Morteratsch: mesures glaciologiques entreprises par une classe de gymnase (Le projet-)

Le but de cette semaine d' étude au grand air était de faire connaître aux élèves la morphologie glaciaire et les variations dues au climat à travers l' exemple du glacier de Morteratsch. Ils devaient réunir une documentation faite d' observations et de mesures sur le terrain. Il fallait encore que l' arpentage de la langue glaciaire puisse être répété une ou deux années plus tard.

De la théorie...

Acteurs principaux de cette expérience, les onze élèves d' une petite classe de la section gymnasiale mathématiques-sciences naturelles se préparent au travail sur le terrain par des cours de trigonométrie ( également sphérique ) et de programmation des calculatrices de poche. Dans la cour de récréation, ils font des exercices pratiques au moyen de théodolites et de télémètres électroniques de précision, généreusement prêtés par l' EPF de Zurich. Nous sommes prêts pour notre aventure glaciaire lorsque, quelques jours avant le départ de notre « expédition », une mauvaise nouvelle nous parvient: l' EPF a besoin des appareils et ne peut nous en prêter qu' un sur deux, d' une autre fabrication de surcroît. Pleins d' espoir malgré tout, nous nous

Le projet Morteratsch: mesures glaciologiques entreprises par une classe de gymnase

embarquons à la mi-juillet 1997 pour Pontresina qui nous servira de « camp de base ». De là, le train nous transporte chaque jour en quelques minutes au point de départ du sentier didactique glaciaire.

... à la pratique

Un temps splendide nous accompagne agréablement sur le chemin de la cabane Boval. Nous laissons d' abord la langue glaciaire de côté et nous nous rendons à un point de triangulation situé en altitude, au-dessus des puissantes moraines latérales de « notre » glacier. Par son intermédiaire, nous avons l' intention de relier notre futur point de repère, situé dans la marge périglaciaire, au réseau kilométrique suisse. L' Office cantonal du cadastre1

1 T. Dcflorin. Kartenzenlrale, Grabenstrasse 8, 7001 Coire.

nous en a fourni les coordonnées exactes et la description des marques gravées sur le rocher. Après l' escalade de pentes abruptes recouvertes d' herbes folles et de buissons de myrtilles, nous parvenons au sommet d' une tour rocheuse polie par l' érosion glaciaire, d' où nous jouissons d' une magnifique vue plongeante sur le fleuve de glace, les crevasses, les moraines et les ruisseaux s' échappant du glacier ( cf. ill. 2, p. 37 ). Nous ne trouvons d' abord aucune trace du repère cadastral, mais, après maints travaux d' excavation, nous découvrons enfin une cheville de laiton, scellée au rocher et entourée d' inscrip. Forts de ce premier succès, nous espérons « raccorder » sans difficulté notre propre point d' ori au réseau suisse des coordonnées kilométriques.

Ne disposant que d' un théodolite, nous nous divisons en deux groupes. Le premier se rend sur la langue glaciaire avec le réflecteur pour mesurer des distances au moyen du rayon laser infrarouge ( cf. ill. 4, p. 39 ). Le second reste sur place avec le télémètre. Nous déterminons en premier lieu la direction exacte du nord par visées successives sur diverses cimes environnantes ( Piz Albriz, Munt Pers, Piz Spinas, l' une des pointes du Piz Palü ). Nouveau problème: après quelques rapides opéra-

tions sur nos calculatrices de poche programmées, nous nous apercevons que les valeurs ne jouent pas du tout entre elles. Il s' avère finalement que nous n' avons pas visé le bon cairn sur le Munt Pers ( des touristes en ont édifié plusieurs assez semblables !), ni le bon sommet du Piz Palü. Nous recommençons les mesures qui, cette fois, nous livrent des résultats corrects.

Pendant ce temps, l' autre groupe a choisi un point de repère sur la marge periglaciaire et installé le réflecteur laser. Nous l' ajustons dans le viseur de notre instrument, attendons, mais rien ne se passe. Aucune valeur chiffrée n' apparaît ni ne se stabilise sur l' écran digital rouge du télémètre. Pourtant la distance jusqu' au réflecteur est largement en deçà de la portée maximum de l' appareil, que nous connaissons encore mal. Aurions-nous commis une faute d' installation? Toutes nos manipulations restent d' abord vaines. Puis, ô miracle!, des chiffres se dessinent peu à peu sur notre instrument. Le raccordement de notre repère proche du glacier est « sauvé »!

