L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

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L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

Un sac à dos airbag peut nous sauver la vie. Mais nous pousse-t-il aussi à prendre plus de risques? Les résultats des dernières études montrent que oui, mais pas de la même façon pour tout le monde.

Michael skie tranquillement dans la neige fraîche devant moi. Voilà onze mois qu’il s’est cassé le fémur dans un accident d’avalanche. Michael, c’est le dernier cas de ma statistique personnelle qui, au fil des années, m’a de plus en plus familiarisée avec le risque blanc. Des amis et des connaissances ont perdu la vie dans des avalanches, d’autres s’en sont sortis à bon compte. Et à chaque nouveau cas, la question se fait un peu plus pressante: devrais-je m’acheter un sac airbag?

Compensation des risques

Sur le plan technique, les sacs airbag n’ont pas connu de grande évolution ces dernières années. On a toujours le choix entre les systèmes traditionnels avec une cartouche remplaçable et ceux avec un ventilateur intégré.

Jusqu’à présent, je n’ai opté pour aucun de ces systèmes, car une question essentielle me tracasse à chaque fois que j’y pense: est-ce que je vais prendre des décisions plus risquées avec un airbag sur le dos? C’est un phénomène que la science appelle «compensation des risques». Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues dans les voitures, les mêmes réticences ont été émises: allons-nous conduire plus vite si nous sommes attachés?

La théorie affirme que l’être humain n’aspire peut-être pas à réduire le risque, mais plutôt à l’optimiser, pour obtenir un rendement optimal. En course à skis, le rendement, c’est la grisante descente. Toutefois, toutes les mesures de sécurité n’entraînent pas une compensation des risques de la même façon dans toutes les situations. En théorie, quatre facteurs augmentent la probabilité que nous (sur)compensions le risque: 1. la mesure de sécurité est clairement visible; 2. elle a un effet direct sur moi, par exemple en matière de confort; 3. elle est en lien direct avec ma motivation à exécuter une activité; 4. je contrôle librement mes actes pendant l’activité.

Airbag et propension au risque

Un sac airbag remplit ces quatre critères: il est clairement visible, et son poids supplémentaire représente un inconvénient. Si ma motivation est de faire une descente aussi enivrante que possible, j’ai un intérêt accru à réduire le risque grâce à l’airbag. Enfin, à la montée comme à la descente, il faut sans cesse prendre des décisions: droit dans la pente ou détour plus plat? Poudreuse dans la pente nord plus abrupte ou neige croûtée sur le versant sud moins raide?

Toutefois, il est compliqué de mesurer scientifiquement l’influence de la compensation des risques sur les décisions que nous prenons en course à skis. Les questionnaires restent le moyen le plus simple pour comprendre notre comportement, et les études de ces dernières années ont chaque fois conclu que les randonneurs à skis et les amateurs de freeride équipés de sacs airbag avaient tendance à prendre plus de risques. Cependant, Pascal Haegeli, professeur assistant à l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, et auteur d’une nouvelle étude, appelle à la prudence: «Il ne suffit pas d’interroger les personnes qui ont un airbag et celles qui n’en ont pas, puis de comparer leurs réponses. Cela révèlera peut-être seulement que les skieurs plus enclins à prendre des risques ont tendance à s’équiper d’un airbag.»

Décision avec ou sans airbag

En collaboration avec Reto Rupf et Barbara Karlen de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Pascal Haegeli a donc mené une nouvelle étude qui contourne ce problème. Cette étude était centrée sur huit situations réalistes où les 406 participants devaient choisir la descente qu’ils privilégieraient sur la base de deux photos et en connaissance du degré de danger d’avalanches. Les photos illustraient différents facteurs: l’inclinaison et la taille de la pente, la nature du terrain (forêt, couloir, etc.) et le nombre de traces existantes. En outre, tous les participants ont été interrogés sur leurs données personnelles, leur niveau de ski, leur éventuelle implication dans des accidents d’avalanches, leur propension au risque et leur motivation. Environ 40% d’entre eux ont indiqué posséder un airbag. Pour voir comment nous prenons des décisions avec ou sans sac airbag, on a dit aux détenteurs d’airbag qu’ils ne l’avaient pas pour la moitié des questions. On a procédé inversement pour le groupe qui avait indiqué ne pas posséder de sac airbag: pour la moitié des questions, ils devaient répondre en imaginant qu’ils étaient équipés d’un airbag. Pascal Haegeli et son équipe ont alors pu comparer statistiquement les comportements des quatre groupes sur la base de ces réponses et des données personnelles des participants.

A la recherche d’adrénaline

L’étude montre que les personnes en possession d’un sac airbag ont tendance à aimer les terrains plus difficiles, à être mieux formées aux avalanches, à faire du ski, et surtout du freeride, par passion, et sont plutôt des hommes. De plus, les résultats révèlent que les gens sont un peu plus souvent impliqués dans un accident d’avalanche après avoir acheté un sac airbag. Toutefois, il convient de préciser que cette hausse ne concerne pas tous les amateurs de sports d’hiver. «Nous ne constatons cette augmentation que chez ceux dont la motivation principale est la recherche de sensations fortes», explique Pascal Haegeli. Pour les gens qui se montrent prudents en montagne, gravissent un sommet surtout pour admirer le paysage et, idéalement, sont contents de trouver de la poudreuse encore vierge, cette corrélation n’intervient pas. Ils semblent être beaucoup moins touchés par le phénomène de compensation des risques. «Toutefois, il est important de comprendre que nous ne nous trouvons pas toujours dans la même catégorie, souligne le scientifique. Ce que nous cherchons en course à skis et lors des sorties de freeride évolue constamment. Cela dépend des personnes avec qui nous sommes, de notre situation de vie, de notre âge et de notre forme physique du moment. Il faut tenir compte de ces variations.»

DVA & co: les incontournables

Le fait que la compensation des risques soit un phénomène démontrable ne devrait pas être un argument contre les sacs airbag, estime Pascal Haegeli. Au contraire, nous devrions être conscients de cet effet et intégrer cet aspect à la formation aux avalanches.

Même son de cloche du côté du CAS: l’équipement de base en terrain exposé aux avalanches reste le DVA, la pelle et la sonde, mais les sacs airbag sont recommandés. Ceux qui recherchent souvent des poussées d’adrénaline devraient être particulièrement conscients du phénomène de compensation des risques. Car un airbag n’offre pas de garantie de survivre à une avalanche sans être blessé. Dans 61 des 307 cas d’accidents d’avalanches étudiés entre 1994 et 2012 (soit 20%), l’airbag ne s’est pas déclenché, généralement parce que l’utilisateur ne s’en est pas servi correctement. Pascal Haegeli souligne donc qu’il faut s’entraîner à le déclencher pour pouvoir le faire sans réfléchir en cas d’urgence. Pour les sacs équipés d’un système de ventilateur, il est possible de le faire autant de fois qu’on le veut; pour les systèmes avec cartouche, on s’exercera sans cartouche. En outre, il est possible de contrecarrer la compensation des risques en s’habituant à l’airbag. On peut par exemple le faire en le prenant à chaque course, peu importe le terrain où on s’aventure ou ce qui figure dans le bulletin d’avalanches.

Sac airbag: oui!

Onze mois après l’accident de Michael, nous discutons longuement du sac airbag lors de sa première course à skis. La question n’est plus tant de savoir si on en veut un ou non, mais plutôt quel modèle choisir. Aujourd’hui, le choix est vaste, et chacun en trouvera un à son goût. En même temps, un coup d’œil à la jambe de Michael nous rappelle qu’un airbag ne protège pas contre les chutes et les collisions avec des obstacles. Nous suivons tranquillement la petite route à travers la pente peu raide en gardant en tête que la meilleure protection contre les avalanches, c’est de les éviter.

