L'escalade artificielle en rocher

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Claude et Yves Remy, Bossière VD

Technique et matériel d' aujourd Un sujet actuel, s' il en est! Un sujet de controverse également. L' alpinisme va-t-il tomber dans la technologie la plus sèche, avec le développement de cette « branche » nouvelle: l' escalade rocheuse avec des moyens artificiels toujours plus sophistiqués, comme on dit?

Quelle différence entre un grimpeur « nu » et le grimpeur muni du matériel moderne! Quelle différence surtout dans le genre d' escalade possible pour l' un ou pour l' autre!

On peut distinguer en gros, aujourd'hui, trois catégories de « rochassiers ». Les uns pratiquent presque exclusivement l' escalade libre. Les autres, de préférence l' escalade artificielle. Les troisièmes, la grimperie mixte. Mais il faut noter que rares sont, en somme, les voies intégralement en artificielle. Les trois catégories susnommées correspondent donc aux préférences des divers grimpeurs.

L' escalade artificielle elle-même présente deux aspects. Si l'on se contente de cordelettes, de « coinceurs » ou d'«accroche-ciel », on laisse après soi le rocher intact. En revanche, la ferraille enfoncée dans le rocher le modifie, le détériore jusqu' à provoquer parfois même des éboulements locaux.

Le grimpeur peut faire encore un autre choix. Sa progression se fera le long des points faibles du rocher, failles, fissures, trous naturels. Il évitera le rocher compact qu' il faudrait attaquer d' une autre manière. Il le laisse à sa solitude, mais renonce du même coup à bon nombre de voies. Or, la recherche du nouveau est l' un des côtés les plus attachants de l' alpinisme.

Au début du siècle déjà, cette recherche était difficile, comme le note par exemple Julien Gallet dans son livre Dans l' Alpe ignorée. Il remarque en effet qu' il faut bien chercher pour trouver du neuf autour d' Arolla: toutes les voies, ou presque, ont été parcourues.

Nous vivons plus d' un demi-siècle après lui, et l' espace vierge a encore beaucoup diminué. Eh bien! c' est en partie grâce au développement de la technique et du matériel qu' un monde nouveau s' est ouvert. Avec un peu d' imagination et d' ar, on peut inventer et parcourir aujourd'hui des voies inédites et cela même, parfois, entièrement en « libre ». Mouvement irréversible: les montagnes se couvrent d' un écheveau toujours plus dense d' itinéraires.

Il vaut la peine de considérer de plus près ce matériel, sans cesse perfectionné par l' homme, éternel chercheur. Nous devons reconnaître que l' alpinisme a pris, grâce à ce facteur nouveau, un élan prodigieux. Que des courses peuvent se dérouler maintenant dans des terrains et dans une ambiance extraordinaires. La verticale et la beauté du rocher lisse sont désormais à portée non des yeux seulement, mais de la main.

Cette évolution a rendu nécessaire et a permis en même temps l' ouverture d' écoles d' escalade à proximité des grands centres urbains. On peut grimper sans marche d' approche, à tout moment de l' année, et même par de mauvaises conditions météorologiques: il suffit de s' attaquer à des « toits » rocheux à l' abri de la neige et de la pluie. Le citadin peut aujourd'hui maintenir ou améliorer sa forme, pousser son entraînement à proximité de son domicile.

Ce n' est pas seulement le « grimpeur de pointe » qui a profité du développement du matériel. Le second, et même le débutant, en profitent largement pour leur sécurité, comme pour l' allégement de leur tâche, ne serait-ce que par la diminution du poids.