Ce n' est que plus tard que nous découvrons la clé de l' énigme. Le soleil matinal, au contact de la

m. 1 Vue aérienne des glaciers de Pers et de Morteratsch en 1984. On reconnaît nettement les puissantes moraines latérales déposées lors de la dernière crue importante, au milieu du siècle dernier. On distingue sur le glacier de Morteratsch, près de la marge droite de l' illustra, les ogives de glace ( bourrelets en forme d' arc en travers du glacier ) mentionnées dans le texte Science et montagne a. < Les fragments de la carteCN 1257 St. Moritz et CN Siegfried ( état des glaciers 1277 Piz Bernina. Repro-en 1875 ) en haut, et de laduit avec l' autorisation de carte nationale au 1:25000 l' Office fédéral de topo-(état des glaciers en 1979 ), graphie ( 14. 12. 98 ) en bas, permettent de comparer la taille du glacier.

1875 500 m

moraine latérale privée de végétation, avait réchauffé l' air qui s' est mis à vibrer. Cette instabilité thermique a puissamment dispersé et affaibli notre rayon laser. Plus tard, le vent s' est levé et a dissipé ces ascendances. La mesure est néanmoins restée laborieuse.

Variations de la langue glaciaire depuis 1875

Les deux jours suivants sont consacrés à des travaux d' arpentage au bord de la langue du glacier. A cette occasion, le forestier du district de Pontresina nous explique comment son collègue et lui déterminent chaque année la position du front glaciaire au moyen d' un mètre à ruban et d' une boussole. En raison de la fonte saisonnière de la glace, ces mesures « officielles » ne sont effectuées qu' en août et notre exercice de ce jour se déroule à titre d' essai ( cf. ill. 5, p. 38 ). Mais il nous instruit sur la possibilité réelle d' obtenir, sur le terrain, des résultats précis en utilisant avec soin des instruments pourtant modestes. Tout en cheminant le long du front gla-

1997:

ciaire, nous nous posons une nouvelle question: où le glacier se termine-t-il réellement? Plusieurs lambeaux de glace de la langue sont enfouis sous les graviers, d' autres sont rongés par le torrent sous-glaciaire et échappent à tout contrôle en raison de leur localisation inaccessible. C' est pourquoi il faut lire avec une certaine prudence les chiffres apparemment exacts, publiés dans les annuaires pour illustrer le retrait des glaciers ( cf. fig. 4, p. 40 )!

Puis nous mesurons mètre par mètre le pourtour de la langue glaciaire, au moyen du télémètre et du réflecteur laser. Notre point de repère est constitué d' une marque scellée dans un gros bloc erratique2 ( cf. ill. 6, p. 38 ) dont nous déterminons les coordonnées avec une précision inférieure au mètre. Cet exercice permettra la répétition de mesures analogues par d' autres classes ces prochaines années.

Nous pouvons déjà comparer l' emprise actuelle de l' extrémité du glacier avec celle que nous montrent les cartes nationales plus ou moins récentes et les précieuses feuilles de l' atlas Siegfried ( cf. fig. 1, ci-dessus ). Si l'on compare l' étendue de la glace

J Les blocs erratiques, que l'on trouve dans les régions qui furent autrefois recouvertes de glace, sont des fragments de roches étrangères à celles du lieu où ils reposent. Ils ont été transportés par le glacier, de leur lieu d' origine jusqu' à l' endroit de leur dépôt ( note de la réd. ).

III. 2 Point de triangulation situé au-dessus du chemin conduisant à la cabane Boval. Notre point

mesurée en 1875, 1955 et 1979, avec nos propres mesures de 1997, on constate un retrait de plusieurs centaines de mètres. D' ailleurs, une suite de panneaux métalliques, placés le long du sentier didactique qui conduit de la station de chemin de fer de Morteratsch à la langue du glacier, et le guide explicatif qui les commente témoignent de manière impressionnante de ce recul important ( bibliographie 3 ).

Selon les mesures effectuées tous les ans de 1881 à 1996, le glacier de Morteratsch s' est retiré de 1801 mètres, c'est-à-dire de presque 16 mètres en moyenne annuelle. Ce retrait n' est pas régulier. Particulièrement marqué pendant les années quarante à soixante, il s' est affaibli durant les années quatre-vingt ( cf. fig. 2, p. 40 ). On a même noté une crue de huit mètres en 1985.