Etudes sur le sujet:

P. Haegeli, R. Rupf et B. Karlen, «Do avalanche airbags lead to riskier choices among backcountry and out-of-bounds skiers?», in: Journal of Outdoor Recreation and Tourism,https://doi.org/10.1016/j.jort.2019.100270

P. Haegeli, M. Falk, E. Procter, B. Zweifel, F. Jarry, S. Logan, K. Kronholm, M. Biskupič et H. Brugger, 2014, The effectiveness of avalanche airbags: Resuscitation, v. 85, p. 1197–1203, https://doi.org/10.1016/j.resuscitation.2014.05.025

N. J. Wolken, B. Zweifel et R. Tschiesner, 2014, «Avalanche airbags and risk compensation: an empirical investigation», in: Proceedings of the 2014 International Snow Science Workshop, Banff, p. 957–962

Systèmes de sacs airbag

Un sac airbag permet de maintenir à la surface un randonneur pris dans une avalanche. Au moment où l’avalanche se déclenche, le randonneur tire sur la poignée de l’airbag intégré au sac à dos, qui se gonfle en quelques secondes. C’est l’«effet noix du Brésil» qui explique ce maintien à la surface: dans un fluide tel qu’une avalanche, les particules qui ont le plus gros volume se retrouvent à la surface, tandis que les plus petites vont au fond, étant donné qu’elles peuvent se superposer de manière plus dense. Actuellement, différents modèles d’airbag sont disponibles. On peut les répartir en deux catégories: les systèmes à cartouche et ceux à ventilateur.

Système à cartouche

Les airbags possédant ce système sont gonflés avec de l’air comprimé d’une cartouche. Selon le fabricant, la cartouche contient de l’air respirable ou de l’azote. Une fois que le système a été déclenché, la cartouche doit être remplie (cartouche à air comprimé) ou changée (cartouche à azote). On peut le faire dans les magasins de sport ou chez le fabricant pour une vingtaine de francs.

Système à ventilateur

Comme son nom l’indique, ce système fonctionne avec un ventilateur à batterie qui gonfle l’airbag en quelques secondes lorsqu’on déclenche le mécanisme. Ce système est relativement nouveau sur le marché et l’offre est moins grande, les sacs sont plus chers et un peu plus lourds selon les fabricants, mais l’airbag peut être déclenché autant de fois que l’on veut.

L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

Un sac à dos airbag peut nous sauver la vie. Mais nous pousse-t-il aussi à prendre plus de risques? Les résultats des dernières études montrent que oui, mais pas de la même façon pour tout le monde.

Michael skie tranquillement dans la neige fraîche devant moi. Voilà onze mois qu’il s’est cassé le fémur dans un accident d’avalanche. Michael, c’est le dernier cas de ma statistique personnelle qui, au fil des années, m’a de plus en plus familiarisée avec le risque blanc. Des amis et des connaissances ont perdu la vie dans des avalanches, d’autres s’en sont sortis à bon compte. Et à chaque nouveau cas, la question se fait un peu plus pressante: devrais-je m’acheter un sac airbag?

Compensation des risques

Sur le plan technique, les sacs airbag n’ont pas connu de grande évolution ces dernières années. On a toujours le choix entre les systèmes traditionnels avec une cartouche remplaçable et ceux avec un ventilateur intégré.

Jusqu’à présent, je n’ai opté pour aucun de ces systèmes, car une question essentielle me tracasse à chaque fois que j’y pense: est-ce que je vais prendre des décisions plus risquées avec un airbag sur le dos? C’est un phénomène que la science appelle «compensation des risques». Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues dans les voitures, les mêmes réticences ont été émises: allons-nous conduire plus vite si nous sommes attachés?

La théorie affirme que l’être humain n’aspire peut-être pas à réduire le risque, mais plutôt à l’optimiser, pour obtenir un rendement optimal. En course à skis, le rendement, c’est la grisante descente. Toutefois, toutes les mesures de sécurité n’entraînent pas une compensation des risques de la même façon dans toutes les situations. En théorie, quatre facteurs augmentent la probabilité que nous (sur)compensions le risque: 1. la mesure de sécurité est clairement visible; 2. elle a un effet direct sur moi, par exemple en matière de confort; 3. elle est en lien direct avec ma motivation à exécuter une activité; 4. je contrôle librement mes actes pendant l’activité.

Airbag et propension au risque

Un sac airbag remplit ces quatre critères: il est clairement visible, et son poids supplémentaire représente un inconvénient. Si ma motivation est de faire une descente aussi enivrante que possible, j’ai un intérêt accru à réduire le risque grâce à l’airbag. Enfin, à la montée comme à la descente, il faut sans cesse prendre des décisions: droit dans la pente ou détour plus plat? Poudreuse dans la pente nord plus abrupte ou neige croûtée sur le versant sud moins raide?

Toutefois, il est compliqué de mesurer scientifiquement l’influence de la compensation des risques sur les décisions que nous prenons en course à skis. Les questionnaires restent le moyen le plus simple pour comprendre notre comportement, et les études de ces dernières années ont chaque fois conclu que les randonneurs à skis et les amateurs de freeride équipés de sacs airbag avaient tendance à prendre plus de risques. Cependant, Pascal Haegeli, professeur assistant à l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, et auteur d’une nouvelle étude, appelle à la prudence: «Il ne suffit pas d’interroger les personnes qui ont un airbag et celles qui n’en ont pas, puis de comparer leurs réponses. Cela révèlera peut-être seulement que les skieurs plus enclins à prendre des risques ont tendance à s’équiper d’un airbag.»

Décision avec ou sans airbag

En collaboration avec Reto Rupf et Barbara Karlen de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Pascal Haegeli a donc mené une nouvelle étude qui contourne ce problème. Cette étude était centrée sur huit situations réalistes où les 406 participants devaient choisir la descente qu’ils privilégieraient sur la base de deux photos et en connaissance du degré de danger d’avalanches. Les photos illustraient différents facteurs: l’inclinaison et la taille de la pente, la nature du terrain (forêt, couloir, etc.) et le nombre de traces existantes. En outre, tous les participants ont été interrogés sur leurs données personnelles, leur niveau de ski, leur éventuelle implication dans des accidents d’avalanches, leur propension au risque et leur motivation. Environ 40% d’entre eux ont indiqué posséder un airbag. Pour voir comment nous prenons des décisions avec ou sans sac airbag, on a dit aux détenteurs d’airbag qu’ils ne l’avaient pas pour la moitié des questions. On a procédé inversement pour le groupe qui avait indiqué ne pas posséder de sac airbag: pour la moitié des questions, ils devaient répondre en imaginant qu’ils étaient équipés d’un airbag. Pascal Haegeli et son équipe ont alors pu comparer statistiquement les comportements des quatre groupes sur la base de ces réponses et des données personnelles des participants.

