' autre. Les variations sur les profils ont été:

Freiwand

marque a — 4,60«> Pfandlbach

b0,75 m Margaritzen...

» c — 17,20 m Au bord oriental, sous le Pfandlbach.

n e 6,10- Moyenne - li,74 ' "

La moyenne des 9 ans écoulés étant — 4,96 m L' Elisabethfels est mis à nu par la glace. Sur le profil de la Hofmannshütte, à la base du Glockner, au milieu du glacier, la vitesse mesurée a été:

de 1886 / 87 41,lm „ 1887/8830,6 m L' hiver de 1887 / 88 a été très neigeux et a donné beaucoup d' avalanches.

VII. BASSIN DE L' ADIGE.

Massif de l' Ortler. Des événements intéressants se sont passés en 1888 et 1889 dans la vallée de Martell, sur le versant nord-est de l' Ortler. Voici le résumé du rapport* ) de M. le prof. E. Richter, de Graz.

et' En juin 1888, une masse énorme d' eau s' est subitement écoulée par dessous le glacier de Zufoli et a ravagé la vallée de la Plima; en juin 1889, le même fait s' est reproduit avec plus d' intensité encore et en occasionnant plus de dégâts: 10 ponts enlevés, bois, arbres, rochers et terrains entraînés. Les dégâts de la première débâcle ont été évalués à fr. 107,500, ceux de la débâcle de 1889 à fr. 235,000. Il n' y a pas eu de mort d' hommes. Une première débâcle, sans importance, avait déjà été observée en 1887. D' après l' étude faite sur les lieux par MM. Richter et Finsterwalder, voici quelle est l' origine et la nature de la catastrophe.

Le Langenferner remplit le haut de la vallée principale; le Zufallferner est un glacier affluent de la rive droite qui descend dans la vallée perpendiculairement à son cours. Sur la rive gauche, un torrent affluent, le Butzenbach, vient se jeter dans la Plima au-dessus du Zufallferner.

D' après la carte de Payer, en 1869 les deux glaciers se joignaient, se soudaient et donnaient alors naissance à la Plima; le Butzenbach se versait dans cette rivière en pénétrant par dessous le corps du Langenferner.

Depuis l' année 1869, les choses ont changé: les glaciers ont beaucoup diminué. Le Zufall traverse encore la vallée et fait pont sur la Plima, mais le Langenferner n' arrive plus jusqu' au Zufall. Son front s' est retiré en arrière de quelques centaines de mètres et a laissé au-dessus du Zufall une petite plaine que traversent la Plima et le Butzenbach. Tant que le Zufall était en décrue, et par conséquent à peu près immobile, l' eau des torrents supérieurs, Plima grossie du Butzenbach, s' était creusé un tunnel et s' écoulait librement sous le glacier. Mais, selon toutes probabilités, depuis quelques années le Zufall s' est mis en crue et a repris son activité; ses mouvements ont obstrué le canal d' écoulement, et l' eau a reflué derrière le corps du glacier. Il s' est formé un lac temporaire dont nos auteurs ont estimé le volume à 630,000"1 a, et ce lac s' est vidé par dessous le glacier quand, avec la saison chaude, il a commencé à attaquer la glace qui formait le barrage.

Il est à craindre que l' événement ne se reproduise chaque année, tant que le Zufall formera barrage, et que le Langenferner ne se sera pas assez allongé pour remplir la cuvette qui le sépare du glacier inférieur.

Cette observation est très intéressante. Elle est d' abord un exemple de l' importance que peuvent avoir les variations glaciaires, car c' est à ce phénomène seul qu' il faut attribuer la catastrophe. En second lieu, c' est un cas assez compliqué et assez étrange dans l' histoire des lacs temporaires. Contrairement à la loi générale, qui veut que la formation des lacs temporaires soit due à une crue extraordinaire du glacier, ici, c' est le raccourcissement du Langenferner qui semble être la cause première de l' événe. Il est vrai que la reprise d' activité du Zufallgletscher y est aussi pour sa part. Tant que ce glacier était en décrue, le canal d' écoulement de la Plima restait ouvert et ne se fermait pas en hiver; quelque chose s' est modifié à cet état favorable, et la reprise de la crue du Zufall paraît en être la cause. D' après les faits cités, nous placerions en 1887 le commencement de la période pour le Zufallgletscher.

M. E. Richter ajoute, dans une communication particulière, que le front des glaciers du Martellthal semble montrer des signes d' avancement. C' est ainsi que la langue terminale du Furkelegletscfier, glacier affluent de la rive droite de la vallée de la Plima, un peu au-dessous du Zufall, dont il n' est du reste qu' un bras d' écoulement séparé, laisse tomber des blocs de glace dans la vallée du haut de la paroi de rochers où il est suspendu. Ce fait, qui n' avait pas lieu dans les années précédentes, a été observé à partir de 1887.

Un petit glacier de la vallée de Sulden, dans le même groupe, le Rosimferner, est en accroissement depuis 1885.

VIII. BASSIN DU PO.

Vallée de Courmayeur. Notes rétrospectives.