Le perfectionnement et la multiplication des moyens artificiels sont dans l' ordre des choses. Les alpinistes sont toujours plus nombreux, et ils exigent toujours plus de ce matériel, comme aussi des courses qu' ils entreprennent. Ce qui ne manque pas de poser un problème d' éthique. En simplifiant, certains se demanderont s' il est « moral » ou non de s' attaquer à la montagne avec un pareil armement. La question n' est pas nouvelle; mais peu à peu le temps lui donne une réponse. Enfin, on pourrait remonter haut dans le passé pour trouver l' origine de l' escalade artificielle. En 1492, le Mont Aiguille, dans le Vercors, fut vaincu grâce à de longues échelles et une véritable expédition. Plus tard, le légendaire Whymper recou-rait au meilleur matériel de son époque. Qui le lui reprocherait aujourd'hui? De plus, il était lie avec un éditeur pour rédiger des articles alpins. On peut, si l'on a l' esprit chagrin, regretter de n' en être pas restés aux chaussures à clous de nos grands-pères. La semelle vibram représentait une innovation technique, et de la plus haute importance. Qui la contesterait à présent?

Avouons qu' on ne peut définir ou fixer des limites au développement de la technique alpine. Mais chacun est maître de ses tendances. On voit et on verra encore se former de véritables spécialisations chez les alpinistes. Que chacun suive donc son idéal! Nulle part mieux qu' à la montagne ne doit s' exercer la liberté. Et quand cette liberté, usant du matériel moderne, rend possible la face nord des Jorasses ou du Badile, ou encore les grands itinéraires des Drus, on serait bien malvenu de la mettre en discussion.

Un souci de prudence peut avoir conduit certains alpinistes ( à chaque génération ) à critiquer le développement des moyens techniques venant à l' appui d' audaces nouvelles. Or, il faut reconnaître que ces mêmes moyens ont donne lieu parfois à des abus. Ainsi s' explique le holà! qui a salué l' apparition du « gollot » ' .En revanche, il est certain que bon nombre de perfectionnements techniques ont été acceptés sans problème Leur apparition était beaucoup plus immédiatement utile, ou bien s' est faite plus discrètement. Ainsi dans le 1 II est intéressant de relever que, déjà au début du siècle, quelques fiches de fer forgé ont été placées à l' aide d' un trou buriné.

vêtement et la nourriture, et dans l' information ( guides-manuels, topos, etc.... ). Il n' y a pas longtemps encore, le bivouac en haute montagne était une véritable épreuve. Grâce aux nouveaux matériaux et à l' ingéniosité des constructeurs, une nuit en paroi est devenue chose normale et fort acceptable.

Passons à des considérations particulières sur le matériel moderne.

LES PITONS Les fiches de fer, améliorées en pitons, ont vu leur apparition dès le début de l' alpinisme. Mais on les employait de façon élémentaire, et plutôt pour l' assurage. C' est vers 1900 dans les Dolomites, vers 1930 dans les Alpes, que le piton fut utilisé de plus en plus pour la progression artificielle. Plus tard, l' ouverture des grandes voies du Capucin et des Drus marque un nouveau tournant. Mais ce sont les techniques américaines importées après le début des grandes voies du Yosemite ( i960 ) qui ont permis d' atteindre le niveau actuel, avec lequel on semble toucher à l' absolu de l' artificielle. Qu' on accepte ou non ce genre d' acrobatie, force est d' y reconnaître une escalade d' un très haut niveau. Pourquoi ne pas parler même de très grand alpinisme?

L' introduction du piton a entraîné la création du mousqueton, puis de l' étrier et de bien d' autres « gadgets ». Récemment encore, on n' utilisait qu' une seule espèce de piton, forgé en acier doux. Seule la forme variait. Pour le rocher, tel le granit, les Américains ont introduit un piton dans l' al duquel entrent le chrome, le molybdène et le silicium 2. Ses qualités sont nettement supérieures à celles de l' acier doux. De plus, on peut les employer un grand nombre de fois. Les pitons américains en acier dur, repris par plusieurs marques européennes, possèdent non seulement des avantages de solidité et de résistance, mais une 2 Dans les Alpes, principalement au cours de la première ascension de la face sud du Fou, en 1963.

forme étudiée plus efficace. Ils offrent une gamme qui varie des petits « rurps » ( pour les fissures les plus minces ) aux géants bongs-bongs de 4 inches ( 1 inch = 25,4 mm ), voire 6 inches, pour ceux places sur le côté. Les bongs-bongs sont troués et fabriqués en alliage d' aluminium, ce qui les rend plus légers 1. Les Russes, quant à eux, ont sorti un piton au titane, plus léger, mais qui n' a pas les avantages du piton américain.