A la recherche d’adrénaline

L’étude montre que les personnes en possession d’un sac airbag ont tendance à aimer les terrains plus difficiles, à être mieux formées aux avalanches, à faire du ski, et surtout du freeride, par passion, et sont plutôt des hommes. De plus, les résultats révèlent que les gens sont un peu plus souvent impliqués dans un accident d’avalanche après avoir acheté un sac airbag. Toutefois, il convient de préciser que cette hausse ne concerne pas tous les amateurs de sports d’hiver. «Nous ne constatons cette augmentation que chez ceux dont la motivation principale est la recherche de sensations fortes», explique Pascal Haegeli. Pour les gens qui se montrent prudents en montagne, gravissent un sommet surtout pour admirer le paysage et, idéalement, sont contents de trouver de la poudreuse encore vierge, cette corrélation n’intervient pas. Ils semblent être beaucoup moins touchés par le phénomène de compensation des risques. «Toutefois, il est important de comprendre que nous ne nous trouvons pas toujours dans la même catégorie, souligne le scientifique. Ce que nous cherchons en course à skis et lors des sorties de freeride évolue constamment. Cela dépend des personnes avec qui nous sommes, de notre situation de vie, de notre âge et de notre forme physique du moment. Il faut tenir compte de ces variations.»

DVA & co: les incontournables

Le fait que la compensation des risques soit un phénomène démontrable ne devrait pas être un argument contre les sacs airbag, estime Pascal Haegeli. Au contraire, nous devrions être conscients de cet effet et intégrer cet aspect à la formation aux avalanches.

Même son de cloche du côté du CAS: l’équipement de base en terrain exposé aux avalanches reste le DVA, la pelle et la sonde, mais les sacs airbag sont recommandés. Ceux qui recherchent souvent des poussées d’adrénaline devraient être particulièrement conscients du phénomène de compensation des risques. Car un airbag n’offre pas de garantie de survivre à une avalanche sans être blessé. Dans 61 des 307 cas d’accidents d’avalanches étudiés entre 1994 et 2012 (soit 20%), l’airbag ne s’est pas déclenché, généralement parce que l’utilisateur ne s’en est pas servi correctement. Pascal Haegeli souligne donc qu’il faut s’entraîner à le déclencher pour pouvoir le faire sans réfléchir en cas d’urgence. Pour les sacs équipés d’un système de ventilateur, il est possible de le faire autant de fois qu’on le veut; pour les systèmes avec cartouche, on s’exercera sans cartouche. En outre, il est possible de contrecarrer la compensation des risques en s’habituant à l’airbag. On peut par exemple le faire en le prenant à chaque course, peu importe le terrain où on s’aventure ou ce qui figure dans le bulletin d’avalanches.

Sac airbag: oui!

Onze mois après l’accident de Michael, nous discutons longuement du sac airbag lors de sa première course à skis. La question n’est plus tant de savoir si on en veut un ou non, mais plutôt quel modèle choisir. Aujourd’hui, le choix est vaste, et chacun en trouvera un à son goût. En même temps, un coup d’œil à la jambe de Michael nous rappelle qu’un airbag ne protège pas contre les chutes et les collisions avec des obstacles. Nous suivons tranquillement la petite route à travers la pente peu raide en gardant en tête que la meilleure protection contre les avalanches, c’est de les éviter.

Etudes sur le sujet:

P. Haegeli, R. Rupf et B. Karlen, «Do avalanche airbags lead to riskier choices among backcountry and out-of-bounds skiers?», in: Journal of Outdoor Recreation and Tourism,https://doi.org/10.1016/j.jort.2019.100270

P. Haegeli, M. Falk, E. Procter, B. Zweifel, F. Jarry, S. Logan, K. Kronholm, M. Biskupič et H. Brugger, 2014, The effectiveness of avalanche airbags: Resuscitation, v. 85, p. 1197–1203, https://doi.org/10.1016/j.resuscitation.2014.05.025

N. J. Wolken, B. Zweifel et R. Tschiesner, 2014, «Avalanche airbags and risk compensation: an empirical investigation», in: Proceedings of the 2014 International Snow Science Workshop, Banff, p. 957–962

Systèmes de sacs airbag

Un sac airbag permet de maintenir à la surface un randonneur pris dans une avalanche. Au moment où l’avalanche se déclenche, le randonneur tire sur la poignée de l’airbag intégré au sac à dos, qui se gonfle en quelques secondes. C’est l’«effet noix du Brésil» qui explique ce maintien à la surface: dans un fluide tel qu’une avalanche, les particules qui ont le plus gros volume se retrouvent à la surface, tandis que les plus petites vont au fond, étant donné qu’elles peuvent se superposer de manière plus dense. Actuellement, différents modèles d’airbag sont disponibles. On peut les répartir en deux catégories: les systèmes à cartouche et ceux à ventilateur.

Système à cartouche

Les airbags possédant ce système sont gonflés avec de l’air comprimé d’une cartouche. Selon le fabricant, la cartouche contient de l’air respirable ou de l’azote. Une fois que le système a été déclenché, la cartouche doit être remplie (cartouche à air comprimé) ou changée (cartouche à azote). On peut le faire dans les magasins de sport ou chez le fabricant pour une vingtaine de francs.

Système à ventilateur

Comme son nom l’indique, ce système fonctionne avec un ventilateur à batterie qui gonfle l’airbag en quelques secondes lorsqu’on déclenche le mécanisme. Ce système est relativement nouveau sur le marché et l’offre est moins grande, les sacs sont plus chers et un peu plus lourds selon les fabricants, mais l’airbag peut être déclenché autant de fois que l’on veut.

L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

Un sac à dos airbag peut nous sauver la vie. Mais nous pousse-t-il aussi à prendre plus de risques? Les résultats des dernières études montrent que oui, mais pas de la même façon pour tout le monde.

Michael skie tranquillement dans la neige fraîche devant moi. Voilà onze mois qu’il s’est cassé le fémur dans un accident d’avalanche. Michael, c’est le dernier cas de ma statistique personnelle qui, au fil des années, m’a de plus en plus familiarisée avec le risque blanc. Des amis et des connaissances ont perdu la vie dans des avalanches, d’autres s’en sont sortis à bon compte. Et à chaque nouveau cas, la question se fait un peu plus pressante: devrais-je m’acheter un sac airbag?

Compensation des risques

Sur le plan technique, les sacs airbag n’ont pas connu de grande évolution ces dernières années. On a toujours le choix entre les systèmes traditionnels avec une cartouche remplaçable et ceux avec un ventilateur intégré.

Jusqu’à présent, je n’ai opté pour aucun de ces systèmes, car une question essentielle me tracasse à chaque fois que j’y pense: est-ce que je vais prendre des décisions plus risquées avec un airbag sur le dos? C’est un phénomène que la science appelle «compensation des risques». Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues dans les voitures, les mêmes réticences ont été émises: allons-nous conduire plus vite si nous sommes attachés?

La théorie affirme que l’être humain n’aspire peut-être pas à réduire le risque, mais plutôt à l’optimiser, pour obtenir un rendement optimal. En course à skis, le rendement, c’est la grisante descente. Toutefois, toutes les mesures de sécurité n’entraînent pas une compensation des risques de la même façon dans toutes les situations. En théorie, quatre facteurs augmentent la probabilité que nous (sur)compensions le risque: 1. la mesure de sécurité est clairement visible; 2. elle a un effet direct sur moi, par exemple en matière de confort; 3. elle est en lien direct avec ma motivation à exécuter une activité; 4. je contrôle librement mes actes pendant l’activité.

Airbag et propension au risque

Un sac airbag remplit ces quatre critères: il est clairement visible, et son poids supplémentaire représente un inconvénient. Si ma motivation est de faire une descente aussi enivrante que possible, j’ai un intérêt accru à réduire le risque grâce à l’airbag. Enfin, à la montée comme à la descente, il faut sans cesse prendre des décisions: droit dans la pente ou détour plus plat? Poudreuse dans la pente nord plus abrupte ou neige croûtée sur le versant sud moins raide?