Variations des profils longitudinaux et transversaux

Le glacier de Morteratsch se raccourcit et s' amincit, ainsi que l' attestent les puissantes « moraines du stade de 1850 » ( cf. ill. I, p. 34, 35 ). Afin d' obtenir

d' origine dans la marge périglaciaire est mesuré à partir de ce point

des informations sur l' épaisseur de la glace, nous établissons un profil longitudinal à partir de notre point de repère, ce qui donne l' occasion à quelques élèves de s' aventurer pour la première fois sur un glacier. Nous avons choisi d' orienter notre profil en direction de Bella Vista, ce qui permettra à d' autres groupes de le reconstituer sans difficulté ultérieurement. A cette occasion également, nous tirons des données des cartes topographiques de 1875, 1955 et 1979 pour comparaison ( cf. fig. 3, p. 41 ).

Nous ne traçons aucun profil transversal sur le terrain, mais nous en dessinons à partir du matériel topographique mis à notre disposition ( cf. fig. 5, p. 41 ). C' est ainsi que nous découvrons, entre 1875 et 1997, un abaissement de la surface du glacier de 120 mètres environ le long du profil transversal, et même de 200 mètres en certains endroits du profil longitudinal.

Pendant le travail d' interprétation des données au moyen des calculatrices de poche et l' esquisse des premiers profils sur le terrain même, je songe au bond technologique réalisé dans ce domaine au cours des deux dernières décennies. En 1976 et 1977, je participais, avec les instruments d' arpen

Science et montagne Q.

tage de l' époque, à une expédition dans l' île arctique d' Axel, au nord du Canada ( bibliographie 2 ). Il n' était alors pas du tout question de mesures directes des distances. Nous établissions avec peine des points de mesure sur la glace par triangulations successives à partir de deux points de repère. Souvent mal marqués, les jalons provoquaient d' innombrables confusions et, après l' acti extérieure, nous passions des heures à effectuer des calculs au camp de base. Ce n' est que quelques jours plus tard que nous savions si nos résultats avaient un sens. Dans le cas contraire, il fallait repartir pour de nouvelles investigations sur le terrain. Les choses ont bien changé aujourd'hui. L' in des données s' effectue sur place déjà et l'on sait tout de suite si l'on a travaillé correctement.

III. 6 De notre point de repère, nous effectuons une visée sur le réflecteur laser installé sur le glacier ( cf. ill. 8. p. 40 ). Cela nous permet de déterminer les coordonnées exactes de points du profil glaciaire, ainsi que de certaines pierres qui, en' espace de quatre jours, se déplacent sensiblement dans notre direction. Notre point fixe est une marque gravée sur le rocher. Le montage latéral du théodolite nécessite chaque fois une mesure précise du déplacement par rapport au bloc de rocher III. 7 Daniel, notre spécialiste en herbe du théodolite, s' affaire au montage et au réglage de notre précieux instrument d' arpentage. Au cours de cette semaine.

certains élèves se spécialisent dans des tâches précises. Nous confions toujours les délicates mesures de distance à Daniel, car il les maîtrise parfaitement

Vitesse d' écoulement

A plusieurs reprises, des randonneurs s' arrêtent et se renseignent sur le but et le sens de nos activités. « A quelle vitesse le glacier s' écoule ?» est la question la plus fréquente. En effet, la glace se déplace toujours vers l' aval, même lorsque le glacier « recule ». Ce paradoxe apparent échappe à la compréhension de beaucoup. Après avoir bien réfléchi, il me semble possible de réaliser en quelques jours des mesures directes de la vitesse d' écoulement de la glace avec une précision de l' ordre du millimètre. Ne disposant ni de mèches à glace, ni de jalons,

III. 5 Accompagné de Silvana, M. Altmann, forestier du district, détermine la position de l' extrémité du glacier au moyen de la boussole et du mètre à ruban, selon la « méthode standard » utilisée chaque année. Les pierres au premier plan sont apparues il y a quelques jours seulement, en raison du retrait de la langue glaciaire

nous nous bornons à observer le déplacement de blocs de rocher gisant sur le glacier ( cf. ill. 8, p. 40 ). De prime abord, cette entreprise me semble pleine d' incertitudes: pourra-t-on installer chaque jour le réflecteur au même endroit sur les cailloux, au millimètre près? Les pierres ne vont-elles pas glisser de leur socle de glace?