LES GOLLOTS On appelle ainsi les pitons nécessitant le forage d' un trou. On distingue, selon l' espèce, pitons à expansion et pitons à compression.

La première ascension du Pilier Jaune, au Salève ( près de Genève ), en 1956, a nécessité, dans le rocher compact, le forage de trous recevant les pitons nécessaires à la progression. Un tournant décisif a été marqué par cette ascension dans l' alpinisme moderne. De vives critiques se sont élevées aussitôt; mais presque à la même époque, quelques « expans » et une chignole à main ( déjà !) permettaient la directissime de Brandler à la Cima Grande ( Dolomites ), une réussite saluée comme un des plus formidables exploits alpins.

On peut craindre que des grimpeurs médiocres abusent du gollot pour faciliter certains passages. Ce sont les mêmes qui ne manquent pas d' ajouter discrètement un « clou » ou deux pour forcer un passage à franchir en libre. Mais le « clou » ne laisse guère de trace, alors que le gollot en laisse une, indélébile, qui ridiculise le grimpeur incapable. A la décharge du gollot, notons que ce moyen de progression a permis l' ouverture de voies splendides qu' interdisait un passage impossible sans ce moyen.

Mais s' il faut plaider pour le gollot, donnons la parole au fameux grimpeur français P. Cordier 1 C' est l' équipe Chouinard/Frost, du Yosemite, qui réalisa la première gamme complète de pitons durs, lancés par un pionnier suisse établi aux Etats-Unis, John Salathé.

qui, en six jours, fit la « première » de la Voie des Enragés, dans les gorges du Verdon ( 1968 ). Il écrit, dans La Montagne: « La perspective honteuse d' utiliser les gollots se transforme au degré des mètres verticaux escalades en une véritable partie de plaisir, même en restant agrafé au rocher pendant des heures. De la régularité de la progression naît un plaisir nouveau! » Apparemment, le gollot n' est pas un si vilain objet, puisqu' il permet d' aller au-delà des situations dites normales, ou devenues telles. Seul il permet de franchir la barrière du rocher compact. A l' occasion il peut, par ailleurs, assurer la sécurité dans l' amarrage des hamacs de bivouac, quand aucun autre moyen n' est possible.

Le principe de l' emploi du gollot est simple, mais la gamme en est vaste et tient souvent à l' in des bricoleurs. On fore un trou à l' aide d' un burin, d' un auto-foreur ( gollot lui-même ), ou d' une mèche. Le diamètre du trou et sa profondeur varient selon la pièce à enfoncer.

ht piton à compression ( parfois, une simple vis ) est chassé dans un trou dont le diamètre est d' environ un millimètre inférieur à celui de la pièce. Soit, pour une vis M. 6 ou un piton de 6 millimètres, un trou de 5 millimètres et d' une profondeur proportionnée à la longueur de la pièce ( en général 5 à 30 mm ).

Le piton à expansion et le trou qui le reçoit ont même diamètre. Le piton ( ou la vis ) est fendu d' une rainure à l' extrémité qu' on engage dans la roche. Un coin est place dans cette fente. La profondeur du trou est calculée de manière que, lorsque le piton s' enfonce, le coin bute au fond et pénètre à chaque coup plus profondément dans la rainure. Il la force ainsi à s' ouvrir, augmentant le diamètre du piton, bloqué peu à peu par cette « expansion ».

Le principe est le même pour les gollots. Le gollot Phillips est très efficace et de grande sécurité, surtout dans les « toits ». On y place le tampon, qui se bloque grâce au coin, et l'on peut ensuite y visser du M. 6 pour la progression, ou de plus gros diamètres pour les relais. Il existe un vaste choix de gollots de ce genre. Ainsi la gamme des Tilca présente des M. 6 et plus, qui ne sont toutefois pas autoforeurs.

A la vis serrée sur le gollot, on fixe une plaquette ( dite puce ), amovible ou définitive, à laquelle on suspend le mousqueton, l' étrier, etc. Pour des passages de toit, et selon le diamètre du tampon, on peut utiliser des boucles-anneaux filetées ou des plaquettes appropriées.