Toutefois, il est compliqué de mesurer scientifiquement l’influence de la compensation des risques sur les décisions que nous prenons en course à skis. Les questionnaires restent le moyen le plus simple pour comprendre notre comportement, et les études de ces dernières années ont chaque fois conclu que les randonneurs à skis et les amateurs de freeride équipés de sacs airbag avaient tendance à prendre plus de risques. Cependant, Pascal Haegeli, professeur assistant à l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, et auteur d’une nouvelle étude, appelle à la prudence: «Il ne suffit pas d’interroger les personnes qui ont un airbag et celles qui n’en ont pas, puis de comparer leurs réponses. Cela révèlera peut-être seulement que les skieurs plus enclins à prendre des risques ont tendance à s’équiper d’un airbag.»

Décision avec ou sans airbag

En collaboration avec Reto Rupf et Barbara Karlen de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Pascal Haegeli a donc mené une nouvelle étude qui contourne ce problème. Cette étude était centrée sur huit situations réalistes où les 406 participants devaient choisir la descente qu’ils privilégieraient sur la base de deux photos et en connaissance du degré de danger d’avalanches. Les photos illustraient différents facteurs: l’inclinaison et la taille de la pente, la nature du terrain (forêt, couloir, etc.) et le nombre de traces existantes. En outre, tous les participants ont été interrogés sur leurs données personnelles, leur niveau de ski, leur éventuelle implication dans des accidents d’avalanches, leur propension au risque et leur motivation. Environ 40% d’entre eux ont indiqué posséder un airbag. Pour voir comment nous prenons des décisions avec ou sans sac airbag, on a dit aux détenteurs d’airbag qu’ils ne l’avaient pas pour la moitié des questions. On a procédé inversement pour le groupe qui avait indiqué ne pas posséder de sac airbag: pour la moitié des questions, ils devaient répondre en imaginant qu’ils étaient équipés d’un airbag. Pascal Haegeli et son équipe ont alors pu comparer statistiquement les comportements des quatre groupes sur la base de ces réponses et des données personnelles des participants.

A la recherche d’adrénaline

L’étude montre que les personnes en possession d’un sac airbag ont tendance à aimer les terrains plus difficiles, à être mieux formées aux avalanches, à faire du ski, et surtout du freeride, par passion, et sont plutôt des hommes. De plus, les résultats révèlent que les gens sont un peu plus souvent impliqués dans un accident d’avalanche après avoir acheté un sac airbag. Toutefois, il convient de préciser que cette hausse ne concerne pas tous les amateurs de sports d’hiver. «Nous ne constatons cette augmentation que chez ceux dont la motivation principale est la recherche de sensations fortes», explique Pascal Haegeli. Pour les gens qui se montrent prudents en montagne, gravissent un sommet surtout pour admirer le paysage et, idéalement, sont contents de trouver de la poudreuse encore vierge, cette corrélation n’intervient pas. Ils semblent être beaucoup moins touchés par le phénomène de compensation des risques. «Toutefois, il est important de comprendre que nous ne nous trouvons pas toujours dans la même catégorie, souligne le scientifique. Ce que nous cherchons en course à skis et lors des sorties de freeride évolue constamment. Cela dépend des personnes avec qui nous sommes, de notre situation de vie, de notre âge et de notre forme physique du moment. Il faut tenir compte de ces variations.»

DVA & co: les incontournables

Le fait que la compensation des risques soit un phénomène démontrable ne devrait pas être un argument contre les sacs airbag, estime Pascal Haegeli. Au contraire, nous devrions être conscients de cet effet et intégrer cet aspect à la formation aux avalanches.

Même son de cloche du côté du CAS: l’équipement de base en terrain exposé aux avalanches reste le DVA, la pelle et la sonde, mais les sacs airbag sont recommandés. Ceux qui recherchent souvent des poussées d’adrénaline devraient être particulièrement conscients du phénomène de compensation des risques. Car un airbag n’offre pas de garantie de survivre à une avalanche sans être blessé. Dans 61 des 307 cas d’accidents d’avalanches étudiés entre 1994 et 2012 (soit 20%), l’airbag ne s’est pas déclenché, généralement parce que l’utilisateur ne s’en est pas servi correctement. Pascal Haegeli souligne donc qu’il faut s’entraîner à le déclencher pour pouvoir le faire sans réfléchir en cas d’urgence. Pour les sacs équipés d’un système de ventilateur, il est possible de le faire autant de fois qu’on le veut; pour les systèmes avec cartouche, on s’exercera sans cartouche. En outre, il est possible de contrecarrer la compensation des risques en s’habituant à l’airbag. On peut par exemple le faire en le prenant à chaque course, peu importe le terrain où on s’aventure ou ce qui figure dans le bulletin d’avalanches.

Sac airbag: oui!

Onze mois après l’accident de Michael, nous discutons longuement du sac airbag lors de sa première course à skis. La question n’est plus tant de savoir si on en veut un ou non, mais plutôt quel modèle choisir. Aujourd’hui, le choix est vaste, et chacun en trouvera un à son goût. En même temps, un coup d’œil à la jambe de Michael nous rappelle qu’un airbag ne protège pas contre les chutes et les collisions avec des obstacles. Nous suivons tranquillement la petite route à travers la pente peu raide en gardant en tête que la meilleure protection contre les avalanches, c’est de les éviter.

Etudes sur le sujet:

P. Haegeli, R. Rupf et B. Karlen, «Do avalanche airbags lead to riskier choices among backcountry and out-of-bounds skiers?», in: Journal of Outdoor Recreation and Tourism,https://doi.org/10.1016/j.jort.2019.100270

P. Haegeli, M. Falk, E. Procter, B. Zweifel, F. Jarry, S. Logan, K. Kronholm, M. Biskupič et H. Brugger, 2014, The effectiveness of avalanche airbags: Resuscitation, v. 85, p. 1197–1203, https://doi.org/10.1016/j.resuscitation.2014.05.025

N. J. Wolken, B. Zweifel et R. Tschiesner, 2014, «Avalanche airbags and risk compensation: an empirical investigation», in: Proceedings of the 2014 International Snow Science Workshop, Banff, p. 957–962

Systèmes de sacs airbag

Un sac airbag permet de maintenir à la surface un randonneur pris dans une avalanche. Au moment où l’avalanche se déclenche, le randonneur tire sur la poignée de l’airbag intégré au sac à dos, qui se gonfle en quelques secondes. C’est l’«effet noix du Brésil» qui explique ce maintien à la surface: dans un fluide tel qu’une avalanche, les particules qui ont le plus gros volume se retrouvent à la surface, tandis que les plus petites vont au fond, étant donné qu’elles peuvent se superposer de manière plus dense. Actuellement, différents modèles d’airbag sont disponibles. On peut les répartir en deux catégories: les systèmes à cartouche et ceux à ventilateur.

Système à cartouche

Les airbags possédant ce système sont gonflés avec de l’air comprimé d’une cartouche. Selon le fabricant, la cartouche contient de l’air respirable ou de l’azote. Une fois que le système a été déclenché, la cartouche doit être remplie (cartouche à air comprimé) ou changée (cartouche à azote). On peut le faire dans les magasins de sport ou chez le fabricant pour une vingtaine de francs.

Système à ventilateur

Comme son nom l’indique, ce système fonctionne avec un ventilateur à batterie qui gonfle l’airbag en quelques secondes lorsqu’on déclenche le mécanisme. Ce système est relativement nouveau sur le marché et l’offre est moins grande, les sacs sont plus chers et un peu plus lourds selon les fabricants, mais l’airbag peut être déclenché autant de fois que l’on veut.

L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

Un sac à dos airbag peut nous sauver la vie. Mais nous pousse-t-il aussi à prendre plus de risques? Les résultats des dernières études montrent que oui, mais pas de la même façon pour tout le monde.