Bien que les repères soient distants de 260 à 550 mètres du télémètre, nous parvenons à déceler des mouvements au bout de vingt-quatre heures déjà. Ils semblent tous se diriger vers l' instrument de mesure placé en aval du glacier. Quatre jours après, le déplacement est près de quatre fois plus important que celui du premier jour. Au bout de cette période ( VP 1 à 2, cf. fig. 6, p. 42 ), nous relevons aux quatre points choisis les translations suivantes: 7,6 cm, 17,. " " .7 cm, 12,. " " .1 cm et 16,. " " .7 cm. Ces résultats correspondent en moyenne à une avancée de 4,5 cm par jour ou de 16 mètres par année.

Déplacement de blocs de rocher

En août 1996, lors de la préparation de cette semaine d' étude, j' avais effectué, à partir de quelques emplacements faciles à repérer, des photographies panoramiques du glacier, le plus perpendiculairement possible à son sens d' écoulement. En juillet 1997, nous nous rendons sur deux de ces sites et répétons ces prises de vue ( cf. fig. 7, p. 43 ). Sur le terrain même, nous remarquons déjà aisément les déplacements de certains blocs caractéristiques et nous les reportons sur les images de l' année précédente. Par la suite, nous déterminons sur la documentation photographique des deux années succes-

III. 3 Théodolite et télémètre en action. La boîte de couleur orange fixée à l' une des jambes du trépied contient les batteries fournissant l' énergie électrique au télémètre laser III. 4 Travaux d' arpentage dans la marge périglaciaire, autour de notre point de repère. Nos visées sur les sommets connus environnants permettent de déterminer avec exactitude la direction du nord nécessaire au réglage de l' instru. A l' arrière, la forme aplatie et affaissée de la langue glaciaire témoigne de sa décrue 40 Fig. 2 Variations cumulées de la longueur du glacier de Morteratsch, découlant des mesures annuelles effectuées depuis 1882. Entre cette date et 1997. la langue s' est retirée de plus de 1800 mètres. On a noté une seule petite crue annuelle, 8 mètres d' avancée entre 1984 et 1985 0 J -1000 Année ( 1996 représente les changements de 1995 à 1996 ) III. 8 Contrevenant quelque peula glace. Notre crainte de aux principes de la glaciovoir le bloc rocheux glisser logie, Marc installe lede son socle et fausser nos réflecteur laser de faconmesures ne s' est pas spectaculaire sur une tableréalisée. Quant à Andreas, du glacier. Son déplaceil assure la liaison radio ment nous permettra d' obavec les autres arpenteurs, tenir des informations surgroupés autour du point la vitesse d' écoulement dede repère

sives les azimuts des mêmes blocs, au moyen de détails marquants du paysage, visibles à l' arrière. Cet exercice demande quelques réflexions géométriques et des notions de trigonométrie. Nous estimons à partir de la carte nationale les distances approximatives entre le point d' observation et les pierres qui sont en général aisément identifiables sur des moraines médianes. Ces mesures sont donc d' une précision tout à fait raisonnable. Nous obtenons les résultats suivants: ( voir ci-contre )

Le bloc P4, le plus proche du milieu du glacier, s' est déplacé nettement plus vite que le bloc P5,

Comparaison entre le bord du glacier que nous avons relevé en 1997 et celui de 1979. La glace s' est retirée de manière irrégulière en raison de la position variable du portail sculpté par le torrent sous-glaciai-re, d' une part, et par la couverture morainique freinant sa fonte, surtout sur la partie droite ( selon le sens de l' écoulement ), d' autre part 1979 Position du théodolite en 1997 -3 III. 9 Point d' obser DistanceMouvement ig. 6 ) vation ( cf. fig. 6 ) entre le point en une année* et le bloc PI A 295 m 45 ni P2 A 329 m 39 m P3 A 452 m 46 m P4 A 269 m 49 m P5 A 133 m 28 m P6 B 354 m 39 m P7 B 270 m 17 m * Le délai entre les deux photos étant de onze mois, nous avons extrapolé le déplacement pour une année Science et montagne Fig. 3 Profils longitudinaux de la langue glaciaire en 1875, en 1955, en 1979 ( données extraites de la carte Siegfried et de la carte nationale de la Suisse ) et en 1997 ( mesures de la semaine d' étude ) I Om 200 m 400 m 800 m altitude en m 2300 2250 2200 2150 2100 2050 791200791400791600791800 1:5000axe des distances en km ( O-E )

situé près d' un bord. La glace s' écoule beaucoup plus rapidement à la hauteur des points d' observa A et B que dans la zone de la langue glaciaire ( mesures directes d' écoulement ). La pente du glacier étant identique à son extrémité et au travers du point A, il faut chercher la cause de cette différence dans l' épaisseur de la glace. Je constate avec satisfaction que l'on peut procéder à d' intéressantes observations glaciologiques au moyen de méthodes, somme toute, assez simples.