Le glacier de Miage était en grand allongement en 1846 ' ).

Le glacier de l' Allée blanche était, en 1859, en grand avancement; il poussait devant lui sa moraine, laquelle s' appuyait sur une moraine ancienne gazonnée; l' eau arrivant de la partie supérieure de la vallée était forcée de s' ouvrir un passage sous la glace même2 ).

En 1889, M. V. Pavot, de Chamonix, a constaté que tous les glaciers de la vallée avancent depuis quatre ans et plus.

La Brenva est en allongement depuis sept ans au moins; le glacier s' était avancé de 7 m d' octobre 1887 à mai 1888, d' après le dire du gardien de la grotte.

Le Miage est en grande progression et déborde par dessus ses moraines anciennes ( d' il y a 30 ans ). Le lac Combal est comblé en grande partie. ( V. Payot. ) RÉSUMÉ.

Dans mon Ve rapport pour l' année 1884, j' ai donné un tableau des glaciers actuellement en phase de crue; chaque année, j' ai indiqué les corrections et adjonctions résultant des observations nouvelles. De ces faits, mon tableau a reçu d' assez grandes modifications. Je crois donc utile de l' établir à nouveau, en résumant les faits connus en 1889.

J' indique par la lettre C ( circa, environ ) les dates approximatives, par la lettre A ( ante ) les cas où la date du début est antérieure à l' observation, par un point d' interrogation les cas qui me paraissent douteux et réclamant confirmation.

Massif.Glacier.Début de la crue.

Pelvoux.La MeijeC 1881 Les EtançonsA 1889 Grand Paradis.GrancrouC 1881 Mont-Blanc.Bossons1876 La Brenva1878 Le Trient1879 OrnyA 1881 La NeuvaA 1883 Argentière1884 176 F.A. Fore !.

Massif.Glacier. Début de la crue.

Mont-Blanc.Les Grands1884 Glacier des Pétoudes 1884 Miage de Courmayeur A 1885 Taconna A 1889 Trélatête A 1889 Bionnassay A 1889 Saleina A 1889 Miage de Montjoie A 1889 Les Pèlerins A 1889 Glacier du Nant blanc A 1889 Les Bois 1889 Dent-du-Midi.

Les Ponds A 1882 Mont-Colon.

Zigiorenove 0 1879 Giétroz 1880 Val TournancheA 1882 Pièce A 1883 Gl. des Aiguilles rouges 1885 Weisshorn.

Glacier du Schall- horn C 1878 lîics A 1883 Trift 1883 Gabelhorn A 1883 MomingA 1886 Hohwanggletscher A 1887 Mont-Rose.

Macugnaga C 1880 Gorner 1889 Findelen 1889 Mischabel.

AllalinC 1881 Fée supérieur 1880 Massif.

Glacier.

Début de la crue.

Mischabel.

Fée inférieur 1880 Hochbalm A 1883 Balfrin C 1883 Weissmies.

Laquin A 1887 Galenstock.

Weisschien A 1886 Stein A 1888 Rhône 1889 Blümlisalp.

Gamchi A 1883 Finsteraarhorn.

Grindelwald supé- rieur A 1880 Fiesch 1885 Wetterhorn.

Rosenlauï 1880 Glacier de la Dossen- hutte C 1882 Renfen 1886 Cornava.

NalpsA 1886 Ortler.

Glacier du Monte Cristallo C 1882 Rosimferner 1885 Zufallferner 1887 Furkeleeletsc ;her 1887 Cette liste nous donne 55 glaciers dont l' état de crue est constaté actuellement avec plus ou moins de certitude; pour 4 ou 5, une vérification me paraît nécessaire. Il est évident qu' un grand nombre de petits glaciers qui n' ont pas été observés directement devraient y être ajoutés.

L' année dernière, nous n' en connaissions que 42. C' est donc 13 à compter en plus, et nous pouvons dire que la phase de crue est en développement progressif.

Pour un seul massif, nous avons le droit d' af que l' ensemble des glaciers est en crue; c' est celui du Mont-Blanc.

Pour d' autres, il y a, semble-t-il, plus de glaciers en crue, une minorité étant encore en décrue ou stationnaire; ce sont ceux du Valais et des Alpes bernoises.

Pour d' autres, un ou deux glaciers seulement sont signalés comme étant en allongement, la majorité étant en décrue. Ce sont les massifs du Pelvoux et de l' Ortler.

Pour d' autres enfin, l' ensemble des glaciers ne donne pas encore signe de la crue prochaine. Ce sont les glaciers des Grisons ( sauf le cas isolé et non encore démontré du glacier de Nalps ) et les massifs des Alpes orientales autres que le massif de l' Ortler.

Ce dernier, le massif de l' Ortler, qui, d' après les notes de MM. Gobbi ( voir rapport n° IV ) et E. Richter, commence à se mettre en crue, son cas est fort intéressant; c' est la première apparition de la prochaine période d' accroissement dans les Alpes orientales, qui étaient jusqu' à présent restées en arrière sur les Alpes centrales et occidentales.

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