Michael skie tranquillement dans la neige fraîche devant moi. Voilà onze mois qu’il s’est cassé le fémur dans un accident d’avalanche. Michael, c’est le dernier cas de ma statistique personnelle qui, au fil des années, m’a de plus en plus familiarisée avec le risque blanc. Des amis et des connaissances ont perdu la vie dans des avalanches, d’autres s’en sont sortis à bon compte. Et à chaque nouveau cas, la question se fait un peu plus pressante: devrais-je m’acheter un sac airbag?

Compensation des risques

Sur le plan technique, les sacs airbag n’ont pas connu de grande évolution ces dernières années. On a toujours le choix entre les systèmes traditionnels avec une cartouche remplaçable et ceux avec un ventilateur intégré.

Jusqu’à présent, je n’ai opté pour aucun de ces systèmes, car une question essentielle me tracasse à chaque fois que j’y pense: est-ce que je vais prendre des décisions plus risquées avec un airbag sur le dos? C’est un phénomène que la science appelle «compensation des risques». Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues dans les voitures, les mêmes réticences ont été émises: allons-nous conduire plus vite si nous sommes attachés?

La théorie affirme que l’être humain n’aspire peut-être pas à réduire le risque, mais plutôt à l’optimiser, pour obtenir un rendement optimal. En course à skis, le rendement, c’est la grisante descente. Toutefois, toutes les mesures de sécurité n’entraînent pas une compensation des risques de la même façon dans toutes les situations. En théorie, quatre facteurs augmentent la probabilité que nous (sur)compensions le risque: 1. la mesure de sécurité est clairement visible; 2. elle a un effet direct sur moi, par exemple en matière de confort; 3. elle est en lien direct avec ma motivation à exécuter une activité; 4. je contrôle librement mes actes pendant l’activité.

Airbag et propension au risque

Un sac airbag remplit ces quatre critères: il est clairement visible, et son poids supplémentaire représente un inconvénient. Si ma motivation est de faire une descente aussi enivrante que possible, j’ai un intérêt accru à réduire le risque grâce à l’airbag. Enfin, à la montée comme à la descente, il faut sans cesse prendre des décisions: droit dans la pente ou détour plus plat? Poudreuse dans la pente nord plus abrupte ou neige croûtée sur le versant sud moins raide?

Toutefois, il est compliqué de mesurer scientifiquement l’influence de la compensation des risques sur les décisions que nous prenons en course à skis. Les questionnaires restent le moyen le plus simple pour comprendre notre comportement, et les études de ces dernières années ont chaque fois conclu que les randonneurs à skis et les amateurs de freeride équipés de sacs airbag avaient tendance à prendre plus de risques. Cependant, Pascal Haegeli, professeur assistant à l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, et auteur d’une nouvelle étude, appelle à la prudence: «Il ne suffit pas d’interroger les personnes qui ont un airbag et celles qui n’en ont pas, puis de comparer leurs réponses. Cela révèlera peut-être seulement que les skieurs plus enclins à prendre des risques ont tendance à s’équiper d’un airbag.»

Décision avec ou sans airbag

En collaboration avec Reto Rupf et Barbara Karlen de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Pascal Haegeli a donc mené une nouvelle étude qui contourne ce problème. Cette étude était centrée sur huit situations réalistes où les 406 participants devaient choisir la descente qu’ils privilégieraient sur la base de deux photos et en connaissance du degré de danger d’avalanches. Les photos illustraient différents facteurs: l’inclinaison et la taille de la pente, la nature du terrain (forêt, couloir, etc.) et le nombre de traces existantes. En outre, tous les participants ont été interrogés sur leurs données personnelles, leur niveau de ski, leur éventuelle implication dans des accidents d’avalanches, leur propension au risque et leur motivation. Environ 40% d’entre eux ont indiqué posséder un airbag. Pour voir comment nous prenons des décisions avec ou sans sac airbag, on a dit aux détenteurs d’airbag qu’ils ne l’avaient pas pour la moitié des questions. On a procédé inversement pour le groupe qui avait indiqué ne pas posséder de sac airbag: pour la moitié des questions, ils devaient répondre en imaginant qu’ils étaient équipés d’un airbag. Pascal Haegeli et son équipe ont alors pu comparer statistiquement les comportements des quatre groupes sur la base de ces réponses et des données personnelles des participants.

A la recherche d’adrénaline

L’étude montre que les personnes en possession d’un sac airbag ont tendance à aimer les terrains plus difficiles, à être mieux formées aux avalanches, à faire du ski, et surtout du freeride, par passion, et sont plutôt des hommes. De plus, les résultats révèlent que les gens sont un peu plus souvent impliqués dans un accident d’avalanche après avoir acheté un sac airbag. Toutefois, il convient de préciser que cette hausse ne concerne pas tous les amateurs de sports d’hiver. «Nous ne constatons cette augmentation que chez ceux dont la motivation principale est la recherche de sensations fortes», explique Pascal Haegeli. Pour les gens qui se montrent prudents en montagne, gravissent un sommet surtout pour admirer le paysage et, idéalement, sont contents de trouver de la poudreuse encore vierge, cette corrélation n’intervient pas. Ils semblent être beaucoup moins touchés par le phénomène de compensation des risques. «Toutefois, il est important de comprendre que nous ne nous trouvons pas toujours dans la même catégorie, souligne le scientifique. Ce que nous cherchons en course à skis et lors des sorties de freeride évolue constamment. Cela dépend des personnes avec qui nous sommes, de notre situation de vie, de notre âge et de notre forme physique du moment. Il faut tenir compte de ces variations.»

DVA & co: les incontournables

Le fait que la compensation des risques soit un phénomène démontrable ne devrait pas être un argument contre les sacs airbag, estime Pascal Haegeli. Au contraire, nous devrions être conscients de cet effet et intégrer cet aspect à la formation aux avalanches.

Même son de cloche du côté du CAS: l’équipement de base en terrain exposé aux avalanches reste le DVA, la pelle et la sonde, mais les sacs airbag sont recommandés. Ceux qui recherchent souvent des poussées d’adrénaline devraient être particulièrement conscients du phénomène de compensation des risques. Car un airbag n’offre pas de garantie de survivre à une avalanche sans être blessé. Dans 61 des 307 cas d’accidents d’avalanches étudiés entre 1994 et 2012 (soit 20%), l’airbag ne s’est pas déclenché, généralement parce que l’utilisateur ne s’en est pas servi correctement. Pascal Haegeli souligne donc qu’il faut s’entraîner à le déclencher pour pouvoir le faire sans réfléchir en cas d’urgence. Pour les sacs équipés d’un système de ventilateur, il est possible de le faire autant de fois qu’on le veut; pour les systèmes avec cartouche, on s’exercera sans cartouche. En outre, il est possible de contrecarrer la compensation des risques en s’habituant à l’airbag. On peut par exemple le faire en le prenant à chaque course, peu importe le terrain où on s’aventure ou ce qui figure dans le bulletin d’avalanches.

Sac airbag: oui!

Onze mois après l’accident de Michael, nous discutons longuement du sac airbag lors de sa première course à skis. La question n’est plus tant de savoir si on en veut un ou non, mais plutôt quel modèle choisir. Aujourd’hui, le choix est vaste, et chacun en trouvera un à son goût. En même temps, un coup d’œil à la jambe de Michael nous rappelle qu’un airbag ne protège pas contre les chutes et les collisions avec des obstacles. Nous suivons tranquillement la petite route à travers la pente peu raide en gardant en tête que la meilleure protection contre les avalanches, c’est de les éviter.

