L'ivresse des sommets au Piz Palü (GR). La haute montagne en snowboard | Club Alpin Suisse CAS

L'ivresse des sommets au Piz Palü (GR). La haute montagne en snowboard

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La haute montagne en snowboard

L' ivresse des sommets au Piz Palü ( GR )

Le Piz Palü a toujours été un rêve de randonneur. Depuis peu, les snowboarders aussi tombent sous son charme. Mais pour le conquérir, un excellent niveau technique n' est pas tout: il faut avoir une condition physique irréprochable, surtout pour la montée, savoir descendre encordé et – oh surpriseêtre prêt à s' armer de bâtons.

Le glacier de Pers, entre Diavolezza et le Piz Palü, ne connaît pas la pudeur: il révèle sans hésiter des crevasses vertigineuses. Dans le même temps, il joue d' une couverture de neige blanche et lisse pour cacher d' autres dangers bien plus sournois. Pourtant, ce fleuve de glace exerce sur les touristes et les alpinistes une force d' attraction sans pareille. Par milliers, ils prennent le téléphérique du col de la Bernina pour l' admirer depuis Diavolezza. Par dizaines, ils chaussent leurs skis pour chercher un chemin à travers le labyrinthe des crevasses en hiver. Récemment, un autre public a fait son apparition ici: ce sont de curieux êtres chaussés de bottes souples auxquels ils attachent des raquettes. Leurs sacs à dos sont dissimulés sous des planches qui se dressent au-dessus d' eux comme des menhirs. Les snowboarders, dignes descendants d' Obélix. Avec ou sans potion magique...

Ambiance nocturne

En descendant du refuge Diavolezza, les glaçons crissent mystérieusement sous les carres des snowboards. Le départ est donné avant six heures du matin et la lune veille au-dessus du Piz Palü. La lueur des frontales éclaire à peine quelques mètres vers l' avant. Dans cette descente, la plupart des snowboarders s' aident de bâtons de skis pour garder La chaîne du Piz Palü au clair de lune l' équilibre. En effet, leurs sacs sont lestés du poids des crampons et du piolet. Une pause pour mettre les raquettes et la colonne, telle une procession de lucioles, se remet en route. De lacet en lacet, lentement, elle s' attaque à la pente. Même en profitant des traces des skieurs, la montée est loin d' être facile. « Lorsqu' on s' enfonce dans la neige, la montée à raquettes est d' au moins un tiers plus dure que la montée à skis », explique Walter Müller, guide de montagne et spécialiste des courses à snowboard.

Des crevasses grandes comme des maisons

Et aujourd'hui, de la neige, il y en a: au moins cinquante centimètres de profondeur. Le jour se lève aux abords de la première zone de crevasses. « Zut », murmure Sebi, à la vue d' un trou béant. Cet apprenti de 18 ans, qui vient de Schaffhouse, n' a jamais vu ça. Son frère Florian ouvre la marche, avançant sur un rebord entre deux crevasses qui pourraient engloutir une petite maison. La corde est tendue, les nerfs des deux frangins aussi. Florian s' arrête et fait quelques pas en arrière. Premier défi de la journée: amarrer solidement le snowboard au sac! Et ce, avec des doigts gelés et une lampe frontale pour seul éclairage Départ du refuge Diavolezza au petit matin Photos: David Coulin Le snowboard en haute montagne, en toute sécurité – Pour la montée, les miniskis sont plus sûrs que les raquettes. Dans l' idéal, choisir un modèle avec peaux amovibles et fixation de randonnée. Ainsi, on pourra les utiliser à la descente dans les passages difficiles ( traversées à flanc de coteau, remontées ). – Les raquettes doivent être faites pour la montagne. Les cadres en alu sont dangereux ( risque de glissade ) tout comme le manque de dentelures. – Le snowboard doit être attaché au sac de manière à limiter le plus possible la résistance de l' air et à maximiser la liberté de mouvement. Ne jamais le fixer à l' horizontale. – Un sac à dos bien adapté est essentiel pour compenser au mieux l' excès de poids. – Même pour les plus réticents, des bâtons de ski, voire même un piolet, peuvent s' avérer très utiles pour s' équilibrer dans les passages délicats ou par grand vent. – Ne jamais oublier d' éliminer les éventuels dépôts de glace sur la semelle du snowboard avant la descente. Lorsqu' on tombe dans un raidillon, il est trop tard pour y penser. – Descendre encordé est une technique qui s' apprend, que ce soit à skis ou à snowboard. Seule solution: l' entraînement. – La randonnée à snowboard est plus exigeante en temps et en force que la randonnée à skis. Avant de se lancer dans une course importante, chacun doit savoir combien de temps il lui faut compte tenu des conditions et de ses capacités physiques. – Pour ne pas perdre de temps en enlevant les crampons pour mettre le snowboard, il faut avoir l' habitude de ces manœuvres. – La marche avec les crampons pour bottes de snowboard exige aussi un entraînement. Chacun doit savoir ce qu' il est capable de faire.

