L'exploration du Karakoram

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

Essai de synthèse et de bibliographie raisonnée.

Avec 1 croquis et 1 illustration.Par Robert Fazy.

L' article dont nous présentons aujourd'hui le début à nos lecteurs nous a été envoyé il y a une année, mais n' a pu paraître plus tôt faute de place. L' auteur de cette intéressante synthèse, M. Robert Fazy, est président de la Société suisse des Amis de l' Extrême Orient, qui a organisé à Berne la première exposition d' art asiatique en Suisse. M. Fazy possède une riche documentation sur l' exploration du Karakoram.

I. Généralités.

La chaîne du Karakoram 1 ), orientée du NW au SE, s' étend, comme on le sait, sur plus de 400 kilomètres entre le bassin du Tarim et celui de l' Indus. Elle sépare ainsi la rivière de Yarkand et le Shaksgam au nord, le Shyok et l' Indus au sud. Ses glaciers principaux, l' Hispar, le Biafo, le Baltoro, le Siachen et le Rimo forment une « haute route»2 ), longue de plus de 250 kilomètres, coupée à un seul point, entre le Baltoro et le Siachen, par une barrière à travers laquelle aucun passage praticable aux porteurs n' a été trouvé jusqu' ici. Eldorado des explorateurs et des alpinistes, le Karakoram, jusqu' à l' expédition Roch au Garhwal et à la conquête du Dunagiri 3 ), était la région de l' Himalaya dans laquelle les Suisses s' étaient le plus distingués. Le défi de ses « huit mille mètres », les problèmes géographiques qu' il pose et le fait qu' il est ouvert à tous, lui ont attiré une série d' expéditions. Il fait l' objet d' une littérature copieuse, mais inégale et très dispersée. Le but de cet essai est de résumer chronologiquement les progrès de l' exploration et d' établir une liste précise des documents les plus utiles, sommairement appréciés.

II. Les voies d' accès.

Le Karakoram peut être abordé par ses extrémités nord-ouest et sud-est ou par son centre, un peu comme les Alpes pourraient l' être par Lauterbrunnen, Martigny ou le col du Théodule. Jusqu' ici, le point de départ a toutefois toujours été Srinagar, la capitale du Cachemire, choisie comme base d' orga et de ravitaillement. De ce point s' ouvrent trois routes principales:

1° Vers l' extrémité nord-ouest, la route bien connue de Gilgit par le col de Burzil. De Gilgit, l' explorateur a le choix entre:

la route du Hunza qui, par Baltitet Pasu, conduit à la difficile vallée du Shimshal ou Shingshal2 ) au pied de la chaîne du Dastoghil, le massif le plus septentrional du Karakoram. Ce massif est pratiquement inexploré. Le point culminant, le Dastoghil ou Distoghil 3 ), 25,868 p., se trouve à l' extrémité sud du glacier de Malangutti Yaz; la route du Nagir 4 ) ou Nagar qui, par Nagir et Hispar, conduit à l' entrée du grand glacier d' Hispar.

2° Vers le centre, la route classique par la vallée du Sind, 1e Zoji-La 5 ), Dras, Kargil, à la vallée de l' Indus, puis, en descendant cette vallée jusqu' à Skardu, par les vallées du Shigar et du Braldo à Askole, au pied des glaciers de Biafo et de Baltoro e ).

La même route que l'on quitte à Shigar à 20 kilomètres à vol d' oiseau au nord-nord-est de Skardu, permet d' atteindre, par la vallée du Shigar et celle de la Basha, Arandu à l' extrémité du grand glacier de Chogo Lungma, parallèle à l' Hispar7 ).

3° Vers l' extrémité sud-est, au grand glacier de Siachen avec le Teram Sher et le Rimo:

a ) Par la route déjà décrite: Zoji-La, vallée de l' Indus quittée au confluent avec le Shyok 2 ), vallée du Shyok jusqu' à Khapalu. De ce village, situé à une cinquantaine de kilomètres du confluent, la vallée du Saltoro fournit trois voies d' accès:

La première par la vallée du Kaberi, au glacier de Kondus et par le Sia-La à la partie supérieure du Siachen; la seconde, par la vallée du Kondus 3 ) au glacier de Sherpigang, relié à la partie moyenne du Siachen; la troisième, par le glacier de Bilafond 4 ), le col de Saltoro 5 ) ou Bilafond-La et le glacier de Lolofond6 ) au Siachen à quelques kilomètres plus au sud que par le chemin précédent.

b ) Par le Zoji-La, en remontant la vallée de l' Indus jusqu' à Leh; de là, par le Khardong-La ou le Diggher-La, à la vallée de la Nubra, que l'on suit j usqu' à la moraine inférieure du Siachen. Le glacier de Rimo s' atteint de la vallée de la Nubra, quittée à une dizaine de kilomètres de Panamik et le plateau de Depsang, gagné par le col bien connu de Sasir ( 17,600 p.).a suivre.Cf. F. Bullock Workman and W. Hunter Workman, Ice-bound Heighls of the Mustagh ( sic ), London, Archibald Constable & Co., 1908. La relation est quelconque, mais la carte, due principalement à M. B. H. M. Hewett, est unique.

2 ) A une trentaine de kilomètres au sud-est de Skardu.

3Cette vallée rejoint celle du Saltoro au village de Dansam. H. J. VIII, p. 15. La vallée du Kaberi se détache de celle du Kondus à Karmading à une dixaine de kilomètres au NNE de Dansam. Cf. l' excellente carte du comte Cesare Calciati dans la relation de Mme F. Bullock Workman, Two Summers in the 1ce World of Eastern Karakoram, London, T. Fisher Unwin, 1917.

4 ) Ce glacier s' atteint en remontant le Saltoro jusqu' à la source.

5 ) Le nom de Saltoro a donné lieu à toute une polémique. La solution ne paraît toutefois pas douteuse. Suivant une tradition bien établie, il existait autrefois, à travers le Siachen et le Bilafond, une communication entre la vallée de la rivière de Yarkand et celle du Saltoro. Le nom local du col, jadis en usage, était tout naturellement Saltoro. Younghusband, en 1889, après sa découverte des monts Aghil, chercha à le reconnaître, mais dut s' arrêter avant d' avoir atteint le Siachen. Longstaff retrouva le col en 1909 — Geographical Journal, vol. XXXV, p. 628. Deux ans après, les Workman le traversèrent à leur tour et voulurent, avec une curieuse insistance, imposer le nom de Bilafond-La. Le nom de Saltoro est resté le nom local; cf. John Hurst, Peak 36 Saltoro Karakoram 1935, H. J., vol. VIII, p. 15, note; il paraît tout indiqué pour un col qui est la principale voie d' accès à la haute vallée du Saltoro.

) Le nom de Lolofond a été donné par les Workman à la partie du glacier de Bilafond à l' est du col de Saltoro. Il a trouvé admission dans les cartes italiennes; cf. Dainelli, La Esplorazione della Regione fra l' Himalaya, Tav. XLI. Longstaff a donné, dans le Geographical Journal de février 1912, p. 145, l' origine comique de cette appellation, simple corruption locale de son propre nom. On peut se demander s' il est bien nécessaire d' avoir ici un nom spécial.

Bilafond, d' après les Workman ( Two Summers, etc.,; op. cit. p. 131 ), viendrait d' un mot baltit signifiant papillon. Avec un peu d' imagination, on peut trouver dans le glacier l' image du corps allongé d' un papillon dont, à la hauteur de Naram ( 14,470, carte des Workman, Two Summers, p. 118 ), se détachent deux petits glaciers formant les ailes. « Se non e vero... »

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