Etudes sur le sujet:

P. Haegeli, R. Rupf et B. Karlen, «Do avalanche airbags lead to riskier choices among backcountry and out-of-bounds skiers?», in: Journal of Outdoor Recreation and Tourism,https://doi.org/10.1016/j.jort.2019.100270

P. Haegeli, M. Falk, E. Procter, B. Zweifel, F. Jarry, S. Logan, K. Kronholm, M. Biskupič et H. Brugger, 2014, The effectiveness of avalanche airbags: Resuscitation, v. 85, p. 1197–1203, https://doi.org/10.1016/j.resuscitation.2014.05.025

N. J. Wolken, B. Zweifel et R. Tschiesner, 2014, «Avalanche airbags and risk compensation: an empirical investigation», in: Proceedings of the 2014 International Snow Science Workshop, Banff, p. 957–962

Systèmes de sacs airbag

Un sac airbag permet de maintenir à la surface un randonneur pris dans une avalanche. Au moment où l’avalanche se déclenche, le randonneur tire sur la poignée de l’airbag intégré au sac à dos, qui se gonfle en quelques secondes. C’est l’«effet noix du Brésil» qui explique ce maintien à la surface: dans un fluide tel qu’une avalanche, les particules qui ont le plus gros volume se retrouvent à la surface, tandis que les plus petites vont au fond, étant donné qu’elles peuvent se superposer de manière plus dense. Actuellement, différents modèles d’airbag sont disponibles. On peut les répartir en deux catégories: les systèmes à cartouche et ceux à ventilateur.

Système à cartouche

Les airbags possédant ce système sont gonflés avec de l’air comprimé d’une cartouche. Selon le fabricant, la cartouche contient de l’air respirable ou de l’azote. Une fois que le système a été déclenché, la cartouche doit être remplie (cartouche à air comprimé) ou changée (cartouche à azote). On peut le faire dans les magasins de sport ou chez le fabricant pour une vingtaine de francs.

Système à ventilateur

Comme son nom l’indique, ce système fonctionne avec un ventilateur à batterie qui gonfle l’airbag en quelques secondes lorsqu’on déclenche le mécanisme. Ce système est relativement nouveau sur le marché et l’offre est moins grande, les sacs sont plus chers et un peu plus lourds selon les fabricants, mais l’airbag peut être déclenché autant de fois que l’on veut.

L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

Un sac à dos airbag peut nous sauver la vie. Mais nous pousse-t-il aussi à prendre plus de risques? Les résultats des dernières études montrent que oui, mais pas de la même façon pour tout le monde.

Michael skie tranquillement dans la neige fraîche devant moi. Voilà onze mois qu’il s’est cassé le fémur dans un accident d’avalanche. Michael, c’est le dernier cas de ma statistique personnelle qui, au fil des années, m’a de plus en plus familiarisée avec le risque blanc. Des amis et des connaissances ont perdu la vie dans des avalanches, d’autres s’en sont sortis à bon compte. Et à chaque nouveau cas, la question se fait un peu plus pressante: devrais-je m’acheter un sac airbag?

Compensation des risques

Sur le plan technique, les sacs airbag n’ont pas connu de grande évolution ces dernières années. On a toujours le choix entre les systèmes traditionnels avec une cartouche remplaçable et ceux avec un ventilateur intégré.

Jusqu’à présent, je n’ai opté pour aucun de ces systèmes, car une question essentielle me tracasse à chaque fois que j’y pense: est-ce que je vais prendre des décisions plus risquées avec un airbag sur le dos? C’est un phénomène que la science appelle «compensation des risques». Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues dans les voitures, les mêmes réticences ont été émises: allons-nous conduire plus vite si nous sommes attachés?

La théorie affirme que l’être humain n’aspire peut-être pas à réduire le risque, mais plutôt à l’optimiser, pour obtenir un rendement optimal. En course à skis, le rendement, c’est la grisante descente. Toutefois, toutes les mesures de sécurité n’entraînent pas une compensation des risques de la même façon dans toutes les situations. En théorie, quatre facteurs augmentent la probabilité que nous (sur)compensions le risque: 1. la mesure de sécurité est clairement visible; 2. elle a un effet direct sur moi, par exemple en matière de confort; 3. elle est en lien direct avec ma motivation à exécuter une activité; 4. je contrôle librement mes actes pendant l’activité.

Airbag et propension au risque

Un sac airbag remplit ces quatre critères: il est clairement visible, et son poids supplémentaire représente un inconvénient. Si ma motivation est de faire une descente aussi enivrante que possible, j’ai un intérêt accru à réduire le risque grâce à l’airbag. Enfin, à la montée comme à la descente, il faut sans cesse prendre des décisions: droit dans la pente ou détour plus plat? Poudreuse dans la pente nord plus abrupte ou neige croûtée sur le versant sud moins raide?

Toutefois, il est compliqué de mesurer scientifiquement l’influence de la compensation des risques sur les décisions que nous prenons en course à skis. Les questionnaires restent le moyen le plus simple pour comprendre notre comportement, et les études de ces dernières années ont chaque fois conclu que les randonneurs à skis et les amateurs de freeride équipés de sacs airbag avaient tendance à prendre plus de risques. Cependant, Pascal Haegeli, professeur assistant à l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, et auteur d’une nouvelle étude, appelle à la prudence: «Il ne suffit pas d’interroger les personnes qui ont un airbag et celles qui n’en ont pas, puis de comparer leurs réponses. Cela révèlera peut-être seulement que les skieurs plus enclins à prendre des risques ont tendance à s’équiper d’un airbag.»

Décision avec ou sans airbag

En collaboration avec Reto Rupf et Barbara Karlen de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Pascal Haegeli a donc mené une nouvelle étude qui contourne ce problème. Cette étude était centrée sur huit situations réalistes où les 406 participants devaient choisir la descente qu’ils privilégieraient sur la base de deux photos et en connaissance du degré de danger d’avalanches. Les photos illustraient différents facteurs: l’inclinaison et la taille de la pente, la nature du terrain (forêt, couloir, etc.) et le nombre de traces existantes. En outre, tous les participants ont été interrogés sur leurs données personnelles, leur niveau de ski, leur éventuelle implication dans des accidents d’avalanches, leur propension au risque et leur motivation. Environ 40% d’entre eux ont indiqué posséder un airbag. Pour voir comment nous prenons des décisions avec ou sans sac airbag, on a dit aux détenteurs d’airbag qu’ils ne l’avaient pas pour la moitié des questions. On a procédé inversement pour le groupe qui avait indiqué ne pas posséder de sac airbag: pour la moitié des questions, ils devaient répondre en imaginant qu’ils étaient équipés d’un airbag. Pascal Haegeli et son équipe ont alors pu comparer statistiquement les comportements des quatre groupes sur la base de ces réponses et des données personnelles des participants.

A la recherche d’adrénaline

L’étude montre que les personnes en possession d’un sac airbag ont tendance à aimer les terrains plus difficiles, à être mieux formées aux avalanches, à faire du ski, et surtout du freeride, par passion, et sont plutôt des hommes. De plus, les résultats révèlent que les gens sont un peu plus souvent impliqués dans un accident d’avalanche après avoir acheté un sac airbag. Toutefois, il convient de préciser que cette hausse ne concerne pas tous les amateurs de sports d’hiver. «Nous ne constatons cette augmentation que chez ceux dont la motivation principale est la recherche de sensations fortes», explique Pascal Haegeli. Pour les gens qui se montrent prudents en montagne, gravissent un sommet surtout pour admirer le paysage et, idéalement, sont contents de trouver de la poudreuse encore vierge, cette corrélation n’intervient pas. Ils semblent être beaucoup moins touchés par le phénomène de compensation des risques. «Toutefois, il est important de comprendre que nous ne nous trouvons pas toujours dans la même catégorie, souligne le scientifique. Ce que nous cherchons en course à skis et lors des sorties de freeride évolue constamment. Cela dépend des personnes avec qui nous sommes, de notre situation de vie, de notre âge et de notre forme physique du moment. Il faut tenir compte de ces variations.»