Promenade sur le glacier

Après deux jours de travail sur la zone de la langue glaciaire, nous nous accordons un peu de répit avec une promenade récréative sur le glacier, débarrassé de la neige de l' hiver précédent. De bonnes connaissances des conditions locales ( zones de crevasses, notamment ) permettent de s' aventurer sur sa partie inférieure sans crampons. Depuis plusieurs années, l' accès à la langue est facilité dans sa portion gauche par rapport au sens de l' écoulement ( à l' ouest ), car elle s' est fortement abaissée et aplatie, évolution typique des glaciers en phase de retrait. En revanche, les glaciers en crue présentent parfois un front bombé et abrupt. Tôt le matin, nous foulons une glace encore glissante, puis nous parvenons à une section recouverte de gravier. Le soleil se faisant plus chaud, ses rayons creusent des pores et des interstices dans la glace ( cf. ill. 9, p. 40 ), ce

altitude en m I 1000 m I 1200 m axe des x I I 1400 m 1600 m 146.0 km I I 1800 m 2000 m i 2200 m I 2400 m Profils transversaux de la langue du glacier de Morteratsch en 1875, 1955 et 1979, tracés à peu près à la hauteur de notre point de repère, sur une zone aujourd'hui libre de glace 792000 792200

qui facilite la marche. Les élèves prennent contact avec le monde de la glace et des crevasses, tantôt avec enthousiasme, tantôt avec une certaine appréhension, surtout à la vue d' un gouffre impressionnant, au fond duquel l' eau de fonte se précipite bruyamment dans une marmite glaciaire. On frémit à la pensée de tomber dedans!

Nous projetons d' atteindre le ravissant lac morainique situé au confluent des glaciers de Pers et de Morteratsch ( proche du point 2473 m; cf. ill. 10, p. 42 ), encore à moitié recouvert de glace à cette période de l' année.

Retrait des glaciers en haute montagne

Autour de nous, le paysage montre que la décrue de ce siècle ne s' est pas limitée aux parties basses des glaciers. A cette altitude pourtant élevée, la perte en volume est partout nettement visible, voire dramatique en certains endroits. Le lac morainique ne s' est formé qu' après 1900, au moment du retrait du petit glacier appelé Vadret da la Fortezza. Il y a moins de cent ans, logée entre les glaciers de Pers et de Morteratsch, cette rivière de glace rejoignait le point de confluence des glaciers et alimentait leur langue commune. Ce détail topographique est clairement visible sur les anciennes cartes Siegfried

Science et montagne

( cf. fig. 1, p. 36 ) et sur les photographies de l' époque. Celles-ci révèlent également la diminution spectaculaire de l' emprise des névés sur les flancs du Piz Bernina ( cf. ill. 11 et 12, p. 44 ). De même, plusieurs glaciers suspendus ont totalement disparu et quelques petits glaciers de cirque ne sont plus reliés à celui de Morteratsch.

Nous entendons à tout moment le bruit des chutes de pierres, descellées par la fonte du permafrost, sur les pentes abruptes environnantes.

II. 10 Ce lac s' est formé au confluent des deux fleuves de glace, par retenue des eaux de ruissellement contre la moraine latérale droite du glacier de Morteratsch et contre la moraine gauche de celui de Pers. Au siècle dernier, cette région était encore recouverte par un glacier s' écoulant de la Fortezza. La comparaison entre les cartes de différentes époques montre clairement la disparition progressive de la glace sur cette zone ( cf. fig. I, p. 36, en bas à droite des fragments de cartes ) ni. 13 Un puissant bloc de granit à la surface du glacier de Pers illustre de manière impressionnante les effets différenciés de l' ablation. A l' arrière gauche, le Piz Cambrenas. A droite, le Piz Palü