Un autre moyen, développé par le fameux grimpeur du Yosemite, W. Harding, permet de franchir le rocher compact avec moins d' efforts, mais peut-être avec plus de risques. Le grimpeur fore de petits trous et utilise des accroche-ciel ( parfois jusqu' à neuf de suite ) avant de placer un vrai gollot. Ce procédé est valable pour les premiers varappeurs, mais les trous se détériorent rapidement après le passage de plusieurs cordées.

EMPLOI DE LA PERCEUSE On atteint, avec l' emploi d' une perceuse alimentée par un générateur électrique, le point extrême du développement technique dans la pose des gollots. Ce moyen a été utilisé, dans les Andes de Patagonie pour l' ascension du Cerro Torre et, à l' Eiger, dans la directissime des Japonais. Les revues alpines en ont parlé, et l'on a vu des prises de position passionnées à ce sujet.

Plutôt que de prendre position à notre tour, nous décrirons certaines expériences réalisées lors d' entraînements, et surtout après la première ascension de la Paroi de la Reculés des Planches, près d' Arbois. Ce surplomb présente, pour une verticale de 180 mètres, une avancée totalisant 87 mètres. L' escalade a nécessité 82 heures de progression réparties sur trois semaines. A l' aide d' une perceuse et d' un groupe électrogène, nous avons foré près de 250 trous.

Il faut noter d' emblée que l' emploi de la perceuse n' est en rien une aide pour le déplacement du grimpeur. C' est par ses propres moyens qu' il doit s' élever. D' autre part, le matériel présente un poids énorme qu' il faut faire suivre et contrôler.

Quant au perçage lui-même, il n' est pas de tout repos. Imaginez que vous êtes suspendu à un plafond avec, à bout de bras, un engin de 7 kilos sur lequel vous devez encore exercer une poussée pour forer un trou!

Grimper grâce à la perceuse et aux gollots suggère une escalade de style mathématique, régulière, sans échec. Or, en mauvais rocher, tout est remis en question. Il s' agit alors de suivre les veines de meilleure qualité, de même qu' on suit une fissure naturelle en escalade artificielle avec pitons ordinaires. On respecte donc une logique naturelle là aussi, du moins dans la roche calcaire, moins homogène, qui restreint considérablement la possibilité d' une victoire à coup sûr.

L' escalade aux gollots avec une perceuse n' est donc ni facile, ni d' un succès assuré. Elle demande beaucoup de volonté, de suite dans le mouvement et l' effort. Et ne parlons pas de l' aspect financier de cette technique. De toute manière, l' emploi du groupe électrogène ne peut être que rare. Il ne convient que pour des escalades bien précises ou des conditions particulières.

Au Cerro Torre, avec une perceuse, Maestri a réussi, en première hivernale, là où d' autres avaient échoué. Ceux qui ont voulu rééditer son exploit sur les gollots qu' il avait plantés n' ont pas réussi. Et cela, en été! Un fait reste: Maestri a réussi une incroyable ascension sur un sommet presque vierge.

Certains alpinistes se sentiront comme rabaissés par l' image de leur sport que donne l' emploi de moyens aussi mécaniques. Mais depuis trente ans, dans l' Himalaya, les alpinistes, avec les moyens qu' exigent leurs ascensions, bouleversent les mœurs de toute une population. En outre, ils sont affublés de masques à oxygène quand la montagne l' exige. D' ici quelques années, qui sait? les grimpeurs auront trouvé d' autres moyens moins « industriels ». A moins que lesdits moyens ne soient alors entrés dans les mœurs.