DVA & co: les incontournables

Le fait que la compensation des risques soit un phénomène démontrable ne devrait pas être un argument contre les sacs airbag, estime Pascal Haegeli. Au contraire, nous devrions être conscients de cet effet et intégrer cet aspect à la formation aux avalanches.

Même son de cloche du côté du CAS: l’équipement de base en terrain exposé aux avalanches reste le DVA, la pelle et la sonde, mais les sacs airbag sont recommandés. Ceux qui recherchent souvent des poussées d’adrénaline devraient être particulièrement conscients du phénomène de compensation des risques. Car un airbag n’offre pas de garantie de survivre à une avalanche sans être blessé. Dans 61 des 307 cas d’accidents d’avalanches étudiés entre 1994 et 2012 (soit 20%), l’airbag ne s’est pas déclenché, généralement parce que l’utilisateur ne s’en est pas servi correctement. Pascal Haegeli souligne donc qu’il faut s’entraîner à le déclencher pour pouvoir le faire sans réfléchir en cas d’urgence. Pour les sacs équipés d’un système de ventilateur, il est possible de le faire autant de fois qu’on le veut; pour les systèmes avec cartouche, on s’exercera sans cartouche. En outre, il est possible de contrecarrer la compensation des risques en s’habituant à l’airbag. On peut par exemple le faire en le prenant à chaque course, peu importe le terrain où on s’aventure ou ce qui figure dans le bulletin d’avalanches.

Sac airbag: oui!

Onze mois après l’accident de Michael, nous discutons longuement du sac airbag lors de sa première course à skis. La question n’est plus tant de savoir si on en veut un ou non, mais plutôt quel modèle choisir. Aujourd’hui, le choix est vaste, et chacun en trouvera un à son goût. En même temps, un coup d’œil à la jambe de Michael nous rappelle qu’un airbag ne protège pas contre les chutes et les collisions avec des obstacles. Nous suivons tranquillement la petite route à travers la pente peu raide en gardant en tête que la meilleure protection contre les avalanches, c’est de les éviter.

Etudes sur le sujet:

P. Haegeli, R. Rupf et B. Karlen, «Do avalanche airbags lead to riskier choices among backcountry and out-of-bounds skiers?», in: Journal of Outdoor Recreation and Tourism,https://doi.org/10.1016/j.jort.2019.100270

P. Haegeli, M. Falk, E. Procter, B. Zweifel, F. Jarry, S. Logan, K. Kronholm, M. Biskupič et H. Brugger, 2014, The effectiveness of avalanche airbags: Resuscitation, v. 85, p. 1197–1203, https://doi.org/10.1016/j.resuscitation.2014.05.025

N. J. Wolken, B. Zweifel et R. Tschiesner, 2014, «Avalanche airbags and risk compensation: an empirical investigation», in: Proceedings of the 2014 International Snow Science Workshop, Banff, p. 957–962

Systèmes de sacs airbag

Un sac airbag permet de maintenir à la surface un randonneur pris dans une avalanche. Au moment où l’avalanche se déclenche, le randonneur tire sur la poignée de l’airbag intégré au sac à dos, qui se gonfle en quelques secondes. C’est l’«effet noix du Brésil» qui explique ce maintien à la surface: dans un fluide tel qu’une avalanche, les particules qui ont le plus gros volume se retrouvent à la surface, tandis que les plus petites vont au fond, étant donné qu’elles peuvent se superposer de manière plus dense. Actuellement, différents modèles d’airbag sont disponibles. On peut les répartir en deux catégories: les systèmes à cartouche et ceux à ventilateur.

Système à cartouche

Les airbags possédant ce système sont gonflés avec de l’air comprimé d’une cartouche. Selon le fabricant, la cartouche contient de l’air respirable ou de l’azote. Une fois que le système a été déclenché, la cartouche doit être remplie (cartouche à air comprimé) ou changée (cartouche à azote). On peut le faire dans les magasins de sport ou chez le fabricant pour une vingtaine de francs.

Système à ventilateur

Comme son nom l’indique, ce système fonctionne avec un ventilateur à batterie qui gonfle l’airbag en quelques secondes lorsqu’on déclenche le mécanisme. Ce système est relativement nouveau sur le marché et l’offre est moins grande, les sacs sont plus chers et un peu plus lourds selon les fabricants, mais l’airbag peut être déclenché autant de fois que l’on veut.

L’influence des sacs à dos airbag Avalanches: la propension au risque avec un sac airbag

Un sac à dos airbag peut nous sauver la vie. Mais nous pousse-t-il aussi à prendre plus de risques? Les résultats des dernières études montrent que oui, mais pas de la même façon pour tout le monde.

Michael skie tranquillement dans la neige fraîche devant moi. Voilà onze mois qu’il s’est cassé le fémur dans un accident d’avalanche. Michael, c’est le dernier cas de ma statistique personnelle qui, au fil des années, m’a de plus en plus familiarisée avec le risque blanc. Des amis et des connaissances ont perdu la vie dans des avalanches, d’autres s’en sont sortis à bon compte. Et à chaque nouveau cas, la question se fait un peu plus pressante: devrais-je m’acheter un sac airbag?

Compensation des risques

Sur le plan technique, les sacs airbag n’ont pas connu de grande évolution ces dernières années. On a toujours le choix entre les systèmes traditionnels avec une cartouche remplaçable et ceux avec un ventilateur intégré.

Jusqu’à présent, je n’ai opté pour aucun de ces systèmes, car une question essentielle me tracasse à chaque fois que j’y pense: est-ce que je vais prendre des décisions plus risquées avec un airbag sur le dos? C’est un phénomène que la science appelle «compensation des risques». Lorsque les ceintures de sécurité sont apparues dans les voitures, les mêmes réticences ont été émises: allons-nous conduire plus vite si nous sommes attachés?

La théorie affirme que l’être humain n’aspire peut-être pas à réduire le risque, mais plutôt à l’optimiser, pour obtenir un rendement optimal. En course à skis, le rendement, c’est la grisante descente. Toutefois, toutes les mesures de sécurité n’entraînent pas une compensation des risques de la même façon dans toutes les situations. En théorie, quatre facteurs augmentent la probabilité que nous (sur)compensions le risque: 1. la mesure de sécurité est clairement visible; 2. elle a un effet direct sur moi, par exemple en matière de confort; 3. elle est en lien direct avec ma motivation à exécuter une activité; 4. je contrôle librement mes actes pendant l’activité.

Airbag et propension au risque

Un sac airbag remplit ces quatre critères: il est clairement visible, et son poids supplémentaire représente un inconvénient. Si ma motivation est de faire une descente aussi enivrante que possible, j’ai un intérêt accru à réduire le risque grâce à l’airbag. Enfin, à la montée comme à la descente, il faut sans cesse prendre des décisions: droit dans la pente ou détour plus plat? Poudreuse dans la pente nord plus abrupte ou neige croûtée sur le versant sud moins raide?

