Mont Chauffe

Remarque : Cet article est disponible dans une langue uniquement. Auparavant, les bulletins annuels n'étaient pas traduits.

ZIYI/ m.par Franeis Henny

Avec 1 illustration ( 148 ) Depuis longtemps nous avions fait le projet d' effectuer cette intéressante traversée, mais diverses circonstances nous avaient obligés à en reporter l' exécution jusqu' à ce samedi 26 juin où notre ami Frédéric Sutter vint nous cueillir avec sa voiture. 15 heures n' ont pas sonné que nous démarrons en direction de Vevey, porte du Sex; le trajet est agréable, la luminosité du lac, la fraîcheur de la verdure de la côte savoisienne, le temps dont nous disposons, tout incite à une randonnée délassante. A Evian nous prenons la direction de Vinzier, puis par Feu-Courbe, Vacheresse nous arrivons à Abondance à 17 h. 30.

A l' hôtel où nous pensions loger, nous sommes devancés par une trentaine d' alpinistes genevois qui s' en iront faire la Pointe de Granges le lendemain. Abondance ne veut pas faire mentir son nom; la localité, quoique petite, est parée pour recevoir toute arrivée massive d' hôtes. Aussi trouvons-nous sans peine à la « Croix » logis et repas succulent, à même de contenter les plus exigeants; les vins sont à la hauteur de la qualité du menu, si bien qu' abondance est l' expression de la vérité.

Après une nuit assez courte, nous nous mettons en route à 5 heures en direction du col de la Plagne que nous atteignons à 7 heures. Nous avons passé le hameau du Mont, puis au débouché de la forêt une pénétrante odeur de « tomme » de chèvre nous annonce un chalet où nous faisons une petite halte. Le ciel annonce que la journée ne se passera pas sans pluie, aussi maître Phcebus ne nous fatiguera pas trop de ses rayons.

Du col, une sente court sur le flanc gauche du Chauffé, côté Ubine. Rapidement nous nous élevons et bientôt dépassons un groupe de quatre Français; l' un d' eux, un peu plus loin, vient nous demander de l' accepter dans l' une de nos cordées, ses compagnons renonçant à poursuivre l' ascension. Sympathique, il est jugé capable et ce jeune, du prénom de Jacques, se comportera à notre satisfaction, faisant cordée avec Meyer et Sulzer, tandis que la nôtre est formée de F. Magnenat, F. Sutter et moi-même.

L' arête du Petit Chauffé est très large au début, puis se rétrécit par une brèche côté Ubine qui vient buter contre une plaque rocheuse. Nous descendons dans cette brèche, puis tirant à gauche nous remontons une cheminée et poursuivons la crête jusqu' au Saut du Chien, après une variante dans le flanc côté Abondance.

De cette Dent du Chien, nous évitons le rappel, il nous faudrait une corde de 50 mètres, et descendons par une vire sur la gauche dominant l' à pic d' Ubine et qui nous ramène au fond de la brèche. De l' échancrure, nous remontons plusieurs cheminées rocheuses de la Dent d' Ubine pour rejoindre l' arête dans le haut.

Cette arête est très intéressante, c' est un régal que toutes ces variantes, nous y retrouvons certains passages de l' arête des Salaires, du Sex de Savalenaz et de l' Argentine. A ma proposition d' éviter certaine difficulté, Firmin rétorque qu' il n' en est pas question, ce serait un manque à jouir. Après un passage, genre grande enjambée, puis un gendarme et ensuite une fenêtre et encore une brèche nous arrivons à quelques minutes du sommet; nous allons toucher au but, mais l' orage arrive à toute vitesse, il faut quitter un instant l' arête et chercher un abri un peu au-dessous, nous accroupir contre un rocher légèrement surplombant et laisser passer l' arrosage céleste accompagné d' éclairs et tonnerre. Heureusement cela ne dure pas, en moins de cinq minutes, tout est passé, et midi nous sommes au sommet où nous pouvons en toute quiétude nous restaurer et partager le verre de l' amitié que notre prévoyant Frédéric, nanti d' une gourde de blanc pétillant, se fait le plaisir d' offrir à chacun, Vers 13 heures, nous quittons le sommet dont la vue, ce jour, se limite à la Pointe de Granges, les Cornettes de Bise et les Dents d' Oche; le temps est toujours menaçant, de gros nuages noirs encapuchonnent les autres sommités, aussi dévalons-nous rapidement la pente sud en direction du grand pierrier sous le couloir de Ferraillon. Le pierrier est composé en grande partie d' un agréable cailloutis, ce qui permet, en glissant sur les talons, de descendre à grandes enjambées et gagner du temps, assez rapidement nous retrouvons le hameau du Mont où la pluie fait une légère apparition. Autour d' une fontaine, Meyer sort de son sac un certain flacon et nous invite à troubler quelque peu cette eau généreuse.

Un indigène assis devant son chalet accepte, non un verre, mais un « Brissago » de Frédéric, et c' est là où j' en viens, tous deux sont du même âge, mais une telle différence d' aspect physique est incroyable, si notre ami ne porte pas son âge, tant la pratique de la montagne, le goût de l' effort lui ont conservé la souplesse, la jeunesse, nous donnerions facilement vingt ans de plus à l' indigène qui semble ne pouvoir remuer de son banc.

Enfin, vers 15 heures, nous sommes de retour à Abondance, une table nous accueille dans la cour de l' Abbaye où, avant de nous quitter pour rentrer par le car à Thonon, le jeune Français Jacques trinque avec nous et nous remercie de la belle course faite ensemble. Quant à nous, nous filons en direction du Pas de Morgins. Bientôt, nous dirons adieu à cette belle vallée d' Abondance, souhaitant un prochain revoir à cette Savoie qui nous offre tant de possibilités, de joies renouvelées, de variété dans les sites qui ont garde la couleur et l' ambiance du passé.

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