Pour l' ascension d' Arbois, nous aurions pu résoudre le problème de la face compacte en forant des trous à la main. Mais l' expérience d' un entraînement au « gollotage » manuel, et d' une première ascension sur un mur compact et vertical, nous a montré que le rapport entre la faible dénivellation vaincue ( Arbois: 180 m ), et le temps nécessaire à ce genre de « travail » risquait de nous saper le moral. Evidemment, nous aurions pu échelonner ce « travail » sur une longue durée, avec des assauts espacés. Mais nous avions à cœur d' ouvrir cette voie d' une traite, ce qui est plus pénible. La foreuse permet une relative rapidité, mais procure surtout une sécurité que nous jugeons indispensable pour ce genre de voie. Précisons que sécurité ne signifie nullement facilité! Une comparaison le fera comprendre. Si l'on a pratiqué pendant quinze minutes le gollotage manuel dans un toit, et que l'on découvre en posant le gollot que le pitonnage sera défectueux, la fatigue invitera à s' en contenter. On prendra le risque de s' élever sur un dangereux point d' an. Le forage à la machine exigera au même endroit une bonne minute d' effort violent pour obtenir un trou d' un diamètre de 8 millimètres et d' une profondeur de 25 millimètres. Si l'on constate alors une défectuosité, on n' hésitera pas à faire un trou de plus, peut-être même d' une dimension supérieure. De là ce gain de sécurité dont nous avons parlé.

Ce que l'on peut reprocher à une voie entièrement en artificielle, surtout si elle est déjà équipée, c' est la relative facilité de progression ( insistons sur le mot relatif !), et même une sécurité qui semble exclure l' aventure. Il y a dans la progression une sorte de planification jointe à l' uniformi partielle des mouvements. Certains puristes parlent même d' une robotisation de l' escalade.

Dans l' alpinisme d' aujourd, chaque tendance est poussée à l' extrême, d' une manière plus ou moins sérieuse ou folklorique. Certains grimpent en gants de boxe ou en patins à roulettes4!

4 Ainsi, dans les années 50, Dale Johnson a gravi le Third Flatiron ( Colorado ) en patins à roulettes! En 1974, Ray McHaffie escaladait le Little Chamonix ( près de Keswick, Angleterre ) en gants de boxe et chaussé de patins à roulettes ( signalons que le Little Chamonix est côté IVe degré de diffi-cultéCf. Mountain Magazine, n° 42.

On va toujours plus loin, plus haut, plus vite, en été comme en hiver, de jour et de nuit, en expédition ou en solitaire, avec le maximum ou le minimum de matériel. Ouvrir une voie exceptionnelle à la perceuse n' est qu' une des variantes possibles, à la fois choix personnel et évolution naturelle de la technique d' escalade. Elle est destinée à se perfectionner encore... et peut-être un jour à tomber dans l' oubli.

Le grimpeur qui prend plaisir à « golloter » pendant des heures pour tracer un itinéraire parfois modeste estime que l' aventure en vaut la peine. Il laisse souvent derrière lui un itinéraire magnifique et bien équipé qui fera la joie de ceux qui le suivront, pas toujours conscients du travail qu' il a nécessité. R. Pellaton ( Genève ) écrivait dans les Alpes ( 1970 ): « Il ne suffit pas de s' armer d' un marteau et de pitons pour passer n' importe quel surplomb. L' esca artificielle est un art qui demande force, courage et ténacité, le tout doublé d' un patient apprentissage. » Dans l' escalade artificielle se découvre un plaisir nouveau: celui d' être là où on ne peut pas être.

Mais déjà une évolution se dessine, qui semble être dans l' ordre des choses. Si la majorité des huit mille ont été vaincus avec des appareils à oxygène, dernièrement quelques hautes faces himalayennes de grande difficulté technique ont été gravies sans ce moyen. ( Rappelons ici que Mallory et Irvine, en 1924 déjà, atteignaient sans oxygène, sur l' Eve, l' altitude de 8500 mètres! L' évolution n' est pas toujours linéaire !) Des voies ouvertes en artificielle se franchissent maintenant en libre. Mais il est vrai que, par un mouvement inverse, on voit aujourd'hui des gens équiper des passages franchis autrefois sans artifices techniques. Il est réjouissant de constater une tendance au « nettoyage écologique » de la montagne, à son décloutage. Les Britanniques, en inventant le « coinceur », ont permis d' éviter la plantation abusive de ferraille. Ils ont eu l' art de conserver un très haut niveau technique de l' esca libre, par une limitation exemplaire de l' em des pitons.

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