Toutefois, il est compliqué de mesurer scientifiquement l’influence de la compensation des risques sur les décisions que nous prenons en course à skis. Les questionnaires restent le moyen le plus simple pour comprendre notre comportement, et les études de ces dernières années ont chaque fois conclu que les randonneurs à skis et les amateurs de freeride équipés de sacs airbag avaient tendance à prendre plus de risques. Cependant, Pascal Haegeli, professeur assistant à l’Université Simon Fraser à Vancouver, au Canada, et auteur d’une nouvelle étude, appelle à la prudence: «Il ne suffit pas d’interroger les personnes qui ont un airbag et celles qui n’en ont pas, puis de comparer leurs réponses. Cela révèlera peut-être seulement que les skieurs plus enclins à prendre des risques ont tendance à s’équiper d’un airbag.»

Décision avec ou sans airbag

En collaboration avec Reto Rupf et Barbara Karlen de la Haute école des sciences appliquées de Zurich (ZHAW), Pascal Haegeli a donc mené une nouvelle étude qui contourne ce problème. Cette étude était centrée sur huit situations réalistes où les 406 participants devaient choisir la descente qu’ils privilégieraient sur la base de deux photos et en connaissance du degré de danger d’avalanches. Les photos illustraient différents facteurs: l’inclinaison et la taille de la pente, la nature du terrain (forêt, couloir, etc.) et le nombre de traces existantes. En outre, tous les participants ont été interrogés sur leurs données personnelles, leur niveau de ski, leur éventuelle implication dans des accidents d’avalanches, leur propension au risque et leur motivation. Environ 40% d’entre eux ont indiqué posséder un airbag. Pour voir comment nous prenons des décisions avec ou sans sac airbag, on a dit aux détenteurs d’airbag qu’ils ne l’avaient pas pour la moitié des questions. On a procédé inversement pour le groupe qui avait indiqué ne pas posséder de sac airbag: pour la moitié des questions, ils devaient répondre en imaginant qu’ils étaient équipés d’un airbag. Pascal Haegeli et son équipe ont alors pu comparer statistiquement les comportements des quatre groupes sur la base de ces réponses et des données personnelles des participants.

A la recherche d’adrénaline

L’étude montre que les personnes en possession d’un sac airbag ont tendance à aimer les terrains plus difficiles, à être mieux formées aux avalanches, à faire du ski, et surtout du freeride, par passion, et sont plutôt des hommes. De plus, les résultats révèlent que les gens sont un peu plus souvent impliqués dans un accident d’avalanche après avoir acheté un sac airbag. Toutefois, il convient de préciser que cette hausse ne concerne pas tous les amateurs de sports d’hiver. «Nous ne constatons cette augmentation que chez ceux dont la motivation principale est la recherche de sensations fortes», explique Pascal Haegeli. Pour les gens qui se montrent prudents en montagne, gravissent un sommet surtout pour admirer le paysage et, idéalement, sont contents de trouver de la poudreuse encore vierge, cette corrélation n’intervient pas. Ils semblent être beaucoup moins touchés par le phénomène de compensation des risques. «Toutefois, il est important de comprendre que nous ne nous trouvons pas toujours dans la même catégorie, souligne le scientifique. Ce que nous cherchons en course à skis et lors des sorties de freeride évolue constamment. Cela dépend des personnes avec qui nous sommes, de notre situation de vie, de notre âge et de notre forme physique du moment. Il faut tenir compte de ces variations.»

DVA & co: les incontournables

Le fait que la compensation des risques soit un phénomène démontrable ne devrait pas être un argument contre les sacs airbag, estime Pascal Haegeli. Au contraire, nous devrions être conscients de cet effet et intégrer cet aspect à la formation aux avalanches.

Même son de cloche du côté du CAS: l’équipement de base en terrain exposé aux avalanches reste le DVA, la pelle et la sonde, mais les sacs airbag sont recommandés. Ceux qui recherchent souvent des poussées d’adrénaline devraient être particulièrement conscients du phénomène de compensation des risques. Car un airbag n’offre pas de garantie de survivre à une avalanche sans être blessé. Dans 61 des 307 cas d’accidents d’avalanches étudiés entre 1994 et 2012 (soit 20%), l’airbag ne s’est pas déclenché, généralement parce que l’utilisateur ne s’en est pas servi correctement. Pascal Haegeli souligne donc qu’il faut s’entraîner à le déclencher pour pouvoir le faire sans réfléchir en cas d’urgence. Pour les sacs équipés d’un système de ventilateur, il est possible de le faire autant de fois qu’on le veut; pour les systèmes avec cartouche, on s’exercera sans cartouche. En outre, il est possible de contrecarrer la compensation des risques en s’habituant à l’airbag. On peut par exemple le faire en le prenant à chaque course, peu importe le terrain où on s’aventure ou ce qui figure dans le bulletin d’avalanches.

Sac airbag: oui!

Onze mois après l’accident de Michael, nous discutons longuement du sac airbag lors de sa première course à skis. La question n’est plus tant de savoir si on en veut un ou non, mais plutôt quel modèle choisir. Aujourd’hui, le choix est vaste, et chacun en trouvera un à son goût. En même temps, un coup d’œil à la jambe de Michael nous rappelle qu’un airbag ne protège pas contre les chutes et les collisions avec des obstacles. Nous suivons tranquillement la petite route à travers la pente peu raide en gardant en tête que la meilleure protection contre les avalanches, c’est de les éviter.

Etudes sur le sujet:

P. Haegeli, R. Rupf et B. Karlen, «Do avalanche airbags lead to riskier choices among backcountry and out-of-bounds skiers?», in: Journal of Outdoor Recreation and Tourism,https://doi.org/10.1016/j.jort.2019.100270

P. Haegeli, M. Falk, E. Procter, B. Zweifel, F. Jarry, S. Logan, K. Kronholm, M. Biskupič et H. Brugger, 2014, The effectiveness of avalanche airbags: Resuscitation, v. 85, p. 1197–1203, https://doi.org/10.1016/j.resuscitation.2014.05.025

N. J. Wolken, B. Zweifel et R. Tschiesner, 2014, «Avalanche airbags and risk compensation: an empirical investigation», in: Proceedings of the 2014 International Snow Science Workshop, Banff, p. 957–962

Systèmes de sacs airbag

Un sac airbag permet de maintenir à la surface un randonneur pris dans une avalanche. Au moment où l’avalanche se déclenche, le randonneur tire sur la poignée de l’airbag intégré au sac à dos, qui se gonfle en quelques secondes. C’est l’«effet noix du Brésil» qui explique ce maintien à la surface: dans un fluide tel qu’une avalanche, les particules qui ont le plus gros volume se retrouvent à la surface, tandis que les plus petites vont au fond, étant donné qu’elles peuvent se superposer de manière plus dense. Actuellement, différents modèles d’airbag sont disponibles. On peut les répartir en deux catégories: les systèmes à cartouche et ceux à ventilateur.

Système à cartouche

Les airbags possédant ce système sont gonflés avec de l’air comprimé d’une cartouche. Selon le fabricant, la cartouche contient de l’air respirable ou de l’azote. Une fois que le système a été déclenché, la cartouche doit être remplie (cartouche à air comprimé) ou changée (cartouche à azote). On peut le faire dans les magasins de sport ou chez le fabricant pour une vingtaine de francs.

Système à ventilateur

Comme son nom l’indique, ce système fonctionne avec un ventilateur à batterie qui gonfle l’airbag en quelques secondes lorsqu’on déclenche le mécanisme. Ce système est relativement nouveau sur le marché et l’offre est moins grande, les sacs sont plus chers et un peu plus lourds selon les fabricants, mais l’airbag peut être déclenché autant de fois que l’on veut.

La montagne de Valott Dessin humoristique

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