Devant lui, le vide. Un petit trou, en fait, mais tellement profond qu' il donne le vertige. A trois mètres de là, le pont de neige tient bon. Soulagé, Florian sort du labyrinthe. Le glacier lui a tendu les bras...

Dur, dur, la montée

Les traces sont de plus en plus profondes dans la neige poudreuse. Mais une bonne fée a fait disparaître la couverture nuageuse qui dissimulait le sommet. Le Piz Palü, 3901 m, semble être à portée de main. L' ascension est longue et le souffle se fait court. Dernière montée, dernier défi: les crevasses sont moins grandes mais sous une fine couche de neige, on voit apparaître la glace vive. Les skieurs mettent leurs couteaux; les snowboarders n' ont que les griffes de leurs raquet- Pour passer au- dessus de l' abîme, il faut avoir le cœur bien accroché Lentement mais sûrement: avec leurs planches au-dessus de la tête, les snowboarders font penser à Obélix baladant ses menhirs Photos: David Coulin tes pour s' accrocher. Walter Müller constate: « C' est surtout au printemps, lorsque les traversées sont glacées, qu' elles deviennent problématiques pour les raquettes. » Les chutes sont interdites: « Si on glisse avec les raquettes, il est presque impossible de se rattraper. » S' encorder est donc obligatoire. Les crampons spéciaux pour bottes de snowboard sont inutiles dans ces conditions. « C' est une bonne solution pour les derniers mètres avant un sommet », dit Walter Müller. « Mais dans des passages raides comme celui-ci, ils sont trop légers. »

Trop de glace et pas assez de forces

Ce raidillon est donc l' épreuve du feu pour Florian, Sebi et leurs copains. Drô-lement nerveux malgré un assurage sans failles, ils s' avancent pas à pas sur l' arête glacée, s' aidant de leur piolet. Une fois arrivés sur l' épaule, à 150 m du sommet, c' est le terminus. Le vent a trop soufflé, la glace est trop vive et surtout, la montée leur a déjà coûté assez de temps et de forces. Entre-temps, la neige en dessous du passage en glace s' est tassée suffisamment pour que chacun puisse descendre. Lentement, les snowboarders se laissent glisser, une main sur le piolet et l' autre sur la corde fixe. « Une deuxième carre n' aurait pas été de trop », avoue Sebi, arrivé en bas. La descente suit la trace de montée à travers le labyrinthe des crevasses. Ce glacier est parmi les plus dangereux de Suisse La montée au Piz Palü: véritable slalom entre les crevasses Avec de la poudre jusqu' à la taille, les skieurs restent bloqués alors que les snowboarders glissent sans peine sur la vague blanche Mesure de sécurité: un passage surmonté avec un bâton de ski dans une main et un piolet dans l' autre. En effet, une glissade sur la seule carre du snowboard serait difficilement rattrapable

Une course endiablée

Mais ce moment difficile est vite oublié. Si les skieurs avaient l' avantage à la montée, la descente appartient aux snowboarders! Une chevauchée endiablée sur un tapis blanc long de 10 km, un dénivelé de 1900 m d' une seule traite, parfaitement maîtrisé par de subtils mouvements de hanches. La poudre est partout. « Cool » – c' est tout ce que Sebi trouve à dire. L' euphorie le rend muet. Les skieurs, eux, sont moins enchantés: cette neige qui n' en finit pas freine leur descente. Les snowboarders les attendent, généreux, pour repartir en trombe dès leur arrivée. Ils slaloment prudemment entre les séracs de la dernière zone accidentée, car ils ne veulent pas descendre trop bas. Il n' y a rien de plus pénible pour un snowboarder que de devoir remonter dans la neige profonde. Plus bas, rien ne peut les arrêter: ils volent sur le tapis de neige, libérés de toute tension, complètement déchaînés, et la course ne s' arrête qu' à l' arrivée à l' Isla Persa.

Dans leurs oreilles, un bourdonnement s' arrête. Ou alors, étaient-ce les lamentations de la fée diabolique qui pleure encore la mort du chasseur Aratsch? « Mort Aratsch », gémit paraît-il la montagne, et c' est ce qui lui a donné son nom: Morteratsch. Entre les deux sommets, la descente par le glacier, elle, n' y sera plus pour longtemps. Dans trente ans déjà, les langues des glaciers de Pers et de Morteratsch seront trop courtes pour atteindre l' Isla Persa, l'« île perdue ». Mais d' hui, la poudre est au rendez-vous et la descente continue: d' ici, on dévale tout droit jusqu' aux premiers signes de la civilisation, qui prennent la forme d' un ruban de fer: départ sur voie 1 de la gare RhB de Morteratsch 1. a David Coulin, Horw ( trad. )

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