Un peu au-dessus du lac morainique, nous franchissons aisément le fleuve de glace, large et peu incliné. Cette traversée nous offre un magnifique coup d' œil sur le dédale impressionnant d' une chute de séracs; entre les isohypses de 2500 et de 2600 mètres environ se sont développées de spectaculaires ogives de glace, résultant des mouvements différenciés du glacier ( cf. ill. I, p. 34-35 ). Ces bourrelets de forme arquée apparaissent en été,

Positions des blocs P1 à P7 à la surface du glacier: on a mesuré la vitesse d' écoule de la glace d' après leur déplacement entre août 1996 et juillet 1997 ( cf. fig. 7, p. 43 ). Les objets dont nous avons directement déterminé la translation au moyen du télémètre laser se trouvent dans le carré rouge ( en haut ). Détail de la CN 1277 Piz Bernina au 1:25000. Reproduite avec l' autorisa de l' Office fédéral de topographie ( 14.12.1998 )

lorsque la glace, en amont, accélère son mouvement et se télescope avec la partie inférieure du glacier qui se déplace moins vite. La largeur des ogives permet même d' estimer, par déduction, la vitesse d' écoulement du glacier.

Par un soleil éclatant, nous cheminons maintenant sur l' arête de la moraine latérale, affûtée comme la lame d' un gigantesque couteau. Il est difficile de s' imaginer qu' au siècle dernier, la glace montait encore jusqu' à cette altitude! Les conséquences de la modification climatique de ces dernières décennies n' en sont que plus évidentes.

Vues panoramiques d' août 1996 ( en haut ) et de juillet 1997 ( en bas ) prises de l' emplacement A ( cf. fig. 6, p. 42 ). On a inscrit le déplacement latéral de quatre blocs aisément reconnaissables. On a déterminé les vitesses d' écoulement au moyen des distances estimées sur la carte nationale, en tenant compte de la perspective. La première impression est trompeuse: le bloc le plus éloigné ( deuxième marque à partir de la gauche ) est, en réalité, à peu près au milieu du

Le projet Morteratsch sur Internet

Après le succès de cette semaine d' étude en plein air, les élèves du collège cantonal de Zurich-Unter-land ont mis en valeur, dans le cadre de travaux pratiques de géographie, les données récoltées sur le terrain, puis les ont présentées sous forme d' ex. Afin de rendre ces informations accessibles à un plus vaste public, ils ont aussi transféré

glacier, et non de l' autre côté. C' est celui qui se déplace le plus rapidement. Sur le glacier et ses environs, on reconnaît aisément, en août 1996, la disparition plus importante de la neige de l' hiver précédent qu' en juillet 1997 111.11 Vue prise vers 1900 de l' ancienne cabane de la Diavolezza, en direction des Piz Bernina et Morteratsch. Les chiffres rouges désignent les principales modifications survenues jusqu' en 1996 ( cf. ill. 12, ci-dessous ) III. 12 Août 1996: vue prise de la cabane de la Diavolezza, à comparer avec l' illustra 11

leurs résultats et leur documentation illustrée sur Internet. Les personnes y ayant accès peuvent consulter la page d' envoi à l' adresse suivante: http://www. kzu. ch/fach/gg/feld/morteratsch. html. Les internautes y trouveront aussi une précieuse collection d' images stéréoscopiques ( 3 D )

Traduit de l' allemand par Cyril Aubert 1 paroi de glace, disparue aujourd'hui 2 petit glacier suspendu, disparu également 3 glacier de cirque, n' attei plus le glacier de Morteratsch 4 fort retrait de la langue glaciaire 5 fort retrait de la langue glaciaire 6 une partie du Vadret da la Fortezza rejoint le glacier de Pers sur un large front; aujourd'hui, cette liaison est réduite à un étroit lambea 7 cette partie du Vadret da la Fortezza s' étend jusque sur le lac morainique mentionné dans le texte; elle a entièrement disparu de nos jours 8 le retrait du glacier de Pers a libéré de puissantes moraines latérales

Bibliographie

[1] Alean, J., « Une semaine de classe en plein air à l' Alpstein et au Säntis », Les Alpes 3/96, pp. 41-51 [2] Alean, J., « Les Montagnes d' Axel Haiberg, île de l' Arctique canadien », Les Alpes 2/88, pp. 80-92 [3] Maisch, M., Burga C. A. et Fitze, P., Lebendiges Gletschervorfeld, Führer und Begleitbuch zum Gletscherlehrpfad Morteratsch, Institut de géographie de l' Uni de Zurich, 1993

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